Beati qui audiunt verbum Dei

Beati qui audiunt verbum Dei. — Luc. 11.

L'homme, dit l'Esprit Saint, sera dans l'âge mûr et jusque sous ses cheveux blancs, tel qu'il aura été formé dans sa jeunesse. C'est là une de ces vérités que l'expérience confirme et que la raison se plaît à reconnaître. Ou bien, en d'autres termes, l'âge mûr et la vieillesse de l'homme sont ordinairement l'écho fidèle de la jeunesse, et son avenir dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique dépend presque toujours des bons ou des mauvais principes qui ont servi de base à son éducation.

Cependant, Mes frères, ce n'est que pendant l'enfance qu'on s'instruit de religion et de morale. Une fois qu'on a fait sa première communion — c'est-à-dire, une fois que la jeunesse commence — on ne s'occupe plus de l'enseignement du christianisme. On est tout de suite pour le monde, pour ses frivolités et ses plaisirs, et l'on est tout de glace pour la religion. On vit et on meurt sans connaître les obligations du christianisme.

Quelque jeune homme montre de l'aptitude pour l'état auquel on le destine, on s'en réjouit : mais qu'il s'éloigne de ses devoirs religieux, qu'il passe à se divertir le temps de la Messe et des Vêpres, on ne croit pas devoir s'en inquiéter. Qu'il chante à ravir une chanson infâme que l'on n'entend que dans les carrefours, on en rit, on en plaisante. Mais que tous les jours, soir et matin, on récite la prière... Peu importe... on ne la récite pas soi-même.

Qu'il soit bon ouvrier, on est satisfait... Il saura gagner sa vie, se dit-on, avec complaisance. Mais n'oubliez pas, s'il est dépourvu de principes religieux, il saura encore mieux dépenser ce qu'il aura gagné.

Si on doit donc diriger les premiers pas de l'enfance, on doit aussi surveiller les premières courses de la jeunesse. Un enfant au berceau réclame, peut-être, moins de soins, exige peut-être moins de surveillance qu'un jeune homme ou une jeune fille de 18 ou 20 ans. Et pour bien conduire les autres, il faut être soi-même versé dans la science de la religion.

Et il n'est personne parmi vous qui ne veuille se soumettre aux ordres du ciel. Eh bien, Dieu nous ordonne de nous instruire des vérités essentielles de notre religion. Dans l'Ancien Testament...

Mais quand même Dieu ne nous en aurait pas fait un commandement exprès, n'est-ce pas la science de la religion qui nous apprend à connaître Dieu, les merveilles de ses œuvres, la récompense qu'il nous prépare, et les moyens que nous devons employer pour l'obtenir ? Oui, Mes frères.

Or ne sont-ce pas là autant de connaissances indispensables pour nous ? Nous connaissons cet oracle de l'Esprit Saint : sans la foi et toutes ces vérités, il est impossible de plaire à Dieu.

Et puis si la religion nous promet un bonheur parfait, une félicité sans bornes après les travaux de ce lieu d'exil, elle nous montre aussi les devoirs que nous avons à remplir. Nous devons donc nous instruire de ces devoirs.

Oui, puisque d'ailleurs notre religion est notre ressource, ou plutôt nos devoirs comme chrétiens sont de connaître et de pratiquer la religion de Jésus-Christ.

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Et voyez en passant, comme l'homme est loin de négliger ce qui le concerne. S'agit-il d'embrasser un état, nous sentons la nécessité d'en apprendre les règles ; nous nous appliquons à les connaître. En cela nous avons raison.

Un cultivateur examinera, comparera les années, pour savoir quel est le moment le plus favorable pour confier ses semences à la terre, recueillir ses moissons et vendre ses grains.

Un commerçant inspectera ses revenus et ses dépenses, pèsera toutes les chances du commerce pour avoir de quoi gérer honorablement ses affaires. Soins, démarches, peines, travaux, tout est mis en usage pour exceller dans sa profession.

Nous blâmerions à juste titre un médecin qui, après avoir appris d'une manière telle quelle l'art de guérir, se croirait un docteur du premier ordre et ne voudrait jamais plus ouvrir aucun livre de médecine.

Et nous, Mes frères, après avoir appris notre catéchisme à l'âge de 10 ou 11 ans — et encore Dieu sait comment — nous croyons n'avoir plus rien à apprendre, et nous nous regardons exempts de toute étude religieuse pour le reste de notre vie. Avons-nous raison ? Non.

Cependant, Mes frères, quel état voudrions-nous comparer à l'état du christianisme, qui nous fait enfants de Dieu et frères de Jésus-Christ ? Une étude sérieuse des devoirs et des obligations qu'impose le christianisme mérite donc toute l'étendue de notre attention.

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Au jour du jugement, à quoi serviront toutes les connaissances profanes, si l'on a eu le malheur de négliger la science du salut ? Ces connaissances seront absolument inutiles, pour ne pas dire nuisibles.

Voici ce que me disait, à l'heure de la mort, un homme qui avait orné son esprit de toutes les connaissances humaines, mais qui n'avait rien donné à l'étude de la religion : « Ah, Monsieur, que de temps j'ai perdu... » disait-il en fondant en larmes. « J'ai passé ma vie à étudier les ramifications variées de toutes les sciences humaines ; grec, latin, histoire, mathématique, industrie, rien n'a été négligé. Mais j'ai oublié la science la plus nécessaire, la science de la religion, la science du salut. »

Car il ne faut point se faire illusion : on peut être savant, on peut être très savant, on peut exceller dans un art, dans un état quelconque, et être parfaitement ignorant en fait de religion. Que penseriez-vous d'un avocat, d'un médecin qui, ne connaissant l'agriculture que de nom, blâmerait à outrance la manière de cultiver d'un laboureur sage, prudent, riche en expérience, qui lui conseillerait d'ensemencer sa terre au mois de juin, lui promettant de très belles moissons au mois d'août ! Que penseriez-vous de ses conseils ?

Assurément, diriez-vous, cet homme n'a point d'expérience et il parle de manière à laisser entrevoir son ignorance en fait d'agriculture.

Que penser donc de ces beaux parleurs, de ces prétendus oracles de la science, qui parlent de tout sans douter de rien, qui attaquent les mystères de la religion qu'ils n'ont jamais su que bégayer, qui frondent les lois de la morale chrétienne qu'ils n'ont jamais étudiées, qui tournent en ridicule les cérémonies de l'Église qu'ils n'ont jamais vues qu'en courant ?

Que penser de ces hommes qui, semblables à des moulinets que les enfants placent sur le bord des ruisseaux, ne savent moudre que des chimères et des absurdités !

Oh, je vous en prie, ne vous laissez jamais prendre à leur verbiage mensonger. Demandez-leur la première question du catéchisme et vous verrez le superbe échafaudage de leur science s'écrouler et tomber à l'eau. Ils ne sauront que répondre, car ils attaquent ce qu'ils n'ont jamais connu.

Ce sont des aveugles de naissance qui veulent discourir sur les couleurs et les différentes beautés de la nature. Ce sont des malheureux doublement coupables de vouloir ébranler la foi des autres, et de vivre dans l'ignorance de leurs devoirs de chrétiens.

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Nous tous, Mes frères, honorons par notre science et notre conduite la religion chrétienne que nous professons. Car notre âme est naturellement chrétienne.

Il y a des rapports ineffables entre le dogme, la morale et les conseils de notre religion divine, et tout ce qu'il y a de plus intime et de plus noble dans le cœur de l'homme.

Où trouverez-vous cette société douce, agréable, mère de paix, de tranquillité et de bonheur ? Chez l'homme qui possède la science de la religion et qui la pratique. Où trouverez-vous ce sentiment qui modère les passions et les souillements illicites par l'image de la tombe ; le sentiment qui illumine la profondeur du sépulcre par les rayons divins de l'espérance ? Même réponse.

Où trouverez-vous le mépris des richesses, des honneurs, et la pratique de l'humilité, de la patience, de la charité et de toutes les vertus qui rendent l'homme un sujet d'admiration pour le ciel et pour la terre ? Dans le cœur de l'homme qui a fait une étude particulière de la religion chrétienne.

La science de cette religion divine se ressentira de la faiblesse des hommes, de l'action corrosive des siècles, mais elle continuera de vivre, elle ne périra jamais...

Si une société ou une portion de la société la repousse, qu'arrive-t-il ? Elle cherche un asile dans une autre société. Chassée des villes, elle fixera sa demeure dans les forêts ; si on la poursuit jusque-là, elle ira se réfugier dans l'horreur des déserts.

Oui, il y aura toujours dans quelques cœurs privilégiés un trône pour la voix de cette religion sublime, qui, tenant dans sa main cet étendard de douleur et d'amour, l'étendard auguste de la mort du Fils de Dieu, la Croix, dit aux hommes :