C'est une solennité de Marie qui nous réunit ici aujourd'hui dans cette chapelle qui lui est particulièrement consacrée. Au reste, Dieu, les exercices du mois de mai viennent de se terminer. Aussi n'éprouvè-je d'embarras dans le choix du sujet que je dois des réflexions que je vais livrer à votre édification. Tous les grands docteurs du christianisme, qui furent aussi les plus pieux serviteurs de Marie, nous disent qu'elle possédait toutes les vertus dans la plénitude de leur perfection : charité ardente des Séraphins, foi et espérance des Patriarches, zèle des Apôtres, pénitence des Anachorètes, pureté angélique, humilité profonde, tout se réunissant dans cette créature privilégiée.
Dans presque toutes les villes de la France et du christianisme tout entier, il se fait, à l'ouverture et à la clôture du mois de Marie, une procession générale et solennelle, afin d'offrir à la piété des fidèles un aliment de reconnaissance à leur foi, à leur reconnaissance et à leur amour pour Marie. Pour satisfaire votre pieuse dévotion pour cette bonne mère, nous avons voulu procurer le même aliment à votre foi, à votre reconnaissance et à votre amour pour elle. Et nous nous plaisons à décerner un tribut d'hommage au saint empressement que vous manifestez pour cette cérémonie éminemment pieuse, car nous aurions vivement désiré pouvoir rendre sans restriction aucune le même tribut d'hommage au zèle que vous avez montré à suivre les exercices de ce mois. Je crois qu'il aurait pu être plus éclairé, et par là même plus salutaire pour la paroisse.
Mais le mois touche à sa fin, et voici la dernière cérémonie ; nous assistons au dernier exercice dans notre église. Placés au pied de la chaire de vérité, nous demandons un aliment à notre piété et à votre dévotion pour Marie.
L'oracle virginal s'est donc pleinement accompli ; Dieu a parlé par la bouche de Marie. Car pouvait-elle seule commander aux rois, aux peuples, aux pontifes, aux prêtres, de publier partout ses gloires et ses grandeurs ? Pouvait-elle charger l'avenir d'écrire sous sa dictée le fait imminent de sa royauté sur toutes les générations ? Marie a parlé, et la terre a obéi. Donc le plus grand miracle est le miracle de la toute-puissance ; donc l'Église, qui seule a recueilli cet oracle, est divine ; donc le catholicisme, au sein duquel s'est accompli ce fait dominateur des siècles, est la Religion de Dieu et le chef-d'œuvre de Dieu. Maintenant, Mes frères, que devons-nous, que pouvons-nous faire pour concourir à l'agrandissement de la royauté de la très sainte Vierge ? Que les simples fidèles disent, par une vie qui sera une apologie de la sienne, par des vertus qui en seront la copie, par des louanges qui montent vers le trône de sa grandeur. Vierges, femmes, mères chrétiennes, soyez des images vivantes de Marie ; reproduisez sans cesse cette humilité, cette charité ardente et dévouée que la Religion seule inspire, et qui cache dans le sein de Dieu le secret de sa récompense. Les hommes ont perdu la vérité de l'âme dans les débauches de l'intelligence et de la matière. Que la femme conserve donc le gouvernement moral des esprits, et qu'elle enseigne à ses jeunes enfants les leçons divines de la morale et de la Religion. Oui, dans l'état actuel de la société en France, le catholicisme s'éteindrait sans le zèle charitable des femmes et des mères ; et si de pieux prêtres travaillent à réparer parmi nous les ravages de l'incrédulité, c'est à vos vertus qu'ils devront en dernière analyse la gloire de leur apostolat. Dites-moi si vous avez assez de reconnaissance et d'amour dans le cœur pour celle qui a été pour vous une seconde providence. Enfants de Marie, remplissons la terre des bénédictions et des louanges qui lui sont dues ; mettons nos cœurs, notre vie, notre salut sous son puissant patronage ; groupons-nous autour de ses associations, etc.
Voilà celui qui vous aime à la face de la terre : celui qui vous a baptisés, qui vous a donné sa bénédiction, celui qui vous a révélé la divinité de Jésus-Christ et les plus hauts mystères. Voilà celui qui vous parlera au nom de Dieu, celui qui vous accompagnera dans votre dernier convoi, qui bénira votre tombe au seuil de l'éternité, et qui nous dit, en nous montrant le crucifix : voilà l'hommage de Jésus-Christ, mort d'amour pour votre bonheur sur la Croix. Je le répète : entrez avec moi dans le sein de la famille ; examinons le détail de ce qui s'y passe. J'y vois des enfants chrétiens, des enfants qui ont reçu au baptême les semences d'une vie surnaturelle et divine, des enfants qui ont été baptisés en Jésus-Christ, revêtus de Jésus-Christ. Mais ces germes régénérateurs de la grâce, que le baptême a déposés dans l'âme de cet enfant, qui les réchauffe, qui les développe, qui les nourrit ? Le ministère d'une mère chrétienne. Dieu a voulu que nos mères selon la nature le soient encore selon l'ordre moral, mères selon la vérité et selon la grâce. Qui nous a appris à bégayer les doux noms de Jésus et de Marie ?
Qui nous a nommé le Père qui est dans les cieux, le Fils qui nous a rachetés, le Saint-Esprit qui nous a régénérés ? Qui a mis dans notre cœur le ministère de Jésus-Christ ? Qui nous a raconté le premier cri du monde chrétien, l'Annonciation de l'Ange, la naissance de Jésus-Christ à Bethléem, et les mystères ravissants de sa sainte enfance ? Qui nous a portés entre ses bras, qui nous a conduits par la main, pour la première fois, dans le temple du Seigneur ? Qui nous a montré l'autel, en nous disant à voix basse : là réside Jésus-Christ ? Qui nous a montré les fonts du baptême où nous avons été régénérés, la chaire, le confessionnal, l'image de la sainte Vierge et des saints ? Qui nous a enfin dévoilé ce qu'il y a de plus important, de plus sublime, dans le commerce des intelligences ? Ce sont nos mères, nous l'avons dit. Et voyez comme les voies du Seigneur sont douces, comme ses conseils sont riches de bonté et de miséricorde : un attrait invincible attache l'enfant aux liens, aux sentiments, aux émotions que lui transmet sa mère. Ce petit être, si intéressant, si caressant, écoute aveuglément sa mère ; il l'écoute. En naissant sur ses genoux, il l'écoute avec confiance. À mesure que sa mère nomme les choses, il répète, il redit ce qu'elle lui a appris.
Voyez, dès l'âge de raison, un enfant élevé sous les auspices d'une mère pieuse et éclairée ; voyez sa docilité, en lui le germe vivifiant de la grâce ; voyez les premières fleurs de sa vie, bourgeonnant sur cette jeune tige réchauffée par l'amour, arrosée par les larmes d'une bonne mère, d'une mère profondément religieuse. Venez et voyez, venez, étudiez, imitez ce beau modèle. Heureuses les mères qui forment de pareils enfants ! Heureux les enfants formés par de pareilles mères ! Je me souviens avec la plus vive et la plus douce mémoire de l'enfance. Oui, je me vois encore sur les genoux de ma mère, m'apprenant à croire en Jésus-Christ et à balbutier le nom de cette Vierge qui porte l'Enfant Dieu dans ses bras maternels. Si de nombreux maux du corps et de l'âme affligent nos sociétés, il faut souvent en chercher la cause dans le défaut d'une bonne éducation. Les femmes chrétiennes sortent des mains maternelles comme la statue sort du marbre sous les mains de l'artiste.
Voulez-vous amener sur la terre le triomphe de la foi ? Sachez remplir la haute mission qui vous est imposée. Le cœur de votre enfant est un vase vide ; c'est à vous de le remplir. Et de quoi ? De vanité, de plaisirs, de richesses, de vie mondaine ? Malheur à vous ! De quoi donc ? De l'amour de Dieu, du respect pour la Religion et pour ce qui la concerne. Apprenez-lui que le chemin des grandeurs humaines est sans fondement, et que l'esprit de charité est dans la pratique de toutes les vertus. Dites-lui surtout que Marie, sa mère selon la grâce, n'est parvenue à la royauté de toutes les générations que par la pratique de l'humilité. Gravez profondément dans son cœur l'amour de cette vertu : Dieu jettera toujours un regard de tendresse et de miséricorde sur l'humilité de la mère et l'humilité de l'enfant.
N'oubliez pas de leur inspirer les sentiments religieux qui conduisent aux pieds des autels, de leur dire pourquoi l'Église célèbre tant de solennités en l'honneur de Marie, et pourquoi cette confiance universelle en sa protection.
Je désirerais connaître laquelle de ces vertus a le plus de conformité avec nos propres besoins. Voulez-vous que je mette aussi sous vos yeux quelque privilège de cette belle et sublime vertu ? Je voudrais faire ici une instruction sur laquelle j'ai recommandé la discrétion la plus silencieuse aux personnes qui y prennent part. Mais je craindrais de manquer à un devoir envers ma mère, envers les enfants de Marie, si je n'enseignais aux habitants de cette ville, comme à moi-même, enfant de Marie, les moyens les plus efficaces pour l'honorer et mériter sa puissante protection. Appuyé sur les décisions de l'Église et sur les nombreuses indulgences qu'elle accorde, je dis que les congrégations sont un des moyens les plus efficaces pour parvenir à ce but. Une congrégation qui donne les plus belles espérances est celle de notre ville, dont le nombre et les jeunes et bonnes études répondront de tout ce qu'on y admire.