L'Évangile de ce jour contient une Parabole dont Jésus-Christ se sert pour nous prouver que nous sommes des Distributeurs et que nous ne conserverons point à la gloire et au service de Dieu les biens spirituels et temporels dont nous sommes établis les administrateurs.
Un grand Seigneur, dit-il, avait un intendant qu'on accusa devant lui d'avoir dissipé tout son bien.
Cet intendant descend au fond de sa conscience, y trouve la justice de l'accusation, et délibère sur ce qu'il doit faire pour rentrer en grâce. Il se propose trois moyens :
Le premier était le travail des mains : mais habitué à une vie molle, il ne peut se résoudre à labourer la terre : fodere non valeo.
Le deuxième était d'aller mendier son pain : mais la seule pensée d'aller tendre la main à toutes sortes, le couvrait de confusion : mendicare erubesco.
Le troisième était de faire de grosses remises aux débiteurs de son maître, à l'effet d'en faire ses amis.
Serviteur infidèle, ton adresse est admirable ! Astucieuse : enfants du siècle que vous êtes, soyez dans votre prudence !
Ah ! Voulez-vous avoir plus de sagacité dans la grande affaire de votre salut, faites-vous un ami de votre Dieu. Comment ? Par l'amour.
Dans ce but, jetons un coup d'œil rapide sur les bienfaits dont il nous a comblés, et dans l'ordre spirituel et dans l'ordre temporel :
Il y a six mille ans, rien de tout ce que nous voyons n'existait. Un être tout-Puissant, Infini, éternel, un être infiniment miséricordieux tira le monde du néant.
Dieu, dit l'Écriture Sainte, créa le ciel, créa la terre et les mers qui l'environnent ; il orna le firmament de globes lumineux pour l'éclairer ; et posuit eas in firmamento caeli, ut lucerent super terram. Sa main puissante répandit les semences qui devaient féconder les campagnes, planta les arbres des forêts et joncha les prairies de verdures et de fleurs : germinet terra herbam virentem.
Puis il créa les animaux : ceux qui habitent la terre, ceux qui vivent dans les airs, et ceux que la mer nourrit dans son sein.
Mais pour qui tous ces ouvrages ?
Le sixième jour de la création, Dieu se recueillit en lui-même, et semble prendre conseil de sa sagesse éternelle : Faisons, dit-il, à notre image un être pour commander à la terre. Il prend entre ses mains un peu de cette terre qu'il avait créée, l'anime de son souffle, et donne la vie à l'homme : Inspiravit in faciem hominis spiraculum Vitae.
L'homme… être tiré du néant comme les autres êtres ; dépendant de Dieu, à qui il doit tout, même l'existence. Être privilégié, comblé de tant de biens du Créateur : être raisonnable, immortel, fait à l'image de Dieu vivant, portant l'empreinte indélébile de sa Divinité.
N'a-t-il pas droit de nous dire Redde rationem ?
N'a-t-il pas droit de nous dire : Aimez ! Qui ? Le Seigneur. Comment ? De tout votre cœur, de toute votre âme.
Mais voici d'autres motifs d'amour.
L'homme pouvait conserver pour toujours les glorieuses prérogatives dont il était revêtu lorsqu'il sortit des mains de son Créateur. Créé à son image, il devait être toujours heureux. Mais l'infortune, suite de sa faute, s'abattit sur lui : il méconnut la main bienfaisante et libérale de son Dieu.
Dieu après avoir formé l'homme lui fit ce commandement : Gardez-vous de manger du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal ; car le jour que tu en mangeras, vous mourrez de la mort.
Malheureusement sa femme succombe : l'homme n'en tient aucun compte. Leur malheur se fait sentir.
Dieu enfin les châtie : tu ramperas sur la terre et tu vivras de la sueur de ton front.
Ils ont tout perdu, le titre glorieux de fils de Dieu. Chassé du paradis terrestre, l'homme est dépouillé de toutes ses prérogatives précieuses dont le Créateur l'avait enrichi dès sa naissance : les ténèbres vont obscurcir sa raison. La concupiscence réside dans son âme et le détourne de la vertu divine.
Après un si malheureux crime, errant dans les déserts du monde, où il ne doit que les larmes, après une vie terminée dans les angoisses de la mort, il ne doit attendre que le sort le plus triste, le plus déplorable, la plus éternelle privation de son Dieu.
Le ciel, oui ce beau ciel pour lequel il avait été créé ; le ciel qui devait être le théâtre et le séjour éternel de son bonheur ; le ciel qui devait être le prix éternel de sa fidélité, le ciel est fermé sur sa tête ; le ciel est perdu pour lui.
Il est condamné à passer dans une vallée de larmes une vie de peines, de craintes, de souffrances, de tourments et à la fin de ses jours des supplices éternels doivent être son partage.
Y a-t-il un moyen de conjurer un si grand malheur ?
La Justice de Dieu réclame une réparation proportionnée à l'injure faite à sa majesté infinie, et cette réparation l'homme est incapable de l'offrir.
Mais rassurons-nous : Dieu y pourvoira. Il trouvera dans les trésors de sa sagesse les moyens de concilier sa Justice et sa bonté.
Si le sang d'un Dieu est nécessaire, le sang d'un Dieu sera versé.
Ô prodige d'amour !
Le Fils de l'Éternel a abaissé un regard de compassion sur l'homme coupable. Il l'a vu cheminant dans les voies pénibles des souffrances, de la Croix : et il a été touché de son triste sort.
Mon Père, a-t-il dit à l'Éternel, vous n'avez pas voulu des sacrifices de sang des hommes, parce qu'ils n'étaient point capables d'apaiser votre juste courroux ; vous avez voulu que je prisse un corps, et que je m'offrisse moi-même : Voici, ô mon Père, l'holocauste pour le salut du monde, me voici.
Grâce, grâce pour les hommes, je m'immole pour eux.
Il quitte les splendeurs de la gloire ; il s'abaisse, il s'humilie, et s'anéantit jusqu'à prendre la forme d'esclave : formam servi accipiens.
Il se rend obéissant jusqu'à la mort, jusqu'à la mort de la croix : factus obediens usque ad mortem.
Son sang coule : et ce sang purifie l'homme de la souillure du péché. Et ce sang crie vers le ciel : Grâce, Pardon, miséricorde. Et ce sang nous rend la vie.
Du haut de la croix où il expire dans l'horreur des tourments, du haut de la croix où son amour l'a attaché, il vous demande votre cœur, il vous crie : chrétiens, rachetés au prix du sang d'un Dieu, aimez le Seigneur votre Dieu.
Sans le comprendre, jetant un regard autour de vous ; regardant le ciel, les astres, le soleil qui vous éclaire. La rosée de la terre vient tous les jours arroser vos visages, mais elle respecte vos propriétés, vos maisons et votre personne ; la terre couronnée de moissons, la main de l'homme la recueille dans des greniers ; les arbres fruitiers, les animaux domestiques…
Dieu l'a fait à son image et à sa ressemblance ; il l'a placé dans différentes positions de la vie ; et dans ces positions il a des devoirs à remplir à l'égard de Dieu, à l'égard de la société, et de lui-même.
Il lui a donné une intelligence. Pourquoi ? Pour la consacrer à la connaissance de tout ce qui a rapport au salut, à l'éternité. L'esprit a fait des progrès dans les sciences : voyez les vapeurs et la mer. Les chemins de fer abrègent les voyages de l'homme ; il va pénétrer le sein de la terre, les profondeurs des mers sont décrites avec leur tout. Mais le mystère de la charité divine pour nous fait peut-être moins d'impression sur nos cœurs. Ah bien, au nom des biens matériels du monde, je viens réclamer votre amour pour le Seigneur votre Dieu.
Mes frères, vous avez été sans doute sortir de la ville par une belle journée d'été, pour vous promener dans la campagne. Qui a fait l'objet de votre attention ?
Vous avez vu des prairies émaillées de fleurs, tout d'abondants fourrages. Vous avez vu des champs chargés de riches moissons. Des arbres chargés de beaux fruits. Vous avez admiré ces belles productions : et vous vous êtes demandé : Qui a fait éclore ces fleurs ? Qui a fait mûrir ces fruits ? C'est Dieu.
Comme l'homme est petit au milieu de ces merveilles.
Vous vous rappelez quelles ont été quelquefois vos craintes et vos inquiétudes, quand au sortir d'un hiver long et rigoureux, des gelées prolongées ont souvent menacé les campagnes de stérilité. Vous avez beau employer toutes les ressources de votre activité, de votre prudence, de votre industrie. Mais le temps continuait d'être contraire. Le désespoir et le découragement étaient à leur comble.
Homme de peu de foi, sans douter de la puissance de Dieu : et le Dieu de la puissance duquel vous doutiez, commande à la terre, au soleil, aux vents, aux nuées ; et en quelques jours, la nature change d'aspect ; la terre entre en son sein, et le cours des plus riches moissons.
Cependant au milieu de ces campagnes, où se décèlent si admirablement les preuves de sa bonté, s'élève-t-il une pensée vers lui ? De là les profanations du dimanche et des fêtes consacrées à son culte.
Je désirerais que beaucoup ne s'occupassent pas exclusivement des affaires de ce monde ; je désirerais qu'ils employassent leur esprit à la connaissance et à l'attention pour leur salut. Ô mystère ! Ô vérité de l'immutabilité de l'Église.
Il lui a donné un esprit de reconnaissance, le souvenir de ses bienfaits. Ses lois.