Qu'est-ce que la vie de l'homme ici bas ? La vie de l'homme ici bas n'est qu'un apprentissage de la mort. Et si nous étions assez malheureux pour vouloir oublier cette vérité, les chagrins et les peines, les douleurs et les larmes nous la rappelleraient infailliblement. Ce sont comme des jalons plantés sur le chemin de la vie, et qui nous montrent, à chaque instant, le terme où nous devons aboutir.... la mort !
Cependant où finit la vie, là commence l'éternité. Qu'est-ce donc que mourir ? Mourir. — C'est quitter ses parents, ses amis, c'est quitter sa maison pour être jeté dans une fosse profonde et étroite. Mourir — c'est attendre sous une pierre sépulcrale, à six pieds de profondeur le grand jour du jugement. C'est lancer son âme, seule, avec le cortège de ses vices ou de ses vertus, dans l'espace immense de l'éternité. Le corps de l'homme a été formé de terre ; et ce corps doit retourner à la terre d'où il est sorti. Mais son âme a été créée du souffle de Dieu ; et cette âme est immortelle, comme Dieu est éternel. C'est un article de notre foi : je crois à la vie éternelle.
Notre âme ne doit jamais mourir : notre cœur le croit, notre conscience le proclame. Aussi, l'immortalité de l'âme a toujours été la foi de la nature, le dogme du genre humain, la base de toutes les religions depuis le berceau du monde jusqu'à nos jours. Les païens eux-mêmes attendaient une vie future où chacun doit recevoir selon ses œuvres.
Quand je n'aurais d'autre preuve de l'immortalité de l'âme, que l'oppression du juste et le triomphe du méchant, disait le trop célèbre J. J. Rousseau, cette seule circonstance servirait pour m'en convaincre.
En effet il est au ciel un Dieu qui juge en dernier ressort les justices et les injustices des hommes ; et ce Dieu est souverainement juste. Il doit donc punir le crime il doit donc récompenser la vertu. Or, souvent dans cette misérable vie, les biens, les richesses, les honneurs, les privilèges sont le partage ordinaire des méchants. Souvent aussi la pauvreté, l'opprobre, les croix, les humiliations forment le triste cortège de l'homme de bien ; ils le couvrent d'un immense manteau de honte et d'ignominie.
Le vice est honoré dans le vice ; le sacrifice est méprisé dans la vertu. Mes frères, oserons-nous accuser la providence ? Non, non. Dieu se doit à lui-même de réparer ce désordre. Il ne le fait point dans ce monde ; il le fera dans l'autre. Sa grande éternité suffira pour punir et pour récompenser. Je crois à la vie éternelle, à cette éternité de supplices qui doit être le partage épouvantable des réprouvés ?
Lancés sur la route de cette éternité, sans que désormais nous puissions rentrer dans le néant d'où nous sommes sortis, nous touchons déjà à un bonheur éternel, ou à des supplices sans fin. C'est là le double terme que la foi nous propose au sortir de cette vie : le ciel ou l'enfer et cela pour toujours. Oui soit que l'arbre tombe à l'orient, soit qu'il tombe à l'occident, soit qu'il tombe au midi, soit qu'il tombe au septentrion, il y restera toujours — toujours — oui toujours nous dit l'éternelle vérité. Si donc le ciel est notre partage, ce sera pour toujours ; si l'enfer est notre héritage, ce sera aussi pour toujours.
Toutefois Mes frères, nous n'appellerons vie éternelle que cette félicité qui ne doit jamais finir. Et comment pourrions-nous donner le nom de vie, et de vie éternelle, à cette éternité de supplices qui doit être le partage épouvantable des réprouvés ? Est-ce vivre que d'être toujours séparé de son Dieu, le seul et unique vrai bien de l'homme ? Est-ce vivre, que d'être pendant l'éternité la proie des flammes, allumées par la justice de Dieu pour punir le malheureux pécheur ? Est-ce vivre que d'exister dans le désespoir d'une éternelle agonie, pour toujours brûler, pour toujours souffrir, pour toujours mourir sans cesser de vivre, pour toujours vivre sans cesser de mourir ? Oh non, cent fois non. Une telle vie est la plus cruelle des morts, et nous l'appellerons avec l'esprit du christianisme la mort éternelle.
Mais aussi, nous appellerons vie éternelle la vie des Saints, la vie des Anges dans la céleste Jérusalem. Il faudrait, oui, il faudrait un habitant du ciel pour esquisser le tableau du ciel. C'est là, enfants chrétiens c'est là que votre père et votre mère vous ont donné le rendez-vous. C'est là, Mère chrétienne c'est là que vous presserez encore contre votre sein cet enfant que vous avez perdu ; c'est là qu'il vous a devancée, c'est là qu'il vous attend. Ami chrétien, c'est là que tu trouveras la fleur de l'amitié.
Le ciel est le séjour d'un bonheur qui durera autant que Dieu sera Dieu. Au ciel chacun est heureux de son bonheur, heureux du bonheur de son frère. Au ciel plus de douleurs, plus de larmes, tous les maux sont finis. Au ciel le cœur nage dans des flots de joie. Entendez-vous âmes affligées ? Au ciel... Au ciel l'esprit est enveloppé de lumière ; il contemple face à face l'éternelle vérité. Au ciel toujours voir, toujours aimer Dieu, toujours découvrir de nouvelles amabilités dans cette beauté toujours ancienne et toujours nouvelle. Mais que fais-je, ô mon Dieu ; L'enfant qui n'a jamais quitté la chaumière du pauvre peut-il décrire le palais des rois ? L'aveugle-né peut-il peindre les beautés inénarrables du firmament ? Non, non, dit l'Apôtre saint Paul, non, l'œil de l'homme n'a point vu, l'oreille de l'homme n'a point entendu, le cœur de l'homme ne peut comprendre ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. Heureux donc, ô mon Dieu, heureux ceux qui habitent dans votre demeure, ils publieront vos louanges dans les siècles des siècles.
L'Église propose à notre croyance deux éternités : une éternité de bonheur pour les bons, une éternité de malheur pour les méchants. À notre entrée dans le monde, Dieu nous place en face de deux éternités : il nous dit : Voilà devant vous deux éternités : choisissez : de votre choix dépend votre sort éternel. Deux chemins bien différents, deux chemins bien distincts conduisent à ce double terme. Avez-vous une connaissance quelconque de ces chemins ? Pourriez-vous en faire la distinction à travers le prisme trompeur des passions humaines ? Non, non.
Cependant, puisque vous marchez dans l'un ou l'autre de ces chemins, puisqu'en suivant l'un ou l'autre de ces chemins, vous devez infailliblement aboutir à un malheur ou à un bonheur éternel, désirez-vous, dans votre intérêt le plus cher, qu'une lumière amie, qu'une lumière bienfaisante vienne diriger vos pas ? Mes frères — prenez en main le flambeau de la foi, et guidés par son flambeau vous verrez ces deux chemins s'ouvrir devant vous, dans toute leur étendue, dans toute leur réalité. L'un s'orne de roses et de fleurs de toute espèce : l'autre est hérissé d'épines. Sur l'un la route est immense, la route en est douce et facile ; l'autre est étroit, tortueux et difficile. Sur l'un, on cueille à pleines mains, les honneurs, les richesses, les jouissances illicites. Sur l'autre, on ne moissonne que des privations, des larmes, des sacrifices en tout genre.
Aussi voyez sur l'un le monde s'amuser folâtre au milieu des jeux et de plaisirs. Prenez garde... Il aboutit à un abîme... un abîme épouvantable. Mais l'esprit de ténèbres couvre cet abîme du nuage ténébreux des passions humaines.
Sur l'autre on ne marche que très difficilement ; ceux qui le suivent l'arrosent de leurs larmes et de leurs sueurs ; ce n'est qu'au prix de mille déboires et de mille sacrifices qu'ils peuvent avancer. Les difficultés naissent, grandissent et multiplient sous leurs pas ; et leur courage renaît, grandit et se multiplie au milieu des obstacles. Si le travail les effraie, l'espérance les console, la récompense les anime. Éclairés du flambeau divin de la foi, ils voient briller à l'extrémité du chemin difficile qu'ils franchissent, la brillante couronne de gloire et d'immortalité réservée à ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin.
Mes frères, dites-moi, lequel de ces deux chemins avons-nous suivi jusqu'à ce jour ? Est-ce la voie si difficile qui conduit au royaume des cieux ? Est-ce la voie des sacrifices, des croix, des larmes, des vertus ? Ou plutôt ne serait-ce pas cette voie si facile et si douce, cette voie parsemée de roses, où l'on moissonne toutes les jouissances humaines et qui conduit à l'abîme de perdition — S'il en était ainsi pour quelqu'un d'entre nous ; ah de grâce, retournons sur nos pas, reculons, éloignons-nous des bords de l'abîme, et prenons la direction du ciel, notre patrie.
Jeunes gens, dites-le moi, est-ce la voie du ciel que vous suivez quand vous foulez aux pieds l'autorité de vos parents ; quand vous profanez les jours consacrés au Seigneur ; quand vous transgressez la loi de votre Dieu, pour suivre celle de vos passions ?
Jeunes personnes, est-ce la voie étroite que vous suivez, lorsque par une imprudence coupable, vous exposez votre vertu ; lorsque vous courez au devant de la mort, pour jouir plus à l'aise des plaisirs de la vie ? À chacun de nous, notre conscience de chrétiens donne une réponse précise. Puissions-nous ne pas la rendre inutile ! À quoi nous servirait de croire qu'il y a une éternité de bonheur, si nous ne faisons rien pour la gagner, et que nous fassions tout pour la perdre ?
Quand un voyageur s'aperçoit qu'il s'est égaré ; il s'arrête tout d'un coup ; il se détourne et presse le pas pour regagner le chemin qu'il aurait toujours dû tenir. Il redouble de soins et de vigilance pour ne plus s'égarer de nouveau. Est-ce là notre conduite ? Mes frères, avons-nous eu le malheur de nous égarer ? Oui. — malheureusement Oui... Que ferons-nous ? Nous empressons-nous de regagner le chemin du ciel que nous avons quitté ? Il nous en coûtera des soins et des peines pour ne plus nous égarer de nouveau ; mais un bonheur éternel mérite bien quelques sacrifices passagers.