Le désintéressement du prêtre

Conférence sur le désintéressement ecclésiastique
Le Prêtre doit être désintéressé.

Avant d'aborder le sujet de la conférence qui m'est désignée, Messieurs me permettront au préalable de partager la première pensée, mille et mille fois broyée dans les petites méditations que j'ai été obligé de faire sur le travail que je dois entreprendre. Quel est l'état du prêtre catholique au milieu d'une société sans Dieu ? Quelle est la position du prêtre au milieu d'une société qui n'adore que l'or et l'argent ? L'idolâtrie qu'elle doit essentiellement à son Dieu ? Cet état est violent ; c'est un état contre-nature ; c'est un état de mort. Le prêtre catholique est un étranger dans sa patrie, au milieu de ses concitoyens, dans le sein de sa famille ; sa patrie, ses concitoyens, sa famille ne l'aiment point, ne le comprennent point, ne le connaissent point, ne le respectent point. In mundo erat, et mundus eum non cognovit… in propria venit et sui non receperunt. Dans le temps où nous vivons, il a infiniment perdu de son prestige, de sa dignité, de sa considération, de son influence. Son autorité sur les masses ne tient plus qu'à des qualités uniquement personnelles. L'incrédulité nous infecte ; le corps est seul ; on estime l'homme, on méprise le prêtre. C'est déplorable, mais malheureusement c'est un fait certain.

Toutes les vanités se tiendraient étroitement tenues à l'esprit qui règne et qui domine de toutes parts dans nos villes. Quelle est donc la cause de cette défaillance, de cette déconsidération, de cette nullité profonde où le sacerdoce est tristement réduit ? Est-ce son ignorance ? Non. Le clergé aujourd'hui est généralement instruit et marche avantageusement de pair avec les lumières de notre siècle. Serait-ce sa conduite ? ses mœurs ? Non, maintes fois. Jamais le corps sacerdotal n'offrit aux peuples, dans son ensemble, un plus solennel spectacle de régularité, de décence, de vertu. Serait-ce l'ambition ? l'absence de désintéressement ?

Le clergé catholique est encore aujourd'hui le corps le plus recommandable par ses vertus. Mais ici mes bien aimés chrétiens me permettront de rappeler au souvenir une cause de notre ministère de Jésus-Christ, une profonde et fâcheuse persuasion générale : c'est que le clergé est ambitieux et — soit dit en passant — le prêtre y a souvent donné occasion, et par ses paroles et par ses actes. Mais c'est là justement la question que je dois traiter. Jointe cependant au prix du désintéressement qu'on remarque parmi nous, j'ose avancer avec une pleine et entière assurance de vérité qu'elle a puissamment contribué à paralyser l'action si bienfaisante de notre ministère. Nous devrions déchirer ce double manteau dont le peuple se plaît à nous envelopper et paraître à ses yeux sans aucune tache vers l'ambition et l'intérêt.

Je m'enferme dans les limites de la question : Le Prêtre doit être désintéressé. C'est cette belle auréole qui fixe et qui arrête sur lui la vue de tout un peuple. L'égalité parfaite de son âme, de son caractère ; la liberté de ses intentions dans ses pensées, dans ses paroles, dans ses actions, dans ses démarches ; l'élévation surnaturelle de ses sentiments, son union continuelle pour ainsi dire avec Dieu par la prière et l'oraison mentale, le font témoin de tout le mystère de sa vie intérieure, de sa paix, de son calme et de la tranquillité dont il jouit avec surabondance. Mais les grands et les petits, les riches et les pauvres, les savants, les ignorants, les amis comme les ennemis de l'Église doivent être forcés par l'évidence des faits de publier et de raconter ses grandes et innombrables vertus. Cette conduite digne de tout âge lui conciliera heureusement à son ministère autant d'honneur, de gloire et de considération que les hommes dignes de ce nom s'efforcent de verser de haine, de dérision, de mépris et d'opprobre.

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I. Les motifs du désintéressement

Nous verrons que le désintéressement dans le prêtre produit des fruits aussi salutaires et aussi constants. Où doit-il puiser les motifs qui l'aident à l'honneur et le soutiennent dans la plénitude de sa satisfaction ? Il doit les puiser dans leur source naturelle et intarissable : au pied de la Croix, dans le cœur et dans l'esprit de Jésus-Christ notre Docteur et notre Modèle. Quand tout fut consommé, quand le prêtre catholique descendit des hauteurs du Golgotha rayonnant de foi, d'espérance, de charité, il s'élança à travers les ombres du paganisme, répandant çà et là des trésors de lumière et de vertu.

Nolite velle thesaurizare… Qu'est-ce qu'un grand trésor, sinon comme l'entendent ceux qui veulent amasser des richesses ? Mais il est un monde de posséder l'esprit qui se contente du nécessaire, car comme nous n'avons rien apporté au monde, nous n'en emporterons rien aussi. Nous sommes sortis nus du sein de notre mère, nous retournerons nus dans le sein de la terre. Pourquoi amasser des richesses ? Hier nous n'en avions pas ; demain nous n'en aurons plus. Habentes autem alimenta et quibus tegamur, his contenti simus. Ayant donc le nécessaire, la nourriture et le vêtement, soyons contents.

Car ceux qui veulent devenir riches et se laissent aller à l'avarice, tombent en différentes tentations de péché dans lesquelles le démon les enlace comme dans des pièges, et ils sont sujets à commettre beaucoup d'excès, non seulement inutiles, mais même nuisibles qui les précipitent dans l'abîme de la mort et de la damnation éternelle. Radix enim omnium malorum est cupiditas, quam quidam appetentes erraverunt a fide, et inseruerunt se doloribus multis. Car l'amour du bien est la racine de tous les maux. L'expérience l'a prouvé : plusieurs se sont égarés de la foi par suite de cette convoitise et se sont embarrassés dans une infinité de peines et d'afflictions. Tu autem, o homo Dei, haec fuge. Mais pour vous, ô homme de Dieu, fuyez l'avarice et tous les maux qui l'accompagnent. Pesons bien ces mots : HOMO DEI… Sectare vero… charitatem… Pratiquez la belle vertu de charité. Cette belle et sublime leçon nous est donnée par le Grand Apôtre qui l'a lui-même reçue de la bouche de la Vérité même.

Il serait à désirer que le clergé comprît la puissance des motifs qui l'engagent à se montrer désintéressé au milieu d'un monde qui se complaît dans un culte d'intérêts vils et méprisables. La séance de la pratique est infiniment supérieure à celle de la théorie. Cependant on me demande : Quelles sont ses bornes ? Quelles sont les règles du véritable et sincère désintéressement ? Je déclare hautement ma compétence sur la raison que les travaux du ministère ne me laissent pas le loisir d'étudier cette question, et aussi parce que je n'ai pas assez de confiance dans la justesse et dans la droiture de mes facultés intellectuelles pour oser tracer un plan de conduite sur un point aussi ardu.

Je sais que le ministre de l'autel doit être désintéressé s'il veut travailler avec fruit dans le champ de l'Église. Mais quelles doivent être les limites de ce désintéressement et jusqu'où il faut le porter ? Établissons une chaîne électrique entre la croix, ou plutôt entre le cœur de Jésus-Christ et le nôtre. À présent les commandements de la pratique de cette vertu, ses principes régulateurs de notre conduite : le désintéressement ecclésiastique dont je pose les motifs, un juste milieu entre l'abus et le trop peu, entre la prodigalité et la parcimonie.

Si, à cause de la sainteté à laquelle Jésus-Christ nous appelle, il nous disait comme au jeune homme de l'Évangile : Si vis perfectus esse, vade vende quae habes et da pauperibus… Mais l'extrême indulgence de ce bon Maître ne nous impose pas un sacrifice qui paraîtrait peut-être dur à quelques-uns. Ce n'est pas le renoncement aux biens terrestres, c'est le détachement qui nous est commandé. Ce n'est pas la pauvreté absolue qu'il nous prescrit, c'est l'esprit de pauvreté qu'il nous inspire. Elle entretient les liens de l'ordre spirituel et les liens de l'ordre temporel d'opposition formelle et positive. Nous ne devons pas les chérir ni nous y attacher. Distributeurs des trésors célestes, chargés d'élever vers Dieu les pensées du peuple, de lui en donner l'amour, de lui en inspirer le désir, de lui en procurer la jouissance.

Si la Providence nous a départi quelques biens, laissons-les aux mains des gens du monde ; non pas sur la terre, mais dans le Ciel, avec notre cœur, doit être notre trésor. Cet esprit de pauvreté doit nous pénétrer, nous animer, nous régler, nous diriger, nous sanctifier. Il se manifeste en nous par deux sortes d'actes : les premiers consistent spécialement à respecter, à honorer la pauvreté ; à ne pas porter envie aux biens dont on est privé ; et à ne pas attacher une trop grande estime à ceux dont on jouit. Les seconds consistent principalement à ne pas courir après les richesses, à s'en servir, si on les possède, comme ne s'en servant pas ; à savoir se priver de bonne grâce et volontairement de certaines douceurs qu'elles procurent, à faire passer dans l'éternité par l'entremise des pauvres le superflu, ce qui excède les besoins. Telle a été, et telle est encore aujourd'hui la règle invariable de conduite qui dirige notre divin Modèle.

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II. Le modèle de Jésus-Christ

Dans un autre passage de l'Évangile, saint Matthieu nous montre le Sauveur qui assigne le royaume du ciel à ceux qui pratiquent cette vertu et les récompense en disant : Beati pauperes spiritu, quoniam ipsorum est regnum caelorum. C'est en vivant selon ces principes qui sont le seul trésor de l'esprit de Jésus-Christ, que, sachant nous-mêmes réprimer nos affections, borner nos désirs, arrêter nos poursuites et nous contenter de ce que nous possédons, cette admirable vertu sacerdotale du désintéressement ecclésiastique nous inspirera fidèlement l'esprit de pauvreté au milieu des plus grandes richesses et nous rendra semblables au divin Modèle.

Notre divin Maître, né dans la maison d'un humble artisan, a passé toute sa vie dans les privations de tout genre. Les renards, dit-il, ont des tanières, les oiseaux ont des nids, le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête : Vulpes foveas habent, et volucres caeli nidos, filius autem hominis non habet ubi caput reclinet. Le Créateur du monde qui possède la propriété véritable de tous les trésors de l'univers se tient dans cet état absolu de pauvreté. Quel est le motif qui l'engage à cette pauvreté ? Le grand Apôtre nous l'apprend : c'est pour nous enrichir de son indigence. Scitis enim gratiam Domini Nostri Jesu Christi quoniam propter vos egenus factus est, cum esset dives, ut illius inopia vos divites essetis. Ces paroles sont bien propres à susciter dans nos âmes des sentiments de foi et de reconnaissance, à resserrer de plus en plus les liens d'unité de conduite envers notre modèle par excellence. Nous enseigne par son dévouement volontaire à toutes les richesses périssables d'ici-bas à nous en passer à son exemple pour acquérir les richesses éternelles du ciel, notre véritable patrie.

Souvenons-nous de l'honorable et respectable abondance qui sera le principe vivant du zèle, du feu de la charité qui commanderont le cachet divin de toutes les vertus de notre saint ministère. Car nous ne serions point de véritables prêtres si l'esprit et le cœur de Jésus-Christ ne seraient point en nous, si nous ne sentions point en nous quelque chose de ce feu sacré qui embrasait saint Paul à la vue des superstitions d'Athènes.

Or cet esprit divin, imprimé dans l'âme du ministre du sanctuaire, donne toute la force nécessaire pour se défendre contre les attaques multiples de l'impiété et de l'irréligion ; tantôt la flexibilité du roseau pour condescendre aux besoins des infirmes : omnibus omnia factus sum. Ce sont des agneaux paisibles qui, loin de se plaindre de leurs persécuteurs injustes et intéressés, bénissent leurs persécuteurs. Mais la gloire de Dieu, la gloire de la religion est-elle attaquée ? Ce sont des lions qui savent combattre avec courage, irrésistibles ; ce sont des apôtres qui savent la rigueur d'être trouvés dignes de souffrir quelque chose pour le Seigneur, et tressaillent de joie au milieu des combats dans la douce attente de cette magnifique récompense qui les attend dans le ciel. Gaudete et exultate, quoniam merces vestra copiosa est in caelis.

Il y a loin de ce sublime sentiment à celui du prêtre esclave de la fortune. Ce déplorable esclavage énerve la force et la vigueur sacerdotale. Quel est le soldat de Jésus-Christ qui déploie le plus de force et de courage ? C'est le prêtre qui possède une âme qui possède, selon saint Paul, l'indépendance de la fortune. C'est lui qu'on verra braver la fureur des tyrans et, au bout de sa voix et jusqu'aux extrémités de la terre, annoncer la parole divine à une nation des plus sauvages.

Il n'y a qu'un trop longtemps dans sa charité qu'il entretient son sanctuaire ; il a voulu secourir ceux qui étaient en lui, ils lui ont failli. Souvent de nues en peu de dignité, nous le supposons. Les biens de la terre lui ont paru plus précieux que le dépôt sacré de la foi et du salut des âmes. La compassion pour les pécheurs n'est point entrée dans leur cœur.

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III. L'exemple des Apôtres et la charité envers les pauvres

Cependant l'Église est à peine descendue du Calvaire qu'elle s'occupe activement et affectueusement d'être d'accueil. Les Apôtres semblaient quelquefois oublier la prière et la prédication de la parole divine pour se livrer entièrement au soin des malheureux. Obligés de se réserver pour les grandes fonctions du ministère, ils confient le soin des membres souffrants de Jésus-Christ sur la terre à des hommes en qui ils ont déposé, avec une portion de leur esprit, une partie des dons de leur charité. Voilà les préceptes, voilà l'exemple de notre grand modèle, voilà les sentiments de nos prédécesseurs dans le saint ministère.

Saint Paul, écrivant à Tite, nous recommande de présider à toutes les bonnes œuvres des fidèles, et d'être comme le canal de leurs aumônes pour les répandre généreusement dans le sein des pauvres. Ils possédaient l'un et l'autre de cette volonté dont parle l'Apôtre qui avait attaché leurs fins de tant que ce qu'ils pensaient et même au-delà de ce qu'ils pouvaient : secundum virtutem testimonium illis reddo, et supra virtutem voluntarii fuerunt.

Nemo militum Deo implicat se negotiis saecularibus, ut ei placeat cui se probavit. Le prêtre ne doit pas se porter à des actes incompatibles avec son caractère, les plus essentiels. Son soin ne saurait l'occuper de commerces de ventes, d'achats, de trafics, de profits et d'affaires toutes séculières. Éloignez de sa vie la dénaturation dans l'amour des richesses, qu'il compatisse aux misères du pauvre, et se remplisse d'amour pour la gloire de Dieu et de zèle ardent pour le salut du prochain.

Ces vérités, déplorables humainement et scandaleuses aux yeux de Dieu et des hommes, sont hautement condamnées par l'esprit de l'Église. Mais quel est le prêtre qui croie les nourrir au fond de son âme et par là même s'exposer à la calomnie, si on vient à les accuser, si on les soupçonne même d'être trop attaché à l'argent ? Qui croirait être avare ? Personne. On s'excuse sur la prudence qui semble exiger qu'on se ménage des ressources pour l'avenir ; sur la charge d'une famille et sur l'attachement et l'intérêt qu'on nourrit pour lui procurer une aisance honnête. Illusion.

Nous nous disons : « Vous savez bien, aujourd'hui je suis dans l'abondance de toute chose, aujourd'hui je vis très honorablement. Cette agréable position ne doit pas faire oublier la misère d'un avenir prochain. J'ignore ce que Dieu me réserve dans les trésors de sa bonté et de sa miséricorde, mais d'un jour à l'autre je puis être sans une longue et douloureuse maladie, une armée d'infirmités peut venir fondre sur moi. La Providence prolongera peut-être mes jours sur cette terre. Dieu me laissera parvenir jusqu'à une vieillesse bien avancée. » O Sacerdotes audite verbum Domini : Ne solliciti sitis animae vestrae quid manducetis, neque corpori vestro quid induamini…

Quaerite ergo primum regnum Dei et justitiam ejus et haec omnia adjicientur vobis… Le ministre de Jésus-Christ, dans le passage de l'Évangile où l'on exalte la pauvreté d'affection qui constitue en grande partie le bonheur du chrétien et du prêtre, est loin de condamner les soins justes, sages et raisonnables que nous prenons de notre entretien et de notre subsistance. Ce serait tenter Dieu que de négliger absolument les moyens que la Providence a mis entre nos mains pour nous procurer les choses nécessaires à la vie. Ce qu'il défend, c'est cette trop grande inquiétude, ces inqualifiables soucis d'esprit que l'on se donne ordinairement pour des biens qui ne nous manqueront pas tandis que nous servons fidèlement notre Dieu.

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IV. Le détachement des parents

Jésus-Christ, par sa conduite admirable, apprend à l'ecclésiastique qu'il doit être dans un grand et surnaturel détachement de ses parents s'il veut que le désintéressement rende ses travaux utiles dans le saint ministère. Un simple mot doit l'imiter : Qui amat patrem aut matrem plus quam me, non est me dignus. À plus forte raison un prêtre qui a choisi le Seigneur pour sa portion et pour son héritage, et qui lui a dit dès son entrée dans le sanctuaire : Dominus pars haereditatis meae et calicis mei.

Dans le sacerdoce judaïque qui fut si imparfait, il fut défendu au grand Prêtre de se rendre et de se trouver aux funérailles de son père et de sa mère, dans la crainte qu'en donnant ces marques de douleur il ne respectât point assez l'onction sacrée qu'il avait reçue à sa consécration : Super patre quoque suo et matre non contaminabitur. Nous apprenons que ceux qui sont consacrés à Dieu par le caractère indélébile de l'ordination doivent avoir des parents, comme s'ils n'en avaient point ; la chair et le sang les arrêteraient dans le chemin de la perfection où ils sont entrés et où ils doivent conduire les autres. L'Église seule doit leur servir de père, de mère, de frères, de sœurs, à l'exemple de Jésus-Christ qui ne reconnaît pour ses proches parents que ceux qui obéissent à la volonté de son Père éternel.

De là souvent un intérêt mal entendu en faveur de nos parents qui est la source et le principe de bien des abus, de bien des rétentions de la part du Seigneur. Et le prêtre s'armera et s'efforcera de trouver dans ses parents le plan d'une vie douce, commode et agréable.

Les méchants ne manqueront pas de profiter de cette partialité, de cette circonstance et de la disposition des esprits pour répéter à satiété qu'on ne va dire que le curé n'aime pas les paroissiens qui sont cependant chargés de pourvoir non seulement à ses besoins mais encore aux besoins de toute une famille, etc. C'est ce qu'on dit sans hasard. C'est malheureux ! On a tort, et on n'est pas seul dans le vrai, je l'espère, mais le prêtre est obligé de prendre l'homme dans le déplorable état où il se trouve, de faire tous ses efforts pour le ramener à Dieu.

Si les parents du prêtre sont dans le besoin, ils doivent être ses premiers pauvres, mais encore et de manière utile, il doit se tenir au milieu des règles d'une aumône qu'il leur doit ; elle doit être faite dans la balance de la justice du sanctuaire, et aussi d'avoir, dans mainte affaire, la prudence qu'une pareille démarche demande. Des yeux, et presque toujours des yeux malins, sont ouverts sur ses faveurs et ses libéralités que vous venez de répandre dans le sein de vos proches. Vous n'ignorez pas les suites funestes qu'a produit le népotisme dans toute l'Église. Il a fait fondre sur elle des maux incalculables et a jeté dans les esprits des semences de préjugés et de mécontentement. Si nous voulons les faire disparaître, il faut les combattre par des actes publics éclatants.

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Conclusion

Si nous voulons faire honorer notre ministère et le rendre fructueux pour le salut des âmes, nous devrions être les prêtres les plus recommandables par leur désintéressement, leur sainteté vraiment éminente. Un prêtre, par sa conduite, par ses paroles si mesurées, dont l'esprit qui l'anime paralyse infailliblement notre influence et le bien que nous devons faire. La considération avec les habitants de la paroisse portera le cachet de l'avarice, de l'ambition, de l'orgueil, etc. On dira bien vite : il a pris sa destinée dans le cœur de son fils, de son frère, de son cousin, de son oncle, etc. ; il sera considéré comme le fidèle écho de Pierre.

Je tirerai pour conclusion : Un prêtre doit, dans les limites du possible, s'être soigné et se séparer de sa parenté. Son ministère y gagnera en fruits et en respect. Il doit se montrer d'un grand désintéressement en faveur de ses proches. Pas de commerces, de leurs marchés, de leur gestion, de leurs affaires, de leur avancement dans le monde ; il s'occupera de s'enrichir des trésors pour le Ciel. Vous épargnerez bien des scandales à sa paroisse au prix d'une mort à soi-même, sa vie durant, de se conformer à une recommandation faite par Dieu en faisant un testament par lequel il lèguera soit à son église, soit à ses pauvres, tout son mobilier, sans oublier sa cave s'il y en a une. Par ce moyen vos parents seront dispensés de séjourner au presbytère, puisqu'ils n'auront rien à partager. D'ailleurs ce séjour est une source féconde d'inconvénients de tout genre ; et vos paroissiens pourront eux-mêmes importer le fruit de leurs sueurs et de leur harmonie.