Quand le christianisme sortit du Cénacle, en Judée, en Asie, dans les Gaules, en Italie, partout il trouva des réformes à opérer, et, dans sa marche à travers les siècles, il a poussé son heureuse influence et a répandu ses bienfaits sans nombre sur toutes les classes de la société.
À sa descente du Calvaire, il trouva les hommes divisés en deux classes : la première, dans de magnifiques villas, se couronnait de roses et s'endormait au doux murmure des flots, aux sons d'une lyre efféminée. La seconde, vouée au travail, vouée aux sacrifices les plus rebutants, amollissait de ses sueurs la terre endurcie, rougissait de son sang l'arène du Colisée.
À ces maîtres, à ces esclaves qui méconnaissaient pareillement la dignité de la nature humaine, le christianisme vint dire qu'ils étaient les enfants d'un même Dieu, qu'ils ne formaient qu'une famille dont les membres étaient indistinctement appelés à la participation du même héritage, que la poussière de l'un n'avait rien de plus grand que la poussière des autres. De tels préjugés tombèrent devant une doctrine si sublime, et quand la victoire lui fut décidément acquise, et que le sol engraissé du sang des martyrs eut porté ses fruits, le monde, dégagé des chaînes du paganisme, avait brisé des fers d'un autre genre. Le monde devait au christianisme un bienfait digne d'une admiration, d'une reconnaissance éternelles : l'abolition de l'esclavage.
Mais voici les hordes de Francs, de Burgondes, qui essaient de reconstituer l'esclavage sur le plan antérieur. Le christianisme ne faillit pas dans cette circonstance. Il trouva de l'appui dans les décrets du Vatican, dans la voix des nations, dans l'intérêt général. Le coup mortel fut porté par les Croisades, qui ont été horriblement calomniées. Cependant, n'était-ce pas, comme l'a dit un de nos écrivains, une joie merveilleuse que d'aller pleurer là où avait été bu jusqu'à la lie le calice d'amertume ! N'était-ce pas mettre le pied dans le Paradis que de toucher le sol qu'avait porté l'Homme-Dieu ? Et les familles que ces chrétiens laissaient loin derrière eux ne trouvaient-elles pas une large consolation de leurs pertes dans la pensée qu'un martyr, mort en Terre Sainte, priait pour elles dans le ciel ? N'était-ce rien pour notre gloire nationale que de voir des Français s'appeler ducs d'Athènes, barons d'Antioche ou de Césarée, et s'asseoir sur les trônes de Constantinople et de Jérusalem ? Étaient-elles inutiles à la fusion des peuples, ces expéditions lointaines qui assuraient à l'Europe le commerce de la Syrie, de l'Égypte et des Indes orientales ? N'était-ce rien que cette grande unité de l'Occident se rassemblant pour la première fois, et s'élevant comme un seul homme à la voix d'Urbain et de Bernard ?
Mais je veux bien que ce ne soient là que des illusions. N'est-ce pas au christianisme que l'on doit l'abolition de l'idolâtrie et tous les maux qu'elle comportait ? Il a dissipé l'ignorance grossière dont l'idolâtrie enveloppait l'humanité. Son enseignement a rendu populaires les notions les plus sublimes sur Dieu, sur la Providence, sur l'homme, sur ses devoirs envers Dieu, envers lui-même, envers ses semblables, sur sa destinée future, en sorte que les hommes les plus simples de la chrétienté sont incomparablement plus instruits que les génies les plus élevés de l'antiquité païenne. Chose merveilleuse, dès l'origine même du christianisme, on vit les descendants de ces Romains qui, du temps d'Auguste, consumaient leur vie au sein des voluptés, en distribuer le prix aux pauvres et se retirer dans les déserts, où ils vivaient et mouraient dans l'exercice de la plus austère pénitence.
L'action du christianisme ne se fit pas remarquer seulement dans la réforme de l'individu ; elle s'étendit à la famille, à l'État, à la législation. Chez tous les peuples, la polygamie et le divorce avaient mis la corruption et la division dans toutes les familles. Partout où le christianisme eut le bonheur de pénétrer, il proclama, comme dogme immuable, l'unité et l'indissolubilité du lien conjugal. Il travailla avec un zèle infatigable à abolir l'infanticide, usité chez la plupart des nations de la terre. Personne n'ignore le plaisir que les païens prenaient à l'effusion du sang : l'abolition des sacrifices humains fut aussi la conséquence nécessaire et immédiate de la prédication de l'Évangile. Les combats du cirque, où les esclaves s'égorgeaient pour le plaisir de leurs maîtres, furent condamnés par l'Église dès les premiers jours de son établissement.
Le premier empereur chrétien les prohiba, bien qu'avant sa conversion il eût montré quelque penchant pour ces spectacles barbares. Et c'est en comparant les lois des premiers empereurs chrétiens avec celles de leurs prédécesseurs que l'on peut mesurer l'influence heureuse et civilisatrice du christianisme. Mais les invasions des barbares vinrent ouvrir un nouveau champ à la charité des premiers chrétiens. Au milieu des calamités qui tombaient de toutes parts sur l'empire, au milieu de la décomposition de la société, les peuples ne trouvèrent d'appui que dans le sein du christianisme. Il se dévoua à la conservation des peuples conquis et au soulagement de leurs misères. Il adoucit les caractères durs et féroces des conquérants, et, par ses enseignements, disposa leurs cœurs à la piété. Les Huns, les Goths, les Francs, les Vandales durent être singulièrement touchés lorsqu'ils virent les évêques se dépouiller de tout ce qu'ils possédaient pour venir au secours des captifs, et les engager à souffrir leurs maux avec patience, dans l'espérance d'une vie meilleure ; lorsqu'ils les entendirent leur parler de la loi de Dieu, des récompenses et des peines de l'éternité. Les conquérants s'empressèrent de déblayer le sol des ruines qu'ils avaient faites, d'adopter les lois, les usages, les mœurs des peuples vaincus, et de courber leur front devant la croix du Christ.
Pendant cette heureuse fusion, le christianisme s'occupait de l'extinction des guerres perpétuelles que se faisaient les seigneurs, et qui désolaient toute l'Europe. À cet effet, il établit la Paix de Dieu, la Trêve de Dieu. Il statua que désormais les hommes libres et les serfs marcheraient sans armes, que personne ne vengerait ni son sang ni celui de ses proches, et que les églises seraient des asiles inviolables, excepté pour ceux qui auraient enfreint la paix de Dieu. Le christianisme établit de sages règlements qui contribuèrent puissamment au rétablissement de l'ordre. Nous qui jouissons d'un état social paisible, qui renfermons tranquillement nos récoltes dans nos greniers, qui n'avons pas à redouter, en sortant de nos villes, des ennemis implacables, nous avons oublié le bienfait du christianisme qui nous a procuré cet ordre et cette tranquillité. Nous ne saurions nous faire une idée des soins qu'il se donne, des peines qu'il prend pour réprimer les violences, pour réconcilier les esprits. Reportons-nous cependant à ce temps de barbarie ; étudions le caractère, les mœurs sauvages des hommes de cette époque, et nous serons moins ingrats envers le christianisme. Nous reconnaîtrons tout ce que la société lui doit de bienfaits et de reconnaissance.
Dès les premiers temps, l'Église avait honoré la science en faisant de la qualité de Docteur une dignité ecclésiastique. Saint Paul lui-même donne rang aux docteurs dans le dénombrement des puissances ecclésiastiques. Les évêques, les prêtres, en prêchant la religion, propageaient en même temps les lettres, les sciences et les arts. Ulphilas, évêque goth, inventa les lettres pour ses compatriotes illettrés, et composa pour eux la Bible en langue vulgaire. Anségise, un des principaux apôtres du Nord, établit des écoles pour y former la jeunesse à la religion et à la science. Les missionnaires introduisirent en Russie la science des lois et les beaux-arts. Dans presque toutes les cathédrales de l'Europe, il y avait des écoles que les évêques présidaient, soit par eux-mêmes, soit par ceux qu'ils avaient chargés de l'instruction. Dans toute la France, les prêtres, les diacres, tenaient souvent des écoles où ils faisaient faire des exercices publics sur les saintes lettres ou sur les sciences humaines. L'Église gallicane était encore, pour ainsi dire, au berceau, qu'elle avait déjà des écoles célèbres pour la perfection des études. Nous pouvons citer celle de Poitiers, établie par saint Hilaire, et les écoles des académies d'Arles et de Paris. La plupart des collèges de l'Europe ont été fondés par des papes, des évêques ou des prêtres. L'académie de Paris remonte au temps où le moine Alcuin voulait faire de la France une nouvelle Athènes. Et ce n'était pas tout que de fonder des écoles, il fallait aussi pourvoir à leur existence, y établir une bonne direction, prévenir les abus qui pourraient s'y introduire. C'est ce que firent les constitutions de l'Église, les papes ou les conciles.
Un grand nombre de villes doivent au christianisme leurs bibliothèques, leurs promenades, les divers monuments de sculpture, d'architecture et de peinture qui, aujourd'hui encore, font leur honneur et leur gloire.
Aucun intérêt social n'échappe à la sollicitude du christianisme. Il met l'ordre et l'harmonie dans toutes les parties du corps social, qu'il s'agisse des esclaves, des pauvres ou des classes ouvrières. Voyez ce qu'il fait en Algérie, en Chine, en Amérique : il y est un principe de vérité, de paix, d'ordre, de salut et de gloire. Il arrache les peuples sauvages à leurs coutumes féroces et les élève à la dignité d'hommes et de chrétiens.
L'esprit égoïste et mercantile ne recule devant aucune monstruosité. Il ne craint pas de violer les lois les plus sacrées de la nature et de la religion ; il assimile l'homme à une bête qu'on peut vendre et acheter. Le christianisme n'a cessé de protester contre ce trafic honteux de l'homme. Benoît XIV, Pie VII, et, en 1840, Grégoire XVI ont condamné ce commerce qui avilit si fort la noble créature de Dieu et la réduit en servitude.
Le christianisme n'oublie pas la classe la plus nombreuse de la société : dès les premiers jours de leur prédication, les Apôtres s'occupèrent vivement des besoins des pauvres. Ils se chargèrent de la distribution des aumônes, et établirent ensuite des diacres pour les aider dans cette sainte fonction.
Qui pourrait compter les hôpitaux que le christianisme a fondés dans toutes les parties de l'univers, pour y soigner les pauvres, les malades, les infirmes, les vieillards, les enfants, les malheureux ? Les couvents les moins riches avaient toujours de nombreux indigents à leur charge. Le paupérisme était inconnu sur le territoire des grandes abbayes. Aussi, l'une des premières causes du paupérisme en Angleterre fut-elle la destruction des couvents.
Nous passons sous silence les bienfaits qui touchent à la salubrité publique et aux avantages du commerce : le christianisme a ouvert l'esprit des peuples à toutes les notions de la justice, à toutes les lumières de l'intelligence, il a ouvert les cœurs à tous les sentiments de la charité.
Voilà, me direz-vous, les bienfaits du christianisme dans les siècles précédents. Quoi ! voudriez-vous, avec les ennemis, les destructeurs de notre foi, dire que le christianisme est aujourd'hui impuissant, sans vie, et que la société, qui lui a dû jusqu'à ce jour sa conservation, sa gloire et son bonheur, pourrait désormais s'en passer ? Comment le christianisme ne serait-il plus nécessaire à la société ? Mais n'y a-t-il plus d'hommes livrés à l'erreur, à la violence des passions ? N'y a-t-il plus d'hommes courbés sous le poids de malheurs mérités et immérités ? Si les séductions de l'erreur ne furent jamais aussi effrayantes que de nos jours, il faut reconnaître la nécessité du christianisme pour ramener à la vérité les malheureux égarés, pour verser un baume salutaire sur les plaies de l'âme et du corps. Si le christianisme n'existait pas, qui aiderait à supporter les croix, les adversités dont la vie est semée depuis le berceau jusqu'à la tombe ?
Qui lui montrerait le ciel pour soutenir son courage dans la souffrance, au milieu des injustices et des calomnies ? Qui viendrait au secours de ce cœur si tourmenté, aimant la vertu et n'ayant pas la force de la pratiquer ? Qui seraient les consolateurs de l'affligé, les pères des indigents ? Où seraient les hommes qui donneraient à manger à ceux qui ont faim, et à boire à ceux qui ont soif ?
Le christianisme est nécessaire à toutes les classes : aux riches, pour les rendre charitables, miséricordieux, compatissants ; aux pauvres, pour leur apprendre la résignation dans le malheur et la soumission à la loi de Dieu. Il souffle sur la société un peu de cette vie et de cette force qui l'anime. C'est lui qui offre, en nos temps encore, ce sacrifice perpétuel qui détourne de nos têtes le bras vengeur d'un Dieu irrité. C'est lui qui conserve dans les familles, avec l'attachement mutuel de leurs divers membres, la piété, l'ordre et la paix. Il va visiter, dans la personne du prêtre et des personnes charitables, les veuves, les orphelins, les vieillards, les enfants. Il entre dans les pauvres maisons de nos cités et dans les cabanes de nos campagnes. Il descend dans les cachots pour y consoler les malheureux chargés de fers ; il se rend dans les palais des grands pour solliciter leur protection en faveur des malheureux. Le christianisme entre dans les maisons en deuil pour mêler ses larmes à celles d'une famille sur laquelle la mort a frappé de coups terribles.
Orgueilleux destructeur du christianisme, vous demandez ce qu'il fait ? Il assure vos vies contre les passions des hommes, vos fortunes contre l'injustice et l'ambition.
Pauvres malades qui êtes étendus sur un lit de douleurs, qui donc, sinon le christianisme, vous apprend à souffrir, vous soutient, vous console dans les crises terribles de la maladie ? Mais demandez encore ce que fait le christianisme ! Il couvre la France d'institutions de charité, de congrégations dévouées à l'instruction des enfants des deux sexes et au soulagement des malades. Ici, il établit des Frères de la Charité pour le soin des aliénés ; là, des frères et des sœurs de Saint-Joseph pour la réforme des prisons ; il obtient des résultats que la philanthropie cherche en vain hors des voies de la religion. Nous lui devons aussi ces religieuses qui, à l'exemple du Bon Pasteur dont elles portent le nom, vont chercher la brebis égarée au milieu du désert du monde. Il a rendu un grand service aux sciences et aux lettres en rétablissant récemment les Bénédictins et les Frères de Picpus. Il procure d'immenses avantages en relevant ces couvents d'hommes et de femmes qui se livrent à de ferventes méditations, à la contemplation des vérités surnaturelles. Le christianisme ne s'est-il pas montré capable du plus sublime dévouement lors du choléra qui a ravagé la France et plongé dans le deuil un grand nombre de familles ?
Comptons les bienfaits du christianisme, et, pour marque de reconnaissance, attachons-nous de plus en plus à cette institution divine, comme à une source de bonheur, de félicité, de salut.
Il assure le repos du monde, pourvoit à tous les besoins de l'âme, corrige les erreurs, guérit les passions.
Je voudrais vous faire sentir le bonheur d'avoir été bercés au doux chant du christianisme. Remplissez fidèlement les devoirs qu'il vous impose, et je vous promets le bien-être physique, le bien-être moral, je vous promets le bonheur du temps et le bonheur de l'éternité.
Ô Mes frères, si vous connaissiez les malheurs qui naissent sur le sol de l'impiété, vous vous attacheriez encore de plus en plus au Christ, source de toute félicité. Combien d'hommes ne voit-on pas qui ont renoncé, comme de gaieté de cœur, au ciel, à Dieu, à l'éternité ; qui ont abjuré leur propre conscience ; qui ont sacrifié leur fortune, leur état, leur espérance ? Combien d'hommes emploient tout ce qu'ils ont de talent et d'intelligence pour déraciner la vertu du cœur des hommes, pour y verser le poison des plus infâmes passions ? De là ces livres qui révoltent la pudeur, et dont notre pauvre France est inondée ; de là ces spectacles dont on sature à plaisir l'imagination du peuple ; de là ces feuilletons publics, remplis de fables obscènes, qui pénètrent chaque jour jusque dans le sein des familles même honnêtes selon le monde.
Voyez-vous la presse aux mille bras agir avec une activité incroyable pour caresser les passions naissantes, assiéger les jeunes gens, l'âge mûr, les vierges pudiques, l'enfance même ? Voyez ces courriers haletants courir la France, de l'Est à l'Ouest, du Midi au Septentrion, porter dans les provinces, dans toutes les villes, ces germes de dévastation.
Il est malheureux d'en voir les conséquences déplorables se répandre dans nos cités par ce langage corrupteur. Les lectures qui paraissent aujourd'hui sont fades, sans goût, à l'exception de quelques-unes où l'adultère, l'inceste, le rapt, la violence se donnent un effroyable rendez-vous, si bien qu'il faut fuir. Aussi ceux qui ont le malheur de les lire étalent-ils leur bassesse aux yeux de toute une ville, aux yeux de toute une nation.
Voulez-vous un exemple récent de cette triste vérité ? Il n'est pas besoin que je vous mette sous les yeux ce jeune homme de Paris se donnant la mort dans l'embrasure d'une fenêtre, ayant à ses côtés une de ces productions sataniques, ouverte à la page où le suicide était déifié. Avant ce geste, cet infortuné n'était guère connu, sa réputation était encore au berceau ; aujourd'hui, son nom a pour rayon celui de la France entière, il l'a parcourue en tous sens ; aujourd'hui son nom est livré à l'exécration publique, sa turpitude est dévoilée à tous par la voie des journaux.
Vous frémissez, Mes frères, en entendant ce récit affligeant et révoltant. C'est avec grande peine que j'ose moi-même, devant cette sainte assemblée, dérouler sous vos yeux des récits scandaleux, des intrigues romanesques et criminelles. Je voudrais vous prémunir contre le danger. Ce jeune infortuné marchait-il sous l'étendard du christianisme ? Non. Le christianisme tient un langage bien plus sublime.
Chère jeunesse, chère à mon cœur, permettez-moi une demande qui paraîtra peut-être indiscrète, mais qui est commandée par l'intérêt le plus vif, l'attachement le plus sincère et le plus profond. Pendant vos heures de récréation, ne vous arrive-t-il pas quelquefois de lire ces écrits qui répandent en vous quelques-uns de ces germes funestes ? Il est probable que oui. Permettez-moi encore une demande : en feriez-vous le sujet de vos entretiens durant vos heures de récréation ? Puissiez-vous répondre non, pour la consolation de mon cœur de prêtre, de pasteur qui veille avec sollicitude sur vos intérêts éternels. Et pour vous en éloigner davantage, contemplez plutôt les enseignements du christianisme.
Autre sujet, au bénéfice du christianisme encore. Vous avez entendu parler de cet horrible tremblement de terre qui, le 8 février dernier, a désolé une de nos plus belles colonies françaises. La reine des Antilles est détruite de fond en comble ; il n'en reste pas pierre sur pierre ; vingt mille hommes sont sans maison, sans habits, sans nourriture. La récolte est détruite. Des pans entiers de montagne ont glissé dans les vallons. On porte à trois ou quatre mille le nombre des malheureux ensevelis sous les ruines, et à deux mille celui des blessés. À la catastrophe se joignent l'incendie et la famine. Quelle scène déchirante ! Qui pourrait répondre d'une pareille épreuve, sinon la charité chrétienne ? Allez en Guadeloupe, et, à votre tour, vous me direz que le christianisme sait panser une plaie qui paraissait incurable.
De là naissent des larmes ; de même que, de l'indifférence religieuse, naît le malaise de la société.