Le mystère le plus incompréhensible et le plus constant pour l'homme est celui de l'amour de Jésus-Christ pour nous. Sans avoir égard aux sacrilèges et aux profanations que tant de mauvais chrétiens feraient dans la suite des temps, du sacrement de nos autels, il a bien voulu nous y laisser les trésors et les richesses de son amour ineffable, un abrégé de ses plus étonnantes merveilles. In quo divitias divini sui erga homines amoris effudit. Si ses pieds, si ses mains sont percés de clous, c'est pour notre salut ; si son côté est ouvert, c'est pour nous y recevoir et nous y mettre à couvert des embûches de nos ennemis.
Transportons-nous en esprit dans cette nuit douloureuse où Jésus-Christ commença sa cruelle Passion, où il fut condamné pour nos péchés. Malgré ses souffrances inouïes, tandis que tout le monde conjurait sa perte, tandis que Jérusalem s'armait contre lui au lieu de pourvoir à son salut, il ne cherche que les moyens de nous sauver. Cum dilexisset suos usque in finem dilexit eos.
Non content de naître, de vivre et de mourir pour nous, il établit un sacrement, par lequel il renouvelle continuellement et sa mort et son sacrifice : par lequel il accomplit efficacement la promesse : « Je ne vous quitterai jamais » et de demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles, usque ad consummationem saeculorum. C'est là qu'il admet indistinctement et le pauvre et le riche ; c'est là qu'il essuie les larmes des affligés, qu'il soulage l'infortuné ; c'est là qu'il verse dans le cœur des malheureux le baume de la consolation ; c'est là qu'il est le gage de notre bienheureuse éternité. C'est là qu'il nous appelle, et il faudrait avoir le cœur ingrat pour ne point répondre à son appel et à la charité infinie qu'il nous témoigne dans ce sacrement. Mais avant de nous en approcher, éprouvons-nous nous-mêmes, et prenons ensuite le pain céleste et buvons le calice de l'immortalité. Probet autem seipsum homo.
La grandeur du mystère de l'Eucharistie qui consiste dans les merveilles et les prodiges que Dieu opère pour s'unir à nous, exige de notre part une disposition de foi et de religion : sa sainteté qui consiste en ce que ce mystère renferme ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré exige une disposition de respect et de pureté : sa tendresse en ce que ce sacrement est le gage le plus touchant de l'amour de notre Dieu exige de notre côté un retour proportionné d'affection et d'amour. Sentiments de foi, de respect et d'amour, dispositions essentielles pour la communion.
Dans tous les ouvrages, dans tous les miracles de la puissance de Dieu, il n'est rien qui approche du prodige de l'Eucharistie. L'univers ne lui a coûté qu'une parole ; il dit et tout fut fait : Dixit et facta sunt. Mais cette parole toute féconde, tout miraculeuse qu'elle a été, n'a dû produire qu'un monde et dans l'Eucharistie c'est une parole qui produit un Dieu : obedientia Dei voci hominis. C'est une parole qui le fait se sacrifier, s'immoler, s'anéantir et renaître tous les jours sur nos autels pour notre salut, qui propter. Il n'a fallu qu'un miracle pour faire le Dieu de l'univers, et il a fallu tous les miracles pour faire le Dieu de l'Eucharistie.
Si j'ai donc la foi, je dois voir un Dieu cent fois plus grand dans ce miracle de l'Eucharistie que dans toutes les merveilles de sa puissance. Un coup d'œil sur l'autel m'en dit plus que tout l'univers entier. Puisque cet auguste sacrement est le prodige de la puissance divine, la grandeur de notre foi doit égaler la grandeur du prodige. Moïse fait tomber l'eau du rocher ; Élie fait descendre le feu du ciel ; Josué commande au soleil. À la parole d'un Dieu le monde sort du néant ; il appelle les tempêtes et elles accourent à sa voix ; il parle et les montagnes se brisent ; la terre et les mers se confondent ; les eaux, les vents, la foudre partent à sa parole ; et dans le sanctuaire, il parlerait, et ne serait point écouté ! Sa puissance infinie viendrait échouer sur le pain de nos autels ? Non, non, mes frères, et si notre raison s'étonne, si les sens se révoltent, si notre foi se trouble jetons un regard sur la montagne et les ténèbres disparaîtront : la voix de 18 siècles qui nous ont précédés parle éloquemment à notre esprit et à notre foi. Et nous sommes venus nous écrier oui mon Dieu, je crois que vous êtes le Dieu caché mais augmentez encore ma foi, adauge nobis fidem.
Mais me demanderez-vous, pourquoi insister sur la foi due à ce mystère ? Ne vous en étonnez pas, mes frères, car la foi qui doit nous conduire à la participation de l'Eucharistie doit être une foi instruite et réfléchie, une foi vive et agissante qui se manifeste par des œuvres et des sacrifices, une foi qui par l'ardeur de ses sentiments perce à travers le nuage pour y découvrir son Dieu. Or, descendons au fond de notre âme et voyons son état au moment de cette grande action. Depuis le moment où, pour la première fois on eut soin de nous instruire des vérités sublimes de ce grand mystère, nous n'avons peut-être pas assez réfléchi sur ce grand objet de notre religion. Et aujourd'hui nous n'avons pas cette foi, cette religion profonde proportionnée à la hauteur et à l'élévation du sacrement auguste de nos autels. Lorsque nous sommes aux pieds des autels nous voyons la fumée, les éclairs et la foudre ; nous voyons les apparences de la majesté divine, nous apercevons les nuages et les voiles du grand mystère, mais notre foi ne saurait pénétrer jusqu'au Dieu qui y est couvert et caché.
Vous ne doutez pas de la vérité du mystère mais est-ce assez pour en approcher ? Non, mes frères, la foi du chrétien pour être vraie doit être vive et agissante. Vive et agissante avant la communion, vive et agissante après la communion. Être bien persuadé que le plus essentiel de tous nos devoirs en qualité de chrétien est de nous mettre en état de communier dignement, et de travailler à purifier notre âme, afin qu'elle puisse servir de demeure à Jésus-Christ. Nous dire avec plus de raison que Salomon : il ne s'agit pas de préparer une demeure aux hommes, mais à Dieu le roi des rois. Bien méditer ces paroles de l'Apôtre : que l'homme s'éprouve donc lui-même avant de manger ce pain céleste, car celui qui le mange indignement, mange sa propre condamnation parce qu'il ne fait pas le discernement du corps du Seigneur, Non dijudicans corpus Domini. Nous devons nous anéantir devant notre Dieu et lui dire avec une vraie foi : et d'où me vient cet excès de bonheur, que mon Seigneur et mon Dieu, daigne venir à moi ! Ah Seigneur je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison : retirez-vous de moi, car je ne suis qu'un misérable pécheur, Exi a me quia homo peccator sum Domine. J'espère que vous m'avez lavé par les eaux de la Pénitence, mais lavez-moi encore davantage, purifiez-moi de toutes les souillures de mon péché : amplius lava me ab iniquitate mea.
Avec de pareilles dispositions, nous serions à même d'imiter les premiers chrétiens qui, après avoir célébré les saints mystères dans le silence des forêts ou dans l'obscurité de cavernes allaient dans les mains des bourreaux faire les preuves de leur croyance. Ils étaient après cette grande action, au rapport de saint Jean Chrysostome, comme des lions intrépides qui ne respirent que le combat : tanquam leones ignem spirantes. En recevant le sang de Jésus-Christ ils apprenaient à répandre le leur pour la gloire de la religion, et du pied des autels ils volaient au martyre. Si au sortir de la sainte table on nous demandait de sceller de notre sang le témoignage de notre foi, où seraient les victimes, où seraient les chrétiens ! La foi de plusieurs chrétiens n'est plus qu'un sommeil et une léthargie : ideo inter vos imbecilles et dormiunt multi. De là aussi tant de communions tièdes et infructueuses : et le sommeil de la foi produisant presque toujours le sommeil de la conscience, il est rare qu'on s'en aperçoive. Il est de notre intérêt de donner à notre foi ce degré d'ardeur qui perce à travers les nuages du sacrement. Ce sera alors que nous goûterons le bonheur et l'avantage de posséder Jésus-Christ qui se fait dans la communion le gage de notre béatitude comme il doit en être l'objet pendant toute l'éternité : nous appliquer ces paroles du Psalmiste : goûtez et voyez combien le Seigneur est doux : gustate et videte quoniam suavis est Dominus. Ajoutons aux dispositions de la foi celles de la sainteté du mystère : sentiments de respect et de pureté.
Cette épreuve de respect et de pureté que nous recommande l'Apôtre, consiste non à éteindre le désir de la communion, mais au contraire à l'entretenir et à l'enflammer dans le cœur. Elle ne consiste pas à dire Seigneur, je suis pécheur, donc je ne mérite point d'approcher de vous. Eh quoi ! disait saint Jean Chrysostome en traitant cette matière, ne suis-je pas un pécheur moi-même ? Si je ne considérais que ce titre, je devrais donc aussi m'éloigner des saints Mystères. Non, reprend ce Père, ce ne sont pas les pécheurs qui en sont exclus, mais ceux qui veulent rester pécheurs, ceux qui veulent vivre et persévérer dans le péché. J'appelle donc vrai respect celui d'une âme qui, pénétrée de la sainteté de cette grande action, se dit à elle-même : oui, mon Dieu, si je n'avais égard qu'à ce que vous êtes et à ce que je suis, je n'oserais jamais m'approcher de vous. Mais vous m'ordonnez d'y aller ; mais vous me menacez de la mort éternelle, si je ne participe à votre corps et à votre sang : nisi manducaveritis carnem filii hominis. Mais vous m'avez dit que ce sacrement devait être l'aliment et la nourriture de mon âme et que c'était pour notre soutien que vous l'avez établi, qui manducat meam carnem et bibit etc. Alors oubliant ma bassesse et mon néant je dirai avec l'enfant prodigue : je me lèverai et j'irai vers mon père, surgam et ibo ad patrem : il se souviendra que je suis son fils, et je lui dirai avec effusion de cœur : mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous, pater, peccavi in coelum et coram te.
Tels doivent être les sentiments d'une âme chrétienne. Ajoutons à ces réflexions salutaires celle que nous fournit encore le grand Apôtre, lorsqu'il nous recommande d'apporter au festin de l'agneau un cœur où règne la plus grande pureté : edimazymis sinceritatis et veritatis : et ailleurs : non in fermento veteri. Déposez ce vieux levain, déposez le vieil homme c'est-à-dire, ces défauts qui par notre négligence sont devenus une seconde nature ; ces péchés d'habitude auxquels nous sommes si attachés ; cette passion dominante qui s'empare de toutes nos actions, qui est l'âme de notre âme, et le mobile de toute notre conduite. Non in fermento veteri : j'appellerai donc vrai respect celui d'une âme qui, avant d'aller à l'autel, ne se sera point contentée d'avouer ses fautes et de les connaître mais qui, par l'exercice des vertus contraires, se sera efforcée de déraciner le vice et de le remplacer par l'innocence : j'appellerai encore vrai respect celui d'une âme dont les communions ne seront point une alternative continuelle de pénitence et de rechutes, de relâchement et de ferveur ; mais avance chaque jour dans le chemin de la perfection et de la vertu, à mesure qu'elle approche du Dieu de la perfection et de la sainteté : j'appellerai encore véritable respect celui de ces âmes ferventes qui vivant dans l'habitude des bonnes œuvres, et brillant par l'éclat des plus belles vertus, gémissent sur le sentiment de leurs imperfections inhérentes à la nature de l'homme. Voilà l'âme où le Seigneur se plaît à descendre, voilà le vrai sanctuaire où il aime à se reposer. Non in fermento veteri.
Voici comme saint Jean Chrysostome établit la nécessité de ces dispositions. Il explique les paroles que de son temps on disait dans l'église pendant la célébration des saints mystères afin dit-il, que personne ne puisse dire : j'ignorais la grandeur de cette action et les dispositions qu'elle exige. Le Prêtre se tient debout dans un lieu éminent, et faisant entendre une voix qui inspire le respect et la crainte, il appelle les uns et rejette les autres. Cette séparation ne se fait pas avec la main ; mais sa parole la fait d'une manière plus éloquente et plus puissante : Sancta Sanctis : les choses saintes sont pour les saints : par conséquent si quelqu'un n'est pas saint, qu'il n'approche pas de cette table, si quis non est sanctus, non accedat. Voulons-nous donc nous approcher de la sainte table avec les sentiments convenables de respect et de pureté. Voici la belle pensée qui doit nous occuper. C'est de nous préparer pour la communion comme nous nous préparerions pour la mort, puisqu'en effet, il ne faut pas moins de pureté pour se présenter à l'autel de Jésus-Christ que pour paraître à son tribunal. Les livres et les docteurs peuvent nous tromper ; mais avec cette pensée profonde, nous ne saurions nous tromper, et d'un coup d'œil nous sommes en état de nous juger. Ainsi vous tous disposés d'une manière prochaine à approcher de l'autel, avant d'y aller, vous apportez l'effroi ordinaire de la prière et de la confession. Du reste vous avouez qu'il y a un tourbillon de défauts, par l'usage de porter votre cœur et de pratiquer la vertu de vous souvenir de la présence de Dieu, et trop d'amour de vous-même : et vous demandez bien en communiant si vous pouvez être en sûreté de conscience, et vous voudriez avoir une décision précise sur ce sujet. Je m'en rapporte à votre jugement. Si cette communion devait être la dernière de votre vie ; si au moment où vous allez recevoir votre Dieu, vous étiez assuré que la mort suivrait vos pas, la main sur la conscience seriez-vous prêt à paraître devant votre juge, et avec quel œil verriez-vous approcher l'heure de votre mort ?
Tout ce que je puis vous dire, c'est que la communion languissante produit dans l'âme une léthargie et un sommeil peu différent de la mort même, et que la tiédeur est une maladie languissante bien funeste pour notre salut : tout ce que je puis vous dire c'est que les dispositions qui ne sont point suffisantes pour recevoir le viatique, ne sont point aussi suffisantes pour approcher des autels pendant la vie. Nous pouvons réduire à cette seule pensée toute la morale sur ce sujet : se préparer à la communion comme à la mort alors on fera cette action avec foi, avec respect, et, j'ai ajouté, avec amour.
Rappelons-nous ce jour à jamais mémorable où le peuple juif consterné et saisi d'effroi attendait au pied du mont Sinaï les tables de la loi divine : ce jour où Dieu manifesta sa puissance en donnant sa loi à Moïse avec un grand et terrible appareil, au milieu des éclairs et du tonnerre. Il nous fit un commandement de l'aimer : commandement que Jésus-Christ a renouvelé dans la loi de grâce, et dont il veut l'accomplissement d'une manière absolue, surtout lorsque nous nous disposons à le recevoir dans la communion. Diliges Dominum Deum tuum : Divin Jésus ! Vous auriez pu exiger de nous tous les sacrifices, et vous vous contentez de nous ordonner de vous aimer. Était-il nécessaire de nous ordonner de vous aimer vous qui êtes l'amour même, vous qui nous témoignez tant d'amour tant de tendresse, tant d'affection ? Oui, mes frères, et encore sommes-nous fidèles à cet ordre ? Non cependant examinons les puissants motifs que nous avons d'aimer Jésus-Christ, dans sa conduite toute paternelle dans le sacrement de nos autels.
Amour de Jésus dans l'Eucharistie amour le plus magnanime et le plus généreux. Dans les autres mystères de sa vie mortelle, ce Dieu Sauveur quoique humilié, avait néanmoins conservé quelques prérogatives de sa divinité. Mais dans l'Eucharistie tout est abaissé jusqu'à son humanité sainte voilée sous les symboles du sacrement : tout est sacrifié, jusqu'à sa puissance réduite à obéir à la voix de son ministre. Il a donc aussi droit d'exiger de nous dans la participation de ce sacrement un amour sans bornes qui soit prêt à lui faire les plus grands sacrifices. Il faut qu'après l'avoir reçu nous puissions dire avec le grand Apôtre : je vis, je me trompe, ce n'est pas moi qui vis c'est Jésus-Christ qui vit en moi : vivo ego jam non ego, vivit vero in me Christus. Et ailleurs que pourrais-je vous rendre Seigneur, pour tant de bienfaits, quid retribuam Domino ? Je recevrai le calice de votre main et je bénirai la tendresse noble et désintéressée de votre cœur, calicem salutaris etc.
Que pouvait-il attendre de nous en instituant l'Eucharistie ? et quand nous a-t-il fait ce don inestimable, c'est la veille de sa passion : in qua nocte tradebatur. C'est-à-dire dans le temps de la plus grande ingratitude des hommes envers lui, cet adorable Sauveur n'ayant que des sentiments de paix et de miséricorde a voulu nous en donner la marque. Il nous a laissé les richesses d'un amour noble et désintéressé, un abrégé de tous ses prodiges dans un sacrement où il fait ses délices d'habiter avec les enfants des hommes : deliciae meae esse cum filiis hominum. Dans ces temps-ci, il est l'objet de nos adorations couché sur un lit de douleur, en proie aux souffrances les plus cuisantes, abandonné de nos parents et de nos amis, nous trouvons en Jésus-Christ un hôte, un soutien et un puissant appui : c'est alors que nous sentons combien il est doux, consolant pour un chrétien à la dernière heure, d'avoir eu pour Jésus-Christ dans l'Eucharistie la dévotion la plus respectueuse et d'amour la plus expressive et la plus éloquente : gustate et videte quoniam suavis est Dominus.
Et en cela notre amour n'a été qu'une faible imitation de celui de Jésus-Christ. En effet, c'est dans le mystère de l'Eucharistie qu'il renouvelle tous ceux de sa vie et de sa mort : c'est là qu'il s'offre qu'il s'immole et qu'il demande pour nous grâce à Dieu son Père. Que nous dit un spectacle si touchant ? Que nous devons apporter à la célébration de ce mystère un esprit tout pénétré de l'excellence du christianisme, un cœur embrasé d'amour. Cependant si aux pieds de la sainte table, Jésus-Christ nous demandait comme autrefois à saint Pierre : m'aimez-vous ? amas me ? que lui répondrions-nous ? Oserions-nous lui répondre que nous l'aimons, nous que la moindre contradiction abat et déconcerte ? oserions-nous dire que nous l'aimons, nous qui nourrissons dans notre cœur une idole qui causera infailliblement notre perte ? Non, dans de pareilles dispositions nous n'aimons pas Jésus-Christ. On pourrait peut-être nous dire avec le grand Apôtre que nous adorons un Dieu que nous ne connaissons pas, ou par une étrange contradiction, que nous connaissons notre Dieu mais que nous ne l'adorons pas. Il pourrait nous demander comme à ce peuple perfide : que vous ai-je fait pour me traiter de la sorte ? Si un ennemi m'outrageait de la sorte, je supporterais un pareil affront, mais mon fils, celui que j'ai nourri, celui pour lequel j'ai donné ma vie, celui que j'aime et que j'affectionne, ah, ce coup m'est plus terrible que la mort. Divin Jésus ! que ne puis-je embraser tous les cœurs du feu de votre amour, et les renfermer dans votre cœur pour vous bénir dans le sacrement de nos autels !
Il est donc de notre intérêt, mes frères, avant de faire l'action la plus importante du christianisme, de suivre l'ordre que le grand Apôtre a intimé à toute l'Église dans ces courtes paroles : Probet autem seipsum homo. Que l'homme s'éprouve lui-même, c'est-à-dire qu'il se consulte lui-même, qu'il interroge son cœur, et, sans se flatter, qu'il examine devant Dieu s'il est en effet de ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, et que Jésus-Christ reconnaît pour ses véritables disciples : examinons si notre conscience nous rend un témoignage favorable sur nos sentiments de foi, de respect et d'amour pour le sacrement de l'Eucharistie. Les anges n'assistent qu'en tremblant à nos mystères redoutables. Saint Jean Chrysostome nous témoigne qu'il a vu ces légions célestes, vidi ipsos, qu'il les a vus s'assembler autour de Jésus-Christ pour compenser par leurs adorations, la tiédeur et la négligence de plusieurs chrétiens.
Rendons donc à Jésus-Christ amour pour amour, humilité pour humilité, tendresse pour tendresse : liamaro sigeat, redamaro non sigeat. Vous pécheurs adorez, respectez, aimez Jésus-Christ dans le sacrement de son amour : il vous tend des bras paternels pour vous aider à vous relever de votre état triste et déplorable : brisez donc vos fers, sortez de l'esclavage et tandis que plusieurs l'oublient, ne l'oubliez pas vous-même. Et vous justes continuez de rendre vos hommages à Jésus-Christ. Ainsi en quittant la sainte table vous pourriez dire avec le bienheureux Siméon ce touchant refrain : Nunc dimittis etc. C'est à présent, Seigneur, que, selon votre parole, vous laisserez mourir en paix votre serviteur : mes yeux ont eu le bonheur de voir le sauveur d'Israël, et mon cœur l'avantage de le posséder, quia viderunt oculi mei salutare tuum. Annoncez à tout l'univers cette heureuse nouvelle. Daignez, Seigneur, éclairer ceux qui gémissent dans les ténèbres et les ombres de la mort : illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent. Pour moi, mon temps est venu, je mourrai avec joie et consolation : recevez-moi Seigneur, dans vos tabernacles sacrés ; après que mes yeux vous ont vu sur la terre, mon cœur ne soupire qu'après votre éternelle possession dans le ciel...