Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos.

Jésus-Christ ayant aimé ses enfants qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. — Jean 13.

Comme les hommes à mesure qu'ils avancent en âge, nous ont cette vérité, les preuves aussi multipliées qu'ils fussent au fer ne les yeux à se blâmer ou contenir de son amour pour nous. Mais toutes les preuves de cette divine charité se réunissent plus parfaitement dans l'adorable mystère de cet autel. C'est là qu'il les renouvelle chaque jour, c'est là qu'il les surpasse même avec un excès miséricordieux à l'infini. Je ne vous représenterai point les prodiges qu'il a opérés dans le cours de sa vie mortelle. Je ne vous montrerai point rendant la santé aux malades, l'ouïe aux sourds, la lumière aux aveugles, la vie aux morts. Mais je vous mettrai sous les yeux les merveilles qu'il fait éclater dans le sacrement de son amour en faveur des hommes. Nous le verrons sur le trône de sa miséricorde. Que vos entrailles en soient émues, mes frères, et que vos cœurs se dilatent à la vue de ce roi de gloire.

Venez lui faire assidûment la cour dans son palais. Venez répandre vos cœurs au pied de ses tabernacles. Que vos hommages se mêlent aux dévouements des Anges qui environnent son trône, humblement prosternés. Que votre respect s'unisse au respect des chérubins, des séraphins, des dominations et puissances. Que votre respect s'unisse à la foi, à la ferveur de tant d'âmes pieuses qui viennent à chaque instant et tous les jours lui présenter leurs hommages dans ce temple. Venite adoremus et procidamus ante Deum ploremus coram domino. Sondons les merveilles qui s'opèrent tous les jours sur nos autels, et nous reconnaîtrons les preuves d'amour de Jésus-Christ envers les hommes dans le sacrement de l'Eucharistie. Il se donne tout entier aux hommes dans la divine Eucharistie. Ce n'était pas assez pour lui de se revêtir de notre chair, de s'assujettir aux infirmités de l'homme pour notre salut. Il a voulu encore s'unir à notre nature et à notre personne ; il a voulu vivre pour nous, il a voulu vivre avec nous de nouveau. Il a voulu faire en quelque sorte une rédemption journalière plus étendue que celle qui s'opéra sur le calvaire.

Qu'êtes-vous ? Que suis-je moi-même pour mériter à ce point l'attention et les bontés de notre Dieu ? Ah ! s'écriait Salomon, est-il croyable dans le dessein d'élever un temple au Seigneur, est-il croyable que Dieu veuille demeurer avec les hommes sur la terre ? Si le ciel, si les cieux des cieux ne peuvent le contenir, comment cette maison contiendra-t-elle celui qui n'est qu'un point auprès de l'univers. Si coelum et coeli coelorum te non capiunt quanto magis domus ista quam aedificavi. Qu'aurait-il dit, ce prince religieux, s'il eût été comme nous le voyons, la grandeur divine non seulement renfermée dans les bornes étroites de nos tabernacles, mais encore se communiquant aux hommes, leur servant de nourriture et d'aliment.

O profondeur de la bonté divine ! Qui pourrait le croire si la vérité n'en était la garante. Un Dieu réside sur nos autels. Un Dieu s'immole pour notre salut. Un Dieu choisit le cœur de l'homme pour en faire son sanctuaire. Le créateur se donne à sa créature. C'est là le sublime de l'amour.

À son nom seul, quels sentiments de reconnaissance doivent surgir dans notre âme en considérant la grandeur et le prix de ce bienfait ? N'avons-nous pas droit de nous regarder comme cette nation sainte, dont parle l'apôtre saint Pierre, comme ce peuple choisi, cette race, ce sacerdoce royal ? Ne sommes-nous point comme les princes de la famille de Dieu ? Ne pouvons-nous pas nous glorifier d'avoir le sang d'un Dieu vivant coule dans nos veines ? Le vénérable Siméon fut transporté de joie d'avoir vu naître Jésus-Christ et de l'avoir porté entre ses bras. Mais notre bonheur est infiniment plus grand. Siméon vit Jésus-Christ dans le temple… les chrétiens peuvent le voir contempler, l'adorer tous les jours sur l'autel. Siméon le prit entre ses bras ; les chrétiens le reçoivent dans leur cœur. Siméon ne reçut qu'une fois cette grâce ; les chrétiens la reçoivent mille et mille fois. Siméon ne jouit qu'un moment de la présence de Jésus-Christ, les chrétiens en jouiront jusqu'à la consommation des siècles. Ah ! Pourrions-nous refuser d'être tout à lui ? Si un Dieu se fait non seulement le compagnon de notre exil sur la terre, mais encore le remède de nos faiblesses, la nourriture de notre âme, notre vie, notre vie, n'a-t-il en nous quelque chose que nous ne devions lui sacrifier ? Y a-t-il quelque chaîne que nous ne devions briser pour ne nous attacher qu'à lui seul ? Unissons nous tous les cœurs de l'univers, tous des cœurs des anges et des saints nous ne saurions correspondre à un amour aussi généreux.

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La libéralité de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel est universelle, elle s'étend à tous sans exception. Il se donne à l'enfant comme au vieillard, au pauvre comme au riche, à l'impie comme au juste. La plus chétive cabane lui est aussi précieuse que le plus superbe palais. On le porte dans les cachots comme dans les châteaux. On le porte chez les malades ; tous les hommes peuvent avoir le bonheur de le posséder. Est-ce là vérité ? Oui. Vous en êtes tous les jours les témoins. Vous voyez cette table sainte ouverte au riche, au pauvre, à celui de la puissance, à l'infirme, à celui de la vieillesse, au passant, au passant. Demain Dieu touche les cœurs qu'il veut et pourquoi ? Pour aller au secours de son peuple, comme le riche malade, demain vous le verrez entrer dans la cabane du pauvre.

La majesté d'un Dieu nous alarmerait, si elle se montrait dans tout son éclat. Tout est prévu dans l'Église. L'amour couvre d'un voile cette divine majesté ; il en éclipse les rayons sous les espèces du pain pour nous en faciliter l'approche. Tout lui sert de table. Il ne faut ni monter au ciel, ni descendre dans les abîmes pour le trouver. Il ne recherche ni les qualités de l'esprit, ni les qualités du corps ; on ne gagne point son cœur par l'éloquence, sa protection par des trésors. Un cœur simple, des intentions droites, voilà ce qu'il demande. Dès lors il se donne à nous sans partage. Venite ad me omnes qui laboratis et onerati estis et ego reficiam vos. Venez à moi vous tous qui êtes fatigués et je vous soulagerai ; vous tous qui êtes dans la peine et je vous consolerai. Ce n'est point à une seule personne qu'il adresse ces paroles touchantes, mais à nous tous sans exception. Venite ad me omnes : si quelqu'un a soif, qu'il vienne se désaltérer à la fontaine que je lui offre. Fontaine plus profonde que les eaux de la mer ; plus claire que l'eau des rochers ; plus douce que le meilleur baume qui désaltère notre âme, tempère l'ardeur des passions, éteint la soif des choses du monde, communique des pensées célestes et divines, et jaillit jusqu'à la vie éternelle. Qui bibit ex aqua quam ego dabo ei non sitiet in aeternum. Image bien naturelle de ce qui se passe tous les jours dans l'Église. N'entendez-vous pas du tabernacle la voix d'un tendre père qui invite ses enfants au festin qui leur est préparé : bibite, comedite, inebriamini carissimi.

C'est là qu'il invite les justes à se nourrir du pain des forts, et à s'enivrer de ce vin qui fait germer les vierges. Mais ce n'est pas seulement aux âmes justes qu'il adresse cette tendre invitation. Les pécheurs y sont admis après s'être revêtus de la robe nuptiale ; après avoir purifié leur âme dans la piscine de la pénitence. Non de vires justos sed peccatores. Pécheurs, voilà les conditions. Âmes timides, que la connaissance de vos péchés ne vous fasse point douter de sa tendresse ; il est venu guérir toutes les maladies, toutes les infirmités spirituelles. Venez donc, venez sans crainte quiconque vous soyez écouter la voix d'un tendre père, d'un généreux pasteur qui vous invite à sa table. C'est à vous, voyageurs inf., à vous qui êtes fatigués de la longueur du chemin, c'est à vous que Dieu présente un moyen assuré pour parvenir à la montagne d'Oreb. C'est vous pauvres pécheurs, que Dieu veut recevoir sur le trône de son cœur. C'est vous, enfants prodigues, qu'il veut serrer dans ses bras. C'est après vous, brebis errante, qu'il court de nuit et le jour. Que de motifs de confiance et d'amour ! Plus je considère le sacrement de nos autels, plus je me perds dans ce mystère ineffable d'amour. Qu'il est grand, qu'il est aimable le Dieu de l'Eucharistie. Et il se trouverait encore parmi les hommes des cœurs assez dénaturés pour ne pas correspondre à tant d'amour, à un amour si généreux !!!

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Pour nous, mes frères, enfants éminemment, n'imitons pas… l'anathème prononcé par l'apôtre saint Paul contre ceux qui n'aiment pas Jésus-Christ. Quiconque n'aime pas Jésus-Christ. Non. Cet anathème n'a pas traversé dix-huit siècles sans retomber sur nos têtes. Nous accueillerons avec bienveillance les paroles pleines d'une tendresse que l'Église met dans la bouche et le cœur de tant d'enfants. Venite ad me omnes qui laboratis. Pour nous, mes frères, enfants privilégiés du plus tendre des pères, voulons-nous conserver cette belle dénomination ? Continuons de venir nous asseoir à sa table avec de telles dispositions. Qu'une foi vive, qu'une charité ardente, qu'une conscience pure, qu'un saint désir de toutes les vertus, soient notre recommandation à la table eucharistique. Et pour obtenir du ciel cette belle faveur, n'oublions pas le respect au saint sacrement, si recommandé par l'Église. Des indulgences abondantes y sont attachées. Quand nous avons le bonheur de posséder un ami véritable, nous aimons à le voir le plus souvent. Nous ne craignons pas d'aimer à le visiter. Pourrions-nous nous tenir d'une manière indifférente envers un ami si tendre ? Non. Je ne vous plaindrais pas de plus être de ceux qui ne se trouvent que dans la peine, nous aurons dans cette Église un refuge véritable, nous aurons une consolation. Venez donc à lui, venez même avec des consolations dans le cœur. Venez lui offrir… et venez tous les jours. Venez visiter le tabernacle et à l'heure de votre mort vous serez plus heureux que celui qui ne le fait pas. Ne craignent pas d'aller le cœur mortel que vient subitement les frapper et leur ouvrir la grande porte de l'éternité. Vous ne l'ignorerez pas, vous l'avez aimé après avoir tant étudié pendant votre vie au pied de cet autel les inspirations du cœur de Jésus-Christ pour vous.

Un grand nombre de chrétiens… les fidèles de cette ville descendant dans les rues du haut de cette tour, les jours solennels qui annoncent le départ du Dieu de son temple, pour se diriger vers la demeure de quelques-uns d'entre vous. Au bas des marches de la terrasse qui s'arrête aux degrés de cet autel, revêtu d'un rochet et d'une étole blanche, en tremblant il ouvre le tabernacle, il prend un ostensoir à la main, il en bénira les assistants et il traversera les rues de la ville en bénissant quelques-uns d'entre vous. À sa droite et à sa gauche éclatent des… un cortège le précède pour annoncer son passage. Voici notre Dieu, venez le reconnaître, venez l'adorer, venez l'accompagner. Des grâces sans fin sont attachées à cette démarche, c'est-à-dire à la bonne œuvre d'accompagner le saint sacrement de l'Église à la maison du malade, et de la maison du malade à l'Église.

Je lève les yeux pour regarder, et j'aperçois une flotte de population qui se prosternent sur le passage de leur Dieu. J'aperçois plusieurs fidèles qui suivent respectueusement le Dieu des mourants. Oh ! Elle sera bénie de Dieu cette ville qui donne à son Dieu tant de témoignages de respect et de vénération. Non, je ne veux formuler ici, ni louange, ni blâme ; je laisse ce droit au Dieu que vous adorez. Et s'il m'est permis de formuler un vœu c'est celui de voir de votre part une continuelle augmentation même de zèle pour venir sur la semaine adorer votre Dieu dans son saint temple ; une continuelle augmentation de respect pour votre Dieu quand on le porte aux malades.

L'intérêt qui anime toutes les puissances de mon âme pour votre salut, m'inspire l'heureuse pensée d'essayer de faire descendre de cette chaire quelques paroles en faveur de cette louable pratique. Je vois avec plaisir et avec bonheur que depuis quelque temps ces visites sont plus fréquentes et plus multipliées. Et si un mot d'encouragement descendu de cette chaire de la bouche d'un de vos prêtres, pourrait contribuer à entretenir et à vivifier ces pieuses visites à Jésus-Christ mon Sauveur. Ce mot d'une. Je le hasarde. Mon Dieu, bénissez-le. Mes paroles n'ont de vertu qu'autant que Dieu daignera les bénir. Bénissez-les donc mon Dieu, en inspirant à vos bons enfants la généreuse pensée de venir souvent vous visiter dans ce saint temple. Oh oui Dieu bénira mes paroles !! Les Anges tutélaires, les patrons de cette paroisse, les Anges et les Saints que cette ville a fournis au ciel, s'uniront à nous pour solliciter cette grâce. Oh oui, vous viendrez souvent visiter Jésus-Christ. Vous augmenterez par là la somme de votre bonheur. Jusqu'ici vos jours se sont écoulés, et vous n'avez presque rien fait pour votre Dieu ; dès aujourd'hui, venez tous les jours faire une visite de 3 minutes à Jésus-Christ. Et le soir, lorsque vous analyserez vos actions, vous trouverez la visite au saint sacrement qui couronnera toutes les autres. Oui cette visite vous portera bonheur, car elle attirera sur vous les bénédictions du ciel.