Remettons encore aujourd'hui sous nos yeux, la même figure, la même allégorie sous laquelle nous avons déjà considéré le sacrement de Pénitence. C'est un tribunal érigé sur la terre par la miséricorde de Dieu pour le salut des pécheurs. Lorsque à la voix de Jésus Lazare sortit du tombeau encore couvert de liens et de bandelettes qui représentent les chaînes du péché, ce ne fut pas le Sauveur qui le déchargea de ces entraves, mais il ordonna à ses apôtres de le faire, en disant : Déliez-le et renvoyez-le en paix : solvite eum et sinite abire. Image frappante du pouvoir que ces apôtres devaient exercer un jour à l'égard des pécheurs, en vertu de cette parole : recevez le Saint Esprit, les péchés seront effacés à ceux à qui vous les effacerez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. ET ENCORE : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Quorum remiseritis peccata remittuntur eis, et quorum retinueritis retenta sunt.
Ce n'est cependant pas arbitrairement que les ministres sacrés disposent de ce pouvoir de délier et de délier. Mais il faut aussi le remarquer, quels que soient les crimes dont il se déclare dans le tribunal de la Pénitence, le juge ne prononce jamais contre lui l'arrêt de la condamnation. Au contraire il le console, il le réconcilie avec lui-même ; et s'il lui fait sentir la grièveté de ses fautes, c'est pour l'instruire, pour le sauver l'intérêt par affection pour lui. Le ministre de Jésus-Christ n'est pas le ministre de sa vengeance, il ne condamne personne et n'a sur les lèvres que des paroles de paix, des paroles d'absolution. Il n'a d'autres paroles dans la bouche que celles-ci : ego te absolvo a peccatis tuis : Je vous absous de vos péchés, au nom du Père etc... S'il inflige des peines, c'est en père plutôt qu'en juge. Miséricorde de Dieu dans la sentence qui se prononce au tribunal sacré de la Pénitence ; miséricorde de Dieu dans les peines mêmes qui s'y infligent.
La connaissance des délits étant pleinement acquise, l'aveu du coupable obtenu, il est temps de prononcer la sentence. Et quelle sera cette sentence ? Dans le langage de la jurisprudence de ce céleste tribunal, il n'y a point de parole de condamnation ; nul arrêt de mort ne s'y prononce quelque énormes et quelque multipliés que soient les crimes. Il semblerait qu'une formule qui puisse être prononcée par la bouche du juge, et cette formule est celle-ci : va, fuis de ma face au nom du Père etc... maledicti in ignem æternum. Sa sentence pourrait seulement être suspendue. Néanmoins, selon les dispositions plus ou moins parfaites du pénitent. Elle pourra même être quelquefois différée afin que le juge puisse s'assurer que le pécheur est entré dans tous les sentiments nécessaires, et qu'il apporte les dispositions requises. Mais enfin, lorsqu'il parle, il n'a point d'autre langage que celui-ci : je t'absous : ego te absolvo. Voyant un coupable comparaître devant les tribunaux de la terre, on voit approcher avec effroi le moment où son arrêt sera prononcé, restant le coupable contraint devant le tribunal de la réconciliation est impatient de voir arriver l'instant où il doit entendre sa sentence. Et il a raison de le désirer, s'il considère attentivement les fruits merveilleux que produit cette sentence d'absolution.
D'abord ce pécheur était l'esclave de l'esprit des ténèbres et traînait une lourde chaine qui par une extrémité était attachée au fond de l'enfer ; cette chaine est brisée, et il recouvre la liberté des enfants de Dieu. C'était un enfant d'héritage, il avait perdu tous ses droits à la céleste patrie, et avait perdu tout le fruit de ses bonnes œuvres, toutes ses mérites, toutes ses vertus ; l'était nu, dépouillé, réduit à la plus affreuse pauvreté ; tout à coup, il est rétabli dans ses droits, ses mérites sont recouvrés, et il est inscrit de nouveau parmi les héritiers de la Jérusalem céleste. Il était descendu par son péché au-dessous de Dieu ; il est de nouveau en son amitié, et il sera encore admis à sa table. SON ÂME était ensevelie, elle était frappée d'une mort qui devait être éternelle ; tout à coup elle ressuscite et elle est rendue à une nouvelle vie.
Ce sont là les moindres fruits que produit cette sentence. Car dans tous ces bienfaits, je ne vois rien dont je ne puisse retrouver quelque ombre et quelque apparence dans les effets de la bonté et de la clémence des rois de la terre. Ils peuvent rompre les chaînes d'un criminel, le retirer du fond des cachots et le rendre à la liberté et à la lumière du jour. Après l'avoir justement privé de ses possessions et de ses biens ils peuvent les lui restituer et lui permettre d'en jouir comme auparavant ; ils peuvent l'admettre à leur table, à l'honneur de leur amitié. Celui qui a mérité leur disgrâce, et qui est digne de subir toutes les rigueurs de la justice humaine ; ils peuvent enfin rendre la vie au malheureux qui était sous la hache de la justice et prêt d'être frappé, l'arracher à la mort par un acte de leur clémence, et lui une espèce de résurrection.
Mais ce que ne peuvent les rois No, ce que ne peut aucune créature c'est de rendre au criminel l'innocence, l'honneur et la paix de la conscience. Ce grand coupable qu'un roi a rétabli dans ses anciens droits, n'est pas moins couvert à ses yeux d'une véritable honte ; et quelles que soient les décorations dont on le couvre, quels que soient les honneurs auxquels on l'élève ; il sera toujours l'objet de la haine publique. On dira toujours de lui : c'est ce traitre, c'est ce perfide. En un mot loin d'effacer ses crimes, les dignités dont il est revêtu, ne serviront qu'à leur donner plus d'apparence et d'éclat. Sa conscience lui reprochera toujours son crime, et son âme n'en restera pas moins souillée de sa tache dont elle était depuis longtemps flétrie. Ce qui est impossible à la puissance humaine, Dieu le fait par la miséricorde du Prêtre. Oui, le prêtre au tribunal de la réconciliation rend l'innocence à l'âme criminelle. Écoutons le Seigneur lui-même parlant par ses prophètes : je répandrai sur vous une eau pure, et je vous purifierai de toutes vos souillures. effundam super vos aquam mundam et mundabimini etc. Quand une robe d'une éblouissante blancheur a été souillée d'une multitude de taches, elle recouvre son ancienne blancheur, son ancien éclat dès qu'on la plonge dans une eau pure et limpide : ainsi l'âme du pécheur baignée aux eaux sacrées de la pénitence trouvera sa beauté première, son ancienne pureté. et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris. Que dis-je ? Ce n'est pas dans des eaux limpides qu'elle est plongée, c'est dans le sang même de l'Agneau ; c'est là qu'elle se blanchit, c'est là qu'elle recouvre un éclat divin et incomparable. Et laverunt stolas suas... in sanguine agni. Ah ! Seigneur, arrosez mon âme avec l'hysope de ce sang adorable, et je deviendrai plus blanc que la neige : asperges me hyssopo et mundabor, lavabis me et super nivem.
Mais est-ce là tout ? non, le prêtre fait encore quelque chose de plus grand et de plus merveilleux. Il ne blanchit pas seulement une âme qui était souillée par le péché ; il ne met pas seulement au jour ce qui était dans une obscure pour le péché. Que fait-il donc ? Il fait tout ce que la puissance divine peut faire de plus grand. Il crée un cœur nouveau, comme un Dieu crée un monde. Voilà l'effet le plus prodigieux de ce sacrement, celui qui le reçoit avec de bonnes dispositions devient une créature nouvelle en Jésus-Christ son sauveur. Ne me parlez plus de cet homme, de l'homme de péché, de l'homme charnel, de l'homme du monde, esclave du démon et des maximes corruptrices du siècle, il est anéanti, il est mort. Mais parlez-moi de l'homme nouveau, de l'homme céleste, de l'homme justifié, sanctifié par la toute puissance de Dieu par le ministère du Prêtre. Ne cherchez plus de souillures dans cette âme, elle a été lavée, noyée dans le sang de Jésus-Christ et elle est maintenant d'un net tout pur, toute divine.
Et donc l'innocence rendue à cette âme, si elle est toute changée, toute renouvelée, elle a aussi trouvé l'honneur en même temps que la paix. Oui, elle l'a trouvé. Celui dont les pensées impures qu'elle était sont devenues pures et saintes ; celui dont les désirs de corrompus qu'ils étaient sont devenus des désirs célestes et divins, ce qui est même que des bonnes œuvres qui ne sème que sous la tempête qui brise les chaines d'un honteux esclavage, qui aime son Dieu, qui aime son prochain et qui se plait à répandre des bienfaits dans son sein, celui là sera honoré de tout le monde. À qui pourrait lui refuser l'expression de son estime et de son amour ? Et je pourrais aller de nos jours parmi les plus grands coupables, parmi ceux qui ont donné des scandales publics, des hommes qui pendant leur vie sont qui les éprouve, en voici de plus solide encore. Le pécheur pénitent a la parole de Jésus-Christ pour garant que ses crimes lui sont donnés, dès qu'il a entendu la sentence d'absolution prononcée par les successeurs des Apôtres. Allez, leur dit Jésus-Christ, les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez : quorum remiseritis peccata remittuntur eis. L'Apôtre saint Jean nous assure que si nous confessons nos fautes, Dieu est juste et fidèle pour nous les remettre : fidelis est et justus ut remittat nobis peccata nostra. Il ne dit pas : Dieu est bon ; mais il est juste et fidèle parce qu'il a promis et qu'il accomplit sa promesse. Si nous avouons donc avec sincérité les péchés dont nous sommes coupables, notre pardon est assuré. Or j'ai confessé toutes mes iniquités sans rien déguiser, et le ministre du Seigneur m'a dit : je t'absous de tes péchés, entre toi en paix : Vade in pace. Que puis-je désirer d'avantage ? Mes péchés sont effacés, la paix règne dans mon cœur. Que cette paix est douce ! Avec quelle confiance je m'appuie sur cette parole, c'est Dieu qui l'a prononcée par la bouche de son ministre. Si je pouvais croire qu'il y eut ici quelqu'un de ces infortunés qui ne connaissent pas cette ressource de la grâce, ou qui négligent d'y recourir, je lui dirais en lui disant : n'avez-vous donc jamais péché depuis que vous avez reçu le baptême ? Êtes-vous au dessus de ces faiblesses communes à la fragilité humaine ? Êtes-vous innocent sans tache et sans péché ? Non, sans doute ; car l'Apôtre nous assure que si nous disons que nous n'avons point péché, nous mentons et nous faisons Dieu menteur. Il déclare qu'aucun homme n'est exempt de péché. J'aime à le croire, vous n'êtes pas aussi coupable que tant d'autres personnes qui vivent dans l'oubli continuel de leur Dieu. Mais vous avouerez cependant que vous avez commis bien des fautes : et parmi ces fautes que vous avez commises, n'en est-il point qui soit grave et mortelle ? Qui vous ait fait perdre l'amitié de votre Dieu ? Oserez-vous le dire ? NON, Mes frères, non, sans doute. Vous allez bientôt paraître devant votre Dieu ; où est le gage de votre réconciliation avec le ciel ? - Ah, Mes frères, répondrez-vous peut-être, Dieu est bon, Dieu est miséricordieux, il m'a pardonné et il me pardonnera encore. - Il est bon, je l'avoue, mais pardonne-t-il à tous, n'y a t-il aucun réprouvé ? Et est-il conforme à l'Évangile que nous serons tous les habitants du ciel ? Il pourra pardonner, mais je vous le demande ; Quand vous a-t-il pardonné ? Oui ! Dans quelle forme ? Dans quelle circonstance ?
N'est-ce point dans votre imagination, dans votre cœur que vous avez puisé l'idée chimérique de ce pardon ; mais qui en est le garant ? Cherchez dans l'Évangile et voyez s'il en est quelqu'autre que les Apôtres qui ait reçu de Dieu le droit de remettre les péchés, de lier et de délier ? Et si vous n'y trouvez point d'autre, et que vous soyez précisément lié par cette puissance unique qui seule peut vous délivrer de vos péchés que deviendrez-vous après votre mort ? Pour moi, j'ai pour garant la parole de mon Dieu. Il m'a dit par la bouche de son ministre qu'il m'a pardonné, que j'ai été absous. Ma confiance repose sur une base solide : qui est la parole de Dieu même. Voilà, Mes frères, l'effet de cette sentence.
Notre âme est-elle languissante, est-elle malade, est-elle morte par le péché ; il faut la guérir, Mes frères ; il faut pour cela des remèdes ; et ce remède c'est le tribunal de la Pénitence ; ce remède c'est la confession. Écoutons là-dessus le roi Pénitent. Heureux ceux dont les péchés sont couverts du manteau de la miséricorde de Dieu. Pour moi, dit-il, j'ai eu le malheur de garder un funeste silence : quoniam tacui : je n'ai pas imité celui qui a mérité son pardon par un aveu sincère et généreux : beatus vir cui non imputavit Dominus peccatum. J'ai eu le malheur de renfermer mon triste secret dans mon sein, et mes péchés ont rempli mes entrailles et mes os de corruption et de pourriture, Corruptæ sunt cicatrices meæ. Tandis qu'une fausse honte enchaînait ma langue, ma conscience importune poussait des cris et des mugissements qui ne me laissaient aucun repos ni la nuit ni le jour. Dumi clamarem tota die. Je sentais le poids de la main de mon Dieu qui s'appesantissait sur moi : gravata est super me manus tua. Il m'était impossible de goûter ni sommeil, ni repos, ni paix, ni tranquillité. Enfin je me suis résolu à confesser mon iniquité, et à rejeter de mon sein ce serpent qui me dévorait : confitebor adversum me injustitiam meam domino. À l'instant où j'ai pris cette résolution salutaire, à l'instant où mon cœur a prononcé ces paroles Peccavi Domino ; j'ai offensé mon Dieu : Dieu m'a pardonné ; Dieu m'a rendu ses bonnes grâces. Et tu remisisti impietatem peccati mei.
Voulons-nous aussi conserver ou recouvrer les bonnes grâces de notre Dieu ? Désirons-nous guérir notre âme et lui rendre la vie perdue par le péché. Allons découvrir notre maladie ; allons découvrir nos misères au ministre de Jésus-Christ ; allons recevoir de sa bouche une sentence d'absolution. Suivons le conseil de l'Apôtre, approchons avec confiance de ce trône de grâce et de miséricorde que Dieu a établi dans son Église ; ses ministres y sont assis pour répandre sur nous l'abondance de ses bénédictions : adeamus ergo cum fiducia ad thronum gratiæ. Son autorité est déposée entre leurs mains ; c'est à eux qu'il a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel, et tout ce que vous remettrez sur la terre sera remis dans le ciel. Puisse ce pouvoir des clefs effacer nos péchés, nous procurer les bonnes grâces de notre Dieu, et nous ouvrir les portes de la Jérusalem céleste !!!