Sermon sur le chemin de la sainteté et le salut

Gaudete et exsultate quoniam merces vestra copiosa est in caelis.
« Réjouissez-vous et tressaillez d’allégresse, parce qu’une grande récompense vous est préparée dans le ciel. »

Telles sont, mes frères, les consolantes paroles que Jésus Christ adresse à tous les chrétiens. Réjouissez-vous, dit-il, parce qu’une grande récompense vous est préparée dans le ciel : gaudete et exsultate. Il nous propose la gloire du ciel, non pas comme un héritage qui nous est acquis, mais comme une récompense que nous devons avoir méritée.

Il sait combien l’homme est porté à rechercher ses intérêts. Aussi, par une condescendance digne de lui, pour nous attirer à son service, il nous prend par nos propres intérêts. Sans rien relâcher du commandement qu’il nous fait de l’aimer comme notre Dieu, il veut bien que notre amour pour lui ait encore un retour sur nous-mêmes.

Le spectacle des saints dans la gloire doit nous exciter à nous rendre dignes de leur sort, en nous rendant les imitateurs de leurs vertus. Instruits par leur exemple, animés à la vue de leur récompense, aidés par leur intercession, entrons avec courage dans la route qu’ils ont tenue.

Oui, mes frères, une partie de la gloire des saints est de nous voir marcher après eux ; et il manque quelque chose à leur bonheur tandis que nous sommes ici-bas dans les misères et les dangers. L’exemple et la gloire des saints travaillent à nous rendre saints nous-mêmes.

Je vais vous montrer le chemin de la sainteté : il est difficile, il est vrai ; je ne puis vous le dissimuler ; cependant, l’entreprise n’est pas impossible.

Il règne dans le monde, mes frères, une présomption malheureuse touchant le salut. Sur ce fondement que Dieu ne nous a pas faits pour nous perdre, on croit généralement qu’on se sauvera en ne faisant rien de tout ce qu’il faut faire, selon l’Évangile, pour se sauver.

On croit, dans le monde, qu’on se sauvera en s’occupant de toute autre chose que du salut, en oubliant qu’on est chrétien et en négligeant les principaux devoirs attachés à ce beau nom.

Voilà la présomption qui domine dans le monde. Je ne veux point porter le trouble dans les âmes qui cherchent leur salut dans la crainte et l’amour de Dieu ; mais je désirerais rectifier les pensées de quelques chrétiens froids et tièdes par rapport à leur salut.

La raison nous dit que le salut est difficile ; toute notre religion nous l’enseigne ; tous les saints, du haut du ciel, nous le prêchent.

Toutes les choses de la vie coûtent des efforts. Ces biens frivoles, objets des désirs des hommes, coûtent beaucoup, et souvent ils se refusent à un travail assidu. Pour se pousser dans le monde, il faut de l’intrigue, une assiduité pénible ; pour amasser des richesses, il faut des fatigues continuelles ; pour satisfaire ses passions, il faut marcher dans des voies difficiles.

Les méchants eux-mêmes en feront le triste aveu dans l’enfer : Lassati sumus in via iniquitatis, et ambulavimus vias difficiles.

Tous les enfants de ce siècle se travaillent pour une couronne corruptible : illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant ; nos autem incorruptam.

Et pour les richesses incorruptibles, pour la couronne immortelle, pour les délices de l’éternité, tout nous coûte, tout nous rebute, tout épuise nos forces et notre courage.

Mais, me direz-vous : Dieu est bon, Dieu est miséricordieux. Oui, mes frères, je l’avoue ; mais doit-il pour cela nous sauver malgré nous ? Couronnera-t-il de la même main le méchant et l’homme de bien ?

Jésus Christ nous a ouvert l’entrée du ciel par son sang ; il nous en a tracé la voie par ses souffrances. Quoi ! entrerions-nous au ciel sans combats, sans travail, au sortir d’une vie antichrétienne ?

Le royaume des cieux souffre violence : Regnum caelorum vim patitur. Et encore : Quam arcta est via quae ducit ad vitam.

Saint Paul nous dit : Cum metu et tremore vestram salutem operamini. Il nous exhorte à nous dépouiller du vieil homme : expurgate vetus fermentum, et à courir de telle sorte que nous remportions la victoire : sic currite ut comprehendatis.

Saint Pierre nous avertit que le démon rôde autour de nous comme un lion furieux : circuit quaerens quem devoret.

Saint Jean nous défend d’aimer le monde : Nolite diligere mundum neque ea quae in mundo sunt.

Rien de souillé n’entrera dans le ciel : non intrabit in eam. Celui qui aura vaincu recevra la couronne de vie : dabo illi coronam vitae.

Il faudra avoir vécu en saint dans la vie présente si nous voulons être saints dans la vie future. Même la vertu imparfaite coûte des combats, des sacrifices et des violences faites à soi-même.

Voyons maintenant ce qu’ont fait pour être saints ceux qui ont cru à l’Évangile. Jésus Christ lui-même est entré dans la gloire par la souffrance : Oportuit pati Christum et ita intrare in gloriam suam.

Les apôtres ont porté dans leur corps la mortification de Jésus : mortificationem Jesu. Les martyrs ont versé leur sang pour leur divin Maître. Les vierges ont résisté aux séductions du monde. Les saints ont triomphé en commençant par eux-mêmes.

Dans le ciel se trouvent aussi de grands pécheurs ; mais ils ont blanchi leurs robes dans le sang de l’Agneau. Leur pénitence et leur charité ont effacé la grandeur de leurs fautes.

Que ne puis-je vous montrer cette Jérusalem céleste, toute brillante de la gloire de Jésus Christ et éclatante des vertus des saints ! C’est par la vue continuelle du ciel que les saints sont parvenus à la couronne de gloire.

Ayant donc sous les yeux un si grand nombre de témoins : tantam habentes impositam nubem testium, courons avec courage dans la carrière qui nous est ouverte : curramus ad propositum nobis certamen.

Ne perdons jamais de vue le consommateur de notre foi : aspicientes in auctorem fidei et consummatorem. Fortifions-nous dans le Seigneur : Confortamini in Domino.

Alors tout s’aplanira devant nous ; tout cédera à nos efforts, et, vainqueurs du monde, vainqueurs du démon, vainqueurs de nous-mêmes, nous arriverons en conquérants au royaume des cieux, où Jésus Christ, notre divin Sauveur, nous attend avec la couronne de gloire.

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Inauguration d’une statue et des reliques

C’est avec la plus vive émotion de joie que nous venons aujourd’hui célébrer une solennité si pieuse et si intéressante pour chacun de nous. Notre joie est d’autant plus pure que nous nourrissons dans notre cœur une pensée douce et consolante : l’appareil et la pompe de ce jour réveilleront dans nos âmes des sentiments de foi et de bonheur.

Nous procédons à l’inauguration de la statue d’une sainte qui doit nous rappeler notre vocation à la sainteté : haec est voluntas Dei.

Si le ciel s’ouvrait en ce moment à nos regards, nous y verrions bien des âmes sanctifiées par sa puissante protection. Son bras n’est pas raccourci ; son autorité auprès de Dieu est toujours la même.

La vénération que nous aurons pour les précieuses reliques placées dans la chapelle de notre bienheureuse communauté sera un titre à l’heureuse influence de sa divine protection.

On ignore où sont les dépouilles mortelles d’un Alexandre, d’un Auguste, d’un Théodose et de tant d’illustres personnages qui ont rempli l’univers de la gloire de leur nom ; et l’on conserve précieusement les restes d’une humble fille recommandable seulement par ses souffrances, ses vertus et ses bonnes œuvres.

Ses ossements ont prophétisé et ses cendres ont opéré des prodiges : mortuum prophetavit corpus eius.

Les restes sacrés des amis de Dieu, loin d’être cachés sous terre, sont exposés avec honneur à la vénération publique. Leurs statues sont l’ornement de nos temples ; leur nom et leur mémoire demeurent en vénération chez tous les peuples fidèles.