Si non manducaveritis carnem Filii hominis

Si non manducaveritis carnem Filii hominis, non habebitis vitam in vobis.

Si, sous l'empire de la loi ancienne, un de ces hommes éclairé de Dieu sur l'avenir avait fait au monde cette prédiction étonnante : Un temps viendra où le Messie quittera le trône de sa gloire ; il voudra non seulement vivre sans appareil au milieu de son Peuple, mais encore le nourrir de sa propre substance par le moyen d'un sacrement qui le contiendra entièrement lui-même. Si ce prophète eut ajouté : Le Messie dans cet état de nourriture désirera être reçu des hommes avec plus d'ardeur que les justes et les saints d'Israël soupirèrent après son avènement. Cependant malgré ses divins empressements, une infinité de chrétiens refuseront de s'approcher de lui, de le recevoir, ou ne le recevront que par contrainte. Si un Prophète de la loi ancienne avait ainsi prédit l'éloignement futur pour la personne adorable de Jésus-Christ le désiré de tous les siècles, pensez-vous qu'un tel oracle eut trouvé des croyants ? Non. On eut regardé comme un crime impossible au cœur humain l'impiété poussée au point de rebuter la personne d'un Dieu, et la parole de ses disciples paraîtrait incroyable, si l'expérience ne nous forçait de reconnaître ce prodige d'ingratitude dans une multitude de christianisme qui s'excommunient volontairement et se montrent insensibles à la borne la plus terrible dont puissent être menacés sur la terre les vrais enfants de Dieu.

Jésus-Christ l'a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. En vain donc, vous parerez-vous d'un simulacre trompeur de religion ; En vain croirez-vous en Dieu ; En vain lui rendrez-vous chaque jour vos hommages ; En vain éviterez-vous de blasphémer son saint Nom ; En vain respecterez-vous les jours consacrés au Seigneur ; En vain, pères et mères de famille, élèverez-vous vos enfants dans les sentiments de crainte et d'amour de Dieu ; En vain même donnerez-vous tous vos biens aux pauvres ; Il sera toujours vrai de dire : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, vous n'aurez point la vie en vous. Aucun prétexte, aucun motif, ne pourra, ne saurait justifier la désobéissance des christianisme.

Vous avez encore présentes à l'esprit les paroles du concile de Latran, qu'on vous cite tous les ans à l'ouverture du temps pascal. Elles ne sauraient plus réveiller la foi des chrétiens. Mais, tout à fait insensibles aux pressantes invitations de leur Dieu, ce même Dieu les frappera d'insensibilité. Ils perdront tous les biens dont l'Eucharistie est le principe fécond, et ils ne le regretteront pas. Ils seront morts à la grâce divine, et ils ne s'en apercevront pas. Ils n'auront point la vie en eux, et, ô prodige de malheur, ils ne la désireront pas. Ils auront perdu tout droit au salut éternel, et ils ne s'en affligeront pas ! Leur âme infortunée tombée dans une léthargie profonde, n'en sortira que par les convulsions du dernier moment.

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Mes frères, cette position est terrible ! Mets ta main sur la conscience, est-elle tranquille ? Y a-t-il de l'identité entre cette position et la vôtre ? Mettez-vous en pratique le précepte de Jésus-Christ, le précepte de l'Église, pour vous y contraindre ?

Mais, se demande-t-on avec effroi, d'où vient donc un si grand malheur, d'où vient cet abandon si commun de la sainte Communion ? Plusieurs n'ont point une foi solide : On assiste encore de temps en temps au saint sacrifice de la Messe. On s'incline même au moment de la consécration. Mais est-ce la foi qui exerce alors sur eux son empire ? N'est-ce pas plutôt la coutume ? S'ils étaient bien convaincus que l'hostie devant laquelle ils s'humilient machinalement avec ceux qui les environnent est véritablement le Fils de Dieu, qu'il ne s'est voilé des espèces du pain que pour se donner à eux, ne regarderaient-ils pas comme un très grand honneur non seulement de l'approcher, mais d'être admis à sa table, de le recevoir dans leur cœur ? S'ils croyaient la présence réelle aussi fermement que s'ils la voyaient de leurs yeux, ne devraient-ils pas se regarder comme coupables en refusant de s'asseoir à sa table ? Qui vous éloigne de la table de votre Dieu ! La main sur la conscience, devant cet Autel sacré, en présence de cette assemblée respectable, soyez ici vos juges, et prononcez votre sentence :

Croyez-vous à la présence réelle ? Vos actions donnent-elles à entendre que vous y croyez ? Si vous y croyez, comme vous le dites, vous faites à Jésus-Christ le plus sanglant outrage en refusant de le recevoir dans votre cœur lorsqu'il le demande et le désire. Si vous n'y croyez pas, pourquoi fléchir le genou devant l'hostie ? Prêtres du Seigneur, nous avons beau dire à plusieurs chrétiens, le Seigneur est là, il vous attend ; entraînés par l'exemple, ils restent immobiles. Malheureux respect humain ! Ils regardent autour d'eux ; aucun de ceux de leur état, aucun de ceux de leur âge ne communie. Et ils raisonnent ainsi : Que dirait-on de moi si je faisais ce dévot ; si j'allais à la sainte table ? On me traiterait de dévot, on me tournerait en ridicule. Et on devient prévaricateurs. Mon Dieu ! Où en sommes-nous réduits. C'est avoir l'âme bien basse que de n'oser être sage, parce que les fous s'en moquent. Leurs discours passeront, mais les jugements de Dieu ne passeront pas.

Il y a encore d'autres motifs. Le cœur n'est pas pur : On a à se reprocher des fautes pénibles à avouer. Si ce n'est dans le présent, c'est dans le passé ; et c'est souvent même et dans le présent et dans le passé tout à la fois. On rougit de soi-même, et l'on rougirait plus encore de montrer aux autres ce qu'on est. D'ailleurs, dit-on, les passions sont encore trop vives ; Plus tard, dans quelque an on reprendra l'usage de la religion et des sacrements. Ainsi, le remords s'élève encore de temps en temps sur le mauvais état de leur âme. On voudrait interrompre ses désordres, mais les passions sont là. Elles crient au malheureux qui s'est laissé tyranniser par elles : marche, avance. Et il poursuit sa route, malgré les réclamations de la conscience agitée de remords. On remet d'une année à une autre ; on retarde toujours, on recule jusqu'à la mort, et de là en enfer, où on ne recule plus.