In ipso vivimus, movemur et sumus

C'est en Dieu que nous avons la vie, le mouvement et l'être.

Oui, Mes frères, c'est en Dieu que nous vivons ; et Dieu, par sa bonté, conserve en nous l'être et la vie. Dieu pourvoit à nos besoins les plus pressants, les plus multipliés, les plus insatiables. Et comme rien n'a été fait sans lui, rien ne peut subsister sans lui. S'il retirait au monde sa puissante protection ; à l'instant même le monde rentrerait dans le néant. Mais non : sa parole a créé le monde ; et le fruit de cette parole, il le conserve précieusement. Son œil de père veille sur toutes les créatures. C'est lui qui dirige les astres dans leur course majestueusement admirable. C'est lui qui règle les vicissitudes des saisons. C'est lui qui fait luire le soleil. C'est lui qui couvre le ciel de nuages, qui opère le tonnerre et l'éclair. C'est lui qui envoie la nuit et le jour, le froid et le chaud. C'est lui qui prépare la pluie pour la terre : parat terrae pluviam. C'est lui qui produit sur les montagnes et dans les vallées l'herbe dont se nourrissent les animaux : qui producit in montibus foenum.

C'est une bonne nouvelle, une consolation, qui soutient, qui soulage, qui anime. Et cette source est inépuisable. Elle est d'un grand prix pour le pécheur qui pleure. C'est le plus puissant frein pour l'homme qui veut pécher. Oui, c'est là l'unique moyen pour celui qui veut rester pur, de toute souillure, ne jamais s'en écarter, de se conserver dans sa beauté. Et telle est la condition de Dieu à l'égard de l'homme chrétien. Ah ! combien, à plus forte raison, doit-il chérir un homme qu'il a fait à son image, qu'il a éclairé de sa propre lumière, qu'il a racheté par son sang. Non seulement il nous protège à l'ombre de ses ailes, il nous guide comme la famille d'Israël, mais encore son œil divin nous suit, nous accompagne, nous dirige partout. Je voudrais graver le dogme de la présence de Dieu, ce mot sacré, dans nos cœurs, et de l'y consigner sans cesse. La pensée de la présence de Dieu nous éloigne du péché.

Sénèque, qui n'était pourtant que dans le paganisme, écrivait à son ami Lucilius : le meilleur moyen de ne jamais faillir est de se représenter un homme de bien, toujours témoin de l'action que nous allons faire. Si la présence d'un homme respectable, d'un maître, d'un juge, d'un témoin quelconque suffit pour arrêter le cours de notre méchanceté, quels freins ne seraient pas ceux de Jésus-Christ, de ce Juge tout-puissant qui un jour nous fera rendre un compte exact de nos pensées, de nos désirs, de nos actions ! De ce Juge redoutable qui doit juger notre âme et notre corps pour l'éternité. Si nous négligeons, si nous écartons de nous la pensée d'un Dieu sauveur, d'un Dieu Rédempteur, d'un Dieu Juge, quelles n'en seront les suites ? Nous nous contiendrons, suivant le langage du monde, pour les apparences seulement. Si nous entendons répéter dans le public, et surtout dans une certaine atmosphère où l'on respire le parfum de la bonne société, ce mot prestigieux : c'est un honnête homme — Mon Dieu, en sommes-nous plus satisfaits ?

C'est-à-dire, Mes frères, qu'il nous suffira que l'œil le plus éclairé ne puisse rien observer en nous qui puisse ternir l'éclat de notre belle réputation, ni apporter à notre conduite le sceau de la réprobation générale. Mais que la pensée de Dieu vienne heureusement se mêler à toutes nos actions, et alors, à un brillant extérieur, viendra s'ajouter la beauté d'un intérieur parfaitement réglé, parfaitement dirigé. Nous n'irons pas vers la lumière ; nous aurons soin d'éloigner de nous toute pensée mauvaise et nuisible ; dans la prière, nous éviterons les distractions de l'esprit et du cœur ; dans le travail, nous aurons en vue la récompense de l'éternité ; dans le repos, nous mettrons en pratique le précepte de saint Paul : soit que vous mangiez, etc. ; dans les conversations, nous nous ferons un devoir rigoureux de ne rien dire de désobligeant qui puisse blesser la réputation du prochain. Trouvez-moi un rempart plus puissant contre le péché.

Du haut du ciel, l'œil de Dieu voit donc les démarches des hommes, leurs actions, leurs pensées, leurs sentiments. Il remplit le ciel et la terre : ego coelum et terram impleo. Armez-vous de cette pensée salutaire comme d'un bouclier de votre salut, et vous éviterez le mal, et vous ferez le bien. Le plus honnête homme frémit devant le juge qui doit le condamner à mort. L'enfant frémit devant son père. Le serviteur paresseux travaille en présence de son maître. Et nous-mêmes, nous respectons la présence d'une personne que nous entourons d'estime et de respect. À plus forte raison devons-nous respecter la présence d'un Dieu qui doit un jour nous juger.

Mes frères, n'est-ce pas un acte véritable d'insensé, pour nous qui savons que l'œil de Dieu est continuellement attaché sur nous, que de le perdre de vue un seul instant ? Il regarde avec complaisance son serviteur qui l'aime, qui s'attache à lui, qui n'est pas distrait par le monde. Il observe ses lois, il règle attentivement toutes ses actions. Combien sera grand le jour de la justice, où l'on ne pourra l'aborder sans avoir les mains pures !

Oh ! que ne suis-je cet heureux serviteur ! Toute la puissance de mon cœur, de mon âme, de toute ma personne serait au service de mon maître. Mes frères, notre Dieu n'est-il pas le plus puissant, le plus riche, le plus généreux des princes ? Ne sommes-nous pas ses serviteurs ? Que dis-je ? Ses serviteurs… Ne sommes-nous pas ses enfants ? Ne voit-il pas nos actions, nos pensées ? Ne nous a-t-il pas promis la plus belle, la plus riche, la plus brillante des récompenses ? Et pour nous encourager, il nous appelle, il nous réunit sous l'aile protectrice de sa présence adorable et majestueuse. Le matin, en ouvrant nos yeux à la lumière du jour, nous aurons soin de nous placer à l'ombre de ce puissant rempart. Et à l'aide de ce secours, toutes nos démarches porteront le sceau de la prudence et de la perfection chrétienne. Est-il un moyen plus puissant pour nous inspirer l'attention dans toutes nos œuvres, la dévotion dans nos prières, la ferveur dans la fréquentation et dans la pratique des vertus et de la piété ? Dieu est tout-puissant pour fortifier en nos cœurs sa volonté.

La force, le courage dans les tentations, dans les peines, dans les chagrins, dans les tribulations de la vie, voilà ce qu'elle nous donne pour les éviter. La discrétion dans nos paroles, la modestie dans notre extérieur, la sincérité dans nos mœurs, la simplicité dans notre conduite, la droiture dans nos jugements, voilà le chemin du royaume des cieux. Pourquoi donc cette dissipation, ce trouble déplorable de notre âme ? Le ciel, la terre, les créatures, tout ce qui nous entoure nous le rappelle. Les cieux racontent la magnificence de la gloire de Dieu. Toutes les créatures qui m'environnent me disent : je suis l'ouvrage de tes mains adorables. L'exemple des vertus est l'effet de sa miséricorde. Les crimes, les désordres sont la marque de son abandon. Les prospérités, les adversités, les afflictions de la vie portent le sceau, soit de sa bonté, soit de sa justice. Tout ce que je vois dans le monde passe et s'écoule. Ce moment même où je vous parle n'est déjà plus, et ne reviendra jamais. Que cette pensée nous fasse mieux comprendre l'idée de l'éternité de mon Dieu. Dieu voit combien je désire votre salut, votre perfection, votre bonheur, en vous prêchant la pratique de sa sainte présence. Par elle, vous conserverez précieusement les trésors du repos de l'âme, de la paix du cœur et de la conscience. Par elle, vous n'agirez plus par humeur, par caprice, par inclination, par respect humain, par désir de plaire. Par elle, vous ferez de Dieu seul la fin de vos actions, de vos pensées, de vos désirs. Et Dieu en sera la récompense.

Deuxième conséquence. La pensée de la présence de Dieu fait triompher de l'ostentation. Prenons pour premier exemple le soldat. Pour déployer son courage, pour exciter son ardeur, pour exercer sa force, il n'est pas besoin qu'il combatte sous les yeux du monarque qui doit récompenser sa bravoure. Le danger a beau l'assiéger de toutes parts ; les balles ont beau siffler à ses oreilles ; la mort a beau le menacer ; elle a beau étaler ses victimes sous ses pieds : le souvenir de son prince l'encourage ; il lutte, il se jette dans la mêlée, il combat, il triomphe. Et si la présence d'un prince de la terre produit des effets si merveilleux, que ne fera pas sur l'âme la présence de son Dieu ? La vie tout entière est une épreuve continuelle, une tentation de tout genre ; mais on en sortira toujours victorieux si l'on n'oublie pas l'œil de celui qui est témoin de notre courage, pour le couronner. Êtes-vous tourmentés par de violentes tentations contre la pureté ? Souvenez-vous que vous êtes sous les yeux de la pureté, de la sainteté par essence. La colère, la haine, l'inimitié veulent-elles s'introduire dans votre cœur ? Dites-vous : je suis en présence de Dieu, que j'ai mille fois offensé, de Dieu qui m'a mille fois pardonné, de Dieu qui doit un jour me juger sans miséricorde si je suis sans miséricorde.

La présence de Dieu, dont la main sacrée a écrit en face de l'univers ces belles, ces admirables sentences. Sous les yeux de Dieu, qui de son cœur divin a écrit sur la croix, au-dessus de ses bourreaux, ces paroles de pardon : pourriez-vous, vous, ne pas pardonner ? Vous connaissez peut-être le trait de saint Gualbert. Un ennemi l'avait gravement outragé ; et lui, dans sa colère, cherchait le moyen de lui ôter la vie. Un jour, il le rencontre dans un lieu solitaire ; il l'aborde pour assouvir sa vengeance. Son ennemi lui montre l'image de Jésus-Christ dominant ses bourreaux, et l'arme meurtrière lui tombe de la main. C'est beau ! L'arme meurtrière tombe de la main d'un ennemi furieux, outragé. Votre admiration n'en augmentera que davantage pour l'auteur de ce grand acte.

Fatigués de peines et de chagrins, de croix et d'afflictions en tout genre, vous êtes tentés de découragement, peut-être de désespoir. Ah ! pensez qu'un Dieu compte vos douleurs, compte vos soupirs. Job est abandonné de tous : de ses enfants, que la mort a frappés ; de ses amis, qui l'outragent ; de sa femme, qui l'abreuve d'injures ; de sa fortune, lui qui n'a pour demeure qu'un fumier ; de la santé, depuis les pieds jusqu'à la tête son corps n'est qu'une plaie. Dans ce triste état, il se rappelle qu'un Dieu voit ses souffrances, et il s'écrie avec le double accent de l'espérance et du bonheur : le Seigneur m'a tout donné, le Seigneur m'a tout ôté ; que son saint nom soit béni : Dominus dedit, Dominus abstulit, sit nomen Domini benedictum. Qu'ils sont beaux, ces sentiments ! La pensée de Dieu fortifie dans les tentations de la vie. Ô vous dont le cœur s'afflige et qui cherchez partout des entrailles paternelles pour compatir à vos peines ! Ô vous qui ne pouvez trouver parmi les créatures une main amie pour serrer affectueusement votre main défaillante, un cœur généreux et dévoué qui comprenne votre douleur et qui la soulage en la partageant avec vous : qui vous consolera ? Au lieu de vous livrer au découragement, écoutez une voix qui sort du fond de votre âme et qui vous dit : Dieu vous voit ; Dieu vous bénit.

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Retranscription des feuilles volantes

Oh ! ouvrez les yeux : êtes-vous donc toujours captifs des séductions du monde ? Tout ce qui marche sur la terre, tout ce qui nage dans les eaux, tout ce qui vole dans les airs du firmament, n'est que vanité passagère. Tous les êtres qui nous environnent sont des dons de Dieu, des actes de sa Providence, des images de sa bonté, des marques de sa miséricorde, des étincelles de son amour, des voix qui publient sa présence. C'est le Créateur qui se révèle : écoutez cette voix du Créateur dans les choses créées, entendez-les annoncer la présence de leur auteur. Le ciel vous dit : l'éclat de ma lumière luit de tous côtés, et je répands sur la nature ma toute-puissante influence ; l'oiseau vous dit : je suis le signe de la vie, je dépose dans mon nid une infinité de petits qui s'animent sous mes yeux par l'éclat de leur plumage, par la mélodie de leur chant. Dieu vous dit : c'est pour vous que je verse sur la terre la rosée du matin et le doux zéphyr du soir ; c'est pour vous que j'alimente les fleuves et les sources qui vous rafraîchissent et étanchent votre soif ; c'est pour vous que je nourris les poissons qui peuplent les eaux et les fruits qui garnissent le champ et le jardin. Que vous dit la terre ? C'est moi qui vous nourris des fruits de mes entrailles ; c'est moi qui, comme une tendre mère, vous donne de toute ma substance.

Quand vous serez éprouvés par les souffrances, par la maladie, quand la science sera impuissante à vous soulager, quand vos amis, vos parents ne pourront verser dans votre cœur triste et abattu une seule goutte de consolation : au lieu de répandre sur cette chaîne désespérante d'épreuves des larmes inutiles, des larmes de découragement, nourrissez cette pensée : mon Dieu me voit, voit mes souffrances, compte mes gémissements, mes soupirs. Que les épreuves de la vie frappent l'endroit le plus sensible, brisent ce que vous avez de plus cher : au lieu de maudire la main qui vous a frappés, dites : le Père qui m'a frappé me voit, et sa main me bénit. Oui, cette seule pensée, Dieu me voit, répand dans l'âme du chrétien de la dignité, de la force, des joies ineffables. Donnez-moi un homme assez vertueux, assez courageux, assez soumis à la volonté divine ; rassemblez sur cette tête vénérable le cortège de tous les maux — perte des biens, oubli des créatures, disgrâce, ingratitude des personnes servies, humiliation, mépris, souffrances — mais laissez dans son cœur ces mots : Dieu me voit. Vous en ferez un homme souffrant ; vous n'en ferez jamais un malheureux.

Qu'il est admirable, le dogme de la présence de Dieu ! Un Dieu, du haut du ciel, voit de son œil sa créature sur la terre : il est présent à tous nos désirs, à toutes nos pensées, à toutes nos démarches, à toutes nos actions ! Je ne me plaindrai donc plus d'être seul sur la terre, un chrétien dans la tristesse, un chrétien abandonné, persécuté, oublié. Mon Dieu le voit, le contemple en Père. Cette pensée met dans son cœur la dignité et des consolations ineffables. Il prie les mains jointes ; il verse entre ses mains les secrets pesants de son cœur, les agitations de son âme, les remords cuisants de sa conscience ; et dans le cœur de Dieu, ses joies et des trésors de prix, d'espérance, de bonheur en sont la récompense.

Pendant la vie, je vous nourris ; je vous porte ; à la mort, je vous fournis un lieu de repos et un asile dans mon sein.