Tribulatio et angustia in omnem animam hominis operant — Gloria autem et honor et pax omni operanti bonum

L'affliction et la douleur seront le partage de tout homme qui aura fait le mal ; la gloire, l'honneur et la paix seront la récompense de ceux qui feront le bien. — St Paul ad R - 2

Quelle est grande la différence qui existe entre le bien et le mal dans leurs suites présentes et futures ! L'affliction et la douleur seront le cortège déplorable de ceux qui feront le mal ; la gloire, l'honneur et la paix seront la récompense de ceux qui feront le bien. Tout console l'âme juste, tout l'affermit dans le parti de la vertu qu'elle a prise ; tout rend sa condition infiniment plus douce que celle d'une âme qui vit dans le péché. Car quelque lettré que soit un pécheur à tout l'emportement de son cœur, il tourne cependant quelquefois les yeux vers cet amas d'iniquités qu'il amasse derrière lui et d'horreur de ce funèbre qu'il a consacré aux plaisirs illicites d'un cœur volage se présentent continuellement à son souvenir. Ce sont des images fantastiques se troublant, qui le réveillent de son sommeil de ses assoupissements. Les cris de sa conscience le frapperaient moins lorsqu'il ne les permettait, parce qu'il ne le faisait que successivement, aujourd'hui c'est un amas monstrueux qui l'enveloppe de toutes parts comme d'un manteau de désespoir. D'un coup d'œil il aperçoit de la grâce toujours méprisée des inspirations toujours rejetées, un usage indigne d'un naturel heureux, formé pour la vertu, il voit des faiblesses qui le font rougir de se montrer et des horreurs sur lesquelles il n'ose ouvrir les yeux.

Voilà ce que le pécheur laisse derrière lui. Il est malheureux s'il tourne les regards vers le passé. Toute sa félicité est renfermée dans le moment présent. Et encore pour être heureux il faut qu'il étouffe sa raison. De là ces maximes si indignes de l'humanité et si répandues dans le monde : que les réflexions gâtent tous les plaisirs de la vie et que pour être heureux il faut penser le moins. Ô homme ! était ce donc pour ton malheur que le ciel t'avait donné la raison qui t'éclaire ou plutôt n'est ce pas pour t'aider à chercher la route qui seule peut te rendre heureux. OUI. Telle est la destinée d'une âme impie, elle n'est que l'ivresse de la raison qui la rend heureuse, et comme cette altération n'est que momentanée dès que l'esprit se calme, le charme cesse le bonheur s'enfuit, et l'homme reste seul. Seul, ah ! non, seul en présence de sa conscience et de ses crimes.

Mais qu'il est différent le sort d'une âme qui marche dans les voies de Dieu. Tout lui met sous les yeux les démarches de la divine miséricorde sur elle. Tant de circonstances imprévues de faveurs, de secours, de préservatifs, de morts, d'afflictions, toutes ménagées par une providence attentive pour lui faciliter les moyens de salut ; l'attachement particulier que le ciel avait sur elle lors même qu'elle suivait encore des routes impures : les dégoûts que sa bonté lui ménageait au milieu même des plaisirs ; ces vocations secrètes qui la rappelaient sans cesse au désert et à la vertu. Cette paix intérieure qui la suivait partout et qui ne cessait de lui dire : MISÉRABLE jusque à quand chercheras-tu des plaisirs qui ne peuvent te rendre heureux ? Voilà ce qu'offre le passé à une âme convertie, elle y voit les complaisances et les amères douleurs que par la justice de Dieu aux égarements des passions, elle se voit choisie, séparée, appelée à la connaissance de la vérité. Que ce souvenir remplit une âme fidèle de paix et de consolation. Moins le passé est pour elle une source de consolation solide. Ce qui se passe dans le monde ne console pas moins le juste.

Révolution journalière d'événements qui réveillent toute leur âme dans le cœur de ses partisans, les passions les plus violentes et les plus tristes, des haines cruelles, des jalousies dévorantes des chagrins amers. LE MONDE ? C'est une terre de malédiction, où les plaisirs mêmes portent avec eux leur poison et leur amertume, les passions et les attachements criminels ont leur dégoût, leurs bruits désagréables, les spectacles ne trouvant plus dans les spectateurs que des âmes grossièrement dissolues et incapables d'être touchées que par les excès les plus monstrueux de la débauche. Docilement fidèle en ne remuant que ces passions délicates qui ne font que monter l'écume du vice, il dresse des pièges à l'innocence. LE MONDE est un lieu où tout ce qui plaît ne plaît jamais longtemps, et où l'ennui est la destinée la plus douce et la plus supportable qu'on puisse attendre. Voilà le MONDE dans son vrai, dans son sublime, voilà le monde d'après votre cœur christianisme. Voilà cependant le lieu où vous venez chercher votre félicité. C'est là plus que jamais, c'est là que vous voudriez passer vos jours. Voilà le monde que les pécheurs préfèrent aux biens éternels. GRAND DIEU ! que votre Justice est d'unir l'homme fidèle aux assises du présent si insupportable pour les pécheurs fournit mille motifs de consolation à l'âme fidèle. Qu'y trouve-t-on ? Des cœurs insensibles, des parents indifférents, des amis inconstants, des ennemis cachés, des richesses périssables, des honneurs frivoles, des plaisirs trompeurs, tel le monde apparaît et désormais tel qu'il est. Elle y trouve des douceurs des amertumes, des larmes. Combien de fois la voix du Seigneur n'a-t-elle pas résonné au fond de votre cœur dans vos parties de plaisirs dans le désordre des spectacles au milieu des concerts mélodieux. Ô homme, rentrez en vous-mêmes et sortez de la boue. Il est temps, pratiquez la vertu, et sous ses bannières vous trouverez un lieu de repos et de paix. Ainsi l'Israélite échappé de la mer rouge, voyant de loin Pharaon et tous les grands de l'Égypte encore à la merci des flots, goûtant le plaisir de leur dureté, trouvant douces et agréables les voies arides du désert et chantaient avec Moïse ce cantique de louanges et d'actions de grâce où sont célébrées avec tant de magnificence les merveilles et les miséricordes du Seigneur.

En second lieu, l'injustice du monde console l'âme juste. Mais quelle ressource peut un pécheur qui, après avoir sacrifié au monde sa conscience, sa jeunesse, sa santé, après avoir dévoré des rebuts, des fatigues, des assujettissements, se voit tout d'un coup fermer les voies de la grandeur et de la fortune, arrachées d'entre les mains des places qu'il avait méritées. Que faire ? Ira-t-il loin du monde se venger par un désespoir éternel ? NON, il se donnerait le coup de sa mort. Se retranchera-t-il dans la force de son esprit ? Hélas non ; on peut être philosophe devant le public, mais on est toujours homme pour soi-même et infortuné. Un pécheur est donc sans ressource dans l'injustice du monde. L'homme juste au contraire n'est pas plus équitable qu'envers de nos destinés que du mal que l'on nous cause et d'autant que rien n'est un maître qui compte nos démarches nos pensées nos désirs nos croix, nos afflictions, et qui récompense même un verre d'eau froide donné en son nom par amour de lui. Quelle source de consolation pour une âme fidèle dans sa lumière pâle ! C'est alors que se jetant dans le sein de Dieu, et regardant avec des yeux chrétiens le néant et la vanité de toutes les choses humaines, elle voit ses inquiétudes se changer en une douce paix, un rayon de lumière luire dans son âme, un trait de consolation pénétrer son cœur si rasi. Ah Mes frères, qu'il est doux de servir celui qui seul peut rendre heureux ceux qui le servent.

N'oublions pas les jugements du monde. Le supplice d'une personne du monde, c'est d'être sans cesse exposée à la censure, à la dérision et aux traits acérés d'un public malin. On a beau mépriser les hommes on veut être estimé d'eux. On a beau être élevé au-dessus des autres, l'élévateur même attire les railleries pour les sonder, et que dans les revers ou des chagrins dépendent que du monde, les jugements du monde absorbent tout le cœur. Cependant on vous dispute votre talent, votre réputation, vos services, vos succès, votre prudence, votre bonheur. Si vous échouez dans quelque entreprise, le monde ajoutera : depuis longtemps je connaissais son peu d'habileté ! si vous réussissez, on attribuera vos succès au mérite étranger. Si votre réputation brille de l'éclat le plus vif, on dira oh, si le mystère était dévoilé ; si votre conduite est hors d'atteinte on jettera le ridicule sur votre humeur, sur votre caractère. Voilà la vie du monde, ses noirceurs, ses ingratitudes les plus louables, et nos plaisirs trouveront des censeurs dans ceux mêmes qui les partagent.

Mais une âme fidèle est à l'abri de ces inquiétudes. Dieu qui la voit est le seul juge qu'elle craint, et qui la console en même temps des jugements des hommes. Sa gloire, c'est le témoignage de sa conscience. Sa réputation, elle la cherche dans son devoir. Ses suffrages du monde, elle les regarde comme l'écart de la vertu ou comme la récompense d'un vice ; elle est contente de répandre partout sur son passage des délicieux parfums de sa patience. Que dis-je Mes frères ? Le monde lui-même, tout en ne cherchant, de lui-même prit de censures, de malignité pour ses adorateurs est forcé de respecter la vertu de ceux qui la méprisent. Il semble que la vertu imprime sur la personne du juste, un cachet de dignité, un sais quoi de divin qui lui attire la vénération et braque le culte des âmes mondaines. Il semble que son front porte avec… il rejaillit sur lui une partie de cet éclat céleste qui doit répandre sur son fils bien aimé. Tant est grand l'ascendant de la vertu sur le cœur des hommes ! Voilà comme le siècle présent devient une source de réflexions consolantes pour une âme chrétienne.

Mais elle trouve encore dans la pensée de l'éternel des consolations qui se changent en des terreurs continuelles pour le pécheur. Autre avantage des justes. La magnificence des promesses de Dieu les soutient et les console. Ils attendent la bienheureuse espérance et le moment heureux où ils seront associés à l'Église du ciel, réunis à leurs frères qu'ils avaient perdus sur la terre, reçus dans la Jérusalem céleste, incorporés dans cette assemblée immortelle des élus de DIEU, où l'éternité sera la mesure de leur félicité.

Mais ces pensées fondées sur la foi, qui font la consolation de l'âme juste, sont un fond inépuisable de trouble et de crainte pour le pécheur. Quoi, Mes frères. Portez sur la conscience les abîmes d'une vie entière de désordre et connaître par la foi le malheur qui nous attend ? DIEU, porte en nous-mêmes une lumière vengeresse qui nous trouble, qui nous déchire, qui nous juge, qui nous découvre sans cesse ce que nous ne voudrions jamais voir ; qui nous apprend continuellement ce que nous voudrions toujours ignorer ; qui nous rappelle des souvenirs tristes et lugubres. Quelle position déplorable !

Que fera donc le pécheur ? Combattra-t-il sa lumière pour apaiser sa conscience ? Se jettera-t-il dans l'abîme de l'incrédulité ? Quoi ! vivre sans Dieu, sans culte sans principes, sans espérance ! Que fera-t-il donc ? Obligé de se fuir sans cesse, de peur de se trouver avec sa conscience il erre d'objet en objet, de passion en passion, de précipice en précipice. Il veut oublier sa position par la variété des plaisirs mais c'est en vain. Il offre son cœur tour à tour à toutes les créatures. Inutilement, tous les objets de ses passions lui répondent : Ne t'abuse point tu nous amuses ; nous ne sommes pas la félicité que tu cherches nous ne saurions te rendre heureux. Élève-toi au-dessus, et va chercher ton bonheur dans le sein de ton Dieu.

Voilà la destinée du pécheur. Ce n'est pas que le cœur des justes jouisse d'une tranquillité inaltérable Mes frères. Il éprouve des troubles et des inquiétudes. Mais ce ne sont que des nuages passagers qui effleurent la surface de son âme. Au-dedans règnent toujours un calme profond, cette sérénité de conscience. Cette simplicité du cœur, cette confiance en Dieu, ce calme des passions, cette paix universelle qui commence dès cette vie même la félicité des âmes innocentes.

Mettez dans une balance d'un côté tous les moments agréables que le pécheur goûte sur la terre ; de l'autre toute l'amertume qu'il y dévore. Savez-vous quel sera le plateau qui l'emportera ? Mettez au contraire dans une balance d'un côté tous les moments agréables du juste, de l'autre ses amertumes. Je ne sais plus que dire après cela, d'entendre dire qu'il n'y a rien de plus terrible que de vivre loin de son Dieu, sous la tyrannie du péché, toujours en guerre avec soi-même, sans aucune joie véritable dans le cœur ; dans goût souvent pour les plaisirs comme pour la vertu ; odieux aux hommes pour la bassesse de ses actions ; insupportables à nous-mêmes par la bizarrerie de nos désirs ; déterrés par les horreurs de notre conscience ; sans la douceur des sacrements, puisque nos crimes nous en éloignent ; sans la consolation des livres saints, nous n'y trouvons que de l'anathème ; sans la ressource de la prière, nous en avons perdu l'usage.

Mon cher frère, voulez-vous donc vivre heureux sur la terre ? Vivez chrétiennement. La piété est utile à tout, elle a de l'innocence du cœur et la source des vrais plaisirs. Tournez-vous de tous les côtés, essayez de tous les plaisirs, ils ne guériront pas ce fonds d'ennui et de tristesse qui vous traîne partout avec vous.

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Fragment — Sur l'autorité de la conscience

Puissiez-vous comprendre quelle est l'autorité sainte qui doit diriger votre conduite quand il est question d'asseoir votre jugement sur la compatibilité ou l'incompatibilité de certains usages du monde avec la loi de la conscience, avec la loi de Dieu. Quand vous voulez juger des couleurs vous ne feriez venir un aveugle. Quand appelleriez un médecin pour vous soigner dans vos maladies un médecin se rendra vers vous. Un légiste pour construire vos maisons ? Non sans doute. Ne soit donc c'est à vous que je m'adresse, et vous me comprendrez. On pourra critiquer mes avis et mon ton. Mais on les critique et n'oubliez pas, je vous en prie, que les critiques des paroles de…

Quand il est question d'introduire dans une société un nouvel usage, l'épreuve jusqu'alors dans les localités où les bonnes mœurs sont encore en honneur à qui appartient-il de prononcer devant Dieu et devant les hommes sur la moralité ou l'immoralité de cet usage ? Est-ce aux médecins, aux avocats, aux magistrats, aux gens d'armée. J'accorde à ces messieurs toutes les bonnes qualités possibles mais il ne lui a pas été dit : Allez enseigner les nations, prêchez mon Évangile à toutes les créatures. Adorons, aimons ce Dieu qui nous aime, respectons sainte l'Église qui nous est une mère et nous porte dans ses bras dans les lois de Dieu, seul et unique chemin du bonheur.