Études archéologiques et historiques · Trégor · Bretagne

L'Église de Brélévenez à Lannion

Architecture, Histoire, Héraldique et Vie Paroissiale
d'un Monument de la Transition Romano-Ogivale (XIe–XXe siècle)

Monographie historique et architecturale

Paroisse de Brélévenez · Diocèse de Tréguier · Côtes-du-Nord

Résumé L'église de Brélévenez, perchée sur les hauteurs dominant Lannion dans le Trégor breton, est l'un des exemples les plus remarquables du style roman de transition dans les Côtes-du-Nord. Sa chronologie va de la crypte du XIe siècle au corps principal bâti vers 1150, puis reconstruit après la guerre de Succession de Bretagne et l'occupation militaire du Connétable de Clisson (sentence ducale de 1397). La principale difficulté historique tient à ses origines, débattues entre trois hypothèses — Templiers, ordre de Montjoie, Trinitaires — qu'aucune source ne permet de trancher définitivement. Sans prétendre clore ce débat, la présente étude en confronte les arguments et restitue par ailleurs l'analyse architecturale du monument, son histoire héraldique et seigneuriale, sa vie liturgique et paroissiale, ainsi que ses traditions et son mobilier des XVIIe–XIXe siècles.
Table des matières
  1. § 1
  2. § 1.1
  3. § 1.2
  4. § 2
  5. § 2.1
  6. § 2.2
  7. § 2.3
  8. § 3
  9. § 3.1
  10. § 3.2
  11. § 3.3
  12. § 4
  13. § 4.1
  14. § 4.2
  15. § 4.3
  16. § 4.4
  17. § 4.5
  18. § 4.6
  19. § 4.7
  20. § 4.8
  21. § 4.9
  22. § 4.10
  23. § 4.11
  24. § 4.12
  25. § 4.13
  26. § 4.14
  27. § 4.15
  28. § 4.16
  29. § 4.17
  30. § 4.18
  31. § 4.19
  32. § 4.20
  33. § 4.21
  34. § 4.22
  35. § 5
  36. § 5.1
  37. § 5.2
  38. § 5.3
  39. § 5.4
  40. § 5.5
  41. § 5.6
  42. § 5.7
  43. § 5.8
  44. § 5.9
  45. § 5.10
  46. § 5.11
  47. § 6
  48. § 6.1
  49. § 6.2
  50. § 6.3
  51. § 6.4
  52. § 6.5
  53. § 6.6
  54. § 6.7
  55. § 7
  56. § 7.1
  57. § 7.2
  58. § 7.3
  59. § 7.4
  60. § 7.5
  61. § 7.6
  62. § 7.7
  63. § 7.8
  64. § 8
  65. § 8.1
  66. § 8.2
  67. § 8.3
  68. § 8.4
  69. § 8.5
  70. § 8.6
  71. § 8.7
  72. § 9
  73. § 9.1
  74. § 9.2
  75. § 9.3
  76. § 9.4
L'Église de Brélévenez · Lannion · Trégor

I. Étymologie, vocable et situation

1.1 La vue depuis la vallée et le nom breton

De quelque côté qu'il descende dans l'ample cuvette sur les bords de laquelle s'étage la petite ville de Lannion, le voyageur sent son regard attiré par l'effet d'une tour grise surmontée d'une flèche hardie dont le sommet va se perdre dans les nuages. Cette tour, cette flèche — ce sont la tour et la flèche de l'église de Brélévenez.

Brélévenez tire son origine de deux mots celtiques : Bré, qui signifie « hauteur », et Levenez, qui signifie « joie ». Brélévenez peut ainsi être compris comme l'équivalent breton du mot français Montjoie — mons gaudii en latin. La paroisse doit cette dénomination à sa situation sur une colline relativement élevée. C'est ce lien étymologique entre le nom de la paroisse et la notion de « montjoie » qui avait conduit René Couffon à suggérer un rapprochement avec l'ordre éphémère de Montjoie, fondateur potentiel de l'église (voir § 2.1).

1.2 Le vocable marial : Notre-Dame du Haut, des Neiges ou de Liesse ?

La question du vocable marial de l'église de Brélévenez a suscité des divergences importantes parmi les auteurs qui s'en sont occupés. Trois positions s'affrontent dans les sources.

Notre-Dame de Liesse est le vocable défendu par Ogée, Martinville et Varis, qui voient dans le nom Levenez (joie) une référence directe à Notre-Dame de Liesse, pèlerinage picard dont la popularité en Bretagne est attestée. Notre-Dame des Neiges est l'appellation donnée par Gauthier du Mottay dans sa Géographie des Côtes-du-Nord (1860), et retenue par plusieurs auteurs modernes. Enfin, la Notice sur la Ville de Lannion de Leneveau de Carfort1 rapporte que les Templiers revenus des Croisades bâtirent un sanctuaire sur la colline de Brélévenez et « le mirent sous l'invocation de Notre-Dame des Neiges », pendant que les moines de Saint-Jacut construisaient dans la vallée du Léguer la chapelle de Kermaria-an-Draou.

La monographie s'inscrit en faux contre ces deux traditions et avance une thèse fondée sur deux arguments convergents : le vocable primitif aurait été Notre-Dame du Haut — Itron Varia an nec'h en breton.

L'argument philologique est le plus séduisant. Lorsque les moines de Saint-Jacut édifièrent dans la vallée leur chapelle mariale, ils la nommèrent Ker Maria an Draou — « Maison de Marie du Bas ». Si l'on retient l'hypothèse d'une fondation templière (§ 2.1), il aurait été naturel que les Templiers, bâtissant sur l'éminence voisine, plaçassent symétriquement leur sanctuaire sous le vocable de Notre-Dame du Haut. Or en breton, « le haut » se dit an n'ec'h, tandis que « la neige » se traduit par an erc'h. La différence phonétique entre ces deux termes est à peine perceptible dans le langage courant. C'est ainsi que, « peu à peu, insensiblement, à l'appellation première "Notre-Dame du Haut" (Itron Varia an nec'h) s'est substitué le nom moderne "Notre-Dame des Neiges" (Itron Varia an nerc'h) ».

L'argument liturgique est plus décisif encore. L'église de Brélévenez, bâtie vers 1150, ne pouvait pas avoir été placée sous le vocable de Notre-Dame des Neiges pour la simple raison que la fête de Notre-Dame des Neiges fut d'abord restreinte à la seule basilique de ce nom à Rome. Ce n'est qu'à la fin du XVIe siècle que le pape saint Pie V inscrivit cette fête au catalogue général de l'Église — soit plusieurs siècles après la fondation de l'édifice.2 Il est donc chronologiquement difficile d'admettre que les fondateurs de vers 1150 aient placé leur église sous une invocation qui n'existait pas encore comme fête universelle.

Notre-Dame du Haut, corrompu phonétiquement en Notre-Dame des Neiges, serait donc le vocable primitif de l'église.

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II. Origines, fondateurs et hypothèses

2.1 Les trois hypothèses sur les fondateurs

La question des origines de l'église de Brélévenez n'a point reçu de réponse unanimement admise par les érudits qui s'en sont occupés. Trois hypothèses principales se dégagent des sources anciennes et de la tradition locale.

La première hypothèse, la plus communément reçue, attribue la fondation aux Templiers. Elle est soutenue par Leneveau de Carfort dans sa Notice sur la Ville de Lannion, par Gauthier du Mottay, et par l'opinion courante. La monographie y voit également l'empreinte d'une tradition confirmée par les tombes découvertes dans l'enceinte, vers 1845, par l'antiquaire M. de Penquer, président du Tribunal de Lannion. Il identifia sept ou huit pierres tombales qu'il estima avoir appartenu à des sépultures de Templiers.3 Quatre de ces dalles furent volées et probablement brisées ; deux autres avaient disparu, bien qu'un correspondant de l'auteur estimât savoir où elles se trouvaient. La septième avait été reléguée dans un coin du jardin de la sacristie ; l'auteur prit l'initiative de la faire transporter à l'intérieur de l'église et appliquer contre la muraille : « cette dalle funéraire en schiste ardoisier, qu'on n'a pas pris la peine de régulariser ni de polir, porte à sa partie supérieure une croix pattée montée sur une longue hampe [bâton de voyage ou de commandement]. Les archéologues artistes ne manqueront de la remarquer. » Le style même de l'édifice, « construction de grand style qui marque dans notre architecture monastique la transition entre l'austère roman et l'élégante ogive », semblait témoigner de la maîtrise constructive que l'on prêtait volontiers aux chevaliers du Temple. Une croix pattée des Chevaliers du Temple, gravée dans la pierre devant l'autel de la crypte, constitue un argument matériel complémentaire en faveur de cette tradition (§ 4.7).

La deuxième hypothèse, avancée par René Couffon dans son Répertoire des Églises et chapelles des diocèses de Saint-Brieuc et de Tréguier, propose que Brélévenez — dont l'étymologie même (Bré-Lévenez, « colline de la joie » ou « Montjoie ») oriente la réflexion — serait une fondation-sœur de Merlévenez (Morbihan), …rattachée à l'ordre éphémère de Montjoie, dont le plan roman est comparable — la logique toponymique en miroir avec Kermaria-an-Draou étant développée au § 1.2.

La troisième hypothèse, jugée « à peu près indéniable » par la monographie, concerne les Trinitaires, ou Mathurins, qui auraient tenu l'église en seconde main. Elle repose sur le titre de la Trinité attaché à la chapelle principale — dont les Tisserands furent les fondateurs (§ 3.3) — et sur la présence de la Croix Mathurin (§ 4.20). Cependant, la limite de cet argument est reconnue : saint Jean de Matha étant décédé à la fin du XIIe siècle, une fondation trinitaire primitive est chronologiquement impossible. L'appartenance aux Trinitaires serait donc postérieure à la construction originelle.4

Deux sources tardives évoquent par ailleurs des campagnes de restauration ultérieures de l'édifice : l'une en 1639, rapportée par une lettre d'Yves-Marie Salaün ; l'autre en 1659, par les Carmes, selon un dictionnaire historique de 185620. Ces deux indications, qui entrent en tension avec la datation du clocher retenue par Couffon, sont examinées ensemble au § 4.1.

2.2 La construction primitive et la référence au Saint-Sépulcre

La tradition conserve le souvenir de la nature de la première construction élevée sur ce site : les moines fondateurs « s'empressèrent d'édifier une maison de prière ». Ce premier édifice aurait été « une reproduction plus ou moins fidèle de l'Église du Saint-Sépulcre de Jérusalem élevée sous le règne de Constantin de 328 à 336 de notre ère ».

Cette remarque s'inscrit dans la tradition des églises à plan centré inspirées du modèle hiérosolymitain, type architectural fréquemment associé aux établissements templiers. Elle suggère qu'avant l'édifice roman de transition actuel, une construction antérieure existait, peut-être de plan différent, dont il ne subsiste aucun vestige identifié.

L'établissement primitif comportait trois composantes : l'église elle-même, le manoir de Mur-an-Vern — qui s'élevait à quelque cent mètres de l'église paroissiale et servait d'habitation au Commandeur et à ses chevaliers, entouré d'un mur d'enceinte percé de meurtrières affectant la forme de croix latine ou de losange, dont chaque angle était flanqué d'une tour —, et enfin une léproserie (dite aussi « hôpital » ou « ladrerie », du nom de saint Lazare ou saint Ladre, patron de ces hospices). Au XIIIe siècle, la chrétienté comptait pas moins de 19 000 de ces établissements hospitaliers. Au XIVe siècle, la léproserie de Brélévenez ne suffisait plus ; ce qui décida les Chevaliers de Saint-Jean (Moines Rouges), héritiers en partie des biens des Templiers, à construire à Saint-Nicolas, près Lannion, un établissement plus vaste. L'emplacement de l'ancienne léproserie revint au pouvoir ducal ; une ferme appelée Ar Santé (« La Santé ») perpétue le souvenir de cet hôpital.5

2.3 La chapelle du Rusquet : mémoire templière, vicissitudes matérielles et usage liturgique (1682–1939)

Un document archivistique de première importance vient corroborer et préciser la tradition templière de Brélévenez. En 1682, Jacques Langlois, maître ordinaire de la Chambre des Comptes à Nantes, descendit à Lannion pour travailler à la confection du papier terrier du domaine du Roi. À cette occasion, les paroissiens de Brélévenez lui déclarèrent « qu'ils ont appris par la tradition que leur église servit autrefois à des Templiers et qu'alors l'église de la paroisse estoit ce qu'on appelle aujourd'hui la Chapelle du Rusquet ».

La déclaration du recteur en exercice vient compléter ce témoignage collectif de manière saisissante : il précisa « qu'encore à présent, en cour de Rome, ladite paroisse de Brélévenez est connue sous le nom de la paroisse de Rusquet ». Ce double témoignage — populaire et clérical — émis en 1682 atteste la persistance d'une mémoire locale tenace. L'acte de 1660 de Claude de Lannion confirme que la seigneurie de Launay Vevet, en paroisse de Brélévenez, est dite « paroisse du Rusquec ».6

Un second corpus de notes de recherche, portant sur le territoire paroissial de Brélévenez, permet de suivre le sort matériel de la chapelle tout au long du XVIIIe siècle et jusqu'à la Révolution.17 En 1727, conformément aux ordres de l'évêque, un état de la chapelle fut dressé — comme cela avait été fait pour l'église de Brélévenez elle-même — en présence du vitrier-peintre et héraldiste F. Bahic, ainsi que d'un maçon, d'un couvreur et d'un charpentier. On y releva les armoiries des familles de Launay-Nevet, de Lannion et de Kersaliou, tout en constatant un état de délabrement si avancé qu'il devenait périlleux d'y célébrer l'office ; une démolition complète fut jugée nécessaire, à condition de conserver soigneusement les armoiries relevées en vue d'une réédification future.

Une délibération de 1729 précisa les réparations à entreprendre : la couverture serait refaite par des maîtres couvreurs d'ardoises de Ploulech, et les vitres, avec leurs armoiries, confiées à Pierre Ballou, maître vitrier de Lannion. En 1757, l'évêque reprocha au recteur la « nudité » de la chapelle ; une délibération du 5 février 1775 concerne la dorure et l'ornementation du retable finalement exécuté, travail rémunéré deux cent quarante livres à Marguerite le Bideau, veuve de Pierre Bahic de Lannion. Des quittances de 1784 concernent l'aménagement d'une niche pour la statue de la Vierge, et d'autres, de 1787-1788, la refonte de la cloche.

À la fin de l'Ancien Régime, l'estimation de la chapelle en vue de sa vente comme bien national, dressée en 1792 en présence de l'ancien gouverneur de la chapelle Jean le Balier, en détaille minutieusement l'état : porte de bois fermant à verrou de fer, auge de pierre ayant servi de bénitier, fenêtres défendues par cinq barres de fer, porte de pierre de taille roulant sur pivot de fer côté couchant, sacristie de huit pieds fermant à clef. Un reliquaire — c'est-à-dire un ossuaire — était accolé à la longère méridionale, comportant quatre ouvertures alors bouchées de maçonnerie ; le cimetière comptait trente-huit arbres. L'ensemble fut estimé à deux mille deux cent quarante-huit livres quinze sols ; l'adjudication de la vente, cependant, ne semble pas avoir eu lieu — ce qui expliquerait la persistance de l'édifice et sa réouverture au culte.

Cette réouverture est confirmée par le cahier de prône de 1919, qui apporte une précision capitale : la chapelle du Rusquet — dédiée à saint Pierre et saint Paul — est toujours le but des processions de la Saint-Marc et des Rogations du lundi au début du XXe siècle, « toujours », continuité liturgique de plusieurs siècles. En 1921, la procession des Rogations est modifiée : « depuis la veille de l'Ascension, elle part de la chapelle du Rusquet, fait le tour de Petit camp, et revient par le Goglac'h ». La chapelle du Rusquet est donc toujours en usage liturgique au début du XXe siècle, conservant sa place dans le réseau processionnaire de la paroisse. En 1939, la toiture de son chevet est en mauvais état et un pan de mur menace ruine ; une souscription est ouverte et permet une réparation d'environ 8 000 francs.

Ce dossier invite enfin à une nuance, apportée avec prudence, sur la formule selon laquelle le Rusquet serait « l'ancienne église paroissiale antérieure à l'occupation templière ». Le second corpus précise en effet que Saint-Pierre-de-Rusquet demeura, en droit, l'église paroissiale de plein exercice — desservie par un recteur, entourée d'un vaste cimetière planté de hêtres — jusqu'à la Révolution ; ce n'est que sous le Directoire que les habitants sollicitèrent du sous-préfet le transfert du culte paroissial « dans le vaste temple de Brélévenez », jugé plus propice à leur instruction civique. Les deux affirmations ne sont pas nécessairement contradictoires — l'ancienneté du Rusquet comme siège primitif n'excluant pas son maintien tardif en titre — mais elles invitent à distinguer la mémoire d'une antériorité très ancienne (antérieure aux Templiers) du fait, mieux documenté, d'un exercice paroissial continu jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.

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III. Histoire militaire : Clisson, la guerre de Succession et les Tisserands

3.1 Le Connétable de Clisson et la sentence arbitrale de 1397

La situation topographique de l'église — perchée sur une éminence qui « commandait la ville de Lannion, assise à ses pieds » — lui valut d'être investie par le Connétable Olivier de Clisson lors des conflits qui ensanglantèrent la Bretagne au XIVe siècle : dans ses efforts pour relever la bannière des Penthièvre contre Jean IV de Bretagne, et après la ruine de la forteresse de la Roche-Derrien, il envoya ses troupes « se retrancher dans l'Église de Brélévenez dont la situation est excellente ». MM. G. de Bourgogne et de Barthélemy confirment cet épisode dans leurs Anciens Évêchés de Bretagne (tome V, p. 263) : privé de sa forteresse la plus septentrionale de Bretagne, Clisson « s'en dédommagea en fortifiant et occupant militairement deux églises », dont celle de Brélévenez.7

Les archives conservent un complément documentaire de premier ordre sur les conséquences juridiques de cet épisode. En 1394, le duc se plaint officiellement que le Connétable de Clisson avait fait fortifier l'église lorsqu'il s'en était emparé par surprise. La sentence arbitrale rendue par le Duc de Bretagne le 24 janvier 1397 stipulait notamment que l'église serait remise en état. C'est de cette époque que datent les travaux importants de reconstruction de la nef et des bas-côtés — les armes en alliance de Rolland de Coëtmen et de Jeanne de Penhoët sur les clefs de voûte en attestant la chronologie (§ 5.1) — le clocher étant édifié peu après, au début du XVe siècle (§ 4.1).

Cet usage militaire de l'édifice sacré n'était pas sans rapport avec la conception même de ses fenêtres latérales, remarquablement étroites à l'extérieur : « les archers, qui venaient en temps de guerre s'embusquer dans l'église, étaient à l'abri des traits de l'ennemi et pouvaient cependant lui envoyer facilement leurs flèches et leurs projectiles » depuis ces meurtrières.

3.2 La catastrophe de vers 1350 et la reconstruction en schiste

Les sources manuscrites éclairent un épisode de destruction partielle de l'église, distinct de l'occupation de Clisson. La catastrophe « qui amena la ruine partielle de notre Église dut se produire vers 1350 », au plus fort de la guerre de Succession de Bretagne — ce conflit dévastateur entre Charles de Blois et Jean de Montfort, connu aussi sous le nom de « guerre des deux Jeanne ». La Bretagne était alors le théâtre de destructions systématiques, et l'église de Brélévenez, dont la position stratégique avait été utilisée militairement, ne pouvait guère y échapper.

La reconstruction qui suivit est architecturalement significative. L'architecte, contraint par les circonstances, « conserva les pans de muraille qui étaient restés fermement debout et avaient conservé leur solidité première ». En revanche, les maçons « abandonnant les blocs massifs de granit rose, employèrent des feuilles de schiste, des pans d'ardoises, faciles à transporter et à tailler ». Le résultat, « exécuté sur les anciennes fondations d'après le plan primitif, leur donna une nouvelle église en tous points semblable à la première ». Cette substitution de matériaux — du granit rose d'origine au schiste de reconstruction — constitue un marqueur stratigraphique potentiellement identifiable dans la maçonnerie actuelle de l'édifice, cohérent avec la description de Couffon (§ 4.1).

Les sources signalent un élément architectural d'une grande singularité : « une tour couverte en bois revêtue de lames de plomb dominait la chapelle méridionale du transept. Cette tour habilement dissimulée existe toujours — elle a conservé son nom de tour de plomb (an tour plom en breton). Une petite porte située dans la chapelle de la Trinité y donne accès. »8

3.3 La Confrérie des Tisserands, le privilège ducal et les troubles de la Ligue

Les chartes du XVIe siècle conservées dans les archives paroissiales permettent d'apercevoir une dimension de la vie sociale et religieuse de la paroisse : la Confrérie des Tisserands — ou Texiers. La monographie la décrit avec une précision et une vivacité remarquables.

Au XVe siècle, les bourgeois de Lannion, seigneurs du Cruguil, ayant abdiqué leur droit de protection sur la ville, les seigneurs de Keryonmar prirent leur place. Mais la confrérie des Texiers de Brélévenez représentait une puissance distincte et redoutable, issue de sa riche industrie textile : « cette confrérie avait une puissance militaire et une opulence qui donnèrent souvent de l'ombrage à plus d'un capitaine breveté par le Roi ». Cette opulence provenait d'un double avantage : la prospérité de l'industrie de la toile, et surtout d'un privilège octroyé par la Duchesse Anne, en vertu duquel la confrérie prélevait un droit fixé sur toutes les toiles qui se vendaient à Lannion, « pour le produit en être affecté aux ressources de la Corporation ». Parmi les monuments dus à la générosité des Texiers, les sources signalent expressément la chapelle de la Trinité dans l'église de Brélévenez — fondation dont l'histoire matérielle est développée au § 4.14. Les chapelles des maisons nobles « étaient bien nues et bien pauvres auprès de celle dont les fondateurs portaient la navette en écusson ».

La force militaire et l'opulence de la Confrérie des Tisserands sont attestées non seulement par la tradition locale mais par un récit précis, dû à Dom Alain Lucas, prêtre originaire de Lanvellec ayant exercé son ministère de 1590 à 1643. Ce récit, conservé dans ses notes manuscrites, décrit un épisode antérieur à son activité, remontant au temps de la Ligue :

« Ploumilhau, pour désaire le capitaine dit La Ville-Chapin (lequel on disait être texier), estant des troupes du seigneur de Keryomar, lequel La Ville-Chapin était assisté de cent cinquante hommes de pied, qui étaient venus pour contraindre les paroissiens de payer ce qu'ils restaient devoir pour les fortifications de Guingamp, lequel capitaine de trile avec douze ou treize de ses soldats, fut tué, et les autres mis en déroute et fuite légère qu'ils gagnaient à grands pas. » Dom Alain Lucas, prêtre de Lanvellec (ministère 1590–1643)

Ce texte précise avec une exactitude inestimable : La Ville-Chapin commandait cent cinquante hommes de pied, venus de Ploumiliau pour contraindre les paroissiens à payer leur quote-part des fortifications de Guingamp. Il fut tué avec douze ou treize de ses soldats, les autres mis en fuite. La mention que La Ville-Chapin « on disait être texier » confirme son appartenance — effective ou présumée — à la Confrérie des Tisserands, dont il représentait peut-être la faction armée dans ce conflit.

Par ailleurs, un autre récit relatif à l'époque ligueuse mentionne Fontenelle (28 octobre 1597, trois cents cavaliers venus de Douarnenez) ; il désigne vraisemblablement un épisode distinct, postérieur de quelques années à celui de Dom Lucas — les deux récits n'étant pas contradictoires mais complémentaires dans la chronologie agitée de la Ligue bretonne, et concernant tous deux la même région troublée par les guerres de religion.9

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IV. Analyse architecturale, mobilier et abords de l'édifice

4.1 Style et datation : le roman de transition

L'identification du style de l'église de Brélévenez constitue le point de départ de toute analyse architecturale : « L'Église de Brélévenez est un monument mixte, c'est-à-dire que tout en appartenant au style roman, elle offre pourtant quelques-uns des caractères du style ogival. On désigne ce style sous la dénomination de Roman de transition. » La datation de la construction primitive est fixée à vers 1150 — une datation antérieure à la date de 1180 parfois avancée — ce qui en ferait l'un des exemples les plus précoces du style de transition en Bretagne.

La description architecturale la plus rigoureuse est celle que René Couffon a consacrée à l'édifice dans son Répertoire des Églises et chapelles des diocèses de Saint-Brieuc et de Tréguier. Son analyse, fondée sur l'examen direct, fixe les grandes lignes du plan et les datations par travée :

Couffon — Description architecturale d'ensemble

L'édifice de plan complexe comporte une nef lambrissée avec bas-côtés voûtés sur arcs ogives de six travées, plus celle du clocher encastré. Au nord, au droit des cinquième et sixième travées, s'ouvre la chapelle des fonts. La nef est suivie d'une travée différente en élévation des précédentes, par la partie basse en plein cintre, tant au nord qu'au midi, de deux arcades communiquant avec deux grandes chapelles en ailes. Enfin le chœur, dont le lambris prolonge celui de la nef, comporte une travée droite double identique à la précédente, et un rond-point à cinq pans, entouré d'une carole21 voûtée sur arcs ogives sur laquelle s'ouvrent trois petites chapelles. Sous le chœur existe une crypte, partie la plus ancienne de l'église, paraissant remonter au XIIe siècle mais restaurée à plusieurs reprises, notamment au XVIIIe siècle.

Couffon propose une chronologie différenciée par composante : le chœur date des dernières années du XIIe siècle ou des premières années du XIIIe, en raison de ses arcs brisés et des crochets apparaissant sur les corbeilles des chapiteaux. Les deux chapelles en ailes sont de plans et de dates différents : celle du midi du XIIIe siècle, celle du nord du XVIe siècle. La nef, qui comporte certains éléments du début du XIIIe siècle, paraît avoir été refaite en grande partie à la fin du XIVe ou au début du XVe siècle — ce que confirment les armes en alliance de Rolland de Coëtmen et de sa première femme Jeanne de Penhoët sur les clefs de voûte des bas-côtés (§ 5.1), datation cohérente avec la sentence arbitrale de 1397 (§ 3.1). Le clocher fut édifié au début du XVe siècle.

Cette double nature — structure ogivale à l'intérieur, manteau roman à l'extérieur — est soulignée avec insistance par les sources manuscrites, qui voient dans cette coexistence l'une des caractéristiques les plus saisissantes du monument : « Au dedans on a employé l'arc en tiers-point, peu sûr de lui encore, timide et gauche, comme tout enfant à ses premiers pas : mais au dehors on s'est empressé de l'envelopper et de le soutenir par les anciennes formes qui avaient fait leurs preuves. »

L'extérieur du chœur, en taille de granit, est renforcé de contreforts-colonnes supportant une corniche à modillons22. De distance en distance, ces colonnes sont remplacées par des pilastres rectangulaires et peu saillants ; dans les angles, les colonnes sont accostées par des colonnettes en faisceau. Le porche latéral, contemporain du chœur, est également en taille de granit, ainsi que le clocher, le reste de la construction étant en moellons de schiste — ce dernier matériau correspondant précisément aux travaux de reconstruction de vers 1350 (§ 3.2).

Une lettre du poète bretonnant Yves-Marie Salaün19 introduit sur ce point une information qui mérite d'être rapportée, mais avec une réserve particulière tant elle s'accorde mal avec la datation de Couffon qui vient d'être exposée. Salaün y affirme qu'« une restauration de l'église et son agrandissement » eurent lieu en 1639, date que porterait, avec une inscription facilement lisible, l'un des piliers du midi de l'église, le plus à l'orient : « Y.RIO.R.1639 », que Salaün interprète lui-même, entre parenthèses et sans certitude, comme se rapportant à un recteur nommé Rio. Il ajoute que « l'érection de la tour » daterait de cette même campagne, l'église ayant alors été allongée d'autant — ce que suggérerait, selon lui, la différence de nature des pierres composant les deux colonnes du bas de la nef. Ces renseignements, précise-t-il lui-même, lui avaient été fournis oralement, une trentaine d'années avant sa lettre, par un architecte prénommé Sageot (lecture incertaine), père de l'architecte alors en exercice.

Cette information appelle deux réserves majeures. D'une part, elle contredirait la datation du clocher « au début du XVe siècle » retenue par Couffon et rappelée à plusieurs reprises dans ce rapport (§ 4.1, conclusion) — à moins qu'il ne faille comprendre la campagne de 1639 non comme une construction initiale, mais comme une restauration ou une surélévation postérieure du clocher existant, hypothèse que rien ne permet cependant de confirmer. D'autre part, un recteur « Rio » actif en 1639 devrait être confronté au ministère bien attesté de Dom Alain Lucas, mémorialiste de la Confrérie des Tisserands, dont les dates couramment retenues (1590–1643, § 3.3) couvrent précisément cette année-là — rapprochement qui n'est cependant concluant que si Dom Lucas exerçait alors comme recteur de Brélévenez même, ce que les sources rassemblées ici ne permettent pas d'établir avec certitude, son ministère n'étant explicitement localisé qu'à Lanvellec. Faute de pouvoir vérifier la pierre elle-même ou de recouper cette double affirmation avec d'autres sources, l'information est restituée ici à titre d'hypothèse, transmise de troisième main, et non comme un fait établi.

Ce même dictionnaire de 1856 indique par ailleurs que l'église « aurait été restaurée en 1659 par les Carmes ». Cette date précise, absente de toutes les autres sources consultées, vient corroborer matériellement l'hypothèse de la lettre de Salaün rapportée ci-dessus, sans toutefois permettre de trancher s'il s'agissait d'une simple restauration matérielle ou d'une prise en charge plus large de l'édifice. Le même ouvrage apporte, sur ce même chapitre de la datation, le témoignage indépendant de l'antiquaire Fréminville, qui attribue au XVe siècle la nef, le portail et le clocher — datation qui recoupe très exactement celle de Couffon pour le clocher.20 La même source signale enfin qu'une campagne de restauration intérieure, menée par les soins du recteur Landouar — déjà connu pour ses travaux sur l'escalier en 1849 —, mit au jour une rosace de pierre, sans que sa localisation exacte dans l'édifice soit autrement précisée.

4.2 La nef principale

La nef principale est l'élément le plus longuement traité dans la monographie. Elle présente une organisation en deux rangées d'arcades ogivales d'inégale hauteur, portées sur des colonnes monocylindriques dans la nef et, vers le chœur, sur des piliers garnis de colonnes engagées.

L'irrégularité des arcades est relevée comme un trait caractéristique de l'époque romane, confirmé par l'autorité de M. de Caumont :

« L'irrégularité des grandes arcades des nefs est une chose à considérer, il est rare qu'elles aient la même ouverture ou la même hauteur. » Arcisse de Caumont, Abécédaire d'archéologie

Les colonnes de la nef méritent une attention particulière. À proprement parler, elles sont dépourvues de chapiteaux au sens classique du terme : elles s'évasent seulement à leur partie supérieure, « de manière à présenter un tronc de cône renversé que surmonte un tailloir23 ». La corbeille, si ce nom peut leur être appliqué, est nue, sans ornement, et n'est pas même terminée par une moulure ronde à sa partie inférieure.

La nef est couverte en charpente lambrissée, à la différence des bas-côtés qui sont voûtés. Cette disposition soulève une question archéologique fondamentale : l'édifice a-t-il été primitivement voûté dans toute la longueur de sa nef centrale ?

Le chanoine Busasier défend l'affirmative : les voûtes se seraient effondrées au XVIe siècle à la suite d'un incendie dont la cause est inconnue, entraînant dans leur chute le clerestory24 et les arcs-boutants extérieurs, dont les trois piliers qui dominent le portail ne seraient que des vestiges amoindris. Cependant, aucun document mentionnant cet incendie n'a été retrouvé. La position retenue ici s'en tient à l'opinion de M. Corroyer, dont le raisonnement éclaire la question :

« L'Architecture Romane ne s'est pas appliquée immédiatement dans toute son amplitude : ses essais commencèrent par des essais timides que l'on peut constater en divers pays notamment en Bretagne et en Normandie dans les édifices bâtis dans la première moitié du XIe siècle — Les Églises de Loctudy, de Fouesnant, de Saint-Melaine, de Loc-maria, les églises abbatiales de Caen (avant les voûtes du XIIe siècle), du Mont Saint-Michel dont les plans rappellent les dispositions basilicales, n'ont des voûtes d'arête que dans les bas-côtés ; leurs grandes nefs étaient couvertes en bois. » Edouard Corroyer, Architecture Romane, p. 164

« Il en fut probablement de même pour l'église de Brélévenez qui fut construite vers la même époque. » Les travées de la grande nef se composent de trois ordres superposés : les arcades du rez-de-chaussée, la galerie ou triforium, et l'étage des fenêtres au-dessus, désigné sous le nom anglais de clerestory.

4.3 Le triforium

Au-dessus des arcades en tiers-point règne une galerie ou triforium, élément constitutif de la travée à trois ordres décrite précédemment. Cette galerie donnait autrefois sur la nef et sur le sanctuaire par des ouvertures en ogives aiguës et géminées, qui ont été ultérieurement bouchées — la monographie note qu'elles furent murées « pour rendre l'église moins froide ». La réouverture en 1933 d'une fenêtre ogivale murée dans la chapelle de la Trinité confirme que des baies de ce type avaient bien été obturées dans cette partie de l'édifice.

La facture de ces ouvertures témoigne d'une grande finesse de conception : la retombée des arcs intérieurs des deux ogivettes repose tantôt « sur de petites colonnes surmontées de chapiteaux ornés de feuilles », tantôt « sur un petit support prismatique sans base ni tailloir ». Sur le côté intérieur de la galerie, cette double baie ogivale est encadrée dans une arcature en plein cintre, révélant une fois encore la coexistence des deux systèmes constructifs.

4.4 Le sanctuaire, le chœur et les chapiteaux

Le sanctuaire occupe l'extrémité orientale de la nef principale, désigné sous le terme de presbytère. Ses dimensions sont précisément notées : 10 mètres de long sur 6,23 mètres de large. Il est entouré de douze colonnes, dont huit monocylindriques ; les quatre autres sont flanquées, du côté de la nef, d'un faisceau de trois colonnes montant jusqu'à la partie supérieure des murs.

Les chapiteaux de ces colonnes sont dits « écrasés », leur corbeille étant couverte d'une ornementation végétale « largement conçue et grossièrement exécutée ». Pour résister à la poussée menaçant le mur demi-circulaire du chœur, l'architecte a progressivement resserré les colonnes depuis le transept jusqu'au rond-point, provoquant une diminution corrélative de la largeur des arcades — certaines ne mesurant que 0,98 m, d'autres atteignant 1,35 m. Comme ces arcades sont toutes en arc de tiers-point, leur hauteur diminue également dans le même sens, à l'exception de la dernière au fond du chœur, réservée pour laisser apercevoir la chapelle absidale. Cette « disposition originale, peu heureuse » produit un « singulier effet de perspective ».

Les chapiteaux de l'église constituent, dans l'ensemble du monument, l'élément le plus riche du point de vue iconographique et stylistique. Ils sont « multipliés, variés et d'un grand intérêt quant à leur ornementation ». On y reconnaît principalement une ornementation corinthienne du style roman, la transmission d'un vocabulaire décoratif hérité de l'Antiquité à travers un filtre de stylisation qui en simplifie et en schématise les formes, tout en maintenant leur vitalité expressive.

4.5 Les collatéraux

Les collatéraux, ou bas-côtés, présentent dans le mur enveloppant du chœur trois petites fenêtres en plein cintre, sur lesquelles court un cordon horizontal qui se relève en s'arrondissant pour envelopper leur archivolte25. Ces fenêtres sont remarquablement étroites à l'extérieur — « un homme n'y saurait passer » — mais très évasées à l'intérieur, afin de laisser pénétrer une lumière plus abondante.

Parmi les chapiteaux des collatéraux, plusieurs sont ornés de feuilles diverses, larges et peu détaillées. La sculpture du pourtour du chœur « montre sous une forme plastique très grossière ou plutôt naïve les influences antiques et byzantines — très nettement accusées par des détails de l'ornementation rappelant à l'état rudimentaire des volutes ioniques, les feuilles d'acanthe corinthiennes, en même temps que des têtes affrontées expression d'un art plus ancien dont l'origine orientale n'est pas douteuse ».

4.6 Le portail méridional

La façade latérale sud est percée d'un portail à cinq archivoltes portées sur des colonnes et ornées de diverses moulures que le temps a patinées. Plus haut, dominant cette porte latérale, se trouve une corniche surmontée d'un fronton triangulaire, au centre duquel s'ouvre un oculus — qui contenait, dans les temps récents, une représentation en pierre blanche de la Sainte Trinité. Cet ensemble — archivoltes multiples, colonnes en décrochement, fronton triangulaire et œil-de-bœuf — est caractéristique des portails romans soignés de la seconde moitié du XIIe siècle, et s'inscrit en cohérence avec la datation vers 1150–1180 proposée pour l'ensemble de l'édifice.

4.7 La crypte et le déambulatoire

L'église de Brélévenez est l'une des rares églises bretonnes à posséder une crypte — salle souterraine creusée au-dessous même du maître-autel. Dans la partie nord de la Bretagne, seules les cryptes de Saint-Mélar en Lanmeur et de Notre-Dame des Fontaines à Pont-Meur lui sont comparables. Fort ancienne — les sources la situent au XIe siècle, ce qui en ferait la partie la plus ancienne de l'édifice (Couffon, plus prudent, propose le XIIe siècle, § 4.1) —, elle a malheureusement perdu une grande part de son caractère primitif à la suite de remaniements successifs.

Un dossier de notes généalogiques sur la famille Le Borgne du Goasven atteste que le vocable de « Chapelle du Saint-Sépulcre » était déjà attaché à cet espace bien avant le remaniement de 1809 : en 1692, un écuyer nommé Jean Rogon y fut inhumé, « dans la Chapelle du St Sépulcre ».20 Cette attestation précoce confirme que la dévotion au Saint-Sépulcre, dont la confrérie n'est par ailleurs documentée qu'à partir de 1707 (§ 7.7), précède de plusieurs décennies son expression matérielle actuelle.

Le plus important des remaniements fut opéré en 1809, à la Restauration du culte, par les fabriciens sur ordre de Mgr Caffarelli, évêque de Saint-Brieuc. Le cahier de paroisse en conserve le procès-verbal :

Extrait du cahier de paroisse — Remaniement de la crypte, 1809

« La chapelle du Sépulcre — Comme cette chapelle n'avait pas assez de hauteur, les fabriciens, pour se conformer au désir de Monseigneur Caffarelli évêque de Saint-Brieux, ont fait baisser le pavé et lui ont donné quinze pouces de hauteur de plus. Elle fut pour lors réparée en neuf sans changer de place à la tombe de Monsieur Jégou, ancien recteur de Brélévenez. Les huit statues qui s'y trouvent furent placées et réparées, aussi bien l'autel et le tombeau, le lambris fut fait et peint en neuf. »

Telle qu'elle se présente aujourd'hui, la crypte offre les dimensions suivantes : 7 mètres de longueur, 4,40 mètres de largeur intérieure et 2,80 mètres de hauteur. On y descend par deux escaliers de neuf marches chacun, dont les ouvertures se trouvent de chaque côté du chœur. La lumière y tombe par trois lucarnes étroites en plein cintre.

Au fond de cette salle souterraine s'élève un petit autel surmonté d'un tabernacle orné du monogramme christique Α ☧ Ω. Devant l'autel on voit, gravée dans la pierre, la croix pattée des Chevaliers du Temple (§ 2.1). L'autel est orné de quatre colonnes en marbre noir ; on y trouve également des statues, dont un saint Évêque et l'Ange Gardien, ainsi qu'une Descente de Croix, don de la famille de Cruguel.

Le répertoire de Couffon (§ 4.1) complète cet inventaire : il signale dans la crypte des sépultures du début du XVIIIe siècle provenant de l'atelier Cassier, un autel Calvaire du Mont-Carmel en pierre blanche, ainsi que des statues de marbre du début du XVIIe siècle pouvant être attribuées au même atelier.

La crypte renferme enfin la tombe de Messire Claude Jégou, recteur de Brélévenez de 1662 à 1700 — mort d'une attaque d'apoplexie foudroyante au moment où il faisait face en prose à la grand'messe. Son épitaphe est reproduite au § 8.1.

Le déambulatoire entourant le chœur est voûté sur arcs ogives ; ses piliers, surmontés de chapiteaux cylindriques, présentent une grande ressemblance avec ceux des églises de Paimpol et de Trégastel.

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Le retable du maître-autel

4.8 Description du retable et du maître-autel

Élément baroque intrusif mais désormais historiquement constitutif de l'église, le retable du maître-autel a été mis en place vers 1650 par Claude de Lannion, comte et seigneur du Cruguil, qui le commanda en 1660 au sculpteur Ollivier Martinet de Laval. Pour l'ériger, il fallut murer les baies du chœur afin de lui donner un appui solide contre le pourtour absidal. Deux cartouches placés au fronton — l'un côté Épître, l'autre côté Évangile — portent les armes et les alliances de la maison de Lannion (§ 5.4).

Couffon précise qu'il s'agit d'un beau retable en tuffeau avec colonnes de marbre, confirmant la commande de 1660 et l'identité du commanditaire — Claude de Lannion, membre de la grande famille seigneuriale du Cruguil (§ V) — et de l'artisan, dont Couffon signale par ailleurs qu'il était l'auteur du retable de la chapelle Saint-Roch, en bois sculpté, donné par Gilles de Bonfort et Louise de Mornay en 1632.

Le répertoire de Couffon complète par ailleurs le tableau du mobilier de l'église : il mentionne la chaire et le lutrin du XVIIIe siècle, ainsi que la tribune, le buffet d'orgues, la table de communion et une Mise au tombeau de saint Hervé du XIXe siècle, aujourd'hui disparue.

L'autel proprement dit s'élève dans un décor de hautes colonnes de marbre noir reposant sur un piédestal en stuc et couronnées de chapiteaux corinthiens richement dorés, encadrant des niches abritant les statues en grandeur naturelle d'un saint Évêque et de l'Ange Gardien. Dominant cet ensemble, à la hauteur du triforium, se voit la statue de Notre-Dame : elle tient à la main gauche le sceptre royal, et porte sur le bras droit l'Enfant Jésus qui tient dans sa main le globe céleste surmonté de la Croix.

La baie centrale du retable est fermée par un tableau de la Sainte Trinité d'une iconographie très originale : on y voit Notre-Seigneur Jésus-Christ descendu de la Croix, reçu dans les bras de Dieu son Père, le Saint-Esprit sous la forme classique d'une blanche colombe, le tout entouré d'une troupe d'anges s'empressant autour du corps inanimé du Sauveur. Ce tableau est jugé « remarquable » et « non sans valeur ».

La conséquence directe du retable est l'obscurité notable du chœur :

Lorsque vous parcourez la nef principale et les collatéraux, n'avez-vous pas le sentiment que quelque chose manque ? Votre regard eût voulu plonger jusqu'au fond de l'abside que vous soupçonniez cachée derrière ce chœur sombre. Du retable du maître-autel provenait cette obscurité. Monographie de Brélévenez, chapitre du Retable

4.9 Le débat sur l'enlèvement du retable (1913–1928)

L'autorité épiscopale s'est expressément prononcée en faveur du maintien du retable : Mgr David, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, lors d'une visite pastorale, admira l'ouvrage et répondit sans ambages, lorsqu'on lui signala cette obscurité : « N'y touchez pas, c'est un monument. »

L'avis de l'administration des Beaux-Arts, à la même époque, est pourtant favorable à l'enlèvement. Bernard Haubold, architecte du Gouvernement (84, avenue de Versailles, Paris), écrivait au recteur le 29 septembre 1913 : « C'est une chose tout à fait désirable que l'enlèvement de ce retable qui détruit complètement l'harmonie de l'ensemble de l'intéressant édifice qu'est l'église de Brélévenez. » Haubold signalait par ailleurs l'existence d'un dessin de l'église conservé aux archives de la Commission des Monuments Historiques, dont il promettait d'envoyer une reproduction photographique. Il précisait confier le suivi local à son « ami Lefort », architecte des Monuments Historiques.10

Quinze ans plus tard, en 1928, le recteur consigne dans le cahier de prône que le grand chœur et le maître-autel « sont plongés dans une obscurité que tout le monde déplore ». Il envisage d'enlever le retable, mais « les Beaux-Arts, au dire de M. Lefort, ne permettront pas qu'on l'enlève ». La population, « discrètement sondée, verrait aussi d'un assez mauvais œil sa disparition ». Le remède finalement adopté est de suppléer au manque de lumière naturelle par l'électricité — deux réflecteurs installés en octobre 1928, et les bougies des lustres remplacées par des becs électriques en novembre. Cette décision entérine définitivement le jugement de Mgr David : N'y touchez pas, c'est un monument.

4.10 La clôture du chœur et les stalles

À l'entrée du chœur se dressait une clôture de bois surmontée d'un Christ en Croix, ayant à ses côtés la Vierge éplorée et saint Jean le disciple bien-aimé. Cette clôture, qui portait également un écusson aux armes des Cruguil, fut enlevée vers 1820.

Avant 1789, le sanctuaire était entouré de vingt-quatre stalles ; à la Restauration du culte, le chœur en renfermait vingt-deux, avec un lutrin et trois escabeaux. Ces stalles ont depuis disparu, remplacées par six nouvelles, œuvre — comme la clôture en bois régnant au-dessus de la crypte — du ciseau de M. Philippe Le Mérer, artiste lannionnais réputé.

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Mobilier liturgique et chapelles

4.11 Les fonts baptismaux : la cuve de Plestin-les-Grèves

L'origine des fonts baptismaux mérite une mise au point : contrairement à une attribution erronée parfois rencontrée dans la littérature locale, la cuve provient de l'église de Plestin-les-Grèves. Elle fut acquise en mai 1847 par M. le chanoine Landouer, alors recteur de Brélévenez, pour la somme de 100 francs.14

Cette piscine monolithe en beau granit affecte la forme octogonale, conformément à la symbolique baptismale traditionnelle — le huit désignant le huitième jour, jour de la résurrection et de la vie nouvelle. Elle est ornée à l'extérieur de cinq figurines d'une grande finesse et de quatre écus vierges. Elle remplaça les anciens fonts baptismaux qui se trouvaient « naguère au bas de l'Église du côté de l'Évangile » ; l'ancienne piscine subsistait encore à l'époque de la rédaction des notes, reconvertie en bénitier.

L'inventaire dressé en 1809 sur ordre de Mgr Caffarelli (voir aussi § 4.7 pour le remaniement de la crypte la même année) décrit l'emplacement primitif des fonts avec une précision remarquable :

Extrait de l'inventaire Caffarelli, 1809

« Des fonts Baptismaux sont placés au bas de l'Église du côté de l'Évangile. Il y a quatre marches en pierres à grains pour y monter, un mur à hauteur d'appui sur lequel sont placées des balustrades qui s'élèvent jusqu'à la voûte — la porte est placée au milieu et se ferme à clef, le tout en bonne état. Le dit appartement a dix pieds carrés — les fonts sont placés au milieu et sont construits en pierres à grains bien travaillés. Le haut est creusé et est d'une seule pierre pour recevoir les ampoules et les étoupes qui ont servi — Le tout est couvert d'une forte couverture en bois qui, par le moyen d'une forte grille de fer jouant de bout à l'autre par deux anneaux, se ferme au milieu à clef et met le tout à l'abri de toute profanation. »

Inventaire dressé en 1809 par ordre de Mgr Caffarelli, évêque de Saint-Brieuc.

Ce texte précieux révèle que les fonts primitifs occupaient un espace proprement architectural, avec sa marche d'accès, ses balustrades, sa porte à clef et sa grille de fer — un véritable baptistère intégré dans la nef, dont la description suggère un dispositif soigné remontant sans doute au XVIIe ou au début du XVIIIe siècle.

4.12 La chapelle Saint-Loup : le retable Louis XIII

La chapelle Saint-Loup, fondation des sieurs du Goasven — dont Gilles Le Borgne, inhumé dans cette chapelle en 1667, est le premier donateur attesté —, est dominée par un retable qui constitue le plus remarquable ensemble de mobilier sculpté de l'église.

L'autel Saint-Gilles–Saint-Loup, avec son magnifique retable à colonnes et frontons, est en bois sculpté. Il date du XVIIe siècle et appartient au style Louis XIII, caractérisé par ses ordonnances architecturales sévères, ses colonnes cannelées et ses frontons alternativement triangulaires et cintrés. Il a été peint à une date plus récente sous l'épiscopat de Mgr Bouché, dont les armes figurent sur un cartouche placé du côté de l'Épître.

Le programme iconographique du retable est d'une richesse exceptionnelle et se déploie sur plusieurs registres superposés :

Registre principal. Les deux niches centrales accueillent les statues des saints titulaires : saint Loup (évêque de Troyes, défenseur de la cité contre Attila) et saint Gilles (abbé en Provence, patron des infirmes et des lépreux).

Registre médian. Au centre du retable s'inscrit un tableau de la Résurrection du Sauveur, dont le style « rappelle Van Loo ».

Registre supérieur. Au sommet trône l'Enfant Jésus portant la croix rédemptrice. À ses côtés se dressent saint Joseph et Marie. Dans les deux angles supérieurs figurent les statues de saint Pierre, tenant les clefs du royaume des Cieux, et de saint Paul, armé de l'épée.

La description se termine par l'évocation du mobilier secondaire de la chapelle : une représentation du Purgatoire, peinte sur toile, et les vitraux de la chapelle, jugés sans caractère remarquable et aujourd'hui disparus, représentant la Madeleine et sainte Barbe avec sa tour — à distinguer du vitrail médiéval armorié du pignon septentrional (§ 6.2) et de la chapelle absidiale de la Madeleine aujourd'hui disparue.

Un second corpus de notes de recherche permet de préciser le coût et le calendrier de ce retable, œuvre du sculpteur lannionnais Guérin exécutée en 1714 : les comptes de cette année font état de onze quittances totalisant cinq cent trente-cinq livres neuf sols, auxquelles s'ajoutèrent cent trente livres en 1715, puis cinq cent vingt-cinq livres cinq sols en 1718 pour l'achèvement simultané de ce retable et de celui de la chapelle voisine du Mont-Carmel (§ 4.13). Une avance de trois cent cinquante-deux livres avait été versée dès la commande, en 1713. Ce retable succédait à un autel plus ancien, offert en 1630 par Gilles Le Borgne lui-même.17

4.13 La chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel

« Les Bretons ont toujours eu une tendre dévotion envers la Reine des Cieux. Aussi trouve-t-on dans la plus modeste de nos paroisses une chapelle, un autel ou tout au moins une statue consacrée à la Mère de Dieu. Notre Église, qui est comme nous l'avons dit sous l'invocation et par suite sous la spéciale protection de Notre-Dame, a de plus sa chapelle du Mont-Carmel, naguère siège d'une association pieuse, aujourd'hui hélas à peu près disparue. » Monographie de Brélévenez, chapitre de la Chapelle du Carmel

La Confrérie de Notre-Dame du Mont-Carmel ou du Scapulaire fut érigée dans l'église à la fin du XVIIe siècle par Messire Guillaume Rolland, curé de la paroisse, inhumé dans cette chapelle même, « au pied de l'autel de sa Céleste Mère » (§ 8.2).

Le retable de la chapelle est un retable renaissance en stuc, d'une décoration sobre. Deux colonnes en marbre noir surmontées de chapiteaux corinthiens soutiennent un fronton en plein cintre. La baie centrale offre une scène iconographique développée : au premier plan, la montagne du Carmel au sommet de laquelle se dresse un petit oratoire ; au-dessus, la Vierge tenant l'Enfant Jésus de la main droite et présentant de l'autre main un scapulaire. À ses pieds, en attitude de prière, figurent deux personnages identifiés par la source comme saint Dominique et sainte Catherine de Sienne — identification qui surprend dans une chapelle dédiée au scapulaire du Carmel, ces deux saints étant traditionnellement associés à la dévotion du rosaire dominicain ; il pourrait s'agir d'une confusion de la source ou d'un rapprochement iconographique délibéré entre les deux dévotions mariales.

Un second corpus de notes de recherche précise l'histoire matérielle de cette chapelle.17 Elle occupait l'emplacement d'une chapelle plus ancienne, dite chapelle du Modest — dont l'autel fut transféré à cet emplacement en 1674. Le retable actuel, exécuté par le sculpteur Guérin en 1715 et payé en 1718, s'accompagna en 1719 du paiement de deux cent trente livres cinq sols pour les balustres ; en 1761, les gradins furent redorés et l'autel ainsi que les statues repeints pour trente livres supplémentaires. Ce chantier de 1715-1718 fut mené de pair avec celui du retable de la chapelle Saint-Loup voisine (§ 4.12), également confié à Guérin.

4.14 La chapelle de la Trinité : la confrérie des Tisserands et la maîtresse-vitre retrouvée

Couffon signale le retable de la chapelle des Tisserands, donné par le recteur de Crec'h-Garo au XVIIe siècle et renfermant deux panneaux peints paraissant plus anciens (attribués au XVIe siècle) : l'un représentant l'Adoration des Mages, l'autre la Présentation au Temple — les plus anciens témoins picturaux connus de l'église. Un second corpus de notes de recherche permet d'identifier précisément cette chapelle — celle de la Trinité — et d'en retracer l'histoire matérielle. L'ancienneté de la confrérie des Tisserands, déjà signalée à propos de sa puissance militaire au XVe siècle (§ 3.3), y est attestée dès 1529 par un acte de fondation. La chapelle conserve la maîtresse-vitre primitive de l'église, laquelle avait d'abord été posée dans la chapelle Saint-Gilles-et-Saint-Loup avant d'être dissimulée par le grand retable de cette chapelle (§ 4.12) et par la sacristie alors accolée au chevet. Ce n'est qu'en 1843, lors de la démolition de cette sacristie, que la vitre fut redécouverte ; elle fut alors retirée avec la permission de l'évêque et transférée dans la chapelle de la Trinité, où elle se trouve encore aujourd'hui (§ 5.3).

En 1711, trente-cinq livres furent versées à un vitrier de Lannion pour la confection et la pose des écussons de cette grande vitre. La statue de la Trinité qui surmonte le retable fut exécutée en 1727 par Guérin, moyennant dix-neuf livres. Un grand tableau de la Trinité, ainsi qu'un petit tableau de saint Mathurin — aujourd'hui disparu —, furent restaurés et vernis par Guérin en 1706. On y remarque enfin les navettes, emblèmes des tisserands, peintes de part et d'autre des tableaux encadrant l'autel.

4.15 Chapelles et autels disparus : les Trépassés, les Modest et la Madeleine

Plusieurs autels ou chapelles ont aujourd'hui disparu de l'église, ne laissant subsister que les « fontaines » — cavités visibles sur certains piliers — qui signalent leur ancien emplacement : l'autel des Trépassés, la chapelle des Modest, dont l'emplacement fut repris dès 1674 par la chapelle du Mont-Carmel (§ 4.13), et surtout la chapelle de la Madeleine.17 Cette dernière, chapelle absidiale, servit jusqu'en 1580 de vestiaire et de sacristie provisoire, en attendant la construction d'une véritable sacristie. Elle ne doit pas être confondue avec le simple vitrail représentant la Madeleine, posé au XIXe siècle dans la chapelle Saint-Loup (§ 4.12).

Un mandement épiscopal de 1775, consécutif à une visite de 1774, ordonna une série de remises en état touchant l'ensemble du mobilier ancien de l'église : le tableau de la chapelle de la Madeleine devait être déposé et remplacé, le tabernacle et les deux reliquaires redorés, la pierre sacrée de l'autel des Trépassés raffermie, le tableau de la Trinité rafraîchi, l'autel de Notre-Dame remis en état, la pierre de l'autel du Saint-Sacrement nettoyée, et le devant d'autel de Saint-Yves renouvelé.

Un testament de Françoise de Cresolles, daté du 23 janvier 1674, atteste par ailleurs l'existence d'un autel dédié à saint Jean, distinct du maître-autel, auquel la testatrice destine le financement d'un devant d'autel.20

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Chapelles annexes du territoire paroissial

4.16 La chapelle Saint-Roch : fondation et vente révolutionnaire

Selon Couffon, la chapelle Saint-Roch aurait été fondée au début du XVe siècle par les seigneurs du Guéguil ; un acte de 1521 en atteste déjà l'existence. Elle conservait une clôture de chœur et des sablières ornées de scènes de chasse. La chapellenie de Saint-Roch, dont le recteur Hyacinthe Jean Le Bris était titulaire à la veille de la Révolution, fut mise en suspens par le Directoire du District de Lannion faute de déclaration visée par la municipalité.

Les archives départementales conservent l'acte de vente de la chapelle comme bien national, daté du 17 pluviôse an VII : éclairée par deux vitres et protégée par un treillis de bois, elle renfermait un reste d'autel, diverses statues et tableaux, deux petites armoires, deux coffres, une chaire à prêcher et une balustrade. Une petite maison couverte de chaume, avec un jardin planté de deux châtaigniers, jouxtait l'édifice. L'ensemble, estimé six cent quatorze livres, fut adjugé pour huit mille livres au citoyen Nicolas, agissant pour le compte de François Gilles le Gué, de Lannion.

Le territoire de la chapelle Saint-Roch demeura rattaché à la paroisse de Brélévenez jusqu'en 1822, date à laquelle une partie de ce territoire fut détachée pour être incorporée à la commune de Lannion, entraînant avec elle l'église Saint-Roch elle-même.

4.17 Notre-Dame-de-Pitié, dite chapelle des Cinq-Plaies

Le second corpus de notes permet de préciser l'histoire de la chapelle où fut inhumé le recteur François Le Goffic en 1706. Une note de correspondance datée de Kersaint, 12 février 1920, conservée dans les archives paroissiales, s'interrogeait sur ce point, formulant l'hypothèse d'un possible déplacement du reliquaire entre 1706 et 1920.

Cette chapelle, appelée Notre-Dame-de-Pitié, s'élève dans le cimetière même de l'église, aujourd'hui adossée au monument aux morts. Sa première mention connue remonte à 1578, dans une décharge de compte de fabrique concernant des travaux sur la chapelle, sa sacristie et le « reliquaire » — c'est-à-dire l'ossuaire — construit contre son pignon nord. Un dossier généalogique sur la famille Le Borgne désigne ce même lieu sous le nom de « chapelle de Notre-Dame de Cité »20 — vocable qui n'apparaît nulle part ailleurs dans les sources réunies ici ; la proximité de l'ossuaire attenant explique sans doute certaines confusions entre les différents noms successifs de cet espace.

Ce n'est qu'en 1787, dans le mémoire du menuisier Yves Fenlou, qu'apparaît pour la première fois l'appellation de « chapelle des Cinq-Plaies » — dénomination empruntée au développement de cette dévotion à Servel, sous l'impulsion du Père Maunoir. C'est également en 1787 qu'intervint la transformation de la chapelle en logement. Une fondation testamentaire de 1698 avait par ailleurs institué une messe perpétuelle à y célébrer les jours de fêtes chômées du diocèse de Tréguier.

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Cloches, mobilier accessoire et abords

4.18 Les cloches d'Ancien Régime : la bénédiction de 1687 et le contrat de 1785

La mention la plus ancienne connue de cloches à Brélévenez remonte au 12 mai 1687 : deux cloches furent bénies ce jour-là, l'une nommée Glorieux Saint-Mathurin, l'autre Marie, Mère douloureuse, en l'honneur de Notre-Dame de Cité ; le 19 mai suivant, une croix fut bénite « au bas de la place des Chanoines ».20 Le nom de la première cloche fait écho, un siècle plus tard, au calvaire de 1583 dédié à saint Mathurin (§ 4.20) : ce recoupement atteste la continuité, sur plus de deux siècles, de la dévotion mathurine dans la paroisse.

Les cloches de Brélévenez disparurent presque toutes à la Révolution (§ 8.7). Un second corpus de notes de recherche conserve cependant le contrat détaillé de refonte de l'une d'elles, passé le 10 mars 1785 entre le recteur Hyacinthe Jean Le Bris, les fabriciens Henry Boléat et Jean Lhostis, d'une part, et J. Fois Guillaume, fondeur de profession demeurant à Morlaix, paroisse Saint-Mathieu, d'autre part.17 Ce contrat, rédigé en dix articles, stipulait que la cloche serait fondue dans le cimetière de la paroisse ; que la nouvelle cloche ne pourrait être ni allégée par rapport à l'ancienne, ni alourdie de plus de quarante à cinquante livres ; que le sieur Guillaume s'engageait à la refondre selon les règles de l'art et à en superviser lui-même la pose. Un reçu daté du 21 août 1785 atteste le versement final de trois cent trente-six livres au fondeur.

4.19 La chaire, les orgues et le mobilier accessoire

La commande d'une chaire neuve remonte à 1753 : le recteur exposa alors aux fabriciens le danger qu'il y avait à monter dans celle alors en usage, antérieure à 1650. La chaire actuelle, œuvre du sculpteur Guérin, fut finalement payée soixante-quinze livres en 1756. Elle fut déplacée en 1779 du pilier qu'elle occupait vers le pilier voisin, plus proche du maître-autel. Le panneau représentant saint Jean fut refait en 1849 par le sculpteur Gaudet.17

Les orgues actuelles, dues à M. Harisson, datent de 1826 et remplacèrent celles de 1553, démontées à la Révolution ; elles furent à leur tour supplantées par les grandes orgues aujourd'hui en place, votées en 1861 et inaugurées en 1862 par le facteur Heyer (§ 9.2). Le premier instrument connu avait été commandé en 1654 à un facteur d'origine étrangère, Thomas Harison, moyennant mille huit cents livres versées par acomptes successifs. D'importantes réparations furent nécessaires en 1742, pour lesquelles on fit appel à l'organiste de Notre-Dame-du-Mur de Morlaix, le sieur Norroye.

Le second corpus documente enfin plusieurs éléments du mobilier accessoire : le tabernacle du maître-autel orné par Guérin en 1707 ; une ordonnance de 1776 réglant la garde des clefs et l'accès à la sacristie ; l'installation en 1777 de deux troncs neufs pour la quête ; un confessionnal daté tantôt de 1752, tantôt de 1852 selon les pièces consultées — écart d'un siècle que les sources disponibles ne permettent pas de trancher.17 Le dictionnaire de 1856 signale enfin, comme élément du mobilier votif, de petits navires suspendus à la voûte, témoignages de la piété des gens de mer.20

4.20 Les croix, l'ossuaire et les abords

Le cahier de paroisse de 1892 apporte la relation la plus précise sur le déplacement de la croix de Saint-Mathurin. À l'occasion de la mission de mai-juin 1892, une grande procession eut lieu, portant un Christ en pierre sur un « splendide brancard ». Le cahier précise :

La croix de la mission a été placée sur la place du bourg et remplace la vieille croix qui s'y trouvait et que l'on a transportée au pied de l'escalier. Cette vieille croix était dédiée à Saint Mathurin […]. Les vieilles gens de la paroisse se rappellent encore les chaînes de Saint Mathurin que l'on imposait aux malades. Cahier de prône de Brélévenez, 1892

Ce témoignage est d'une valeur documentaire exceptionnelle : il confirme que la vieille croix de saint Mathurin ne se trouvait pas au pied de l'escalier de toute éternité, mais y fut transportée en 1892. Le cahier ajoute que cette dédicace mathurine « a fait penser à quelques-uns que la construction de l'église était due, non aux Templiers, mais aux Trinitaires » — l'argument déjà discuté au § 2.1. La lettre déjà citée d'Yves-Marie Salaün19 précise cette tradition thérapeutique : les pèlerins affligés d'épilepsie ou de maladies nerveuses venaient se faire poser au cou une chaîne de saint Mathurin afin d'obtenir leur guérison.

Au bas de l'escalier, le premier monument que rencontre le visiteur est la Croix du Sauveur : une croix en granit du XVIe siècle, portant le chronogramme de 1583 et dédiée à saint Mathurin. Elle se trouvait naguère sur la place des Chanoines — autrement appelée place au Chalon, aujourd'hui place du bourg —, dite ainsi très vraisemblablement du souvenir d'Henri Cucheval, chanoine de l'église de Brélévenez et vingt-cinquième témoin au procès de canonisation de saint Yves.

La lettre d'Yves-Marie Salaün19 donne à cette même croix le nom breton de la place qui la portait autrefois, Plasenn ar Chaloni. Salaün y lit cependant le millésime 1582, et non 1583 ; l'écart d'une seule année ne permet pas de trancher entre les deux dates sans un nouvel examen de la pierre. Il propose enfin de nommer le bulletin paroissial Kroaz Sant Matilin (« Croix Saint-Mathurin ») — proposition qui, à notre connaissance, ne semble pas avoir été retenue.

L'inventaire des éléments extérieurs signale deux autres composantes de l'enceinte paroissiale : l'ossuaire, annexe funéraire traditionnelle des cimetières bretons, et la Croix du Cimetière, distincte de la Croix du Sauveur. Le dictionnaire de 1856 propose, pour les trois piliers isolés du flanc méridional, deux lectures concurrentes transmises par la tradition locale : une figuration du calvaire, ou un emblème de la Trinité attaché à l'ordre du Temple (§ 2.1).20

4.21 L'escalier de 144 marches : panorama, entretien et différends

Le dictionnaire historique et statistique de l'arrondissement de Lannion (1856, § 2.1) décrit ainsi l'itinéraire classique pour accéder à l'église depuis la ville de Lannion20 : de la gare, le visiteur à pied traverse le Léguer au Pont de Sainte-Anne, longe le quai d'Aiguillon jusqu'à la Poste, monte l'Allée Verte, laisse à droite l'église Saint-Jean du Baly, descend la rue de la Trinité, et arrive au pied de l'escalier de Brélévenez. La même source précise que l'église s'élève « au bord d'un ancien étang dont il ne subsiste plus qu'un vivier et un ruisseau »20 — indication topographique absente des autres sources consultées.

Cet escalier compte 144 marches. À mi-parcours, le parapet offre une pause panoramique sur la ville endormie à ses pieds. La vue embrasse : à gauche, la grosse tour carrée de Saint-Jean du Baly, construction datant de 1517 ; au-dessus des toits, la mâture de quelques dundee se balançant dans le port ; plus loin, le clocher de granit blanc de la communauté de Sainte-Anne, dont les Dames hospitalières de Saint-Augustin sont établies à Lannion depuis 1610 ; à droite, le château de Keryvon dissimulé par un bouquet d'arbres.

Cet escalier et le pont de la Trinité, qui le prolonge en contrebas vers la ville basse, firent l'objet, tout au long du XVIIIe siècle, de réparations perpétuelles — des dépenses sont ainsi relevées dès 1710, puis de nouveau en 1737. En 1770, il fut signalé que ce « degré servant d'ancien chemin de servitude pour hanter la ville de Lannion » menaçait ruine.

Une délibération de 1787 rappela qu'un acte de 1608 établissait la propriété, par la fabrique, tant de l'escalier que du pont de la Trinité — autrefois nommé « pont Notre-Dame » — lequel avait été reconstruit en 1508 après avoir été emporté par des inondations. Le sieur de Crésolles, cependant, ne se privait pas de prélever les pierres constituant les degrés d'accès au pont pour les remplacer par de simples maçonneries, tout en dégradant de la même façon l'escalier et en bloquant, par des barrières, le chemin reliant Crec'h Tanet à Pors-en-Prat. Dès 1783, ordre fut donné aux fabriciens de sommer le sieur de Crésolles d'achever les réparations promises ; en 1787, quatre hommes furent surpris en train d'y extraire des pierres pour son compte.

Ce différend, distinct par sa nature du conflit héraldique de 1641 (§ 5.1) mais impliquant la même famille, montre que les prééminences honorifiques des Crésolles s'accompagnaient d'empiètements plus tangibles sur les biens de la fabrique. En 1849, le recteur Landouar proposa d'aménager un dernier palier faisant face au portail de l'église — projet jugé coûteux, le conseil municipal l'acceptant à la condition que le recteur en financât lui-même trois cents francs.

4.22 Le clocher foudroyé (1719–1720)

Une autre pièce du même fonds documente un épisode absent de toutes les sources citées jusqu'ici : le 24 août 1719, la foudre endommagea le clocher de l'église.20 La réparation ne fut achevée qu'en mai 1720, par François Le Gwen de Kerampont. Cette campagne de travaux, à intercaler entre l'édification du clocher au début du XVe siècle (§ 4.1) et le remaniement de la crypte en 1809 (§ 4.7), n'est répertoriée par aucune des autres sources utilisées dans cette étude.

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V. Héraldique, seigneuries et famille de Lannion

5.1 Les armes sur les clefs de voûte et la famille de Crésolles

Les clefs de voûte des bas-côtés constituent un témoignage héraldique de premier ordre sur la noblesse qui exerça ses prééminences dans l'église de Brélévenez, avec leurs blasons, devises et références de sceaux.

Le bas-côté méridional porte sur une clef de voûte un écu de Coëtmen en alliance avec de Trogoff. Les Coëtmen, seigneurs féodaux de cette paroisse, y jouissaient à ce titre de droits de prééminence. Sur deux autres clefs de voûte figurent les armes des de Quélen, seigneurs de Saint-Hugeon, et celles des Le Duc ou Duic, seigneurs fondus en 1554 dans la famille de Crésolles.16

À ce propos, l'auteur de la monographie ne peut s'empêcher d'une digression révélatrice : « Ce mot de Crésolles n'est pas sans charme pour une âme poétique. Aussi un producteur bourguignon l'a trouvé si séduisant qu'il a acheté au dernier descendant de cette noble maison le droit d'appliquer le nom de Crésolles à l'un de ses vins les plus appréciés. » Il conclut sur une apostrophe lyrique : Brélévenez, tu as ta vieille église et ton cru de Crésolles, il n'en faut pas plus pour ta gloire et tu en peux être fière, ton nom vivra éternellement — nunquam peritura.

Une querelle survenue en 1641 illustre concrètement le prix attaché à ces prééminences honorifiques : un différend opposa Louis de la Haye, sieur de Kergomar, à Louis de Crésolles, sieur de la Villeneuve17 — cette même seigneurie, alors dite de la Villeneuve, correspondant à l'actuel Kerjollès. Le sieur de la Villeneuve-Crésolles fit substituer ses propres armoiries à celles de son rival dans une vitre surplombant le banc seigneurial du manoir de Saint-Hugeon. Cet épisode, à rapprocher des difficultés que le même sieur de Crésolles causa un siècle plus tard à la fabrique au sujet de l'escalier et du pont de la Trinité, témoigne d'une propension durable de cette maison à affirmer ses droits — honorifiques ou fonciers — parfois au détriment de ses voisins ou de la fabrique elle-même.

Le site du château de la Villeneuve, disparu vers 1880 lorsque son dernier descendant en fit démonter les pierres pour financer son installation en Algérie, connut ensuite une série de réaffectations bien documentées20 : retour à la vocation agricole à la fin du XIXe siècle, aménagement entre les deux guerres d'une piste d'aviation en herbe pour l'aéroclub lannionnais, réquisition et bétonnage de cette piste par l'occupant allemand en 1940, puis intégration, à la fin des années 1950, au grand projet du CNET porté par Pierre Marzin — la platitude du terrain et la longueur de la piste existante en faisant un site idéal pour le second centre de recherche associé au Radôme de Pleumeur-Bodou.

Un testament de Françoise de Cresolles, daté du manoir de Murvern le 23 janvier 1674, révèle un élément resté jusqu'ici absent du dossier héraldique des Crésolles à Brélévenez : la testatrice y exprime sa volonté d'être enterrée « dans l'église paroissiale dudit Brélévenez, dans l'une des tombes et prééminences de ses ancêtres, au chœur de ladite église ».20 Elle y destine également le financement d'un devant d'autel pour l'autel dédié à saint Jean, distinct du maître-autel, et lègue six livres « au gouverneur de Notre-Dame de Brélévenez »20 — titre qui s'inscrit dans le même schéma de gestion confraternelle par un « gouverneur » déjà attesté pour le luminaire et pour la chapelle Saint-Roch.

Le même dossier documente en outre des prééminences distinctes détenues par les Crésolles à Saint-Jean-du-Baly de Lannion : un acte sur parchemin de 1506 y décrit leurs droits de tombes, enfeux et armoiries dans une chapelle méridionale rattachée au nom de Penanstang, seigneurie tenue par la famille en la paroisse de Brélévenez même.20 Ce rapprochement précise la mention de « la Villeneuve et Penanstang » parmi les familles à prééminences de la paroisse (§ 5.2) : il s'agit de titres distincts d'une seule et même maison, disposant ainsi d'assises honorifiques dans les deux églises voisines de Lannion et de Brélévenez.

5.2 Tableau récapitulatif des familles nobles

Famille Armes Devise Source / Sceau
de Coëtmen
Seigneurs féodaux de la paroisse
De gueules à neuf (alias sept) annelets d'argent, 3–3–3 Item — Item Sceau de 1298
de Trogoff
Alliance avec les Coëtmen
D'argent à trois fasces de gueules (alias : accompagnées en chef d'un lambel d'azur) Tout du tout Sceau de 1409
de Quélen
Seigneurs de Saint-Hugeon
Burelé de dix pièces d'argent et de gueules E peb amzer, Quélen (« En tout temps, Quélen ») Sceau de 1572
Le Duc / Duic
Fondus en 1554 dans les Crésolles
D'azur à une épée en pal, la pointe en bas, accostée de deux croissants adossés de même — —
du Plessis (Quinquais)
Grand-père maternel de saint Yves
Une fleur de lys florencée — Sceau de 1248
Le Borgne du Goasven
Seigneurs fondateurs de la chapelle Saint-Loup
D'azur à trois huchets d'or — Acte de reconnaissance des prééminences du Goasven (archives seigneuriales)
Robert du Goasven
Prédécesseurs des Le Borgne ; fondateurs de la chapellenie (1435)
De gueules à trois coquilles d'argent — Vitrail du pignon septentrional de la chapelle Saint-Loup (disparu)
K/englas (Kenglas)
Paroisse de Ploumilliau ; alliance Robert
D'argent à trois faces d'azur — Vitrail du pignon septentrional (disparu) ; bénitier armorié encore en place

Les familles de Cruguel, de Nevet, de la Villeneuve et Penanstang, de Saint-Hugeon et du Goasven comparaissaient en personne ou par procureur à l'occasion des cérémonies paroissiales, « en conservation de leurs prééminences dont il est fait état ». Un procès-verbal dressé par les juges royaux de Lannion en 1673 concerne la chapelle de la Trinité, où le seigneur du Pré et de Kruzée et la dame de Murvern se présentèrent en conservation de leurs droits honorifiques.

5.3 Les armes royales et ducales dans la grande vitre

L'acte de reconnaissance des prééminences du Goasven (§ VI) signale un détail héraldique d'une exceptionnelle rareté dans l'église de Brélévenez : dans « la grande vitre qui au-devant donne lumière au principal autel, lequel est vers l'orient », se voyaient « deux écussons des armes du Roy et des armes des anciens Ducs de Bretagne, sçavoir : d'argent semé d'hermines de sable ». L'acte précise : « En aucun autre endroit de la dite Église ne se voient les armes du Roy ni du duché. »

Ce vitrail, qui contenait également au bas « la représentation de Messire Blébaut Guyon, vicaire de ladite Église, priant à genoux », est celui qui aurait vraisemblablement été « transféré au pignon de la chapelle de la Trinité quand la sacristie a été refaite en 1844 ».11 Un second corpus de notes de recherche, exploité en détail au § 4.14, situe plutôt ce transfert en 1843 — écart d'une seule année qui désigne vraisemblablement le même chantier — et précise qu'il s'agit en réalité de la maîtresse-vitre primitive de l'église elle-même. Enfin, le cahier de paroisse de 1872 précise que les verrières posées cette année-là dans la chapelle Saint-Loup portaient parmi leurs armoiries celles du Saint-Père, de Mgr Duval et de saint Yves — programme héraldique du XIXe siècle à distinguer des vitraux médiévaux d'origine (§ 9.2).17

5.4 Les armes et alliances de la maison de Lannion–Cruguil : le manuscrit de 1630

Un manuscrit de 1630 attribué à Pierre de Lannion, dont une copie a été conservée dans les archives paroissiales, livre un témoignage héraldique exceptionnel sur les armes des Seigneurs du Cruguil et les dix quartiers d'alliances de la famille de Lannion. Les armes propres des Seigneurs du Cruguil sont : D'argent à trois merlettes de sable, au chef de gueules chargé de trois quintefeuilles d'argent. Sceau de 1369. Devise : Prementem pungo (« Je pique celui qui me menace »).

Le pennon des alliances de Lannion, comprenant dix quartiers, est le suivant :

QuartierFamilleBlasonnement (d'après le ms. de 1630)
1erDu Cruguil (armes de base)D'argent à une fleur de lys de gueules accostée de quatre merlettes de même s'entre-regardant
2eL'AbbéD'argent à une fasce de gueules accompagnée de deux croisilles de même, deux en chef et une en pointe
3edu GrésillDe gueules à trois crosses d'or mises en pal et endossées, celle du milieu posée plus basse que les deux autres
4ede KermanayVairé d'or et de gueules au franc-quartier d'hermines
5ede LanguisnonFascé ondé d'or et d'azur de six pièces
6ede Clisson KraultD'azur à un croissant d'argent accompagné de trois étoiles de même, deux en chef et une en pointe
7ede KergoantonDe gueules à trois éperviers d'argent armés, becqués d'or
8ede PeivartOndé d'or et d'azur de trois pièces au chef
9ede QuélenBurelé d'argent et de gueules de dix pièces
10ed'AradonDe sable à sept macles d'argent posées 3–3–1
Sur le toutLannionD'argent à trois merlettes de sable posées 2 et 1, au chef de gueules chargé de trois quintefeuilles d'argent. Sceau de 1369. Devise : Prementem pungo

5.5 L'acte de prééminence de Claude de Lannion (1660) et la procédure Caillard

En 1660, Claude, comte de Lannion et gouverneur de cette ville, rendit aveu à la juridiction du Seigneur de Launay Vevet des terres dont il venait d'hériter à la mort de son père — la seigneurie de Launay Vevet étant située dans la paroisse de Brélévenez, paroisse du Rusquec12. Voulant faire ajouter à cet aveu l'inventaire de ses prééminences dans l'église paroissiale de Brélévenez, le comte donna commission à l'écuyer Jean Caillard, sieur de la Ville-Goury, qui fit descendre les notaires de la cour royale de Tréguier sur les lieux :

Description des prééminences de Claude de Lannion au grand autel (1660)

« Deux escussons des armes dudit Seigneur advenant au haut des deux colonnes qui s'élèvent auprès du grand-autel. Un banc sur la plus haute marche du marchepied dudit grand autel, du côté de l'Évangile, contenant six pieds de laize, armorié desdites armes, avec un accoudoir de même hauteur du côté de l'Épître. Les dits deux bancs et accoudoirs joignants lesdits deux piliers dudit grand autel soutenant les voûtes des combles de ladite église. Un autre escusson des mêmes armes que celui du grand-autel au-dessus de la porte de ladite closture de bois. »

Procès-verbal dressé par les notaires de la cour royale de Tréguier, 1660.

Ce document permet de reconstituer précisément le dispositif honorifique des Lannion–Cruguil au grand autel : deux écussons armoriés au sommet des colonnes flanquant l'autel, un banc de six pieds armorié sur la plus haute marche côté Évangile, un accoudoir côté Épître, et un troisième écusson au-dessus de la porte de la clôture de bois — cette même clôture surmontée du Christ en Croix qui fut enlevée vers 1820.

L'inventaire des titres de la seigneurie du Cruguil, conservé aux archives départementales des Côtes-du-Nord, constitue une source de premier ordre pour comprendre le contexte seigneurial dans lequel s'inscrivait l'église de Brélévenez.

5.6 L'étendue du domaine et les prééminences dans les églises

La seigneurie du Cruguil, dont le château et les principales dépendances étaient situés dans la paroisse de Brélévenez non loin de la ville de Lannion, est la plus ancienne en même temps que la plus durable parmi les familles nobles de Brélévenez ; au XVIIIe siècle, elle appartenait à la famille de Lannion, qui « a joué un rôle important dans les fastes de la province ». Cette seigneurie était de vaste étendue, s'étendant dans les paroisses de Louannec, Saint-Quay, Servel et Perros-Guirec, et ses propriétaires avaient rattaché à ce domaine les biens acquis successivement dans la trêve de Loquivy-Plougras et dans les paroisses de Prat, Bonariédec, Pleumeur-Bodou, Ploubezre, Buhulien, Camlez, Berhet, Plestin, Cavan, Rospez, Trevou-Tréguignec, entre autres.

Le titre de Comte de Lannion, porté par les seigneurs du Cruguil, fut octroyé par le duc de Bretagne au Chevalier Brient, époux de Marguerite, unique héritière du Cruguil. Les archives départementales signalent des « détails intéressants sur les prééminences que les seigneurs du Cruguil possédaient dans les églises de Brélévenez, de Saint-Quay de Perros-Guirec et de Kermaria-an-Traou et dans la chapelle conventuelle des Augustins de Lannion ». De surcroît, les seigneurs du Cruguil détenaient les poids et balances de la ville de Lannion : en 1736, la ferme de ce droit montait à 500 livres annuelles.

5.7 Droits de pêche et économie maritime (1419–1686)

Le plus ancien document analysé dans le fonds du Cruguil est une concession de pêcherie accordée le 13 octobre 1419 par le duc Jean V à Jean de Lannion, son maître d'hôtel. Un acte de ferme de 1633 précise que ce droit de pêche s'exerçait le long du littoral entre le Gors-Blanc et l'île Milliau, où l'on pratiquait la sécherie des congres. En 1643, ce droit de pêche n'était affermé que 30 livres payables à la Saint-Michel.

Un mémoire produit dans une procédure de 1686 brosse un tableau saisissant du déclin maritime de cette côte. En 1441, la châtellenie de Lannion comptait « cinq ou six ports de mer des plus commodes pour les vaisseaux marchands » et était peuplée « d'un si grand nombre de gens de marine et de riches marchands que les Ducs de Bretagne se servaient d'eux dans leurs plus importantes affaires sur mer ». On comptait dans les ports de Miliau, la Creunoux, l'Isle Grand, Keralies, Ploumanach et Perros « plus de cent cinquante vaisseaux et barques ».

La cause du déclin est identifiée avec précision : les seigneurs de Barach interdisaient aux pêcheurs l'accès aux îles côtières. « Cette pêche qui estoit le principal fondement des commodités du Canton, estoit abondante tant par le nombre des pêcheurs que par la quantité du poisson, lequel étant desséché par les rayons du soleil se débitoit avantageusement à la côte d'Espagne. Des pêcheurs frustrés du fruit de leurs travaux par d'injustes levées, abandonnèrent cette pêche qui était l'unique fondement de l'abondance de ces lieux. »

5.8 L'exemption ducale de 1441

Le même mémoire de 1686 révèle un fait d'importance directe pour la paroisse de Brélévenez : en 1441, le duc « anoblit plusieurs » habitants des paroisses côtières et, « en reconnaissance de leurs services rendus et de ceux qu'il en espère encore d'eux », exempta les paroisses de Perros, Trégastel et Brélévenez du subside de douze feux. Cette exemption fiscale exceptionnelle témoigne du poids de la marine et du commerce maritimes dans l'économie locale et du statut particulier qu'en avait retiré la paroisse de Brélévenez au milieu du XVe siècle.

5.9 La peste de 1521

Les archives du fonds du Cruguil conservent un témoignage éloquent sur les conditions sanitaires de la région : « en 1521 la ville de Lannion estoit si infestée de peste que le siège de la Justice Royale fut transféré dans le bourg de Rospez distant d'une lieue, où elle fut exercée assez longtemps ». Cette mention incidente illustre la vulnérabilité des villes bretonnes aux épidémies au début du XVIe siècle.

5.10 La Comtesse de Lannion et la correspondance de guerre (1705)

Les archives du fonds du Cruguil livrent enfin un témoignage d'une nature inattendue : des lettres d'affaires ordinaires dans lesquelles la Comtesse de Lannion écrivait à son receveur au Cruguil, le sieur de Bressolles, pour assurer le contrôle de ses intérêts. Ces lettres contiennent des nouvelles du front de la guerre de Succession d'Espagne : « M. de Lannion est toujours à l'armée de M. le Maréchal de Villars ; on a forcé les lignes des ennemis » (11 juillet 1705) ; « M. de Lannion est toujours en Bavière où l'on dit que le fort de la guerre va estre » (23 juillet 1705).

Ces quelques lignes domestiques illustrent comment la grande histoire — la guerre, le maréchal de Villars, les campagnes de Bavière — se reflétait dans la correspondance quotidienne d'une famille noble dont le château se trouvait dans la paroisse de Brélévenez.

5.11 La famille de Lur-Saluces : continuité du Cruguil aux XIXe–XXe siècles

La descendance directe de la famille de Lannion s'éteignit par alliance : la seigneurie du Cruguil se fondit dans la famille Mac-Mahon, puis dans la famille de Lur-Saluces par suite du mariage du comte de ce nom avec Mademoiselle de Mac-Mahon.

Le cahier de prône confirme et prolonge, au quotidien, la présence de cette famille héritière dans la vie de la paroisse. En 1898, lors de l'entrée des eaux au bourg, c'est Mme la Marquise de Mac-Mahon qui « a fourni une grande partie des eaux de Brélévenez et de Lannion ». En 1901, la même marquise fait don d'une magnifique chasuble blanche très ancienne, restaurée à Paris, estimée à 2 000 francs par les connaisseurs.

En 1926, c'est Mme la Comtesse de Lur-Saluces — héritière du Cruguil par la branche Mac-Mahon — qui finance l'agrandissement de l'école chrétienne établie « depuis 1866 grâce à la générosité des propriétaires du château du Cruguil », plutôt que de renvoyer des enfants. En 1930, lors de la visite de confirmation de Mgr Serrand, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier, l'évêque se rend expressément à l'école pour remercier Mme de Lur-Saluces. La fille de la maison, Mlle Marie de Lur-Saluces, figure parmi les marraines de confirmation.

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VI. La maison du Goasven : prééminences, vitraux et tombeaux

Un acte juridique de première importance conservé dans les archives seigneuriales — la reconnaissance formelle par Gilles Le Borgne, seigneur du Goasven, de ses droits honorifiques dans l'église de Brélévenez — constitue, avec celui de Claude de Lannion (§ 5.5), l'une des deux grandes sources sur l'organisation spatiale et héraldique de l'édifice avant la Révolution.

6.1 L'acte de reconnaissance et les droits dans la chapelle Saint-Gilles–Saint-Loup

Le seigneur du Goasven est désigné dans l'acte comme « seigneur de Goasven, Kerouennou, Kerguiz, faisant en plus actuelle demeure en son château de Kerrazion, paroisse de Brébéden ». Il « cognait tenir de Sa Majesté plusieurs droits honorifiques en icelle église paroissiale de Brélévenez, privativement et prohibitivement à tous les autres, à cause de sa terre et Seigneurie de Goasven ».

Le seigneur du Goasven détenait à titre exclusif : la chapelle dédiée en l'honneur de Saint-Gilles et de Saint-Loup, située au côté de l'Évangile et au niveau du grand autel, avec une porte particulière pour sa fréquentation (une note marginale précise : « cette porte a été murée »). Les droits de banc, accoudoir et escabeau clos à double queue s'exerçaient « au plus haut et joignant au pignon septentrional de la dite chapelle », avec droits de sépulture, enfeux et tombes, « conséquemment et successivement jusqu'au nombre de dix-huit armoiries des armes de la maison de Goasven ».

6.2 Le vitrail du pignon septentrional : description héraldique

Au pignon septentrional de la chapelle se trouvait « une vitre à trois jours ou portières avec plusieurs soufflets contenant seulement douze écussons tant pleins que timbrés, armoyés des armes du dit seigneur de Goasven et de ses prédécesseurs qui ont été successivement seigneur de la dite maison de Goasven dès et avant les trois cents ans derniers ». Les blasonnements conservés dans l'acte permettent de reconstituer le programme héraldique de ce vitrail perdu :

ÉcussonBlasonFamille / Identification
1er (le plus haut) D'azur à trois huchets d'or Armes actuelles du seigneur du Goasven (Le Borgne)
Deuxième niveau, 1er De gueules à trois coquilles d'argent Armes des anciens seigneurs du Goasven portant le surnom Robert
Deuxième niveau, 2e D'argent à trois faces d'azur Armes du château de K/englas, paroisse de Ploumilliau
1re portière Alliance du seigneur du Goasven et de Mlle Marguerite de Guizbriand (premières noces) Écu mi-parti des deux familles
Au coin de la chapelle Images de saint Gilles et saint Loup, et plus haut : Ecce Homo en image ; représentation de la dame épouse défunte du seigneur avec inscription funéraire

Une note de correspondance datée de Kersaint, 12 février 1920 confirme indépendamment l'existence de cette verrière armoriée : le correspondant y précise que la famille Le Borgne jouissait de « prééminences nombreuses dans l'église de Brélévenez et notamment dans la chapelle de Saint-Loup, pour la fréquentation de laquelle l'on voit encore les traces d'une porte ».

6.3 L'épitaphe de Françoise de Kerbouric (1596)

Cy gist Damoiselle Françoise de Kerbouric
Dame de Kerouennou Kerguiz le Goasven etc.
Décédée le 6e jour de juin 1596
Armoyée de dix écussons des alliances des ancêtres paternels et maternels de la défunte. Transcription d'après l'acte de reconnaissance des prééminences du Goasven.

6.4 La chapellenie Robert (1435–1499) et les fondations anniversaires

L'acte révèle également l'existence d'une chapellenie fondée dès 1435 par feu Prigent Robert, vivant seigneur du Goasven, « suivant la pieuse volonté d'autre Yvon Robert, son père » : trois messes par semaine à perpétuité en ladite chapelle, « fondation depuis confirmée par bulle datée de l'an 1499 ». De surcroît, les prédécesseurs du seigneur du Goasven avaient fondé deux anniversaires solennels : l'un chaque lundi de Pâques, l'autre à la fête de saint Gilles (1er septembre).

Une vitre du côté méridional de la chapelle du chœur, « en la chapelle de la Madeleine », portait un écusson « armoyé des armes de défunte Catherine de K/englas, jadis femme et compagne épouse du dict feu Prigent Robert, seigneur du Goasven ». Un bénitier incrusté dans le pied droit méridional de l'arcade de la chapelle était également armorié des armes des Robert du Goasven.

6.5 Autres tombeaux et enfeus

L'acte dénombre encore plusieurs emplacements funéraires : un tombeau et enfeu prohibitif dans la nef, « quasi vis-à-vis de la porte de Carme », armorié des armes du seigneur ; un autre tombeau proche de la porte d'entrée du porche, aboutissant au bénitier de l'entrée ; et enfin un enfeu au chœur de l'église paroissiale de Lannion — « appelée maintenant le Bally et jadis Notre-Dame la Belle » — joignant la clôture du côté de l'Évangile, bordé par l'enfeu de Jean Canaber et celui du feu seigneur de Kerivon Le Goallès.

6.6 La Révolution et les découvertes archéologiques de 1853 et 1912

R. Le Foll, auteur de l'acte de reconnaissance des prééminences du Goasven (1912) analysé tout au long de ce chapitre, clôt son exposé par deux remarques d'une valeur archéologique certaine.

Il note d'abord que la seigneurie du Goasven, comme « presque toutes les seigneuries de la paroisse, le Cruguil excepté », fut aliénée pendant la Révolution « à la commodité des Clubistes de Lannion » — et que c'est alors que « sans doute auraient disparu toutes les armoiries des fenêtres, les enfeux dont il est ici question ».

Il signale ensuite deux découvertes fortuites : lors du refait du parquet du chœur de Saint-Loup en 1853, « on a trouvé dans le pavé plusieurs pierres tombales blasonnées ». En octobre 1912, des maçons démolissant un escalier du manoir du Goasven « ont découvert une dalle tumulaire sur laquelle était sculptée en haut-relief la figure d'une dame couchée, les mains jointes sur la poitrine » — mutilée par « le marteau impie des Vandales de la Révolution » qui en avait complètement enlevé le visage.

6.7 La famille Le Borgne et la succession des recteurs (1667–1722)

Les actes paroissiaux concernant la famille Le Borgne du Goasven permettent de reconstituer la vie paroissiale du dernier tiers du XVIIe siècle et du début du XVIIIe avec une précision remarquable.

Le 17 février 1667, Messire Gilles Le Borgne, seigneur du Goasven et Keranrou, fut inhumé dans l'église même, « près de l'autel de Saint-Loup » — chapelle dont il était le fondateur, avec un don d'autel daté de 1630. Un dossier généalogique consacré à la même famille situe cette même inhumation au 11 février 1667 et non au 17.20 L'écart de six jours n'a pu être arbitré entre les deux sources et est restitué ici tel quel.

Le 2 août 1676, le registre paroissial consigne le baptême du jeune Joseph-Joachim Le Borgne, né le 1er août, fils d'écuyer René Le Borgne et de dame Louise Sauvaget, sieur et dame du Goasven. L'acte est signé conjointement par « René Le Borgne » et par « Claude Jegou Rd de Brélévenez » — ce même recteur Jégou dont la dalle funéraire est conservée dans la crypte (§ 4.7, § 8.1), ici attesté en activité six ans après son arrivée à la paroisse.

Car Joseph-Joachim Le Borgne embrassa lui-même l'état ecclésiastique. Le 2 mars 1706, le registre note le décès de Messire François Le Goffic, prêtre et recteur de Brélévenez, inhumé le lendemain « près le reliquaire à la chapelle de N.D. de Pitié ». Or, peu avant sa mort, Le Goffic avait fait une démission de son bénéfice à l'évêque de Tréguier, et Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven, alors recteur de Cavan, « prit possession du bénéfice de cette paroisse de Brélévenez environ deux heures avant la mort dudit Sr Le Goffic ». Un dossier généalogique distinct rapporte cet événement avec deux divergences notables — prénom du recteur défunt et vocable de la chapelle d'inhumation — discutées au § 4.17, où est centralisée la question de l'identification de cette chapelle.

Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven exerça les fonctions de recteur de Brélévenez jusqu'à son décès, survenu le 7 avril 1722 ; il fut enterré le lendemain dans l'église paroissiale « en présence de M. & M. de Esemaria ». Sur les prééminences et la verrière armoriée de sa famille, voir § 6.2. La succession complète des recteurs de Brélévenez est rassemblée dans le tableau du § 7.2.

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VII. Vie paroissiale et clergé sous l'Ancien Régime et la Révolution

7.1 Les archives révolutionnaires (1790–1791)

Les archives départementales des Côtes-du-Nord, série L (V) — Cultes, traitement du clergé, District de Lannion, liasse 190, rayon 2, cartons n° 18–19–20 — ont conservé des documents d'une rare précision sur la vie de la paroisse à la veille de la Révolution.

Le 12 décembre 1790, le recteur Hyacinthe Jean Le Bris adresse aux administrateurs du District de Lannion sa déclaration d'honoraires pour l'année 1790. La paroisse comptait alors 1 900 âmes, pouvant monter à 2 000 lorsque la corderie était habitée. La superficie en était d'une lieue et demie carrée.

Source primaire — Déclaration du recteur Le Bris, 12 déc. 1790

Recettes : La portion congrue payée par les onze prébendés de Tréguier (neuf mois) : 525 livres. Fondations en argent par la fabrique, part du recteur : 166 livres 12 s. 4 d. Fondation en froment, tiers revenant au recteur (6 boisseaux et demi) : 6 l. 14. Casuel 1790 (tiers) : 98 livres.

Total des recettes : 753 l. 6 s. 9 d. / Total général : 851 l. 6 s. 9 d.

Charges principales : 72 messes paroissiales (52 dimanches + fêtes d'obligation). Secours spirituels jour et nuit. Capitation et réparations du presbytère : 24 livres par an. 183 messes des fondations (à chant ou à voix basse, souvent avec nocturne). Nombreuses processions hebdomadaires : chaque lundi de la Sainte Vierge, chaque premier lundi de chaque mois (Saint-Esprit), chaque premier mardi (Ange gardien), chaque quatrième dimanche (Sainte Vierge), chaque deuxième lundi (Saint Nom de Jésus).

Visé et certifié véritable par Yvon Le Barzic, maire, et les officiers municipaux de Brélévenez le 12 Xbre 1790.

Le Directoire du District de Lannion, par délibération du 5 mars 1791, fixa le traitement du curé à 1 200 livres pour 1790 et pour 1791, au regard d'une population de 1 992 âmes. Le vicaire vit son traitement établi à 700 livres. La chapellenie de Saint-Roch, dont Le Bris était également titulaire, fut mise en suspens faute de déclaration visée par la municipalité.

Le vicaire Jacques Jean dut présenter une seconde pétition au Directoire en mai 1791 pour obtenir le paiement de ses trimestres arriérés d'octobre 1790 et janvier 1791. La succession du recteur Le Bris donna lieu à un incident administratif : ses héritiers refusèrent de remettre les clefs du presbytère à son successeur par intérim, le sieur Louis Guerven (ancien vicaire de Laurellec, installé le dimanche 8 août 1791). Le District dut autoriser par délibération du 31 août 1791 l'ouverture forcée de la porte et la confection d'une nouvelle clef.

7.2 Liste des prêtres et recteurs

Recoupant les archives paroissiales et les registres du District, les sources permettent de dresser la liste suivante des clercs ayant desservi la paroisse de Brélévenez :

NomFonction / TitreDate ou périodeRemarques
Henri Cucheval Chanoine de Brélévenez Fin XIIIe s. 25e témoin au procès de canonisation de saint Yves ; la place des Chanoines à Lannion tient son nom de sa mémoire
Pierre Marie Guyomard Petit vicaire 1581 Voir p. 101 du registre
Efflam le Joncour Prêtre — Voir p. 64
Claude Jégou Recteur 1662–1700 Signataire du baptême de Joseph-Joachim Le Borgne en 1676 ; voir son épitaphe, § 8.1
Gilles Le Mérer Prêtre 1677 Voir p. 108 et 150 du registre ; son testament (3 et 6 avril 1677) est conservé aux archives paroissiales et détaille ses fondations pieuses, ses enfeux et le projet de Confrérie du Rosaire (§ 7.8)
François Le Goffic Recteur Décédé le 2 mars 1706 Inhumé près du reliquaire à la chapelle de N.D. de Pitié ; démit son bénéfice quelques heures avant sa mort
Guillaume Rolland Curé Décédé le 20 mai 1716 Fondateur de la confrérie du Mont-Carmel (§ 4.13) ; voir son épitaphe, § 8.2
Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven Recteur 2 mars 1706 – 7 avril 1722 Fils de René Le Borgne, baptisé par Jégou en 1676 ; ancien recteur de Cavan ; inhumé dans l'église paroissiale
Hyacinthe Jean Le Bris Recteur et chapelain de Saint-Roch Actif en 1789–1790 Auteur de la déclaration d'honoraires de 1790
Jacques Jean Vicaire 1790–1791 Pétitionnaire pour son traitement
Louis Guerven Curé par intérim Installé le 8 août 1791 Ancien vicaire de Laurellec

7.3 Les dîmes et litiges ecclésiastiques

Le régime des dîmes à Brélévenez fut source d'un contentieux notable avec le chapitre cathédral de Tréguier. Une sentence du siège royal de Lannion, rendue le 22 août 1646, débouta le chapitre de Tréguier de ses prétentions à lever la dîme sur les lins, chanvres et blé noir dans la paroisse. Un arrêt du Parlement du 17 décembre 1647 vint confirmer cette sentence.

Un traité du 28 avril 1722 régla ensuite les relations dîmières, autorisant le recteur, comme subrogé aux droits du chapitre de Tréguier, à consentir des baux de dîmes dans les différentes frairies de la paroisse. Douze lettres de ferme pour les années 1731 et 1740 témoignent de l'application de cet accord.

7.4 Saint Yves et la paroisse de Brélévenez

Les liens entre saint Yves Hélory (1253–1303) et la paroisse de Brélévenez sont attestés par plusieurs indices concordants. Son grand-père maternel, le seigneur du Plessis ou Quinquais — dont le sceau de 1248 portait une fleur de lys florencée — était également propriétaire des domaines nobles de la Boëssière et de Saint-Hugeon en cette paroisse. Un acte notarial du 4 mars 1562 atteste que le corps politique de l'église concédait à noble François de Lannion, seigneur du Crugueill, deux emplacements de tombes « devant l'autel Saint Yves », prouvant l'ancienneté du culte yverien dans la paroisse.

Un second corpus de notes de recherche apporte sur ce point deux précisions supplémentaires.17 D'une part, il fait remonter à 1520 une première prééminence honorifique en faveur d'Yvon de Coëtredrez, autorisé à faire figurer ses armes dans une lucarne proche de l'autel Saint-Yves — antérieure de plus de quarante ans à la concession consentie à François de Lannion. D'autre part, il situe cette dernière concession en 1563 plutôt qu'en 1562 ; l'écart d'une seule année pourrait tenir à une différence de millésime entre style ancien et nouveau — les deux dates sont restituées ici sans qu'il soit possible de trancher entre elles.

De surcroît, saint Yves fut recteur de Lohannec, paroisse limitrophe de Brélévenez, et il est donc « hors de doute que le Saint Recteur ait célébré la messe et prêché en notre église ».

Le témoignage le plus direct sur la personnalité de saint Yves dans ce contexte local est celui du chanoine Henri Cucheval13, vingt-cinquième témoin entendu lors du procès de canonisation, qui déclara : « Yves Hélory avait toujours de bonnes paroles dans la bouche et que lorsqu'il trouvait quelques personnes réunies il leur donnait toujours de la vie de quelque saint ou quelque bon entretien. » C'est d'ailleurs le souvenir de ce chanoine qui donna son nom à la place des Chanoines au bas de l'escalier de Brélévenez — place sur laquelle se dressait autrefois la Croix du Sauveur dédiée à saint Mathurin (§ 4.20).

7.5 Les documents de transaction (1379–1547)

Deux documents de transaction éclairent les relations financières entre les prêtres de la paroisse et les seigneurs fonciers locaux au fil des générations.

Un acte du 14 octobre 1379 avait établi une rente en froment due par le Convenant Poulangarz aux prêtres de Brélévenez, pour la solennisation d'un anniversaire le jour de saint Mathieu (en septembre). Cette rente avait été accordée par les prédécesseurs de Rolland de Ploëzoch, seigneur du Crech, qui l'avait reconnue dans son aveu à la cour de Lannion.

Par une transaction du 22 janvier 1547, Nobles gens Jean de Kerbourie et Jeanne Étienne, sieur et dame de Kuelguen du Crech et de Pencrech, confirmèrent aux prêtres le droit de percevoir cette rente sur le fonds du Convenant Poulangarz. En contrepartie, les prêtres s'engagèrent à célébrer un anniversaire supplémentaire le jour de saint Antoine (en janvier) pour ledit Jean de Kerbourie et sa compagne.

7.6 Population et charité (XVIIIe–XIXe siècle)

Un second corpus de notes de recherche relatif au territoire paroissial permet de compléter, sur le plan démographique, la déclaration du recteur Le Bris de 1790 (§ 7.1). Le dénombrement de 1773 donnait à la communauté paroissiale un visage précis : huit cent quatre-vingt-deux habitants, en majorité journaliers, cultivateurs, charpentiers et couvreurs, auxquels s'ajoutaient quatre tisserands, six tailleurs et cinq bouchers. Ce chiffre paraît sensiblement inférieur aux 1 900–2 000 âmes que le recteur Le Bris déclarait dix-sept ans plus tard pour 1790 ; l'écart pourrait tenir à une croissance démographique réelle sur deux décennies ou à une différence de périmètre entre les deux dénombrements — les deux chiffres sont restitués ici sans être artificiellement harmonisés.18

Le souci de la charité envers les plus démunis transparaît également dans les archives paroissiales : en 1770, une quête fut organisée en faveur des pauvres, donnant lieu à des distributions hebdomadaires. Entre 1742 et 1784, cinq enfants abandonnés furent recueillis par la paroisse. Plus tardivement, en 1847, deux cent cinquante indigents recevaient une ration quotidienne de pain. Sur mille sept cent vingt-trois habitants recensés cette année-là, un tiers appartenait à la catégorie des simples fermiers ; ce qui conduisit la commune, en 1849, à créer des chantiers de route — dont la réfection de l'escalier et du cimetière (§ 4.21) — afin d'occuper les nécessiteux.

7.7 Les confréries paroissiales (1707, 1773)

Les confréries étaient des associations de laïcs, placées sous le vocable d'un saint ou d'un mystère et approuvées par l'autorité épiscopale, qui rassemblaient les fidèles autour d'un culte particulier : entretien d'un autel ou d'une chapelle, financement d'un luminaire, participation à des processions, et surtout célébration de messes pour les confrères vivants et défunts. Un second corpus de notes de recherche permet de dresser l'inventaire des confréries qui structuraient ainsi la vie religieuse de la paroisse sous l'Ancien Régime.17

Deux énumérations, l'une de 1707, l'autre liée au dénombrement de 1773 (§ 7.6), permettent de comparer la composition des confréries à près de sept décennies d'intervalle :

Confrérie17071773Observations
Saint-Sacrement✓✓Registre de comptes dès 1648 ; dépenses pour la peinture des écussons et la pose de balustres devant l'autel
Saint-Sépulcre✓✓—
Enfant-Jésus✓✓Barrière installée en 1678
Ange gardien✓✓—
Notre-Dame✓——
Sainte-Trinité✓✓Confrérie des Tisserands, attestée dès 1529 (§ 4.14)
Saint-Yves✓✓—
Saint-Esprit✓✓Fondée semble-t-il en 1679 par la dame de la Haye
Notre-Dame-du-Mont-Carmel✓—Fondée en 1716 (§ 4.13)
Saint-Mathurin—✓—
Notre-Dame-des-Neiges—✓—

Cette permanence, sur près de sept décennies, d'une même trame confraternelle — à l'exception du glissement de Notre-Dame et du Mont-Carmel vers Saint-Mathurin et Notre-Dame-des-Neiges — témoigne de la stabilité de la vie religieuse paroissiale jusqu'à la veille de la Révolution.

Un testament de 1677 mentionne par ailleurs le projet de fondation d'une Confrérie du Rosaire, absente des deux énumérations qui précèdent (§ 7.8) — silence qui suggère que ce projet n'aboutit pas, ou fut absorbé par une dévotion mariale voisine.

7.8 Le testament de Gilles Le Mérer (1677) : sépulture, enfeux et Confrérie du Rosaire

Le testament du prêtre Gilles Le Mérer, déjà signalé au registre paroissial (§ 7.2), est conservé en original aux archives paroissiales.20 Rédigé le 3 avril 1677 alors que le testateur se savait mourant, puis complété par un codicille du 6 avril, l'acte est signé par le recteur Claude Jégou lui-même, qui y figure comme témoin.

Testament de Gilles Le Mérer — codicille du 6 avril 1677

Le testateur y institue une rente perpétuelle de dix écus « pour la fondation et desserte de la sainte Confrérie du Rosaire du saint nom de Jésus », précisant que cette confrérie venait alors d'être proposée pour être érigée en l'église de Brélévenez, sous réserve du consentement de l'évêque de Tréguier.

Cette mention est d'autant plus intéressante qu'elle est absente des deux énumérations de confréries paroissiales dont dispose ce rapport, celle de 1707 et celle de 1773 (§ 7.7). La confrérie projetée en 1677 n'aurait finalement pas reçu l'agrément épiscopal requis ; elle aurait existé mais péri avant 1707 ; ou bien elle se confond, sous un vocable différent, avec l'une des dévotions mariales attestées par ailleurs. Aucune des sources rassemblées ici ne permet de trancher entre ces hypothèses.

Le testateur désigne par ailleurs le lieu de sa sépulture : le « cimetière et reliquaire » de l'église. Le grand autel est mentionné à deux reprises, comme emplacement des cierges funéraires et comme lieu de la lampe perpétuelle du Saint-Sacrement, dont Le Mérer dote l'entretien d'une rente annuelle de vingt livres.

L'acte mentionne en outre deux chapelles recevant un legs : la chapelle Saint-Roch (3 livres tournois), et la chapelle Saint-Huguet (20 sous), dont le vocable n'apparaît nulle part ailleurs dans les sources réunies ici. L'hagiographie bretonne ne connaît aucun saint Huguet répertorié avec certitude dans le diocèse de Tréguier ; la question reste ouverte et mériterait une recherche dédiée dans les pouillés diocésains.

La disposition la plus riche en indications topographiques concerne les trois enfeux et pierres tombales dont Le Mérer se dit détenteur ou co-détenteur. Leurs emplacements sont décrits au moyen d'un vocabulaire d'orientation propre au notariat du Trégor, souzain et surzain — régionalismes gallo-bretons issus du latin sub et super, désignant respectivement le côté bas (occidental ou méridional) et le côté haut (oriental ou septentrional) d'une sépulture :

Pierre tombaleLocalisation dans l'égliseSépultures voisines
Première Joignant le plat des balustres, hors du chœur, au bas de l'extrémité du grand autel, côté de l'Évangile Tombes des hoirs d'Alain Ropers et consorts ; côté surzain, tombe des hoirs de feu dom Jean Ezou
Deuxième Joignant le pilier au bas du grand huissier, à l'entrée de l'église, au-dessous de la nef Tombe du notaire royal Yves Guégou ; côté surzain, tombe de feu dom Jean Botcahou
Troisième Contre la muraille de l'église vers le midi Tombe de « madame la dauphine » ; côté surzain, tombes de Françoise Lermagut et des hoirs de défunte Anne Le Roux, aux fonds baptismaux

Ce relevé confirme que les concessions funéraires proches du grand autel et du côté de l'Évangile — le plus noble — étaient les plus recherchées, tandis que les emplacements contre la muraille méridionale ou près des fonts baptismaux occupaient une position plus périphérique.

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VIII. Épigraphie, traditions et mémoire révolutionnaire

8.1 Tombe de Claude Jégou, recteur

La dalle funéraire de Claude Jégou se trouve dans la crypte, où elle demeura en place lors du remaniement de 1809 (§ 4.7). La transcription en est la suivante :

CI GÎT : NOBLE DISCRET : M : I : CLAUDE JÉGOU
RECTEUR : DE BRAN : : PAR DAN 38 AN
✝
PAR LES SOINS DUQUEL A ÉTÉ FT CE SÉPULCRE
LE GD AUTEL — LA SACRISTIE ET AUTRES TRAVAUX
DEC LE 27 DECEM 1700 — R : I : P « BRAN » est l'abréviation de Brélévenez usitée dans les actes anciens. « R.I.P. » = Requiescat in pace. Jégou mourut d'une apoplexie foudroyante en pleine célébration de la grand'messe.

8.2 Tombe de Guillaume Rolland, curé

CY GIST MIRE GVILLAVME ROLLAND
PTRE CVRE DE CETTE PAROISSE
FONDATEVR DE LA CONFRERIE DE NTRE DAME MONT CARMEL
MORT LE 20 DE MAY 1716 Le calice stylisé figure sur la dalle originale. Guillaume Rolland est le fondateur de la confrérie du Mont-Carmel, dont la chapelle accueille également les fonts baptismaux acquis en 1847 à Plestin-les-Grèves. Un dossier de notes généalogiques sur la famille Le Borgne précise que le 3 octobre 1677, un « Dom Guillaume Rolland » célébra sa première messe en l'église de Brélévenez — mention qui repousserait de près de quarante ans le début de son ministère connu à Brélévenez.20

8.3 Le bénitier-étalon et son inscription

Un élément épigraphique singulier mérite mention : un bénitier portant une inscription en caractères du XIIIe siècle. Les notes manuscrites la transcrivaient sous la forme Hic mensura olei nunquam peribit — « Ici la mesure de l'huile ne périra jamais ». Couffon, après examen direct, rectifie cette lecture et propose Haec mensura bladii nunquam prodesset. La correction est d'importance : il s'agit non de l'huile (olei) mais du blé (bladii), confirmant la fonction d'étalon de mesure de grain. Ce bénitier était en effet l'ancien étalon ou mesure légale pour la vente du blé dans le pays de Lannion ; la mesure de Lannion était particulièrement appréciée des acheteurs, car elle était plus généreuse que celles en usage dans les pays de Guingamp et de Tréguier.

L'inscription est rapprochée, non sans malice, de la devise latine nunquam peritura — « qui ne périra jamais » — appliquée à la gloire de Brélévenez et de son église (§ 5.1). Le dictionnaire de 1856 mentionne le même bénitier sous un jour légèrement différent : il l'identifie comme le prœbendarium, ancienne mesure à grain « en usage au XIIe siècle »20 — soit un siècle plus tôt que la datation paléographique (XIIIe siècle) retenue d'après les notes manuscrites et la lecture de Couffon.

8.4 La fête de la Trinité et les origines druidiques

Bien que l'église de Brélévenez soit placée sous l'invocation mariale de Notre-Dame du Haut (§ 1.2), la grande fête nationale de la paroisse se célèbre le dimanche de la Trinité — une dédicace distincte, superposée au vocable marial originel. Ce choix n'est pas fortuit : « La consécration à la Sainte Trinité a toujours été faite pour les lieux et l'époque où précédemment s'exerçait le culte druidique. Dans tout ce qui n'était pas en opposition directe avec le dogme catholique, les premiers Apôtres des Bretons s'efforçaient plutôt de transformer que de détruire. » Cette pratique de substitution progressive s'inscrit dans une tradition pastorale authentifiée par une autorité pontificale de premier rang :

« Retrancher tout à la fois dans ces esprits incultes est une entreprise impossible, car, qui veut atteindre le faîte, doit s'élever par degrés et non par élans. Gardez-vous de détruire les temples : détruisez seulement les idoles et remplacez-les par des reliques. » Pape Grégoire Ier le Grand, Opera, lib. XI, epist. 79

L'église de Brélévenez partage cette dédicace trinitaire avec Notre-Dame du Mur à Morlaix, Notre-Dame de Kernitron à Lanmeur et Rumengol — autant de sanctuaires mariaux bretons où la fête de la Trinité fut superposée à un lieu de culte préchrétien.

8.5 La fête de saint Loup et le coq

La fête de saint Loup, célébrée « avec la plus grande faste » jusqu'à une époque récente le premier dimanche de septembre, était l'occasion d'une dévotion populaire vivace et pittoresque. Les mères y amenaient leurs petits enfants pour les « préserver de la peur » devant la statue du saint. Un cortège s'organisait, non sans attraits pour les enfants — notamment l'acquisition d'un « beau coq de plâtre galonné bariolé ».

Les parents, quant à eux, offraient au saint des œufs et des poulets vivants, déposés dans une vaste cage en osier blanc placée dans la chapelle. Une savoureuse anecdote est rapportée : « il n'était pas rare d'entendre pendant une belle période oratoire Maître Chantecler lancer dans cette assemblée attentive et recueillie un vigoureux Co-co-ri-co qui déconcertait l'orateur et troublait l'officiant, pendant qu'un sourire discret tirait la figure des assistants ».

8.6 Les martyrs de 1794

La grande place visible depuis les hauteurs de Brélévenez — champ de foire et marché aux chevaux, accessible par l'escalier de 144 marches qui mène du bourg de Lannion à l'église — fut le théâtre d'un épisode douloureux de l'histoire révolutionnaire locale. Le 3 mai 1794, les abbés Lugat et Le Gall y furent guillotinés « en haine de la foi », sur la dénonciation du garde forestier de Brélévenez, Guillaume Salaün, dit « l'Alinger Koz » ou « Citoyen Koz ». Cet épisode rappelle que la paroisse de Brélévenez fut directement concernée par les violences de la Terreur.15

8.7 Les réquisitions de l'an II et la correspondance du recteur

Un second corpus de notes de recherche permet de documenter, indépendamment de l'épisode des abbés Lugat et Le Gall, le détail des réquisitions matérielles imposées à l'église durant la période révolutionnaire. Le recteur dut livrer, le 14 floréal an II, cinq chandeliers de ferraille pesant cinq cent quatre-vingt-un livres, ainsi que différents tuyaux d'étain pesant trois cent trente-cinq livres — probablement ceux de l'orgue. Sept cloches et un bénitier de bronze ou de cuivre furent également réquisitionnés, pour un poids total de trois mille sept cent quatre-vingt-onze livres. Le 14 ventôse an II, vingt-trois chandeliers de cuivre, cinq plats de cuivre et neuf plats d'étain furent à leur tour livrés. Un troisième reçu, du 9 floréal an II, mentionne l'enlèvement de l'étain, du fer, du bronze et du cuivre, ainsi que la démolition de l'orgue lui-même ; l'argenterie fut remise le 1er messidor an II, le linge liturgique le 11 messidor suivant.

Le recteur adressa alors au citoyen Fleury de Quentin, député à la Convention, une lettre rappelant l'ensemble des sacrifices déjà consentis — la contribution patriotique acquittée sans résistance, cinq cloches livrées, l'argenterie donnée par deux fois —, exprimant sa tristesse de voir « défaire notre église au jour d'aujourd'hui pour faire du salpêtre », et sollicitant la restitution d'un calice ou deux. Une seconde lettre, non signée, invitait les habitants de Brélévenez à se soucier de leur salut, leur suggérant l'acquisition à titre privé de l'église du Rusquet (§ 2.3) — alors proposée à la vente comme bien national.17

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IX. Chronique des restaurations d'après le cahier de prône (1857–1949)

Le cahier de prône de Brélévenez constitue la source la plus continue et la plus vivante pour suivre l'histoire de l'édifice et de sa communauté depuis le Second Empire jusqu'à l'après-guerre. On y distingue plusieurs fils conducteurs : les travaux sur l'édifice et son mobilier, la vie des cloches et des orgues, les soubresauts politiques et religieux de la séparation, et la fidélité de la grande famille héritière du Cruguil — cette dernière ayant déjà été traitée au § 5.11.

9.1 Le conflit de 1841 : le recteur Le Goaster et le conseil municipal

Antérieur de près de vingt ans à la grande campagne de restauration de 1858-1882 (§ 9.2), un épisode conflictuel mérite d'être rapporté pour sa valeur sur la vie paroissiale du XIXe siècle. En 1841, le recteur M. le Goaster, décidant de démolir la sacristie et la salle des délibérations qui la surmontait pour en reconstruire de nouvelles ailleurs, se heurta à l'opposition du conseil municipal, lequel estimait que la sacristie existante n'exigeait que de simples réparations, et qu'une nouvelle construction risquait de masquer la partie la plus monumentale de l'édifice.

Le conflit s'envenima jusqu'à la fermeture pure et simple de l'église par le recteur, pendant deux à trois mois, jusqu'à l'approche de Noël — aucun office, sacrement ni catéchisme n'y fut célébré, contraignant les paroissiens à se rendre à Lannion. L'évêque prit alors parti pour son recteur, subordonnant la réouverture à la construction d'une mairie par la commune dans un délai de trois ans. Le différend fut finalement tranché par le préfet et l'architecte départemental, qui conclurent à la nécessité d'une nouvelle sacristie ; celle-ci fut édifiée vers 1845, pour un coût de quinze mille francs.

9.2 Cloches, orgues et grands travaux (1858–1882)

La seconde moitié du XIXe siècle est marquée par une intense campagne de restauration et d'équipement. Le 19 mai 1858, deux cloches reçoivent la bénédiction : la plus grande pèse 3 014 livres (vieux style), la seconde 1 594 livres. Toute la charpente est simultanément renouvelée en chêne. L'année suivante, une troisième cloche de 1 000 livres est bénie le 10 octobre 1859, à l'occasion d'un jubilé.

En 1861, le conseil de fabrique vote une somme de 16 000 francs pour l'acquisition des grandes orgues déjà présentées au § 4.19, plus 3 à 4 000 francs pour la tribune et le buffet, confiés à l'artiste local Mérer ; l'inauguration a lieu en 1862.

En 1864 est rendue au culte la chapelle de la rotonde, dotée de dalles, d'un autel, de chandeliers et d'une statue de Notre-Dame des Victoires. En 1869, le chœur et la crypte sont entièrement renouvelés : boiseries sculptées, niches, stalles, statuettes à l'extérieur, deux couches de vernis d'ambre sur les boiseries du chœur et de l'orgue. L'année 1870 voit l'enlèvement du « badigeon maussade qui dérobait à la vue les riches sculptures de l'entablement de la Sainte-Trinité », et l'acquisition d'une grille élégante en fer forgé autour du chœur. En 1871, l'autel de la Trinité reçoit une voûte azurée ornée d'arabesques.

La grande campagne de vitraux de 1872 est particulièrement remarquable, car le cahier en détaille le programme iconographique et héraldique :

Programme des verrières de 1872 — Cahier de paroisse

Chapelle du Carmel : nouvelle rosace en granit. Sujets des vitraux : saint Dominique, sainte Thérèse, la Vierge.

Chapelle Saint-Loup : deux autres rosaces. Sujets : saint Loup, saint Yves, saint Gilles, sainte Madeleine, sainte Barbe. Armoiries figurées : celles du Saint-Père, de Mgr Duval, de saint Yves, de nos ss Laoüenan et Croc (sic). Première verrière : un ange avec deux couronnes.

Le 12 mars 1878, Mgr David, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier — dont le jugement sur le retable a déjà été cité (§ 4.9) —, bénit quatre nouvelles cloches destinées à remplacer une sonnerie jugée trop peu accordée : la Trinité (1 474 kg), Notre-Dame de Lourdes (1 020 kg), Saints Yves, Loup et Roch (744 kg), Saints Pierre, Paul et Jacques (608 kg). Dépenses autorisées : 8 à 9 000 francs.

9.3 La séparation, les inventaires et la résistance paroissiale (1902–1909)

La vie paroissiale est profondément bouleversée par la politique de séparation de l'Église et de l'État au tournant du XXe siècle. Le 30 juin 1902, les sœurs de Brélévenez sont « brutalement expulsées dans les 24 heures » — l'école maternelle seule maintenue. La population entière, « municipalité en tête », fait cortège aux religieuses jusqu'à la gare.

La même année 1902, le conseil de fabrique, réuni le 16 février, vote contre le classement de l'église en monument historique. Les motifs consignés sont d'une franchise remarquable : l'église se suffit à elle-même ; les ressources ne manquent pas ; et surtout : « Grand inconvénient du dit classement : c'est le laïcisme dans le sanctuaire. Plus de liberté d'action. Dépendance absolue du gouvernement. Pas un clou dans l'église sans permission. »

Le 10 mars 1906 constitue l'épisode le plus dramatique. À sept heures du matin, « une vingtaine de gendarmes » se présentent avec l'agent du fisc M. Lescaut du Plessis « et trois dragons munis de leur hache ». Le recteur consigne sa protestation indignée et son refus d'ouvrir. Les sapeurs défoncent la porte à coups de pioche, « et après une heure de travail parviennent à faire une brèche ». La foule crie : « Au voleur ! À Berlin ! Vive Jésus ! Pitié, mon Dieu ! » Le recteur note avec émotion que les fidèles ramassaient les fragments de la porte brisée « comme autant de précieuses reliques ». Malgré cette résistance, et malgré le vœu contraire de 1902, l'église est classée monument historique en 1909 — classement qui n'empêchera pas, en 1913 puis en 1928, le débat sur l'enlèvement du retable (§ 4.9).

9.4 Dernières restaurations (1933–1939)

En 1933, la réfection de la toiture du côté nord s'accompagne d'une découverte architecturale : dans la chapelle de la Trinité, une fenêtre ogivale murée depuis une époque indéterminée est rouverte — ce qui confirme que des baies avaient bien été bouchées dans cette partie de l'édifice, cohérent avec les mentions du triforium obturé plus haut.

En 1936, la toiture de la chapelle Saint-Loup est entièrement refaite (devis : 56 000 francs) avec des ardoises extraites des carrières de Sizun en Commana, sous la direction de M. Prieur, architecte des monuments historiques domicilié à Boulogne-sur-Seine. En 1939, sept nouveaux vitraux fournis par la maison Léglise à Paris sont posés — une quatrième campagne de vitraux après celle de 1872 et les remplacements du siècle précédent.

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✦ Chronologie générale

Le tableau suivant rassemble, dans l'ordre chronologique, l'ensemble des dates mentionnées au fil de cette étude, avec un bref rappel de l'événement et un renvoi à la section correspondante.

Date Événement §
v. 1050Construction de la crypte, partie la plus ancienne de l'édifice.Concl.
v. 1150Construction du corps principal de l'église, dans un style roman de transition.2.1, 4.1
1248Sceau du seigneur du Plessis (Quinquais), grand-père maternel de saint Yves.7.4
1253Naissance de saint Yves Hélory.7.4
1298Sceau aux armes de Coëtmen, seigneurs féodaux de la paroisse.5.2
1303Mort de saint Yves Hélory.7.4
v. 1320Transfert de la léproserie médiévale vers Saint-Nicolas, près de Lannion.2.2
v. 1350Ruine partielle de l'église pendant la guerre de Succession de Bretagne ; reconstruction en moellons de schiste.3.2
1369Sceau aux armes du Cruguil et de Lannion.5.4
1379Acte établissant une rente en froment due aux prêtres de Brélévenez par le Convenant Poulangarz.7.5
1394Le duc de Bretagne se plaint de la fortification de l'église par le connétable de Clisson.3.1
1397Sentence arbitrale du duc de Bretagne (24 janvier) mettant fin à l'occupation de Clisson ; reconstruction de la nef.3.1
1409Sceau aux armes de Trogoff.5.2
1419Concession de pêcherie par le duc Jean V à Jean de Lannion (13 octobre).5.7
1435Fondation de la chapellenie Robert par Prigent Robert, seigneur du Goasven.6.4
1441Exemption ducale du subside de douze feux accordée à Brélévenez.5.8
1499Confirmation par bulle de la fondation de la chapellenie Robert.6.4
1506Acte établissant les prééminences des Crésolles à Saint-Jean-du-Baly de Lannion.5.1
1508Reconstruction du pont de la Trinité après une inondation.4.21
1517Construction de la tour carrée de Saint-Jean du Baly.4.21
1520Prééminence honorifique d'Yvon de Coëtredrez, armes dans une lucarne proche de l'autel Saint-Yves.7.4
1521Peste à Lannion ; transfert temporaire du siège de justice royale à Rospez.5.9
1521Acte attestant l'existence de la chapelle Saint-Roch.4.16
1529Fondation attestée de la confrérie de la Sainte-Trinité, dite des Tisserands.4.14
1547Transaction confirmant aux prêtres de Brélévenez la rente en froment de 1379 (22 janvier).7.5
v. 1553Orgues anciennes de Brélévenez, démontées à la Révolution.4.19
1554Fusion de la seigneurie Le Duc (ou Duic) dans la famille de Crésolles.5.1, 5.2
1562Acte notarial concédant à François de Lannion deux emplacements de tombes devant l'autel Saint-Yves (4 mars).7.4
1564Peinture d'un jubé par Jean Benson (identification incertaine avec le jubé de 1654).4.19
1572Sceau aux armes de Quélen, seigneurs de Saint-Hugeon.5.2
1578Première mention connue de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié et de son reliquaire.4.17
v. 1580Fin de l'usage de la chapelle absidiale de la Madeleine comme sacristie provisoire.4.15
1581Pierre Marie Guyomard, petit vicaire, mentionné au registre paroissial.7.2
1583Chronogramme gravé sur la Croix du Sauveur (dite croix de Saint-Mathurin) ; lu 1582 par une source tardive.4.20
1590Début du ministère de Dom Alain Lucas, prêtre de Lanvellec, mémorialiste de la Confrérie des Tisserands.3.3
1596Décès de Françoise de Kerbouric, dame du Goasven (6 juin) ; épitaphe armoriée.6.3
1597Épisode de la Ligue : passage de trois cents cavaliers de Fontenelle (28 octobre).3.3
1608Acte établissant la propriété, par la fabrique, de l'escalier et du pont de la Trinité.4.21
1610Établissement à Lannion des Dames hospitalières de Sainte-Anne.4.21
1630Manuscrit héraldique de Pierre de Lannion sur les armes du Cruguil ; don d'autel de Gilles Le Borgne à la chapelle Saint-Loup.5.4, 6.7
1632Retable de la chapelle Saint-Roch, donné par Gilles de Bonfort et Louise de Mornay, attribué à Ollivier Martinet.4.16, 4.8
1633Acte de ferme du droit de pêche entre le Gors-Blanc et l'île Milliau.5.7
1639 (?)Restauration, agrandissement et « érection de la tour » de l'église selon une source tardive et non confirmée (inscription « Y.RIO.R.1639 »).4.1
1641Différend héraldique entre Louis de la Haye, sieur de Kergomar, et Louis de Crésolles, sieur de la Villeneuve.5.1
1643Fin du ministère de Dom Alain Lucas.3.3
1646Sentence du siège royal de Lannion dans le contentieux des dîmes avec le chapitre de Tréguier (22 août).7.3
1647Arrêt du Parlement confirmant la sentence sur les dîmes (17 décembre).7.3
1648Registre de comptes attestant l'existence de la confrérie du Saint-Sacrement.7.7
v. 1650Mise en place du retable du maître-autel par Claude de Lannion.4.8
1654Commande du premier orgue connu à Thomas Harison.4.19
1659Restauration de l'église par les Carmes, selon le dictionnaire de 1856.2.1
1660Commande du retable du maître-autel à Ollivier Martinet ; acte de prééminence et aveu de Claude de Lannion.4.8, 5.5
1667Inhumation de Gilles Le Borgne « près l'autel de St Loup » ; datée du 11 février selon un second dossier généalogique (contre le 17 février retenu ailleurs).6.7
1668Claude Jégou attesté recteur de Brélévenez.7.2
v. 1670Fondation du couvent des Ursulines de Lannion par Huyant de Kervegan.4.21
1673Procès-verbal des juges royaux de Lannion sur les droits honorifiques dans la chapelle de la Trinité.5.2
1674Transfert de l'autel de la chapelle des Modest à l'emplacement de l'actuelle chapelle du Mont-Carmel.4.13
1674 (23 janv.)Testament de Françoise de Cresolles : sépulture au chœur, legs à l'autel Saint-Jean et au « gouverneur de Notre-Dame ».4.15, 5.1
1676Baptême de Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven (2 août).6.7
1677Gilles Le Mérer, prêtre, mentionné au registre paroissial ; rédige son testament (3 avril).7.2, 7.8
1677Codicille du testament de Le Mérer (6 avril) : projet de fondation de la Confrérie du Rosaire du saint nom de Jésus.7.8
1677 (3 oct.)Première messe de « Dom Guillaume Rolland » à Brélévenez — identification hypothétique avec le futur fondateur du Mont-Carmel.8.2
1678Installation d'une barrière pour la confrérie de l'Enfant-Jésus.7.7
1679Fondation de la confrérie du Saint-Esprit par la dame de la Haye.7.7
1682Témoignage de Jacques Langlois sur la tradition templière et la chapelle du Rusquet.2.3
1686Mémoire sur le déclin de l'économie maritime de la côte de Lannion.5.7
1687 (12 & 19 mai)Bénédiction de deux cloches (« Glorieux Saint-Mathurin », « Marie, Mère douloureuse ») et d'une croix, en l'honneur de Notre-Dame de Cité.4.18
1692Attestation la plus ancienne connue du vocable « Chapelle du Saint-Sépulcre » (inhumation de l'écuyer Jean Rogon).4.7
1698Fondation testamentaire d'une messe perpétuelle à Notre-Dame-de-Pitié (21 septembre).4.17
1700Mort du recteur Claude Jégou (27 décembre), après avoir fait construire le grand autel, la sacristie et le sépulcre.7.2, 8.1
1705Correspondance de guerre de la Comtesse de Lannion, en Bavière (11 et 23 juillet).5.10
1706Décès du recteur François Le Goffic (2 mars) ; prise de possession du bénéfice par Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven.6.7, 7.2
1706Restauration et vernissage, par Guérin, du tableau de la Trinité et d'un tableau de saint Mathurin (aujourd'hui disparu).4.14
1707Ornementation du tabernacle du maître-autel par Guérin.4.19
1710Réparations de l'escalier et du pont de la Trinité.4.21
1711Paiement des écussons de la maîtresse-vitre de la chapelle de la Trinité.4.14
1713Avance versée à Guérin à la commande du retable de la chapelle Saint-Loup.4.12
1714Exécution du retable de la chapelle Saint-Loup par le sculpteur Guérin.4.12
1715Exécution du retable de la chapelle du Mont-Carmel par Guérin.4.13
1716Mort de Guillaume Rolland, curé fondateur de la confrérie du Mont-Carmel (20 mai).4.13, 8.2
1718Achèvement et dorure des retables de Saint-Loup et du Mont-Carmel.4.12, 4.13
1719 (24 août)La foudre endommage le clocher.4.22
1719Paiement des balustres de la chapelle du Mont-Carmel.4.13
1720 (mai)Réparation du clocher par François Le Gwen de Kerampont.4.22
1722Mort de Joseph-Joachim Le Borgne du Goasven, recteur (7 avril) ; traité réglant les relations dîmières (28 avril).6.7, 7.3
1727État de délabrement de la chapelle du Rusquet, relevé des armoiries.2.3
1727Statue de la Trinité exécutée par Guérin pour la chapelle de la Trinité.4.14
1729Délibération sur la réfection de la toiture et des vitres de la chapelle du Rusquet.2.3
1731Lettre de ferme des dîmes de la paroisse.7.3
1736Ferme du droit de pesage à Coandren, pour 500 livres annuelles.5.6
1737Nouvelles réparations de l'escalier et du pont de la Trinité.4.21
1740Lettre de ferme des dîmes de la paroisse.7.3
1742La paroisse commence à recueillir des enfants abandonnés, pratique attestée jusqu'en 1784.7.6
1742Réparations de l'orgue par l'organiste morlaisien Norroye.4.19
1744Pose d'un vitrage armorié aux armes du comte de Lannion.5.3
1752Confessionnal (datation alternative à 1852, non tranchée).4.19
1753Commande d'une chaire neuve, l'ancienne étant jugée dangereuse.4.19
1756Paiement de la nouvelle chaire, œuvre du sculpteur Guérin.4.19
1757Réprimande épiscopale sur la « nudité » de la chapelle du Rusquet.2.3
1761Redorure des gradins et repeint de l'autel du Mont-Carmel.4.13
1768Visite épiscopale évoquant la démolition de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié.4.17
1770Ruine de l'escalier et menace sur la chapelle Notre-Dame-de-Pitié signalées ; quête organisée en faveur des pauvres.4.21, 7.6
1773Dénombrement de la paroisse : 882 habitants.7.6
1774Visite épiscopale préalable au mandement de réfection du mobilier ancien.4.15
1775Délibération sur la dorure du retable de la chapelle du Rusquet (5 février).2.3
1775Mandement épiscopal ordonnant la réfection du mobilier de plusieurs chapelles et autels, dont la Madeleine.4.15
1776Ordonnance réglant la garde des clefs et l'accès à la sacristie.4.19
1777Installation de deux troncs neufs pour la quête.4.19
1779Déplacement de la chaire lors de la réfection du pavement de l'église.4.19
1783Sommation du sieur de Crésolles pour les réparations de l'escalier de la Trinité.4.21
1784Quittances pour l'aménagement d'une niche à la chapelle du Rusquet ; fin de l'accueil paroissial des enfants abandonnés.2.3, 7.6
1785Contrat de refonte d'une cloche avec le fondeur morlaisien J. Fois Guillaume (10 mars).4.18
1787Transformation de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié en logement ; première mention de la « chapelle des Cinq-Plaies » ; prélèvement de pierres surpris à l'escalier de la Trinité ; refonte de la cloche du Rusquet.2.3, 4.17, 4.21
1789À la veille de la Révolution, vingt-quatre stalles entourent encore le sanctuaire.4.10
1790Déclaration d'honoraires du recteur Hyacinthe Jean Le Bris (12 décembre) ; population paroissiale de 1 900 à 2 000 âmes.7.1
1791Pétitions du vicaire Jacques Jean ; installation de Louis Guerven comme curé par intérim (8 août).7.1
1792Estimation de la chapelle du Rusquet en vue de sa vente comme bien national.2.3
1794Réquisitions révolutionnaires (chandeliers, étain, cloches, orgue) ; exécution des abbés Lugat et Le Gall (3 mai).8.6, 8.7
1799Vente de la chapelle Saint-Roch comme bien national (17 pluviôse an VII).4.16
1809Remaniement de la crypte et inventaire de la sacristie sur ordre de Mgr Caffarelli.4.7, 4.11
v. 1820Enlèvement de la clôture de bois et des stalles armoriées du chœur.4.10, 6.5
1822Détachement de la Corderie et de l'église Saint-Roch, rattachées à la commune de Lannion.4.16
1826Installation des orgues actuelles, œuvre de M. Harisson.4.19
1841Conflit entre le recteur Le Goaster et le conseil municipal ; fermeture temporaire de l'église.9.1
1844Reconstruction de la sacristie ; transfert supposé du vitrail armorié à la chapelle de la Trinité.5.3
1845Achèvement de la nouvelle sacristie ; questionnaire ministériel décrivant l'édifice et l'escalier de la Trinité.4.1, 4.21, 9.1
1847Acquisition des fonts baptismaux de Plestin-les-Grèves (mai) ; question de la mendicité dans la commune.4.11, 7.6
1849Projet de réfection de l'escalier et du cimetière ; chantiers de charité pour les indigents.4.21, 7.6
1852Confessionnal (datation alternative à 1752, non tranchée).4.19
1853Découverte de pierres tombales blasonnées sous le parquet du chœur de la chapelle Saint-Loup.6.6
1858Bénédiction de deux nouvelles cloches (19 mai).9.2
1859Bénédiction d'une troisième cloche, à l'occasion d'un jubilé (10 octobre).9.2
1860Parution de la Géographie des Côtes-du-Nord de Gauthier du Mottay.1.2
1861Vote du financement de grandes orgues.9.2
1862Inauguration des nouvelles orgues, œuvre de Heyer, élève de Cavaillé-Coll.9.2
1864La chapelle de la rotonde est rendue au culte.9.2
1866Fondation de l'école chrétienne grâce à la générosité des propriétaires du château du Cruguil.5.11
1869Renouvellement complet du chœur et de la crypte.9.2
1870Suppression du badigeon de l'entablement de la Trinité ; pose d'une grille en fer forgé autour du chœur.9.2
1871Voûte azurée peinte au-dessus de l'autel de la Trinité.9.2
1872Grande campagne de vitraux dans les chapelles du Carmel et de Saint-Loup.5.3, 9.2
1878Bénédiction de quatre nouvelles cloches par Mgr David (12 mars).9.2
1892Déplacement de la croix de Saint-Mathurin au bas de l'escalier, lors de la mission de mai-juin.4.20
1898Don des eaux à la paroisse par la marquise de Mac-Mahon.5.11
1901Don d'une chasuble blanche ancienne par la marquise de Mac-Mahon.5.11
1902Vote du conseil de fabrique contre le classement monument historique (16 février) ; expulsion des sœurs (30 juin).9.3
1906Reconstitution de l'Institution Saint-Joseph à Lannion.4.21
1909Classement de l'église comme monument historique, malgré le vœu contraire de 1902.9.3
1912Découverte d'une dalle tumulaire mutilée au manoir du Goasven (octobre).6.6
1913Lettre de l'architecte Bernard Haubold en faveur du maintien du retable (29 septembre).4.9
1919Le cahier de prône confirme la dédicace de la chapelle du Rusquet et la persistance des processions.2.3
1920Note de correspondance de Kersaint sur le reliquaire, le calvaire et les vitraux disparus (12 février).4.17, 4.20, 6.2
1921Modification du parcours de la procession des Rogations.2.3
1926La comtesse de Lur-Saluces finance l'agrandissement de l'école chrétienne.5.11
1928Décision de maintenir le retable en place ; installation d'un éclairage électrique dans le chœur.4.9
1930Visite de confirmation de Mgr Serrand, qui remercie la comtesse de Lur-Saluces.5.11
1933Réouverture d'une fenêtre ogivale murée dans la chapelle de la Trinité.9.4
1936Réfection complète de la toiture de la chapelle Saint-Loup.9.4
1939Réparation de la toiture de la chapelle du Rusquet ; pose de sept nouveaux vitraux par la maison Léglise.2.3, 9.4
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✦ Conclusion

L'église de Brélévenez se révèle, au terme de cette étude, comme un monument d'une extraordinaire densité historique, architecturale et humaine : sa stratigraphie, détaillée au § 4.1 et récapitulée dans la chronologie générale, va de la crypte du XIe siècle au clocher du début du XVe, en passant par les reconstructions consécutives à la guerre de Succession et à l'occupation du Connétable de Clisson (1397).

Trois hypothèses sur l'origine de l'édifice se sont succédé et complétées dans cette étude : la fondation templière, appuyée sur la tradition de 1682 et les dalles funéraires armoriées ; la fondation par l'ordre de Montjoie, suggérée par l'étymologie même du nom de la paroisse ; l'occupation ultérieure par les Trinitaires, dont témoignent la chapelle de la Trinité fondée par les Tisserands et la croix de Saint-Mathurin. Ces trois pistes, loin de s'exclure, dessinent l'histoire superposée d'un même lieu de culte traversant les siècles sous des autorités successives, sans qu'aucune source ne permette de trancher définitivement entre elles.

Le mobilier baroque du XVIIe siècle — retable du maître-autel commandé par Claude de Lannion en 1660, retable Louis XIII de la chapelle Saint-Loup, retable renaissance en stuc de la chapelle du Carmel — côtoie les vitraux néo-gothiques de 1872 et les orgues inaugurées en 1862. Le débat entre Mgr David et l'architecte Haubold sur le maintien du retable, rouvert puis tranché en 1928 (§ 4.9), illustre la tension permanente entre la vénération du legs ancien et l'exigence d'une restitution archéologique plus pure.

À l'échelle seigneuriale, la continuité est saisissante. La famille du Cruguil, titrée comte de Lannion depuis le Chevalier Brient, apparaît dans les actes dès 1379, commande le retable en 1660, traverse les procès de prééminences et la guerre de Succession d'Espagne, puis se prolonge jusqu'au XXe siècle sous le nom de Lur-Saluces — près de six siècles d'une même présence. La maison du Goasven illustre à son échelle la même fidélité d'une petite noblesse locale à son église paroissiale.

La chapelle du Rusquet — ancienne église paroissiale antérieure aux Templiers, encore connue en cour de Rome sous ce nom en 1682 — incarne mieux que tout autre élément cette stratification millénaire d'un lieu de foi ininterrompu. Le bénitier-étalon du XIIIe siècle porte en germe la devise qui clôt traditionnellement l'évocation de Brélévenez : nunquam peritura — qui ne périra jamais.

On ne saurait mieux conclure ces pages qu'en reprenant cette formule, par laquelle l'auteur de la monographie concluait lui-même son évocation de Brélévenez.

1 Leneveau de Carfort (parfois orthographié « Nepvou de Carfort » selon les sources) : il s'agit vraisemblablement de la même famille de lettrés lannionnais, la graphie variant selon les copies manuscrites. Notice sur la Ville de Lannion. ↩

2 La décision de saint Pie V (1566–1572) d'inscrire la fête de Notre-Dame des Neiges au catalogue général de l'Église est attestée par Benoît XIV, De festis Deiparae. La basilique Sainte-Marie-Majeure à Rome possédait une fête propre antérieure, mais celle-ci restait locale avant la généralisation tridentine. ↩

3 M. de Penquer, président du Tribunal de Lannion, a décrit ces tombes dans ses travaux antiquaires sans que leur localisation ultérieure soit précisée. ↩

4 René Couffon, Répertoire des Églises et chapelles des diocèses de Saint-Brieuc et de Tréguier ; Compte rendu de la session de Lannion de l'Association Bretonne, 1900. ↩

5 Le manoir de Mur-an-Vern servit d'habitation au Commandeur de l'ordre du Temple. La ferme Ar Santé (« La Santé ») perpétue le souvenir de la léproserie médiévale. ↩

6 Déclaration des paroissiens de Brélévenez à Jacques Langlois, maître ordinaire de la Chambre des Comptes de Nantes, 1682, dans le cadre de la confection du papier terrier du domaine du Roi. Fonds de la Seigneurie du Cruguil, Archives départementales des Côtes-du-Nord. ↩

7 G. de Bourgogne et de Barthélemy, Anciens Évêchés de Bretagne, tome V, p. 263. Cette référence a été communiquée par M. G. Martin, homme d'affaires à Lannion. ↩

8 La tour de plomb (an tour plom) se trouve au-dessus de la chapelle méridionale du transept, accessible par une petite porte de la chapelle de la Trinité. Si sa couverture de plomb remonte à la reconstruction de vers 1350, ce vestige serait d'une valeur historique exceptionnelle. ↩

9 Dom Alain Lucas, prêtre originaire de Lanvellec, ministère de 1590 à 1643, a laissé des notes manuscrites sur l'histoire locale du Trégor. La divergence entre les 150 hommes de pied de Dom Lucas (Ploumiliau, fortifications de Guingamp) et les 300 cavaliers de Douarnenez du 28 octobre 1597 désigne deux épisodes distincts de la période ligueuse. ↩

10 Bernard Haubold, architecte du Gouvernement, 84 avenue de Versailles, Paris, lettre autographe du 29 septembre 1913. Le dessin de l'église conservé aux archives de la Commission des Monuments Historiques constitue une source iconographique de premier ordre. Son correspondant Lefort, architecte des Monuments Historiques, assure le suivi local du dossier jusqu'en 1928 au moins. ↩

11 Le vicaire Blébaut Guyon, représenté priant à genoux dans la grande vitre, est sans doute le donateur du vitrail ou un bienfaiteur insigne de la paroisse. R. Le Foll (1912), auteur de l'acte de reconnaissance des prééminences du Goasven, est identifiable avec l'abbé Le Foll mentionné dans la correspondance de 1920 comme dépositaire de documents sur la famille Le Borgne. ↩

12 La graphie « paroisse du Rusquec » dans l'acte de 1660 confirme l'identité topographique entre la chapelle du Rusquet et le territoire de Launay Vevet : la paroisse était anciennement désignée par le nom de sa chapelle pré-templière. ↩

13 La forme Henri Cucheval est retenue ici comme la plus proche de l'original médiéval breton ; le prénom latin Henricus est plus vraisemblable dans le contexte des procès de canonisation du XIIIe siècle que la variante « Hervé Cucheral » parfois rencontrée — variante que l'on retrouve précisément, sous la forme « Hervé Cucheval », dans une lettre du poète bretonnant Yves-Marie Salaün au curé de Brélévenez (27 décembre, année non précisée)19, ce qui confirme la persistance de cette confusion de prénom dans la mémoire locale sans permettre de trancher laquelle des deux formes est la plus ancienne. ↩

14 La cuve de Plestin-les-Grèves est parfois confondue avec des fonts provenant de Perros-Guirec ; l'origine exacte est attestée par les archives paroissiales. Le chanoine Landouer, recteur acquéreur, n'est connu que par cet acte. ↩

15 Les abbés Lugat et Le Gall, guillotinés le 3 mai 1794, figurent parmi les martyrs de la Révolution dans le diocèse de Tréguier. Le dénonciateur, Guillaume Salaün dit « Citoyen Koz », garde forestier de Brélévenez, est nommé dans les sources paroissiales avec une précision qui trahit une mémoire encore vive à l'époque de la rédaction. ↩

16 Information communiquée par M. Menguy, aumônier à Lannion, à propos des armes de Crésolles (§ 5.1). ↩

17 Les précisions signalées par ce renvoi (§ 2.3, § 4.12, § 4.13, § 4.15–4.19, § 5.1, § 5.3, § 7.4, § 7.7, § 8.7, § 9.1) proviennent d'un second corpus de notes de recherche portant sur le territoire paroissial et le mobilier de Brélévenez, distinct de la monographie principale exploitée dans le reste de cette étude. Ce corpus n'a pas fait l'objet d'un recoupement archivistique direct avec les sources citées ailleurs dans ce rapport ; les écarts identifiés entre les deux corpus sont signalés dans le corps du texte plutôt que tranchés. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩

18 L'écart entre les 882 habitants du dénombrement de 1773 et les 1 900–2 000 âmes déclarées par le recteur Le Bris pour 1790 (§ 7.1, § 7.6) n'a pu être résolu à partir des documents disponibles ; il est rapporté ici tel quel, à charge pour une recherche ultérieure d'en déterminer l'origine exacte. ↩

19 Lettre manuscrite d'Yves-Marie Salaün, poète bretonnant, à « Monsieur l'abbé », curé de Brélévenez, écrite au moment où celui-ci entreprenait la publication d'un bulletin paroissial et datée du seul « 27 décembre » (année non précisée), signée depuis Kergolès. Plusieurs informations qu'elle contient (§ 2.1, § 4.1, § 4.20) proviennent elles-mêmes de tiers cités par Salaün (le chanoine France, l'architecte Sageot) et sont donc rapportées ici de seconde ou de troisième main ; les points de tension qu'elles soulèvent avec le reste de ce rapport sont signalés dans le corps du texte plutôt que tranchés. ↩ ↩ ↩ ↩

20 Fonds de documents relatifs aux familles Le Merer, Le Borgne du Goasven et de Cresolles, ainsi qu'à la paroisse de Brélévenez — communiqué en plusieurs temps mais constituant un seul et même ensemble : le testament du prêtre Gilles Le Mérer (3 et 6 avril 1677, archives paroissiales de Brélévenez) ; un dossier manuscrit de notes généalogiques et paroissiales sur la famille Le Borgne, sieurs de Goasven (Archives municipales de Lannion, compilé semble-t-il à la charnière des XIXe et XXe siècles) ; et un ensemble de notes d'archives sur la famille de Cresolles, seigneurs de la Villeneuve, complété par trois annexes : un article de Georges Minois sur le recrutement du bas clergé trégorrois, un article de Jean-Yves Le Moing (bulletin de l'ARSSAT, 2000) sur le château de la Villeneuve-Crésolles, et un dictionnaire historique et statistique de l'arrondissement de Lannion publié en 1856. Ce fonds, distinct de la monographie principale et du second corpus de notes cité par ailleurs dans ce rapport (note 17), n'a pas fait l'objet d'un recoupement archivistique direct avec ces derniers ; ses divergences ponctuelles avec le reste du rapport sont signalées dans le corps du texte plutôt que tranchées. ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩ ↩

21 Carole : terme d'architecture religieuse désignant le déambulatoire — la galerie voûtée qui prolonge les bas-côtés autour du chœur ou de l'abside, permettant d'en faire le tour sans traverser le sanctuaire lui-même. ↩

22 Modillon : petit corbeau, souvent sculpté, soutenant en saillie une corniche ; une suite de modillons rythme ainsi, de distance en distance, la corniche extérieure du chœur. ↩

23 Tailloir : dans un chapiteau, tablette plate, le plus souvent carrée, posée au sommet de la corbeille sculptée, et qui reçoit directement la retombée de l'arc ou de la voûte. ↩

24 Clerestory : mot anglais (littéralement « étage clair »), repris faute d'équivalent français consacré, pour désigner le registre supérieur d'une nef, percé de fenêtres qui éclairent directement le vaisseau central — troisième niveau d'élévation, au-dessus des arcades du rez-de-chaussée et de la galerie du triforium (§ 4.3). ↩

25 Archivolte : moulure, ou ensemble de moulures concentriques, qui encadre un arc — en particulier celui d'un portail — en suivant sa courbe depuis le sommet jusqu'à sa retombée sur les colonnes ou piédroits. ↩