L'ensemble documentaire ici analysé se présente sous la forme d'une retranscription de notes prises, de longue date, dans des fonds d'archives départementales. Il ne s'agit pas d'un dossier constitué selon une logique archivistique unique, mais d'une compilation de relevés hétérogènes : extraits de dénombrements féodaux, actes de baptême tirés des registres paroissiaux de Brélévenez, un testament, un acte de partage successoral, un état de rachats seigneuriaux, et un petit dossier de titres relatif à une chapellenie.
Une pièce du dossier permet de préciser l'origine de plusieurs de ces notes : une lettre datée de Saint-Brieuc, le 3 avril 1914, dans laquelle le rédacteur annonce l'envoi de quelques notes promises à son destinataire, et livre déjà des informations précises sur le clergé de Brélévenez au moment de la Révolution. Cette lettre suggère que le fonds constitué ici procède, pour partie au moins, d'un travail érudit antérieur, probablement mené dans les registres paroissiaux et les minutes notariales conservés à l'époque à Saint-Brieuc, chef-lieu du département des Côtes-du-Nord. Elle invite à considérer le corpus non comme une source de première main uniforme, mais comme la trace d'une enquête généalogique menée pour le compte, ou à la demande, d'un tiers intéressé par l'histoire de la famille de Cresolles.
La cohérence interne du dossier tient essentiellement à la présence récurrente d'un même nom, celui de Cresolles, décliné sur plus de deux siècles et rattaché de façon constante à un même espace : le manoir de la Villeneuve et la paroisse de Brélévenez, aujourd'hui intégrée à la ville de Lannion. C'est cette continuité qui permet de restituer, au-delà de la juxtaposition des extraits, une trame généalogique et institutionnelle relativement suivie.
Le tableau suivant rassemble, dans l'ordre chronologique, l'ensemble des dates précises que livre le corpus, quelle que soit leur nature — actes féodaux, actes paroissiaux, pièces de la chapellenie de Saint-Roch. Il fait apparaître, en creux, la densité très inégale de la documentation selon les périodes : rare et ponctuelle avant 1650, elle se resserre fortement entre 1677 et 1738 autour de la gestion foncière et de la chapellenie, avant de se concentrer, pour le XVIIIe siècle finissant, sur les actes de baptême de la famille.
| Date | Événement | Nature |
|---|---|---|
| 1506 | Acte sur parchemin établissant les prééminences des Cresolles dans une chapelle de l'église Saint-Jean-du-Baly de Lannion, dite du côté méridional, et dans la chapelle de Penanstang. | acte honorifique |
| v. 1521 | Mémoire non daté et non signé relatif aux fondations dépendant de la terre du Cruguil, rattachées à la chapellenie de Saint-Roch. | chapellenie |
| 1527 | Mention isolée d'Yvon de Cresolles. | généalogie |
| 16 novembre 1558 | Partage entre Lucrèce de Cresolles, Bernard Fleuri son mari, et François de Cresolles, sieur du Rest, frère aîné de Lucrèce. | succession |
| 1er janvier 1621 | Signification à Pierre de Quiquier, chapelain de Saint-Roch, aux fins de paiement de l'amortissement des biens de la chapellenie. | chapellenie |
| 24 janvier 1648 | Présentation de Pierre Gilles, prêtre, à la chapellenie de Saint-Roch, par Claude de Lannuin. | chapellenie |
| 25 janvier 1648 | Prise de possession de la chapellenie de Saint-Roch par Pierre Gilles. | chapellenie |
| 29 août 1658 | Déclaration du convenant Douer Funandour (paroisse de Servel) fournie par Jean de Janin. | chapellenie |
| 1654 | Mariage de l'écuyer Gilles de Cresolles, sieur de la Villeneuve. | généalogie |
| 31 mars 1663 | Présentation de Louis de Cresolles, prêtre, à la chapellenie de Saint-Roch, après le décès de Pierre Gilles. | chapellenie |
| 25 avril 1663 | Prise de possession de la chapellenie par Louis de Cresolles. | chapellenie |
| 25 février 1666 | Déclaration du convenant Douer Funandour fournie par Jean Le Joren au chapelain de Cresolles. | chapellenie |
| 23 janvier 1674 | Testament de Françoise de Cresolles (manoir de Murvern) : sépulture demandée en l'église paroissiale de Brélévenez, au chœur, legs à la confrérie du Sacré et au gouverneur de Notre-Dame, don pour un devant d'autel à Saint-Jean. | testament |
| 23 octobre 1677 | Deux dénombrements rendus par Marie Salvois, veuve de Pierre de Cresolles, pour Penanstang, Murvern, la Villeneuve et le Vieux Trévou. | dénombrement |
| 28 octobre 1677 | Rente due par Guillaume Boleat à la seigneurie de Penanstang ; mention du moulin à tan et des terres nobles situées près l'église de Brélévenez. | dénombrement |
| 21 décembre 1678 | Dénombrement de Jacques du Marhallach, sieur de Guéraout, pour le manoir de la Villeneuve — alors que celle-ci vient d'être déclarée, un an plus tôt, comme faisant partie des biens du défunt Pierre de Cresolles (voir 23 octobre 1677) ; statut exact du bien entre les deux déclarations non éclairci. | dénombrement |
| 21 septembre 1682 | Dénombrement de Pierre de Cresolle, sieur du Roz, pour le manoir de la Villeneuve, dit alors Tilby-a-senny puis Thy an Chapel. | dénombrement |
| 29 décembre 1692 | Déclaration du sieur de Cresolles, chapelain de Saint-Roch, au domaine du roi ; réception le 31 décembre. | chapellenie |
| 1697 | Un Cresolles est dit sieur de Cleustreux, un autre sieur du Vieux Trévou. | généalogie |
| 14 septembre 1699 | Déclaration du convenant fournie à la seigneurie de Kerhinyant ; réception le 7 décembre. | chapellenie |
| 29 octobre 1708 | Ferme payée par le sieur de Cresolles, chapelain de Saint-Roch, pour la chapelle et la maison de Saint-Roch. | chapellenie |
| 28 décembre 1712 | Quittance donnée par le sieur de Cresolles à Yves de Bricquir de Plumeur-Bodou (conversion de la redevance en 67 livres/an). | chapellenie |
| 14 décembre 1730 | Dénombrement de la seigneurie de Penanstang (maison principale, moulin à tan, parcelle dite « tachen terre froide »). | dénombrement |
| 17 décembre 1736 | Exploit d'assignation du procureur du roi au chapelain de Saint-Roch, aux fins d'aveu. | chapellenie |
| 28 janvier 1738 | Sentence aux Généraux Plaids de Lannion, réception de l'aveu du 27 du même mois. | chapellenie |
| 7 mai 1748 | Cérémonies du baptême de Marie Olive Pélagie de Cresolles supplées, en l'église de Brélévenez, par René Du Goasquen, chanoine de Tréguier ; permission épiscopale du 22 décembre 1747. | baptême |
| 1750 | Baptême de Pierre Joseph Marie de Cresolles sur les fonts de l'église paroissiale de Brélévenez (quantième incertain). | baptême |
| 20 mai 1750 | Ferme payée par Jean-Marie Riotorte, chapelain de Saint-Roch, pour la dîme d'une maison attenante à la chapelle. | chapellenie |
| 29 décembre 1759 | Aveu ; état des rachats dus par M. de Cresolles à Monseigneur de Rosambo à la mort de son père. | féodalité |
| 8 juillet 1783 | Naissance et ondoiement à Lannion d'Amant Marie de Cresolles (la date du 14 février « même année » associée à la cérémonie de Brélévenez paraît incohérente avec celle-ci). | baptême |
| 9 août 1783 | Permission épiscopale de Tréguier pour la cérémonie du baptême d'Amant Marie de Cresolles en la chapelle du château de la Villeneuve. | baptême |
| 26 septembre 1785 | Extrait de baptême d'Émile Jean Innocent Louis de Cresolles ; parrainages par procuration (baron de Costlouquet, douairière d'Elbeuf). | baptême |
| 20 mai 1787 | Procuration d'Antoinette de Lamoignon de Malesherbes, marquise de Rosambo, pour un baptême de Cresolles « de Brélévenez ». | baptême |
| 1787 | Ondoiement de Pierre Bon Ange Adolphe de Cresolles, parrain le comte de Pregnin (mois non précisé dans la note). | baptême |
| 1er juin 1787 | Naissance et ondoiement d'un enfant de Gabriel François de Cresolles, par l'abbé des Portes. | baptême |
| 3 avril 1914 | Lettre de Saint-Brieuc transmettant des notes sur le clergé de Brélévenez à la Révolution (vicaire Jacques Jean, vicaire constitutionnel Le Cam, recteur Lethis). | correspondance |
Deux irrégularités méritent d'être signalées telles quelles, sans résolution forcée. D'une part, l'acte de baptême d'Amant Marie de Cresolles associe une naissance datée du 8 juillet 1783 à une cérémonie dite du « quatorze février même année », ce qui est chronologiquement impossible si les deux dates appartiennent au même acte : il pourrait s'agir d'une erreur de copie, d'une confusion avec un acte voisin dans le registre, ou d'une inversion de jour et de mois. D'autre part, le dénombrement de 1682 pour le manoir de la Villeneuve désigne Pierre de Cresolle, sieur du Roz, comme titulaire du lieu, alors que les dénombrements du 23 octobre 1677 le disent déjà défunt, sa veuve Marie Salvois agissant comme tutrice de leurs enfants : sauf erreur de datation dans la note, ceci suggère l'existence de deux Pierre de Cresolles homonymes, père et fils, plutôt qu'une seule et même personne, hypothèse qui devrait être vérifiée sur les pièces originales.
Le noyau généalogique le plus ancien du dossier fait apparaître, dès le XVIe siècle, une famille de Cresolles déjà installée dans la mouvance de Brélévenez. Un acte de partage du 16 novembre 1558 mentionne Lucrèce de Cresolles, son époux Bernard Fleuri, et François de Cresolles, sieur du Rest, présenté comme l'aîné de la fratrie ; un autre relevé cite, pour 1527, un Yvon de Cresolles. Ces mentions, bien qu'elles ne suffisent pas à établir une filiation continue, attestent l'ancienneté de l'implantation du lignage dans le Trégor, antérieurement même à la période mieux documentée du dernier tiers du XVIIe siècle.
C'est en effet à partir des années 1670-1680 que le corpus devient substantiel, avec une série de dénombrements féodaux qui dessinent les contours de la seigneurie. Le 21 décembre 1678, Jacques du Marhallach, seigneur de Guéraout, demeurant en son manoir noble de la Villeneuve et époux de Marie Bulauene, apparaît comme possesseur du lieu — alors même que, un an plus tôt, les dénombrements du 23 octobre 1677 faisaient déjà de la Villeneuve l'un des biens du défunt Pierre de Cresolles, déclarés par sa veuve. Cette apparente contradiction n'autorise pas de conclusion hâtive : elle peut s'expliquer par des droits différents (propriété, mouvance, simple tenure). Mais le statut exact de la Villeneuve entre 1677 et 1682 n'est, en l'état du dossier, pas encore parfaitement reconstitué, et constitue l'une des principales questions foncières à approfondir.
En 1682, le lieu apparaît de nouveau dans la documentation sous la possession d'un Pierre de Cresolle : dès le 21 septembre de cette année-là, il est en effet désigné sieur du Roz et détenteur du manoir de la Villeneuve, décrit comme comprenant une maison appelée « Tilby a senny », devenue par la suite « Thy an chapel » — nom qui, s'il est bien lu, désignerait littéralement la « maison de la chapelle » et ferait ainsi écho à l'existence, sur place, d'un édifice cultuel privé.
Ce Pierre de Cresolle de 1682 pourrait bien être un fils homonyme du Pierre de Cresolles déjà défunt en 1677, plutôt que la même personne : la note ne permet pas de trancher.
Le décès du premier Pierre de Cresolles conduit, le 23 octobre 1677, sa veuve, Dame Marie Salvois, tutrice de leurs enfants, à fournir un double dénombrement pour l'ensemble des biens du défunt : le lieu et manoir noble de Penanstang, la maison principale du lieu et manoir noble de Murvern, mais aussi le manoir et la métairie du Vieux Trévou, situés en la paroisse voisine du Trévou. Ces pièces précisent la titulature complète du chef de famille, désigné comme « sieur dudit lieu de Penanstan, le Vieux Trévou, de la Villeneuve et autres », demeurant ordinairement en son manoir de la Villeneuve, en la paroisse de Brélévenez, évêché de Tréguier. La mouvance féodale de la seigneurie de Penanstang apparaît par ailleurs précisée dans un dénombrement plus tardif, du 14 décembre 1730, portant sur la maison principale, un moulin à tan et sa maison, ainsi qu'une parcelle dite « le tachen terre froide », desservie par un conduit d'eau menant au moulin.
Un acte du 28 octobre 1677 éclaire la structure même de cette seigneurie : Guillaume Boleat y reconnaît devoir un écu d'or à la « sgrue » (seigneurie) de Penanstang, rente payable à Pâques et à la Saint-Michel, redevance qui échoit alors aux héritiers du sieur de la Villeneuve Cresolles. Le document précise, fait notable pour l'histoire de Brélévenez, que cette redevance concernait « sur l'église de Brel[évenez] la moitié du moulin à tan, de la prée et pièces de terre au derrière », terres nobles situées « près l'église de Brélévenez » — indication qui place donc une partie du patrimoine seigneurial des Cresolles au contact immédiat de l'édifice, avant que ce moulin à tan, avec son usine et sa maison, ne soit réuni, selon la note, « au domaine de sa majesté ». La titulature se complète encore, en 1697, de la mention d'un Cresolles sieur de Cleustreux, aux côtés du Cresolles sieur du Vieux Trévou, et, en 1654, d'un écuyer Gilles de Cresolles, sieur de la Villeneuve.
Ensemble des dénombrements et actes fonciers : 16 novembre 1558 ; 21 décembre 1678 ; 21 septembre 1682 ; 23 octobre 1677 (deux actes) ; 28 octobre 1677 ; 14 décembre 1730 ; 1654 ; 1697.
Une source publiée en 1856 vient rétrospectivement confirmer et compléter ce tableau pour la période autour de 1680 : ce dictionnaire historique et statistique de l'arrondissement de Lannion note qu'en 1680 le château de la Villeneuve-Crésolles appartenait à Pierre de Crésolles, sieur de la Villeneuve, et affirme sans détour que « cette famille est originaire d'Angleterre et subsiste toujours » — précision qui tranche en faveur de l'origine anglaise déjà relevée d'après Georges Minois (Annexe I), plutôt qu'en faveur de l'origine dans l'Oise avancée par ailleurs par Jean-Yves Le Moing (Annexe II), sans qu'il soit possible d'exclure tout à fait cette dernière hypothèse. Le même ouvrage donne le blason de la famille : fascé, denché de six pièces d'or et d'azur, la branche des seigneurs de Penerec'h portant pour sa part losangé d'or et d'azur — armoiries qui viennent directement illustrer le droit d'apposer les siennes que les Cresolles détenaient, on l'a vu, tant à Saint-Jean-du-Baly de Lannion qu'à Brélévenez. Il mentionne enfin un Jean de Crésolles, contrôleur de l'hôtel du duc Jean V en 1421 et page du roi en 1788 : l'écart de plus de trois siècles entre ces deux mentions rend hautement improbable qu'il s'agisse d'un seul et même individu, et suggère plutôt deux Jean de Cresolles homonymes, appartenant à des générations très éloignées l'une de l'autre.
Le même dictionnaire, citant Ogée, situe par ailleurs Kerevern et Murvern, en 1680, dans les mains d'un certain N. Eluard, ce qui ne s'accorde pas aisément avec les dénombrements de 1677 examinés plus haut, où Murvern figure au contraire comme l'un des manoirs propres de la veuve de Pierre de Cresolles, ni avec le testament de Françoise de Cresolles, datée de Murvern en 1674. Il se peut que la seigneurie ait changé de mains entre 1674 et 1680, ou que les deux sources se rapportent à des tenures distinctes portant un nom voisin ; le corpus actuel ne permet pas de trancher.
La série la mieux fournie du dossier concerne les actes de baptême de la famille de Cresolles au XVIIIe siècle, et c'est elle qui révèle le trait le plus singulier de son statut à Brélévenez : la faculté, pour les enfants du lignage, de recevoir non le baptême complet, mais l'ondoiement — baptême privé administré en cas d'urgence ou de commodité — dans la chapelle du château de la Villeneuve Cresolles, les cérémonies solennelles n'étant « suppléées » que plus tard, dans l'église paroissiale de Brélévenez elle-même, et ce en vertu de permissions épiscopales expresses dont plusieurs exemples sont conservés dans le corpus.
Le cas le mieux documenté est celui d'Amant Marie de Cresolles, fils de Messire Gabriel Jonathas François de Cresolles et de Dame Marie Anne Saloü. Né et ondoyé à Lannion le 8 juillet 1783, il fut néanmoins « nommé » et reçut les cérémonies du baptême à Brélévenez, dans la chapelle du château de la Villeneuve Cresolles, par la permission de Monseigneur l'évêque de Tréguier, datée du 1er juillet 1783 et signée « + August[in], évêque de Tréguier ». L'acte est suivi d'une longue liste de signatures nobiliaires — Kermel, Chef du Bois, Hinquant de Loz, Chauvel de Brélen, Bragoff de Kerdon — qui donne la mesure du réseau de parenté et d'alliance mobilisé pour l'occasion, le recteur de Brélévenez, M. Le Bris, figurant lui-même parmi les signataires.
Le même schéma se retrouve pour Émile Jean Innocent Louis de Cresolles, dont l'extrait de baptême du 26 septembre 1785 associe comme parrain, par procuration, Messire Jean Gilles baron de Costlouquet, mestre de camp commandant du régiment de Bretagne, gentilhomme d'honneur du comte d'Artois, et comme marraine, également représentée, Innocent Catherine de Runge Duplessis-Bellène, douairière du duc d'Elbeuf — parrainages prestigieux qui témoignent de l'insertion de la famille dans les réseaux de la noblesse de cour autant que dans ceux du Trégor. Un autre enfant, Pierre Bon Ange Adolphe, fut de même ondoyé « en vertu de la permission de Monseigneur l'évêque de Tréguier » par le ministère de l'abbé Chauvel des Portes, avec pour parrain le comte de Pregnin, lieutenant général des armées du roi et ambassadeur extraordinaire auprès de l'empereur du Maroc.
Cette pratique n'est pas propre à la fin du XVIIIe siècle : dès 1750, l'acte de baptême d'Escuier Pierre Joseph Marie de Cresolles, fils de François Claude Joseph Marie de Cresolles et de Marie Marthe de Kermel, précise qu'il fut baptisé « sur les saints fonts de l'église paroissiale de Brélévenez » par Jean Gorantin de Kerormel, licencié de l'Université de Paris et recteur de Trévornillian — recteur d'une paroisse voisine, venu donc officier spécialement à Brélévenez —, en présence du seigneur de Cresolles, père de l'enfant. De même, le 7 mai 1748, ce sont les cérémonies du baptême de Marie Olive Pélagie de Cresolles qui furent « supplées », en l'église de Brélévenez, par René Du Goasquen, chanoine du chapitre de Tréguier et promoteur de l'officialité, l'ondoiement initial ayant eu lieu sur les fonts baptismaux de l'église même, en vertu d'une permission épiscopale datée du 22 décembre précédent.
L'ensemble de ces actes dessine ainsi une pratique bien attestée dans la noblesse rurale d'Ancien Régime : celle du recours régulier à une chapelle privée pour l'ondoiement immédiat des nouveau-nés, suivi, dans un délai variable, d'une cérémonie solennelle célébrée dans l'église paroissiale, où les cérémonies baptismales étaient ensuite accomplies et consignées dans les registres. Le dernier acte du corpus relatif à cette pratique, daté du 1er juin 1787, concerne un enfant de Gabriel François Jonathas de Cresolles et de Marie Saloü, « né la nuit du 1er juin » et ondoyé par l'abbé des Portes en présence du recteur Le Bris — occurrence tardive qui montre la pérennité de l'usage jusqu'à la veille de la Révolution.
Actes de baptême et d'ondoiement : 7 mai 1748 ; 1750 ; 8 juillet / 9 août 1783 ; 26 septembre 1785 ; 1787 (sans quantième) ; 1er juin 1787.
La lettre de 1914 mentionnée plus haut fournit, sur le clergé paroissial de Brélévenez à la charnière révolutionnaire, des informations que les actes de baptême permettent de compléter et de recouper. Le vicaire de la paroisse, un certain Jacques Jean — que l'on retrouve d'ailleurs, sous la forme abrégée « jac[ques] : yan curé de Brélévenez », parmi les signataires de l'acte de baptême de 1783 — aurait quitté ses fonctions vers la fin de 1791 ou le début de 1792. Il fut remplacé par un vicaire constitutionnel, M. Le Cam, qui demeura en poste jusqu'en 1793, c'est-à-dire jusqu'au moment où le serment constitutionnel devint lui-même de plus en plus intenable pour le clergé en exercice.
Le rédacteur de la lettre indique par ailleurs avoir recueilli quelques informations sur le recteur — le curé Lethis — dont il rapporte le décès avant le mois d'avril 1791, précisant que cette date se situe au début de la Révolution. La phrase demeure incomplète dans la note, interrompue par la formule « et fut », qui laisse attendre la mention de son successeur sans que celle-ci soit conservée dans le corpus. Ce recteur Lethis n'apparaît pas nommément ailleurs dans le dossier ; en revanche, le nom du recteur Le Bris, actif dans les années 1780, revient à plusieurs reprises dans les actes de baptême de la famille de Cresolles ; comme le confirme l'Annexe I, Hyacinthe-Jean Le Bris fut recteur de Brélévenez de 1780 à 1790.
Le personnel ecclésiastique gravitant autour de la paroisse est en réalité plus étoffé encore : on relève, au fil des actes, la présence de G. M. Lunegan, curé de Lannion, de l'abbé Chauvel des Portes, prêtre officiant fréquemment pour la famille de Cresolles, ainsi que celle de dignitaires du chapitre de Tréguier — le chanoine et promoteur René Du Goasquen en 1748, l'évêque de Tréguier Charles-Guy en 1748 également. Cette accumulation de témoignages, bien que dispersée entre plusieurs décennies, permet de restituer une liste partielle mais chronologiquement cohérente des clercs en fonction à Brélévenez entre le milieu du XVIIIe siècle et les premières années de la Révolution : Du Goasquen (officiant en 1748), Le Bris (recteur dans les années 1780), Jacques Jean (vicaire jusqu'en 1791-1792), puis Le Cam, vicaire constitutionnel (jusqu'en 1793).
Le dossier fait apparaître, à deux reprises et dans un même acte, la mention d'une « église du Baly », qu'il convient d'identifier avec l'église Saint-Jean-du-Baly, ancienne église paroissiale de la ville de Lannion. Un acte sur parchemin de 1506 — la pièce la plus ancienne du corpus — y décrit les prééminences des Cresolles dans une chapelle « du côté méridional » de cette église, prééminences comportant le droit d'y avoir tombes, enfeux et escabeaux, le droit d'enterrement et d'inhumation, ainsi que le droit d'y apposer ses armoiries. Le même acte rattache ces prééminences à une « chapelle de Penanstang », désignation qui correspond au nom de la seigneurie tenue par les Cresolles en la paroisse de Brélévenez, et qui constituait vraisemblablement l'espace privatif réservé, au sein de l'église urbaine de Lannion, à cette branche de la famille.
Ces droits honorifiques exercés à Saint-Jean-du-Baly ne concernent donc pas directement l'église de Brélévenez, mais ils s'accompagnent, dans le corpus, d'une seconde série d'attestations qui, elles, portent sans ambiguïté sur l'église de Brélévenez elle-même. Le testament de Françoise de Cresolles, daté du 23 janvier 1674, en offre le témoignage le plus explicite : habitant le manoir de Murvern, la testatrice y exprime sa volonté d'être enterrée « dans l'église paroissiale dudit Brélévenez, dans l'une des tombes et prééminences de ses ancêtres, au chœur de ladite église » — précision topographique qui situe la sépulture familiale au chœur même de l'édifice, emplacement le plus honorifique qui soit. Le testament comporte en outre plusieurs legs pieux qui éclairent la vie des confréries locales : six livres à la confrérie du Sacré, érigée en l'église de Brélévenez, six autres livres au gouverneur de Notre-Dame de Brélévenez, et le don d'une « huffe de Coquenotelle » destinée à la confection d'un devant d'autel pour Saint-Jean, dans la même église.
La famille de Cresolles disposait ainsi, de part et d'autre, de deux assises honorifiques distinctes : l'une, ancienne, à Saint-Jean-du-Baly de Lannion, attachée au nom de Penanstang ; l'autre, à Brélévenez même, où elle détenait au chœur de l'église un enfeu ancestral et entretenait des liens de patronage avec les confréries pieuses de la paroisse ainsi qu'avec l'autel dédié à saint Jean.
Ces pièces étant de nature juridique et généalogique, et non descriptive, elles ne livrent sur l'architecture religieuse de Brélévenez que des indications indirectes, glanées au fil des actes plutôt qu'exposées pour elles-mêmes. Il n'en demeure pas moins possible d'en tirer un faisceau cohérent d'informations.
Du côté de la chapelle privée du château de la Villeneuve, la pratique baptismale qui s'y attache — étudiée au § IV — suffit à établir qu'il s'agissait d'un lieu de culte à part entière, suffisamment reconnu par l'autorité épiscopale. Le nom même du manoir, relevé en 1682 sous la forme « Thy an chapel », soit littéralement la maison de la chapelle, tend à confirmer que cet édifice cultuel constituait, dès la fin du XVIIe siècle, un trait caractéristique et identifiant du lieu, au point d'en fournir l'appellation usuelle.
Du côté de l'église de Brélévenez elle-même, le testament de 1674, étudié au § VI, fournit également deux indications architecturales : la localisation de l'enfeu familial au chœur de l'édifice, marque d'honneur reconnaissable réservée aux familles jouissant de prééminences, et l'existence d'un autel dédié à saint Jean, distinct du maître-autel. Les actes de baptême du XVIIIe siècle, de leur côté, mentionnent les fonts baptismaux de l'église paroissiale comme lieu où sont administrées les cérémonies suppléées — mobilier liturgique dont la présence est ainsi doublement attestée, en 1748 et en 1750, sans que sa localisation dans l'édifice soit autrement précisée.
Un dernier ensemble d'indications, de nature moins architecturale que topographique, situe l'environnement immédiat de l'église de Brélévenez : l'acte du 28 octobre 1677 y place un moulin à tan, alimenté par un conduit d'eau, ainsi qu'une prée et des pièces de terre qualifiées de « terres nobles », le tout décrit comme réuni, à une date non précisée, au domaine royal. Ces éléments, sans renseigner sur le bâti de l'église elle-même, permettent de restituer un fragment du paysage qui l'entourait à la fin du XVIIe siècle : un site à vocation à la fois cultuelle et artisanale, où activité meunière et emprise seigneuriale se trouvaient étroitement imbriquées aux abords immédiats de l'édifice religieux.
Ce silence des actes sur le gros œuvre de l'église — nef, portail, clocher, crypte — n'est pas surprenant en soi : les pièces rassemblées ici sont de nature actuarielle et successorale, rédigées pour établir des droits et non pour décrire un bâtiment. Il se trouve cependant partiellement comblé, indépendamment du dossier des Cresolles, par un dictionnaire historique et statistique de l'arrondissement de Lannion publié en 1856, dont la notice complète est reproduite en Annexe III. On en retiendra ici seulement ce qui éclaire directement la question des prééminences des Cresolles : l'existence, sur le flanc méridional de l'édifice, de chapelles latérales dont l'une conserve des pierres tombales portant croix et insignes templiers, et celle d'une crypte placée sous le chœur même — c'est-à-dire précisément l'espace où le testament de 1674 situe l'enfeu familial.
Cette description ne permet cependant pas d'identifier avec certitude laquelle de ces chapelles latérales — celle aux pierres tombales templières ou une autre — correspondait à l'enfeu et à l'autel de saint Jean mentionnés dans le testament de 1674 ; le rapprochement entre les deux séries de sources reste, sur ce point précis, une hypothèse à vérifier plutôt qu'une identification acquise.
À ces droits honorifiques exercés dans l'église mère s'ajoute la gestion, par la même famille, d'une fondation distincte : la chapellenie de Saint-Roch, également située en la paroisse de Brélévenez, évêché de Tréguier. Le dossier conserve, sous la forme d'un « état des pièces », un véritable petit dossier titres relatif à cette chapellenie, reconstitué a posteriori — sans doute au XVIIIe siècle — à partir d'actes antérieurs conservés au château de Guinpily.
La chaîne de présentation des chapelains peut être partiellement restituée. Le 24 janvier 1648, Messire Claude de Lannuin présente Messire Pierre Gilles, prêtre, à la chapellenie de Saint-Roch ; celui-ci en prend possession le lendemain, 25 janvier 1648. Une déclaration du convenant du « Douer Funandour », autrement dit la « chapelle Judet » et Saint-Roch, situé en la paroisse de Servel, précise les redevances dues au chapelain : seize boisseaux de froment et trois livres en argent par an. À la mort de Pierre Gilles, c'est Messire Claude de Lannuin qui présente, le 31 mars 1663, Messire Louis de Cresolles, prêtre, à la chapellenie — première apparition, dans ce dossier, d'un Cresolles engagé dans les ordres, qui prend possession de la charge le 25 avril suivant.
La chapellenie demeure ensuite dans la mouvance, sinon dans les mains directes, de la famille : une déclaration du 29 décembre 1692 est fournie par le « sieur de Cresolles » en qualité de chapelain de Saint-Roch au domaine du roi ; une autre, du 14 septembre 1699, est adressée à la seigneurie de Kerhinyant, toujours pour le même convenant du Douer Funandour. En 1712, une quittance atteste la conversion de la redevance en nature — les seize boisseaux de froment — en une rente en argent de soixante-sept livres, versée par Yves de Bricquir de Plumeur Boden. La chapellenie se maintient jusqu'au milieu du XVIIIe siècle : en 1750, c'est Messire Jean-Marie Riotorte, alors chapelain de Saint-Roch, qui perçoit la dîme d'une maison attenante à la chapelle, affermée pour trente-sept livres dix sols.
La chapellenie de Saint-Roch constitue ainsi une fondation pieuse annexe, dotée de revenus propres assis sur des tenures paysannes des environs de Lannion et de Servel. La présence de Louis de Cresolles parmi ses chapelains, à partir de 1663, montre en outre que cette institution était directement liée à l'environnement religieux de la famille, et vient compléter, sur le plan spirituel, l'ensemble des droits honorifiques que les Cresolles détenaient déjà dans l'église paroissiale elle-même.
Les actes de baptême examinés plus haut ont déjà signalé l'ampleur du réseau d'alliances noué par les Cresolles au XVIIIe siècle : Kermel, Chef du Bois, Coroller de Kerdanoc, Kerormel, jusqu'aux grandes maisons de cour évoquées à l'occasion des parrainages de 1783 et 1787. Un document de 1787 vient éclairer un autre aspect de cette insertion dans les réseaux nobiliaires : Antoinette Marguerite Thérèse de Lamoignon de Malesherbes, épouse de Louis Le Peletier de Rosambo, marquis de Rosambo et conseiller du roi, donne procuration pour représenter, sur les fonts baptismaux, l'enfant né « de Monsieur et de Madame de Cresolles de Brélévenez ». La formule est significative : c'est bien sous cette désignation, « de Cresolles de Brélévenez », que la famille est identifiée dans la correspondance des Rosambo, ce qui atteste l'identification durable, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, du lignage à ce terroir précis du Trégor.
Le dictionnaire de 1856 déjà cité permet, à ce propos, de mieux comprendre la proximité si constante entre les Cresolles, les Kermel et les Rosambo : il rapporte, à l'article consacré à la seigneurie voisine de Launay, que la branche aînée de la famille de Kerimel — autre graphie de Kermel — s'est fondue dans la maison de Barac'h, laquelle s'est fondue à son tour dans celle de Cosquer de Rosambo. Cette succession de mariages permet de comprendre la continuité dynastique qui relie, au moins en partie, les familles de Kermel, Barac'h et Rosambo ; elle fournit un contexte permettant d'éclairer la proximité observée dans les actes des Cresolles, sans que l'alliance contractée avec Marie Marthe de Kermel en 1750 et la procuration donnée par la marquise de Rosambo en 1787 puissent être formellement rattachées, en l'état du dossier, à une seule et même lignée féminine : établir ce lien précis supposerait de reconstituer les filiations féminines concernées.
Cette proximité avec la maison de Rosambo n'est pas isolée : un état de 1759 mentionne les « rachats » — droit féodal dû au suzerain lors de la transmission d'un fief par voie de succession — que M. de Cresolles doit acquitter, à la mort de son père, à Monseigneur de Rosambo, suivant un aveu du 29 décembre 1759. Il apparaît ainsi que la seigneurie de la Villeneuve, ou une partie au moins des tenures qui en relevaient, se trouvait sous la mouvance féodale directe de la puissante maison de Rosambo, l'une des plus considérables du Trégor à l'époque moderne. Cette proximité féodale fournit un élément de contexte susceptible d'éclairer l'implication de Madame de Rosambo, née Lamoignon de Malesherbes, dans les affaires de baptême de la famille vassale.
Replacés dans l'ordre chronologique et thématique plutôt que dans celui, disparate, de leur transcription, ces relevés d'archives dessinent le portrait relativement cohérent d'un lignage noble de moyenne importance, solidement enraciné dans la paroisse de Brélévenez depuis le milieu du XVIe siècle au moins, et dont la présence peut y être suivie sans rupture majeure jusqu'à la Révolution. Cet enracinement se lit à la fois dans l'assise foncière de la famille autour du manoir de la Villeneuve, dans les droits honorifiques et religieux qu'elle exerçait à Brélévenez comme à Saint-Jean-du-Baly de Lannion, et dans le réseau d'alliances qui la relie, par les Kermel puis par les Rosambo-Malesherbes, aux plus grandes maisons du Trégor et à la noblesse de cour de la fin de l'Ancien Régime.
Plusieurs pistes mériteraient d'être approfondies pour prolonger cette étude : l'identification précise du recteur Lethis et de son successeur immédiat, dont le nom manque dans la lettre de 1914 ; la localisation exacte, dans l'état actuel de l'église de Brélévenez, du chœur mentionné dès 1674 et de l'enfeu des Cresolles, ainsi que de l'autel dédié à saint Jean, et son rapport éventuel avec la chapelle aux pierres tombales templières décrite en 1856 ; la vérification, à Saint-Jean-du-Baly de Lannion, des vestiges éventuels de la chapelle méridionale et de la chapelle de Penanstang évoquées en 1506 ; la résolution de la contradiction relevée sur la possession de Murvern entre 1674-1677 et 1680 ; enfin, la reconstitution complète de la filiation du lignage entre le partage de 1558 et les dénombrements de 1677-1682, période pour laquelle le corpus actuel ne fournit encore que des points isolés, avec la question annexe d'une possible homonymie entre deux Pierre de Cresolles successifs, à laquelle s'ajoute désormais celle, tout aussi ouverte, d'un possible doublet entre les deux Jean de Cresolles de 1421 et de 1788.
Un article de Georges Minois, consacré au recrutement du bas clergé dans le Trégor au XVIIIe siècle et fondé sur le dépouillement des registres d'insinuations ecclésiastiques du diocèse de Tréguier conservés aux Archives départementales des Côtes-du-Nord (1692-1790), apporte, incidemment, plusieurs informations qui recoupent et complètent utilement le dossier des Cresolles. L'étude porte sur l'ensemble des bénéfices mineurs du diocèse — chapellenies, cures et prieurés — et n'a pas pour objet la famille de Cresolles en particulier ; mais celle-ci y figure à plusieurs reprises, à la fois comme exemple caractéristique du recrutement nobiliaire du clergé trégorrois et, plus directement, à travers la liste des recteurs de Brélévenez qui figure en appendice.
Le trait le plus significatif concerne l'origine même du lignage : l'article présente les Cresolles comme une famille « originaire d'Angleterre », prouvant huit générations lors de la réformation de la noblesse de 1668 — précision généalogique qui ne figurait pas dans les notes d'archives examinées plus haut, et qui mériterait d'être vérifiée et approfondie. L'article détaille par ailleurs la carrière de quatre clercs issus de cette famille au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles. Louis de Cresolles devint recteur de Guimaëc, où il mourut en 1700 ; il pourrait s'agir du même Louis de Cresolles présenté à la chapellenie de Saint-Roch de Brélévenez en 1663, l'écart chronologique entre les deux dates n'étant pas incompatible avec une seule et même carrière, sans qu'aucune source ne permette cependant de l'affirmer avec certitude. Jean-Baptiste de Cresolles, chanoine de la collégiale Notre-Dame-du-Mur de Morlaix, fut recteur de Plourin en 1706, puis recteur de Saint-Melaine de Morlaix de 1707 à 1743. Jean de Cresolles, chapelain de Saint-Étienne à Tréguier en 1704, devint ensuite recteur de Sainte-Croix de Guingamp en 1708, puis de Ploumagoar de 1715 à 1718, enfin de Langoat à partir de 1718, poste qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1731. Charles de Cresolles, enfin, fut ordonné prêtre en 1723, sans que sa carrière ultérieure soit connue de l'auteur. Cette branche cléricale, distincte de la lignée seigneuriale de la Villeneuve mais manifestement issue de la même famille, illustre bien le schéma d'ensemble dégagé par l'article : le placement méthodique des cadets de la noblesse trégorroise dans les bénéfices du diocèse, souvent au moyen d'une chapellenie familiale servant de premier tremplin — comme le fit précisément la chapellenie de Saint-Roch pour les Cresolles — avant l'accession à une cure ou à un canonicat.
L'appendice de l'article, qui recense les recteurs de chacune des cent quatre paroisses du diocèse entre 1692 et 1790 à partir des registres d'insinuations, fournit en outre la liste complète des recteurs de Brélévenez pour cette période : Claude Jégou, mort en 1701 ; François le Goffic, de 1701 à sa résignation en 1706 ; noble Joseph le Borgne, de 1706 à 1722, date de sa mort — la notice biographique de la famille le Borgne donnée par ailleurs dans l'article situe cependant son passage à Brélévenez entre 1706 et 1707 seulement, ce qui laisse une incertitude sur la date exacte de la fin de son rectorat, que seul l'appendice permet de prolonger jusqu'à 1722 ; Yves Tréguier, à partir de 1722 ; Joseph-René Boudehen, jusqu'à sa résignation en 1765 ; Pierre Boudehen, de 1765 à sa mort en 1780, ensuite curé de Guerlesquin ; et enfin Hyacinthe-Jean le Bris, recteur de 1780 à 1790. Cette dernière identité permet de préciser le prénom du recteur Le Bris, déjà rencontré dans les actes de baptême de la famille de Cresolles entre 1783 et 1787 sous la seule mention « M. Le Bris » : il s'agit donc d'Hyacinthe-Jean le Bris. Elle confirme également, en creux, que Jacques Jean et M. Le Cam, mentionnés dans la lettre de 1914 comme actifs à Brélévenez au moment de la Révolution, y exerçaient les fonctions de vicaires sous l'autorité du recteur Le Bris, et non celles de recteurs titulaires du bénéfice, la liste des insinuations ne connaissant que ce dernier pour la période considérée.
Un article de Jean-Yves Le Moing, publié dans le bulletin de l'ARSSAT en 2000 en complément d'une étude parue l'année précédente sur la famille de Crésolles et sur l'origine du nom bretonnisé de Kerzollès, permet de prolonger le dossier bien au-delà de la période étudiée jusqu'ici, en retraçant le sort du château de la Villeneuve depuis la Révolution jusqu'à sa disparition complète et à l'occupation actuelle du site. L'auteur y présente la famille comme « probablement originaire de l'Oise » — indication qui ne recoupe pas celle, « originaire d'Angleterre », relevée plus haut (Annexe I) d'après l'article de Georges Minois, sans qu'aucune des deux sources ne permette de trancher entre ces deux origines proposées.
Sur le plan architectural, l'article situe la construction du manoir de la Villeneuve au XVe siècle, avant qu'un château de style moderne n'y soit édifié au XVIIe, entouré d'un jardin à la française et pourvu d'une pièce d'eau de cent mètres de long. La carte de Cassini n° 156 (feuille de Tréguier, levée en 1785 et complétée en 1790) figure le château avec ses rabines orientées est-ouest et nord-sud, tandis que le cadastre napoléonien de 1828, sur la section B de Brélévenez dite « de la Villeneuve », détaille l'environnement du bâtiment principal — écurie, communs, et un petit édifice annexe que l'auteur identifie comme la chapelle, laquelle est signalée comme disparue par René Couffon dans son Répertoire des églises et chapelles des Côtes-du-Nord (1938).
L'article resitue également le château dans son environnement seigneurial immédiat, aux côtés des châteaux du Cruguil et de Kerhingant (ce dernier sur la commune de Saint-Quay), les trois seigneuries formant l'ossature de la vie locale au nord de Lannion. Il précise que les propriétaires de la seigneurie de Launay-Névet partageaient avec les Crésolles et les châtelains du Cruguil des droits de prééminence à la chapelle du Rusquet, présentée ici comme l'ancienne église paroissiale de Brélévenez — précision qui vient documenter, indépendamment des sources examinées dans le corps de cette étude, la question de la localisation successive du siège paroissial déjà évoquée à propos des actes de 1674, 1748 et 1750. L'ouvrage géographique d'Adolphe Joanne (1878) est par ailleurs corrigé sur un point : c'est par erreur qu'il rattache les châteaux de la Villeneuve-Crésolles et de Kerhingant à la commune de Servel. Un inventaire archéologique d'A. L. Harmois, dont la rédaction initiale remonte à 1883 mais dont la publication ne date que de 1909, signale en outre, dans le champ dit de Kerjean près de la Villeneuve, des briques et tuiles à crochet, ainsi que le passage d'une voie romaine reliant Coz-Yeaudet à Perros — mentions burlesques en un sens, puisque le château lui-même avait déjà disparu au moment de la rédaction de l'ouvrage, ce qui permet de fixer 1883 comme date limite de sa disparition.
La Révolution marque le tournant décisif de cette histoire. D'après l'Histoire de la Révolution en Bretagne d'A. du Châtelier, deux femmes de la famille figurent parmi les soixante-et-une personnes détenues à Lannion du 26 septembre au 14 octobre 1793 pour cause de suspicion : Marie-Anne Saliou, épouse Crésolles, et Marthe Crésolles, présentée comme sœur d'émigré. Cette Marie-Anne Saliou doit être identifiée avec la « Dame Marie Anne Saloü » déjà rencontrée plus haut (§ IV) comme mère d'Amant Marie de Cresolles, né en 1783 ; son mari, Gabriel Jonathas François de Cresolles, correspond de même à Gabriel-Jonathas de Crésolles, dit l'Armoricain, ancien commissaire des états de Bretagne, que l'article de Le Moing décrit comme un chef chouan actif dans le Trégor en l'an IV, dont l'ambition personnelle inquiétait jusqu'à ses propres alliés, tel Charles Trolong du Rumain.
Après la Révolution, un Jonathas de Crésolles — vraisemblablement le même Gabriel-Jonathas — rachète en 1806 une partie de ses biens, peut-être le convenant de Penanlan, ce qui suggère une reprise de possession au moins partielle du château, sous le titre de comte. Le déclin s'installe cependant au cours du XIXe siècle : en 1877, deux membres de la famille, qualifiés comte et vicomte, résident déjà à Ploujean et à Morlaix plutôt qu'à Brélévenez, signe que le château était devenu inhabitable faute des moyens nécessaires à son entretien. L'extinction du lignage est documentée par le Dictionnaire de la Noblesse Française de Fernand de Saint-Simon et Étienne de Sereville (1977) : le dernier représentant, Victor de Crésolles, né en 1851 à Guingamp, meurt sans postérité en 1917 à Djidjelli, en Algérie. C'est pour financer son installation coloniale qu'il fait démonter, vers 1880, les pierres du château, réemployées dans la construction de plusieurs maisons de Lannion, tandis que le sort des archives familiales demeure à ce jour inconnu.
Le site connaît ensuite une série de transformations qui achèvent d'effacer toute trace du château : retour à une simple vocation agricole à la fin du XIXe siècle, disparition de la chapelle et envahissement progressif du jardin et de la pièce d'eau par la végétation ; aménagement, entre les deux guerres, d'une piste d'aviation en herbe pour l'aéroclub lannionnais ; réquisition et bétonnage de cette piste par l'occupant allemand en 1940, avec expulsion sous quarante-huit heures des habitants du secteur ; puis, à la fin des années 1950, intégration du site au grand projet du CNET porté par Pierre Marzin, la longueur de la piste existante et la platitude du terrain en faisant un emplacement idéal pour le second centre de recherche associé au Radôme de Pleumeur-Bodou. Des prises de vues aériennes conservées dans les archives photographiques du CNET (FTR&D) permettent aujourd'hui de repérer, par différence de végétation, l'emplacement probable des murs disparus et du pigeonnier. Les bâtiments de l'ancien château se trouvent ainsi désormais localisés, pour l'essentiel, à cheval sur les emprises actuelles de la SAGEM et du CNET, sans qu'il soit possible d'affirmer avec certitude lequel des bâtiments subsistant sur les plans anciens correspondait à la chapelle ou à l'ancien manoir du XVe siècle.
Sources citées par l'article : A. du Châtelier, Histoire de la Révolution en Bretagne, t. 2, p. 149 ; bulletin de la Société d'Émulation des Côtes-du-Nord, 1934, p. 77 ; L. Dubreuil, Vente des biens nationaux dans les Côtes-du-Nord ; R. Couffon, Répertoire des églises et chapelles des Côtes-du-Nord, 1938 ; A. Joanne, Géographie du département des Côtes-du-Nord, 1878 ; A. L. Harmois, Inventaire des découvertes archéologiques du département des Côtes-du-Nord, 1909 (rédigé en 1883) ; R. Kerviler, Répertoire de Biobibliographie Bretonne, 1899 ; F. de Saint-Simon et É. de Sereville, Dictionnaire de la Noblesse Française, 1977 ; carte de Cassini n° 156 (Tréguier, 1785-1790) ; cadastre napoléonien de Brélévenez, 1828.
Un ouvrage descriptif et historique consacré aux Côtes-du-Nord, publié en 1856 dans sa partie relative à l'arrondissement de Lannion, consacre à la commune de Brélévenez une notice complète qui, sans plus concerner la famille de Cresolles — déjà retirée de la Villeneuve depuis longtemps à cette date —, éclaire utilement le cadre géographique, patrimonial et légendaire dans lequel s'inscrit l'ensemble du dossier précédent. Il paraît utile d'en conserver ici les éléments les plus significatifs, à titre de complément documentaire sur la paroisse elle-même plutôt que sur ses seigneurs.
Sur le plan géographique, la commune est alors formée d'une quarantaine de villages, parmi lesquels Saint-Roch et le Cruguil — déjà rencontrés plus haut à propos de la chapellenie et du voisinage seigneurial de la Villeneuve —, ainsi qu'une trentaine d'autres hameaux non directement liés au dossier des Cresolles ; elle est limitée au nord par Saint-Quay et Lonannec, à l'est par Louannec et Rospez, au sud par Buhulien et Lannion, à l'ouest par Servel. Sa population est de 1 730 habitants, sa superficie de 1 462 hectares 67 ares, et son bourg, siège du chef-lieu de canton et du bureau de poste, s'élève sur une hauteur dominant Lannion, à deux kilomètres au nord de cette ville.
L'étymologie retenue par l'ouvrage fait de Brélévenez la composition de deux mots celtiques, bre et levenez, dont le sens littéral serait « mont joie » ou « montagne de la joie », la commune devant cette dénomination à sa situation sur une colline élevée placée sous la protection de sa sainte patronne, Notre-Dame-de-Liesse — l'église elle-même étant sous l'invocation de la sainte Trinité. L'édifice est décrit comme dominant Lannion de cent mètres, au bord d'un ancien étang dont il ne subsiste plus qu'un vivier et un ruisseau, et n'être accessible depuis la ville que par un escalier de pierre de taille longtemps en assez mauvais état ; l'ouvrage note d'ailleurs que l'église de Brélévenez semble presque une dépendance de Lannion, une sorte de succursale au service de l'un de ses faubourgs. L'abside, romane, y est datée du onzième-douzième siècle, la nef, le portail et le clocher du quinzième d'après Fréminville ; l'ensemble aurait été restauré en 1659 par les Carmes, puis rajeuni à l'intérieur, avec mise au jour d'une rosace de pierre, par les soins de M. Landouar, recteur de la paroisse au moment de la rédaction. Trois piliers isolés sur le flanc méridional, un calvaire ou emblème trinitaire selon l'interprétation retenue, une crypte sous le chœur abritant des statues de bois de la mise au tombeau, et un bénitier de granit portant une inscription latine identifiée comme une ancienne mesure à grain du douzième siècle, comptent parmi les curiosités relevées. Les chapelles latérales et la crypte sous le chœur ont déjà été mises à profit plus haut (§ VII) pour éclairer la question de l'enfeu des Cresolles ; l'ensemble de cette notice est reproduit ici intégralement, à titre de complément documentaire sur la paroisse elle-même.
L'ouvrage rapporte également des usages de piété populaire propres à l'église : le jour du pardon de saint Leu — la paroisse ayant un second pardon le dimanche de la Trinité —, les petits enfants qu'on y conduit ne manquent pas d'acquérir un coq de plâtre ou un évêque doré, tandis que leurs parents offrent au saint des œufs et des poulets déposés dans une mue placée à cet effet dans l'une des chapelles latérales ; de petits navires suspendus à la voûte témoignent par ailleurs de la piété des gens de mer venus y accomplir des vœux faits aux jours de tempête. Les petites chapelles de Saint-Pierre, du Rusquet et de Saint-Roch sont également mentionnées, cette dernière faisant l'objet d'un pèlerinage, notamment en temps d'épidémie, les habitants de Lannion s'y rendant processionnellement le mardi de la Pentecôte pour invoquer contre la peste et les maladies contagieuses.
Sur le plan historique, l'ouvrage signale qu'en 1331 (ou 1351, selon la date généralement retenue pour cet épisode), Huon de Saint-Yvon, né dans la paroisse de Brélévenez, prit part, aux côtés de Robert de Beaumanoir, à ce combat resté célèbre sous le nom de combat des Trente, dans les landes de la Croix-Helléan entre Ploërmel et Josselin, et en réchappa sain et sauf. Plus près de la période étudiée dans le corps de cette étude, il rapporte qu'en 1794 M. Le Jan, vicaire de Brélévenez, fut déporté à Rochefort et y mourut, après quelques mois de captivité, à bord du navire les Deux-Associés — épisode qui pourrait concerner le même vicaire que le « Jacques Jean » ou « jac[ques] : yan » déjà rencontré dans les actes de baptême de 1783 et dans la lettre de 1914 (§ V), les deux formes du nom, Jean et Le Jan, pouvant aisément se confondre dans l'usage local, sans qu'aucune source ne permette cependant de l'affirmer avec certitude. Il précise enfin qu'avant la Révolution la paroisse de Brélévenez relevait directement du roi, qu'elle dépendait de l'évêché de Tréguier, et qu'elle avait Lannion pour subdélégation et pour ressort, la cure y étant à l'ordinaire.
L'ouvrage rapporte enfin, sous forme de légende locale, l'histoire de Jean Le Gall, jeune homme de la paroisse aussi accompli que convoité par les prétendants d'une riche héritière, dont le fils du sacristain, rival jaloux, aurait obtenu la perte en l'accusant d'avoir dérobé un calice ; condamné malgré l'intercession miraculeuse de Notre-Dame-des-Neiges et de Notre-Dame-du-Folgoat, qui firent par trois fois échouer sa pendaison, et malgré l'offre de rachat de cinq cents écus faite par son frère, alors recteur de Brélévenez, Jean Le Gall fut finalement conduit au gibet. Cette légende, sans lien avec la famille de Cresolles, illustre la veine hagiographique et édifiante propre aux traditions orales attachées au sanctuaire de Brélévenez.