Sermon sur les Dangers du Monde et la Barque de l'Église

Qui amat periculum, peribit in illo.
« Celui qui aime le danger y périra. »

Un navire éloigné de son port, voguant sur une mer inconnue et parsemée d'écueils, battu par les vents et les flots dans l'immensité de l'Océan, est continuellement en danger de périr et de faire naufrage. L'Église, comparée à un navire dans les écrits des Stes Pères, est aussi sans cesse exposée à faire naufrage dans la mer orageuse de ce monde : sans cesse exposée aux efforts des puissances de l'enfer qui voudraient la renverser et la submerger. Mais son divin époux commande aux vents, à la mer, et à la tempête, et ne permet pas aux portes de l'enfer de prévaloir contre son église. Chacun de nous membres de cette église, partage ses espérances et ses dangers.

Mille et mille écueils environnent notre innocence, au milieu d'un monde corrompu et séduisant, qui n'offre que des aliments aux passions et dont les maximes sont si opposées à la sainte sévérité de l'Évangile. Tout est danger dans le monde pour l'innocence. Voulez-vous éviter ces dangers ? Soyez toujours accompagnés de Jésus-Christ. Puisez dans la religion, dans la prière, dans l'usage des sacrements, dans une vigilance continuelle, dans tous ces moyens efficaces, les secours et les forces qui vous rendront victorieux de l'ennemi de votre salut.

Placé dans le monde par la volonté de Dieu, par une vocation divine et légitime, ne laissez point Jésus-Christ s'endormir dans votre cœur : n'abandonnez pas les pratiques de piété, les bonnes œuvres, les moyens de sanctification qui sont à votre disposition. Si votre cœur se refroidit, si votre ferveur se ralentit, hâtez-vous de réveiller Jésus-Christ, de le prier, de recourir à lui ; c'est le seul espoir qui vous reste. À la vue des ennemis de votre salut que votre relâchement encourage, et qui redoublent leurs efforts à mesure que vous diminuez les vôtres, adressez-lui cette prière : Levez-vous, Seigneur, que vos ennemis soient dissipés : commandez aux vents et à la mer de s'apaiser.

Les Disciples de Jésus-Christ n'entrent point les premiers dans la barque dont il est fait mention dans l'évangile, ils n'ont pas la téméraire présomption de s'exposer d'eux-mêmes aux dangers d'une mer orageuse : ils n'osent y entrer qu'à la suite de leur divin maître. Dans une autre circonstance nous voyons que PIERRE attend l'ordre de Jésus-Christ pour s'éloigner de la terre et s'avancer en pleine mer. Telle doit être notre conduite. N'entrons point dans la barque, n'avançons pas en pleine mer qu'après avoir consulté Dieu. Si l'intérêt, l'ambition, des vues tout humaines nous y conduisent, vous mériterez de périr : qui amat periculum, peribit in illo.

Faites-vous toujours accompagner de Jésus-Christ, entrez-y avec lui, armez-vous de la ferme résolution de le servir au milieu du monde, avec une inviolable, une courageuse, une persévérante fidélité, de triompher des railleries du monde, de ses mépris, de ses persécutions. Ses charmes sont encore plus dangereux. De surmonter le respect humain, cette lâche pusillanimité qui enlève plus d'âmes à Jésus-Christ que les tyrans les plus redoutables. Entrez-y avec Jésus-Christ : que la crainte de lui déplaire, la pensée salutaire de la mort et du jugement, le souvenir continuel des grâces et des bienfaits dont il vous a comblés vous y accompagnent, et vous rendent invulnérables à tous les traits de vos ennemis.

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Modèles de Vertu et Tiédeur du Monde

Telle fut la conduite d'Esther : le rang suprême où la providence l'éleva malgré son attente, les délices de la cour ne furent point l'écueil de son innocence, de sa fidélité à la religion de ses pères. Elle ne crut pas que ce nouveau bienfait de son Dieu fût pour elle un motif d'oubli, d'outrage mais d'intérêt et de considération, de son bonheur et de sa gloire. Assise sur le trône elle suivit toujours les sages conseils du pieux MARDOCHÉE ! Toujours elle fut exacte à pratiquer tous les points de la loi qu'elle observait dans son enfance, ut cuncta faciebat, ut eo tempore solita erat, quo eum parvulam nutriebat.

Ces trois jeunes gens captifs à Babylone, sont placés par cette même providence dans le Palais du roi, un poste honorable est attaché à leur personne. Ils n'en seront pas moins les fidèles observateurs de la loi de leur Dieu ; ils refusent de se nourrir des viandes de la table du roi. La crainte de lui déplaire, de perdre sa faveur d'encourir sa disgrâce, la crainte même de la mort ne saurait les rendre prévaricateurs, ni infidèles à l'égard de leur Dieu. Judith au milieu d'une armée en présence d'un général redoutable, refuse courageusement les mets de sa table et ne fait usage que des aliments permis par la loi.

Hélas que notre conduite est différente ! On veut servir deux maîtres dont les maximes et les principes sont opposés ; on voudrait ne point abandonner entièrement Jésus-Christ, mais aussi on ne voudrait point déplaire au monde, s'exposer à ses mépris, à ses railleries, on cherche des prétextes vains et illusoires pour justifier ou excuser ses prévarications et l'infraction de la loi sainte de Jésus-Christ et de son Église. On aurait une certaine velléité de fréquenter les sacrements avec plus de dévotion, mais on finit par tout négliger. On est froid, indifférent à l'égard de Dieu : comme Pierre on ne suit plus Jésus-Christ que de loin, et comme ce disciple faible et timide, on s'expose à le renoncer entièrement.

Jésus-Christ est endormi dans votre cœur, dit St Aug. Pourquoi ? Parce que votre foi est assoupie, parce qu'elle est presque éteinte. Voilà la cause des tempêtes, des agitations, des tentations qui vous tourmentent. Si Jésus-Christ n'était point endormi dans votre cœur seriez-vous exposés à cet orage ? Que ferez-vous pour éviter le naufrage qui vous menace ? Les abîmes éternels s'ouvrent sous vos pas : Erige Jesum, réveillez Jésus : dites-lui, Seigneur, sauvez-nous, nous périssons : Salva nos perimus.

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Appel à la Pénitence et à la Charité

Tantôt il vous dépouillera de cette fortune dont vous aviez fait votre idole, il vous enlèvera ces richesses dont le poids vous attachait à la terre ; il détruira cet édifice de votre bonheur que vous aviez bâti sur un sable léger et mouvant. Il vous fera descendre de ce degré d'élévation où peut-être l'intrigue, l'orgueil, et non votre propre mérite, vous avaient placés. Votre cœur sera toujours agité, il cherchera en vain un bonheur qu'on ne trouve que dans la possession de Dieu. Comme le superbe AMAN, vous trouverez des MARDOCHÉES qui vous feront éprouver les plus sensibles humiliations. Votre Dieu le permettra afin de vous rappeler qu'il est sur la terre une gloire véritable : Gloria magna est sequi Dominum.

Hâtez-vous donc de revenir à lui, d'implorer sa clémence et d'en mériter les effets par une contrition sincère et véritable. Rejetez les œuvres de ténèbres, revêtez-vous des armes de la lumière, renoncez au péché. Que la haine, l'envie, la jalousie, les dissensions de tout genre ne divisent plus les familles. Que les liens d'une charité tendre, compatissante et indulgente réunissent tous les cœurs, n'ayant qu'un même esprit, le même sentiment, puisque nous n'avons qu'une même foi, un même Dieu.

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De l'Éducation des Enfants

Pères et mères élevez vos enfants dans la crainte et le service du Dieu de vos pères. Apprenez à leur entretenir de ses bienfaits ; aimez à leur rappeler le souvenir des vertus de nos pères dans la foi. Respectez leur présence. Dans vos paroles, dans vos démarches, ne vous permettez rien qui puisse être pour eux une pierre d'achoppement. Souvenez-vous que vous êtes à leur égard l'image et les représentants de Dieu lui-même. Dès l'âge le plus tendre inspirez-leur l'amour de Dieu et de leurs devoirs.

Les Enfants sont ordinairement ce qu'on les fait : si vous les élevez dans la crainte et l'amour de Dieu, ils seront soumis aux desseins de la Providence et fidèles à leurs devoirs les plus saints. La lumière dont ils auront été éclairés s'éclipsera peut-être dans le cours de leur vie, mais elle ne s'éteindra pas. Comme le soleil qui brille après l'orage, ou comme ces peintures d'un ancien édifice que l'on retrouve au milieu des ruines, ainsi l'éducation religieuse subsistera, et lorsque le moment sera venu, elle paraîtra dans son premier éclat.

O nuit, nuit désastreuse où tomba cette ville antique ! Cette ville qui voyait l'univers à ses pieds, tombe elle-même aux pieds d'un barbare. Elle expire consumée par la faim, avant d'être dévorée par le glaive. Ce fut au milieu des ténèbres que ses murailles ont été renversées, que l'infidèle entra dans la ville du Seigneur, viola la majesté de son temple, et fit de la ville Sainte un amas de ruines. Qui pourra en raconter les calamités ou les égaler par des pleurs.