Pour apprécier les heureux effets du christianisme, il faudrait non seulement en connaître tous les détails, mais encore l'art avec lequel il a varié ses dons, distribué ses trésors, ses remèdes, ses lumières depuis dix-huit siècles. Pour apprécier l'excellence de ses bienfaits, il faudrait avoir sondé la profondeur de l'abîme, l'excès de l'immoralité où le paganisme a courbé tout l'univers. Avec le poids, la balance à la main, la somme de bonheur de chaque peuple, et qui doit être en rapport avec sa fidélité à suivre la loi de son Dieu.
Pour apprécier l'excellence du catholicisme, il faudrait comprendre ce que nous serions, sans sa lumière, sa morale, sa charité. Ce que nous serions sans le christianisme ? Ce qu'est l'empire mahométan. Quelle stupidité chez ce peuple jadis si grand ! Depuis bientôt douze cents ans que le Croissant a remplacé la Croix ; depuis que Mahomet posa la tente de ses pieds à la terre du désert, il n'y a eu nul progrès, nul pas dans la civilisation chez le peuple mahométan. Sans haine, sans amour, dépouillé de tout sentiment, il ressemble à ce malade abandonné, qui ne vit que parce qu'il ne sait pas mourir.
Que serions-nous sans le christianisme ? Ce qu'est la Chine, ce vaste empire dont les limites s'étendent jusqu'aux deux mondes. Pendant longtemps on l'a crue des contrées les plus avancées. On nous montrait la Chine comme le premier en tête de la civilisation ; sa constitution était merveilleuse. Aujourd'hui que dans l'intérieur de ce cadavre couvert d'un brillant vernis qu'avons-nous trouvé ? L'ignorance la plus grossière... la plus basse abjection dans les sentiments, l'oubli des devoirs sacrés de la nature ; on y jette les enfants à la voirie ! Est-ce assez de dégradation ? Point de charité : nulle pitié pour le malheureux, nulle consolation pour les infortunes. Voilà probablement ce que nous serions sans le christianisme. Sans sa lumière, sa morale, sa charité nous serions tels que ces peuples barbares.
Pendant 40 siècles avant l'établissement du christianisme l'homme avait vu d'un œil indifférent les souffrances de ses semblables. Mais l'histoire nous apprend quelle tendre sollicitude anime l'Église pour tous les genres de besoins et d'infortune. Il faudrait un long volume pour raconter tous les actes de bienfaisance et de dévouement qui l'ont illustrée dans la longue chaîne des siècles. Contemplons un instant ces innombrables monuments de la charité où toutes les maladies sont guéries, où la mort est soulagée, où les douleurs sans espoir sont adoucies, où la vieillesse indigente goûte en paix un repos après des jours consumés dans la peine, où sont prodigués aux malheureux privés de la raison, des soins qu'ils ne sauraient pas reconnaître. C'est la Religion qui les a enrichis, qui leur a arraché... qui leur a suscité de nombreux bienfaiteurs, qui les a... ces âmes généreuses... à la souffrance. La religion seule peut offrir un digne salaire à ce courage qui a bravé la contagion, la mort.
Citons ce sacrifice généreux de Madame..., qui tenait un rang distingué dans le monde par sa naissance, par sa fortune, et dont le nom fera époque dans les fastes de la charité. Cette Dame éminemment pieuse propose aux Ursulines de Dieppe d'aller fonder un hôpital à Québec, la communauté adore les desseins de Dieu, et choisit trois religieuses pour cette bonne œuvre. Quatre missionnaires, destinés au Canada, accompagnent cette pieuse colonie. Après une pénible traversée où elles se virent à la veille de mourir de faim et d'être englouties par les flots, ces saintes filles touchent le terme de leur voyage. Dans le transport de leur joie, elles baisent la terre qu'elles vont arroser de leurs sueurs, et elles sont reçues en triomphe et les fidèles confondus avec les sauvages font retentir les airs de leurs cris d'allégresse.
Suivons-les sur le théâtre de leur charité. Elles s'élèvent au-dessus de toutes les craintes, au-dessus de toutes les répugnances de la nature ; elles se font une joie des travaux les plus bas et les plus rebutants ; elles pourvoient aux besoins de tous les malheureux. Bientôt une maladie épidémique étend son réseau dans les forêts pour porter des remèdes aux sauvages, et répand partout la frayeur et la mort. Nos saintes sœurs accueillent dans leur étroite demeure, ceux qu'y attire l'espoir d'échapper à la mort. L'excès de fatigue, a fait tomber toutes trois malades. L'une d'entre elles, écrivant à... : ce que nous avons souffert, ne peut être comparé aux consolations dont il a plu à Dieu de payer notre bonne volonté. Cependant cette belle œuvre est couronnée d'un merveilleux succès. Soins des pauvres, des malades, de l'éducation des indigènes, rien n'échappe au zèle des religieuses Ursulines. L'odeur de tant de vertus se répand partout, et frappe d'admiration tous les cœurs. Partout on demande la robe noire, et la robe blanche. Partout on accorde protection et liberté pour enseigner la loi de Dieu. On a vu cette œuvre admirable, tout sacrifier, se dépouiller du nécessaire pour soutenir cette belle œuvre, c'est l'inspiration de la Religion qui opère ces merveilles.
Rappellerons-nous maintenant tout ce que le christianisme a fait de semblable dans les diverses parties du monde ? Raconterons-nous tous les miracles de bienfaisance qu'il a produits ? Non ; contentons-nous de quelques traits inimitables. On a vu passer sur la terre un homme qui est le génie de la miséricorde, à qui Dieu donna un cœur capable d'embrasser l'univers, une âme plus vaste que l'océan, pour guérir tous ceux qui ont le cœur brisé, pour consoler ceux qui pleurent, et pour soulager tous les genres d'infortunes. Par le seul ascendant de sa vertu, il réunit autour de lui ce qu'il y avait de plus distingué parmi les dames de..., il forma ces assemblées de charité où s'agitaient les grands intérêts de l'humanité. Fallait-il recueillir les orphelins, racheter les captifs, doter des vierges ? Fallait-il établir un hôpital ? Fallait-il rebâtir une pauvre chaumière dévorée par les flammes, arracher une famille au penchant de sa ruine, voilà la source où il puisait ses trésors. C'est là que le malheureux allait plaider sa cause, exposer ses besoins, ses misères, solliciter des bienfaits, des faveurs, qu'il était sûr d'être exaucé.
Mais ces misères... ne suffisent point à son zèle ; il lui faut des provinces, des états à nourrir. La Lorraine et le Barrois sont ravagés ; les flammes ont dévoré ce qui a échappé à la dévastation du glaive. Des millions sont versés sur cette terre désolée. De nouveaux trésors partent pour l'Artois, l'Angoumois, la Marine, la Guyenne, la Picardie, la Champagne n'offrent que des déserts et des ruines, les secours sont prodigués, les largesses multipliées. N'oublions pas quel immense service il a rendu à l'humanité par la fondation de ces institutions dont les membres n'ont pour monastère que les maisons des malades, pour cellule qu'une chambre de louage, pour grille que la crainte de Dieu, pour voile que la modestie !!! Dans ces lieux où les gémissements et les plaintes accablent l'âme d'une pesante tristesse ; dans ces lieux où le spectacle de la souffrance et de la mort entre par tous les sens, ces jeunes vierges immolent à la bienfaisance les jours les plus innocents, leur santé, leur vie même. Partout on les voit aussi fidèles à leur poste que le soldat à celui de la gloire.
Au mois de février 1814, au fort du combat, à Brienne, on se dirigeait sur l'hôpital, desservi par nos braves filles de la Charité. Longtemps on leur conseilla de se retirer. « Non, non », répondit la Supérieure, « je mourrai... Dieu me demandera un jour, ce que je faisais lors de... » Puis se tournant vers ses sœurs à peine sorties de l'adolescence : « L'épreuve est trop forte pour votre âge, vous pouvez vous retirer... » « Oh ! ma mère... » répondirent ces deux anges de douceur... « Toutes deux elles partageront votre bonheur ; toutes trois nous mourrons victimes de notre zèle, victimes, martyres de la charité ». Les ministres des autels, qui ont été abreuvés de tant de sarcasmes, réclament aussi une modique part dans les biens que le christianisme a répandus sur la terre.
Voyageur des Alpes, au milieu de sa course, la nuit approche, la neige tombe à gros flocons. Seul, tremblant, égaré, il fait quelques pas et se perd sans retour. Sans ressources, sans issue. Arrêté sur le bord du précipice, il n'ose avancer, ni reculer ; bientôt le froid le pénètre ; ses membres s'engourdissent. Ses dernières pensées sont des adieux à son enfant, à son épouse. Mais à travers le mugissement de la tempête, un bruit se fait entendre. Un chien a jappé sur la neige, il s'approche de lui, un religieux le suit... Ce n'était donc pas assez pour le christianisme que le pieux solitaire exposât mille fois sa vie pour sauver des hommes ; il fallait encore que les animaux s'associassent à ces œuvres sublimes, et proclamassent son esprit aux échos des Alpes.
Elle attend l'homme sur le sommet des monts, elle est aussi descendue dans les entrailles de la terre, elle a établi des hôpitaux dans les mines du Pérou et du Mexique. De nos jours, on parle beaucoup de Philanthropie : La religion chrétienne est seule Philanthrope par excellence. Lisez l'histoire de ces religieux qui, aux trois vœux ordinaires de la religion, joignaient celui d'employer leurs biens, leur liberté, leur vie au rachat des captifs ; lisez l'histoire de ces ermites qui se condamnaient à ne vivre que de légumes et de laitage pour accroître les aumônes destinées à la même œuvre. Ouvrez celle des différents ORDRES consacrés à porter dans les régions les plus insalubres le flambeau de l'Évangile et de la civilisation ; celle de ces envoyés du Seigneur, qui courent après le gain d'une âme, beaucoup plus que l'avide marchand après l'or et l'argent ; ils bravent tous les obstacles, se nourrissent de sacrifices et souvent baignent de leur sang une terre étrangère et ingrate.
N'oublions pas ces personnes qui vouent leur vie à l'éducation de la jeunesse, qui éclairent son intelligence de toutes les lumières que demandent les divers besoins de la société, et forment son cœur à l'habitude de l'obéissance, de l'ordre et du travail, en y déposant le germe de toutes les vertus religieuses ! Ce n'est pas non plus un bienfait peu digne de reconnaissance que ces maisons silencieuses où d'augustes âmes livrées à la contemplation des vérités éternelles. Les hommes ont pu faire naître mille raisons d'adversité qui nous appellent à la solitude. Que de penchants trompés, que de dégoûts amers nous entraînent chaque jour loin du monde ! N'est-ce donc pas une ressource précieuse que d'avoir où l'on trouve un refuge contre les coups de la fortune ?
Contre les orages de notre propre cœur ? Non, ce n'est pas une philosophie amie de l'humanité, que celle qui veut forcer l'infortune à vivre au milieu des joies du siècle ! L'adversité se cache pour jouir de ses pleurs, et ses larmes sont ses larmes. S'il faut des retraites pour la santé du corps, il en faut aussi pour la santé de l'âme, dont les maux sont bien plus douloureux, bien plus longs, bien plus difficiles à guérir. L'excellence de notre âme cherche en vain dans le monde d'ici bas une patrie pour elle.
Partout le christianisme soulage les cœurs, essuie les pleurs, suscite des âmes brûlantes d'amour pour le bien. Dans la solitude, dans les villes, dans les campagnes il fait la guerre au vice et protège la vertu ; il verse l'espérance dans les cœurs brisés par l'infortune. Partout il est l'âme de ces innombrables œuvres de charité si nécessaires à l'innombrable famille des malheureux. Oh ! donnez-moi un peuple élevé à l'école du christianisme et fidèle à en remplir les obligations. Oh qu'il est heureux... La paix, la concorde, l'union, la charité règnent au milieu de lui.
Donnez-moi un peuple élevé en dehors des principes de la foi. Les haines, les dissensions, la révolte, les émeutes, les machinations ténébreuses, voilà ses œuvres. En voulez-vous des preuves ? Vous avez vu le fouriérisme, le saint-simonisme vouloir s'acclimater dans notre France, et y faire quelques adeptes. N'avez-vous vu les œuvres ? Les sociétés secrètes, les régicides, les Fieschi, les Pépin, les Alibaud, les Meunier, les Darmès suffisent pour attester à tous les siècles le passage ensanglanté de ces funestes doctrines. O France ! que je plains ton sort, si ces doctrines s'acclimatent dans ton sein pour y déposer des semences de dissolution et de mort !
Si on établit un parallèle entre leurs effets et ceux du christianisme peut-on ne pas éprouver un sentiment profond de respect pour une religion qui n'offre dans son fondateur, dans ses dogmes, dans sa morale, rien qui ne soit digne de DIEU ! et qui a des droits si incontestables à la reconnaissance des hommes ? Quelle Perfection Divine, quelle harmonie de conduite dans son fondateur ! Quelle Pureté, quelle sublimité dans son enseignement ! Quel admirable rapport entre sa morale et les besoins de l'homme et de la société ! Remontons jusqu'au Calvaire ; comptons les bienfaits innombrables que la croix a répandus sur la terre ; comptons ceux qu'elle répandra jusqu'à la fin des siècles. Et lorsque nous les aurons comptés, laissons tomber nos préjugés aux pieds de cette sainte croix. Remettons notre confiance, nos destinées, entre les mains du christianisme qui est la seconde...
Il aplanira la pénible route qui conduit les enfants des hommes vers le tombeau. Et lorsque nous toucherons à ce terme ; il nous en approchera doucement en nous montrant la fin des travaux, des infirmités, des douleurs de cette vie, et l'aurore d'un bonheur sans mélange, d'un bonheur immense, d'un bonheur éternel !!!