Le Christianisme

Quand Jésus-Christ descendit du Calvaire dans le cœur de ses douze Apôtres, quel spectacle présentait l'univers ! Le crime et la vertu étaient horriblement confondus : chaque passion était divinisée ; l'orgueil avait ses autels, la volupté avait ses temples ; tous les vices qui découlent de ces deux passions-mères avaient leurs adorateurs.

Vous auriez vu l'homme, cette créature si noble, matérialisé : sa pensée fabriquait ses dieux, et cherchait dans ces fabrications le terme de ses espérances.

La Religion de Jésus-Christ accourt du haut des cieux ; elle répand çà et là des trésors de lumière, de vérité, de grâce, de vertu. Son génie se déploie doucement sur l'humanité, la réchauffe, la ranime, et l'élève dans cette heureuse région où la foi devient le mobile de ses pensées, de ses désirs, de ses démarches.

Grâces immortelles vous soient rendues ! Il n'y a pas de jour dans ma vie où je n'éprouve l'influence bienfaisante de ma foi.

Si la prospérité m'accueille, la foi me modère ; si l'adversité vient fondre sur moi, la foi me soutient. Si je nage dans la richesse, la foi me rend charitable ; si j'éprouve la pauvreté, elle me rend soumis et résigné. Si je suis dans les honneurs, elle me préserve de l'orgueil ; si je suis dans l'opprobre, elle me préserve de l'abjection.

Dans la douleur, la foi me console ; la foi vient essuyer les larmes amères qui sillonnent ma joue. Dans la maladie, la foi me soulage et allège mes souffrances.

La foi, en élevant l'homme au-dessus de lui-même et de la vie, dépose dans son âme un germe de cette espérance qui lui montre dans l'avenir une éternité de paix et de bonheur.

Oui, à cette hauteur sublime où l'espérance a placé le terme de nos désirs, les revers de la fortune ne sauraient l'atteindre ; en présence du malheur, le fidèle est inébranlable.

Que quelques revers de fortune le dépouillent de ses biens, il n'en sera pas confondu : il dira avec Job : Sit nomen Domini benedictum.

Que la mort vienne lui enlever les objets les plus chers de ses affections, de sa tendresse, l'espérance de la résurrection essuiera ses larmes et cicatrisera sa plaie sanglante.

Quelque désastre qui le frappe, il le reçoit avec résignation, parce qu'il vient de Dieu ; avec satisfaction, parce qu'il est un moyen de gagner le Ciel.

Le cœur gros d'espérance, il se sent à l'aise ; il se sent au-dessus des plus rudes tribulations.

À ces deux vertus ajoutons la charité, la vertu par excellence. Une foi qui transporterait les montagnes ne serait rien sans la charité. Une espérance qui changerait les ténèbres en lumière ne serait rien sans la charité. Ces trois vertus sont les compagnes de l'homme, son bouclier, sa vie même.

À ce sujet, j'ai une demande à vous adresser. D'où viennent ces malaises sociaux, sinon de l'absence de ces vertus dans le monde ? Qu'a-t-on mis à la place de la foi ? Le doute, le scepticisme : de là ces convulsions de l'agonie qui minent, qui dévorent la société. À la place de la charité, l'égoïsme.

Oui, l'égoïsme, cet anéantissement de l'homme, a éteint toute espérance, toute charité au fond des cœurs. Peuple, veux-tu savoir pourquoi tu souffres tant, pourquoi tu ressens ce malaise intérieur qui empoisonne toutes tes jouissances ?

Malheur au peuple qui abandonne la loi du Seigneur son Dieu ! Ce peuple-là moissonnera les dissensions, les haines, la famine, la maladie, la mort. Congregabo super eos mala. Ces menaces font passer l'épouvante dans votre cœur. J'en suis effrayé moi-même.

Je voudrais que Dieu plaçât ces menaces dans la bouche d'un de ses saints, et qu'il lui donnât une voix tonnante pour être entendue aux quatre coins de la France.

Vous me demanderez peut-être pourquoi. Parce qu'il n'est pas d'autre voie de bonheur, parce qu'elle est l'unique voie de salut. Ô France ! que tu serais heureuse si cette prière était exaucée. Mères chrétiennes, femmes chrétiennes, j'envierais votre bonheur. Église de Jésus-Christ, votre cœur maternel serait satisfait : il embrasserait plus encore de ses enfants prodigues, et, dans votre allégresse, vous pourriez chanter un cantique d'actions de grâces.

Enfants ingrats ! Une mère nous comble de ses bienfaits et de ses bénédictions ; une mère nous dirige par la main dans le sentier de la vie ; une mère nous entoure de tendresse, de soins, d'une sollicitude éminemment affectueuse, et nous la payons d'ingratitude !

Serait-il possible qu'elle nous donnât tout ce qui peut assurer notre bonheur pour la vie présente et notre bonheur pour la vie future, et que des sentiments d'indifférence souillassent notre cœur filial !

Tous les jours nous nous réunissons ; tous les jours nos représentants se plaignent, et font jaillir du fond de notre âme, du fond de l'âme de nos représentants, cet aveu sincère, c'est vrai, mais aussi nécessité par la force des circonstances : oui, vous l'entendez, la Religion seule peut assurer l'ordre social.

Et après cet aveu si important, nous restons de glace pour la Religion, de glace pour ses intérêts, de glace pour ses pratiques. Il y a dix-huit siècles, la puissance civile se trouvait en présence de ce terrible fléau qui nous menace : la barbarie, la dépravation des mœurs et le dévergondage des idées. Elle était impuissante à tout sauver ; mais l'Église, elle, a tout sauvé au milieu de ses ruines, et le monde a été sauvé.

Serait-ce trop demander à des enfants de la Religion, nourris de sa doctrine, régénérés par son intelligente sollicitude, un amour pratique pour elle ? Un amour pratique. Et pourquoi ?

Parce qu'elle est notre mère. Ce nom est le résumé le plus éloquent de tous les motifs que nous avons d'aimer la Religion de Jésus-Christ.

Il n'est pas un seul de nous qui ne soit ému jusqu'au fond de l'âme au souvenir de ce nom de mère. Depuis le berceau jusqu'à la tombe, elle nous entourera de tendresse, de sollicitude, d'affection. Il faudrait avoir le cœur bien dur pour ne pas être sensible à cette douce pensée : oui, la Religion de Jésus-Christ est notre mère ; et cette bonne mère me comble de bénédictions pendant la vie, et me comblera de bénédictions dans l'éternité.