Sur l'Espérance Chrétienne

Filii sanctorum sumus et vitam illam expectamus quam Deus daturus est iis qui fidem suam nunquam mutant ab eo.
Nous sommes les enfants des Saints et nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui lui sont inviolablement fidèles.

Voilà, Mes frères, le précis de la religion chrétienne, le motif le plus puissant des vertus dont elle nous recommande la pratique, et la source divine et inépuisable des consolations de l'homme sur la terre. Nous sommes les enfants des Saints : filii sanctorum sumus ; et comme les saints nous attendons cette vie que Dieu doit donner à ceux qui lui sont inviolablement fidèles : et vitam illam expectamus. Aussi la religion de Jésus-Christ est-elle toute dans l'espérance : elle reçoit l'homme à l'entrée de la vie, et le marquant du sceau des élus, le sépare du siècle présent pour le placer sur la route de l'éternité. La religion de Jésus-Christ le console le soutient et le suit tandis qu'il est sur la terre et ne l'abandonne qu'à la porte du ciel pour lequel elle l'avait formé. Au milieu des douleurs ou des prospérités de la vie, en butte aux persécutions des hommes, ou environné de leurs hommages, placé par la providence sur la ruine de toutes les grandeurs humaines ou au faîte de la gloire et de l'honneur, le véritable chrétien médite en paix ses espérances immortelles. Cette espérance traverse avec lui la longue suite des âges et la longue durée des temps. Elle est cette ancre de salut par laquelle nous attendons l'adoption parfaite des enfants de Dieu, et la délivrance de toutes les misères de cette vie : adoptionem filiorum Dei expectantes. Le véritable chrétien trouve dans l'espérance l'appui de sa vertu et la source de toutes ses consolations.

Pour conduire l'homme à la vertu ce n'est pas assez de lui en présenter les maximes ; ce n'est même pas assez de lui en faire connaître l'excellence et la beauté. Il faut avant l'éclairer sur la fin glorieuse qui lui est réservée, lui faire connaître la noblesse et l'élévation dignes de sa haute destinée et lui inspirer le courage et la constance nécessaires pour la mériter. Or Mes frères l'espérance chrétienne seule nous éclaire sur notre destinée elle annoblit nos sentiments, elle élève et fortifie nos ames.

L'espérance chrétienne peut seule nous éclairer sur la fin qui nous est réservée. Et pour éclaircir cette pensée, observons que toute la morale, ou plutôt toute la science de l'homme se réduit à cette question : quelle est ma fin dernière ? La religion résout ce mystère en nous montrant notre destinée composée d'une double existence : à l'une appartiennent les combats et les épreuves, à l'autre le repos et la couronne. La religion avec une autorité et une tendresse maternelle nous commande d'espérer le ciel et de le mériter par nos vertus. Au milieu des cris de douleur qui font entendre le monde du couchant à l'aurore, qu'il est beau, qu'il est touchant de voir l'espérance chrétienne d'une main lever le voile qui nous couvre les yeux, et de l'autre nous montrer la couronne qui nous est réservée, si nous avons soin de la mériter par nos combats et nos victoires. Esto fidelis usque ad mortem et dabo tibi coronam vitæ. Oui, Mes frères l'espérance chrétienne répand sur la vie de l'homme un jour aussi éclatant de lumière et de grandeur. L'incrédule au contraire ravit à l'homme, ses vertus et le mérite de ses souffrances et l'éternité de bonheur qui lui est réservée. Si elle répand quelque lumière, c'est la lumière de la foudre, c'est la nuit avec toutes ses ténèbres qui descend dans le cœur de l'homme, et qui l'enveloppe d'un voile épais et obscur. Exister sans savoir d'où l'on vient, sans savoir où l'on va. Vivre parmi les calamités et les crimes, voir couler des larmes et en répandre souvent, et puis... l'anéantir ! Ah ! que les incrédules cessent de conjurer contre eux-mêmes : pour eux le monde est un chaos, l'homme une énigme, et la vie un long malheur. Mais qu'ils ouvrent leur cœur à leurs sublimes espérances : le chaos se débrouille l'énigme s'explique, partout ils verront empreint le sceau de l'immortalité.

Quelle noblesse, quelle élévation ce pressentiment d'immortalité imprime à notre nature ! Nous ne sommes donc pas le jouet de la fortune et du temps. Non, le plus délaissé des malheureux, est grand aux yeux de la religion. Sous les coups les plus flétrissants du malheur, il peut lever un front auguste et se dire avec confiance : Je suis immortel : le souffle divin qui m'anime ne doit jamais s'évanouir. Le ciel et la terre passeront, la lumière du soleil s'éteindra : je resterai seul avec les intelligences auxquelles a servi la rédemption de Jésus-Christ. Je viens de Dieu, je vais à Dieu : je suis créé à son image, racheté de son sang, héritier de la gloire immortelle... C'est cette espérance qui fait et ma consolation et mon bonheur : heredes quidem Dei, coheredes autem Christi. O chrétien, s'écrie Saint Léon, reconnais ta dignité : Agnosce o christiane Dignitatem tuam. Tu n'es pas l'homme de la terre ; tu es l'enfant du ciel et l'homme de l'éternité. Ton cœur ne doit donc point ramper à terre mais s'élever vers le ciel pour lequel il est créé, dont la possession seule peut le rendre heureux. Quæ sursum sunt sapite, quæ sursum sunt quærite, non quæ super terram ; car rien n'est digne d'une âme immortelle que ce qui est immortel comme elle. Aussi c'est l'attente des biens à venir, l'attente d'un éternel bonheur est le motif le plus puissant qui ait jamais élevé le cœur de l'homme à l'héroïsme de la vertu. Speravi ab uberibus matris meæ.

Sainte et glorieuse espérance !!! Je la vois, après avoir ennobli les sentiments de l'homme, après lui avoir fait connaître l'excellence de sa dignité, lui inspirer le courage et la force nécessaires pour y conformer sa conduite. Je la vois sortir du berceau du genre humain... relever l'homme pécheur au moment même de sa chute. Que d'éclatante lumières ! C'était elle que saluaient les patriarches, illustres et religieux voyageurs sous les pavillons des Déserts. L'espérance soutenait le saint homme Job ; elle enflammait le zèle et la ferveur de Tobie : elle embrasait le cœur de Paul ; fortifiait les martyrs, étonnait l'univers par d'innombrables miracles d'innocence et de charité, et par mille autres vertus dont la philosophie ne lui aurait jamais donné l'idée. L'espérance a traversé tous les âges, traversé tous les siècles, toujours fortifiant l'âme du chrétien, toujours formant des saints pour le ciel. Partout où elle a passé, elle a laissé des âmes pures, des âmes héroïques qui ne connaissaient d'autre intérêt que celui de leur salut, et qui le cherchaient avant tout dans l'amour de Dieu et du Prochain. Oui, Mes frères s'il se trouve des hommes assez courageux pour faire à l'univers un défi général de les séparer de l'amour de leur Dieu, c'est par l'espérance de l'immortalité bienheureuse. S'il se trouve des hommes assez généreux pour consacrer leur vie entière au bonheur de leurs semblables, c'est dans l'attente d'une vie meilleure : et si la terre est couverte de monuments de charité et de miséricorde, ils sont l'ouvrage de ces hommes dont le cœur est gros d'espérance, et qui ne soupirent que pour le ciel : spes illorum immortalitate plena est.

La vie de l'homme sur la terre est un état de préparation et d'épreuves. C'est un étranger banni pour un temps de sa Patrie : Peregrini et hospites super terram. Or la vertu propre de l'homme voyageur doit être l'espérance, qui seule peut répandre quelque douceur sur les tristes jours de son pèlerinage, et plus encore sur les derniers moments de sa vie : Aussi l'espérance est-elle la consolation du chrétien pendant la vie, sa consolation à l'heure de la mort.

Pendant la vie, elle ne nous affranchit pas de nos douleurs, ce serait nous en ravir la récompense, mais elle nous apprend à les aimer et les change en biens véritables. Bienheureux les pauvres, dit le sauveur du monde, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice : beati qui lugent, beati qui persecutionem etc. Partout il place le bonheur à côté de l'infortune. Un Dieu seul pouvait faire entendre ce langage aux hommes, et surtout le leur faire goûter. Jamais la philosophie impuissante et orgueilleuse n'a osé dire : bienheureux ceux qui pleurent : beati qui lugent : elle n'a pas droit d'ajouter : quoniam ipsi consolabuntur. Jésus-Christ adressait ces promesses aux malheureux accablés sous le poids de la misère et des travaux. Hélas ! Mes frères on n'a pas besoin de nous demander si ces promesses ne sont pas aussi nécessaires pour la consolation des personnes qui tiennent un rang distingué dans la société ? Le monde les appelle heureux ; et cependant chaque jour l'espérance chrétienne leur devient nécessaire, comme consolation dans le malheur.

Sous cette apparence riante et flatteuse, que de pointes de douleurs percent en secret le cœur et le déchirent. Ne parlons ici que des bornes communes à l'humanité : demain peut être une santé ruinée, des chagrins domestiques, des pertes déchirantes viendront empoisonner le bonheur le mieux affermi, et que deviendrez vous alors si vous n'avez Dieu pour appui et le ciel pour espérance ? In te domine speravi non confundar in aeternum. Oui mon Dieu, le malheureux a besoin de croire que du haut de votre trône éternel, vous entendez le cri de sa douleur ; que vous ne l'éprouvez en ce monde que pour le couronner dans l'autre. Il répand des larmes en votre présence, et se sent soulagé. Ses yeux s'arrêtent avec amour sur la croix de votre fils. Croix adorable, signal de consolation et d'espérance, placez-vous sur le front de tous les chrétiens, riches et pauvres, puisqu'ils ont tous des chagrins et des douleurs : montrez vous au lit des mourants, élevez vous sur les tombeaux comme l'arbre de la vie, semé par la religion jusque dans le sein de la mort.

J'en prends à témoin l'infortuné qui a vu moissonner à la fleur de leurs années, un fils, un époux, un parent, un ami, objet de ses affections les plus chères. Voyez-le triste et solitaire, errer près de la tombe, où est ensevelie pour toujours toute la vie de son cœur. Adieux déchirants et des séparations éternelles, ah ! bien loin de nous : souffrez que le malheureux vive encore d'espérance, et qu'il puisse toujours aimer. Mais venez, âmes religieuses, anges consolateurs : racontez les merveilles ravissantes de la terre des vivants, demeure éternelle de ceux que nous pleurons : racontez comment, d'un monde à l'autre, nos âmes sont unies par le commerce sacré de l'espérance et de l'amour. A votre voix le nuage funèbre se dissipe : je ne sais quelle joie divine pénètre son âme attendrie et s'élève par degrés jusqu'aux régions de la paix et de la vie éternelle. Il ne voit plus dans l'objet qu'il a perdu, qu'un être tendrement aimé, couronné de gloire, heureux à jamais dans le sein de son Dieu. C'en est fait ; l'infortuné qui a éprouvé cette perte se console par l'espérance, et il reste content jusqu'au moment toujours heureux d'une éternelle réunion.

J'ai dit le moment heureux et ce moment c'est la mort. L'espérance chrétienne a tout changé parmi les hommes, jusqu'au décor et au langage. Partout où il existe des chrétiens, et dans toutes les langues du monde, les maux se nomment des croix, les calamités des épreuves : la mort n'est plus qu'un doux sommeil où l'on repose avec ses pères : dormivit cum patribus suis. Heureuse donc l'âme chrétienne qui, pleine d'espérance de l'immortalité, voit venir la mort, comme le commencement de son bonheur. Elle arrive à son dernier moment semblable au vaisseau du marchand qui revient des pays lointains chargé des plus riches trésors : facta est quasi navis institoris. Malheur au contraire à l'impie qui entraîné par le cours rapide des années, se trouve tout à coup en présence de la borne fatale où il faut enfin se briser ! et sur le point de paraître au tribunal de son Dieu ! On voit alors les incrédules les plus assurés perdre leur affreuse assurance ; on les voit agités par un pressentiment de la vie future : on les place aux bornes de la vie, voir commencer à découvrir quelque chose de cet autre monde, que leur âme ne sentit point en niant son existence.

La mort est pour le juste la fin de ses combats et de ses travaux ; elle est pour l'impie l'écueil épouvantable où viennent finir son bonheur et ses espérances. Le juste tombe sous les coups de la mort pour se relever triomphant et glorieux. L'impie dans la nuit éternelle et il ne se relèvera jamais. La mort respecte le juste en le frappant, et ne peut ravir même à son corps l'immortalité bienheureuse : la mort ravit tout à l'impie, et son âme épouvantée, n'a plus d'autre asile que le néant, et le néant lui sera refusé. Quel moment de perplexité pour un malheureux, qui n'a pas su croire à l'éternité des affections : il sent, en quittant ceux qu'il aime, jusqu'à l'espoir de les aimer jamais. Et dans cet abîme de maux où il tombe il n'a plus ni tendresse ni souvenir. Ainsi les impies lancés dans la carrière de la vie, se rencontrent comme par hasard ; mais la mort les sépare, elle est pour eux un naufrage, où tout s'engloutit, jusqu'à l'espérance.

Venez donc, Mes frères venez voir mourir le fidèle, mais le juste ne meurt point, il entre dans la maison de son éternité, l'immortalité s'ouvre devant lui : viri sunt oculis insipientium mori. Plein de cette immortalité qui l'attend, tandis que tout se trouble autour de lui, il conserve la paix de son cœur ; des enfants, des parents, des amis éplorés l'environnent, il voit leurs larmes, mais les consolations de l'espérance tranquillisent son cœur. Combien de fois appelé, près d'un chrétien dans ses derniers moments, n'avons-nous pas vu le mourant lui-même essuyer les pleurs dont il était l'objet : l'âme fortifiait son ami ; le fils jeune encore, consolait sa mère s'attestant sur son sort, le Père exhortait ses enfants et ranimait leur courage.

O vous tous qui savez aimer, appréciez le bienfait d'une religion qui apprend que de véritables amis ne se séparent jamais pour toujours. Aussi, voyez le juste mourant, il parle déjà le langage de l'éternité, l'onction religieuse et céleste de ses discours va pénétrer tous les cœurs. Un rayon des splendeurs du ciel semblent se réfléchir sur son front : son lit de mort est le théâtre de ses triomphes ou plutôt du triomphe de l'espérance chrétienne qui élève ici la nature humaine à son plus haut point de dignité. Ouvrez-vous donc portes éternelles, et vous tous élus du seigneur, redoublez vos saints cantiques. Voici un soldat de Jésus-Christ qui sut combattre et vaincre à la suite de son maître : il vient, la croix à la main, demander le prix de ses bonnes œuvres : les Anges l'attendent, la couronne brille suspendue il remet paisiblement son âme entre les mains de son créateur, parce qu'il ne cessa jamais d'espérer en lui : in te domine speravi non confundar in aeternum. et les arrhes de cette espérance vont le mettre en possession du bonheur qu'elles lui ont mérité.

La foi, l'espérance la charité, la destinée éternelle sont des mots vides de sens pour plusieurs chrétiens baptisés. Le bien-être, voilà ce qui peut entrer dans leur intelligence Le bien-être Selon le monde, selon la chair, selon la matière ; Le bien-être et tout ce qui peut le procurer, les plaisirs, les honneurs, l'autorité, l'indépendance, et surtout l'argent, la valeur de l'argent, l'importance de l'argent le rudiment de la science pour l'entasser pile sur pile, voilà ce qu'ils comprennent, voilà ce qu'ils sentent voilà ce qu'ils aiment voilà ce qu'ils recherchent. T'alper du malat. Infortuné