Peccatum meum contra me est semper

Peccatum meum contra me est semper.
Mon péché est toujours présent à mes yeux.

Nous agirions d'après la foi, si, à l'exemple du Prophète royal nous avions notre péché présent à nos yeux pour le pleurer continuellement. Le chrétien, lorsqu'il commet le péché, témoigne une ingratitude beaucoup plus grande que celle de l'infidèle et de l'impie. L'infidèle a reçu de Dieu l'être et la vie, et il devrait l'employer au service de son créateur ; ses péchés renferment de l'ingratitude.

Mais le chrétien a reçu des grâces et des faveurs, et des faveurs qui ne peuvent s'exprimer. Il a reçu la grâce du Baptême, qui est une grâce inappréciable ; grâce sans laquelle toutes les autres ne sont rien. Avec le Baptême il a reçu la lumière et les dons du Saint Esprit ; il a été fait enfant de Dieu, frère de Jésus-Christ, membre de l'église.

Dans le sein de cette église, il entend la Divine Parole, il a le bonheur de participer au corps et au sang de son Sauveur. Dans cette église, il se relève de sa chute par la pénitence ; Dieu le prévient de sa grâce et de ses tendres caresses. Dans cette église, le seigneur le choisit entre mille, pour en faire un Saint, un prédestiné. Dans cette église, Dieu veille sur lui, Dieu le protège, Dieu le garde, comme la prunelle de son œil.

Oh ! que de secours ! que de grâces ! que de privilèges ! ! Plût à Dieu que le chrétien pût connaître cet avantage, s'élever par sa miséricorde de tout lui-même ! Il se verrait si privilégié au-dessus des autres hommes qu'il lui semblerait que Dieu a oublié toutes ses autres créatures pour combler le chrétien de toutes sortes de bienfaits. Cependant le chrétien au lieu de glorifier son Dieu, et de reconnaître ses bienfaits, ses sacrements, ses instructions, sa grâce, l'offense, l'outrage, et ne cesse de violer sa sainte loi. Il est plus ingrat que l'infidèle, parce qu'il est plus chéri de Dieu.

Quand on est offensé par un ennemi, la sensibilité n'est point mise à l'épreuve, ou du moins elle ne l'est que bien faiblement. Nous recevons quelque mauvais traitement de quelqu'un qui n'est point ami, et que l'on traitait comme tel ; recevoir quelqu'injure d'un parent, d'un enfant, d'un frère de qui on attendait toute sorte de services officieux, c'est un coup de poignard qui pénètre jusqu'au cœur. Que Dieu soit offensé par un païen, par un infidèle, par un juif, l'injure n'est pas si grande, car c'est après tout qu'un ennemi dont il ne faut point attendre de procédés plus honnêtes.

Mais qu'il soit offensé, outragé, crucifié tous les jours par des enfants bien aimés ; par des amis qu'il s'est bien appelé ses frères ; qui nous nourrissons nous-mêmes de ses propres bienfaits sont outragés impunément ; que nous rejetions sa grâce, son Saint Esprit ; que nous étouffions ses inspirations, que nous méprisions sa divine parole, que nous blasphémions ses sacrements, que nous foulions aux pieds son sang adorable, par d'horribles sacrilèges, ô méchanceté !!

Ô ingratitude ! Oui les péchés du chrétien portent le cachet de la plus noire perfidie. Tous les hommes doivent le respect et l'obéissance à Dieu : Personne ne peut se dispenser de ce devoir si juste et si légitime. Mais le chrétien y est plus obligé que tous les autres, puisque, outre cette obligation générale qui lui est commune avec le reste des hommes, il a juré fidélité à Dieu dans son baptême.

Oui chrétien, oui chrétien, lorsqu'on vous a présenté à l'église pour être baptisé le prêtre, qui est le ministre de Jésus-Christ est venu au-devant de vous jusqu'à la porte de l'église, et vous a adressé ces paroles : Que demandez-vous ? vous lui avez témoigné par la bouche de votre parrain et de votre marraine, que votre désir était d'entrer dans le sein de l'église, et d'être reçu par le baptême dans la société des fidèles.

Le prêtre à cette réponse a ajouté : prenez garde à ce que vous demandez ; cette action est grande, d'une étrange conséquence surtout. Vous ne pouvez recevoir cette grâce, sans renoncer à Satan qui est l'ennemi de Jésus-Christ ; sans renoncer à ses pompes, c'est-à-dire, aux maximes et aux vanités du monde ; sans renoncer à ses œuvres c'est-à-dire à tous les péchés. Y renoncez-vous, vous a redemandé le prêtre. Qu'avez-vous répondu par la bouche de vos parrains et marraines qui sont vos cautions devant Dieu. Vous avez donné cette réponse positive et absolue, J'y renonce.

Voilà une promesse solennelle par laquelle vous vous êtes engagé au service de Dieu ; voilà un acte un contrat par lequel vous vous êtes vendu et livré à Jésus-Christ. Voilà un engagement, un serment, un vœu solennel. Engagement, vœu, serment que vous avez faits à la face de l'autel ; le ciel et la terre en ont été les témoins ; Dieu, les Anges, vos amis vos parents, le prêtre qui vous a baptisé, y ont souscrit.

Ces promesses sont écrites dans les registres ecclésiastiques de cette paroisse, elles sont écrites dans le livre de l'éternité. Rien ne saurait les effacer, nous en rendrons compte au tribunal de Dieu. Toutes les fois que vous vous êtes confessé, toutes les fois que vous avez communié, vous avez renouvelé cette promesse ; vous avez ratifié et confirmé cet acte ; et néanmoins nous violons, nous profanons tous les jours cet engagement si solennel. Nous sommes donc des traîtres, des faussaires, des perfides, et cent fois plus perfides que les idolâtres et les juifs qui n'ont jamais fait à Dieu de pareilles promesses.

Lorsque les infidèles se livrent à toutes les occasions prochaines du péché, leurs crimes sont beaucoup moindres que ceux des chrétiens, parce qu'ils n'ont jamais promis à Dieu d'y renoncer, et qu'ils ne violent pas leurs promesses. Mais qu'un ami, chrétien, qui a renoncé publiquement aux autres et aux pompes de satan pour se donner entièrement à Dieu, que cette âme infortunée transgresse sans crainte ses saints commandements ; qu'elle donne entrée dans son cœur à l'orgueil, à l'ambition, à l'envie, à l'avarice ; qu'elle subisse par des fourberies, par des injustices, par des jurements et des blasphèmes, le caractère et le nom de Jésus-Christ dont elle est honorée ; qu'elle garde dans son cœur le désir de la vengeance ; qu'elle souille dans la fange des passions cette robe blanche de son baptême qu'elle devait porter pure et sans tache devant le tribunal de Jésus-Christ ; qu'elle oublie, dans le tumulte et les embarras du monde, les vœux sacrés émis à la face de l'autel du Seigneur. Ô aveuglement pour lequel il faudrait des larmes de sang !

Que dirons-nous des chrétiens qui dans le sein de l'église, négligent leur propre salut, et souillent leur âme par mille crimes honteux ? qu'ils nous permettent de leur rappeler l'étendue des devoirs contractés par le baptême. Suivre l'Évangile, faire de ses préceptes la règle de notre conduite, réprimer ses passions, haïr le péché, mourir à nous-mêmes, mener sur la terre une vie toute céleste.

Il nous étonne d'un apostat un religieux qui, étant sorti de son cloître, vit d'une manière contraire à ses vœux, à sa règle, quel sentiment devons-nous avoir d'un chrétien qui par une vie toute païenne, abandonne le service de Dieu, et renonce tacitement aux obligations de son baptême ! Ô christianisme, de quoi vous plaignez-vous ? Serait-ce de votre Dieu ? Oh quoi !!

Jésus-Christ n'est-il point un maître assez aimable pour tant ? Trouvez-moi un cœur plus aimable que celui de Jésus ; c'est le cœur le plus pur, le plus saint, le plus parfait, c'est le cœur de l'homme Dieu. Ce cœur de Jésus est le cœur le plus aimant. Vouloir comprendre l'étendue de l'amour de Jésus-Christ pour nous, c'est vouloir l'impossible.

De quoi vous plaignez-vous donc ? Est-ce de la rigueur de sa loi ? Mais non. Son joug est doux et son fardeau léger. Et si quelquefois nous le portons avec peine, rappelons-nous que notre cœur est gros de l'espérance de l'immortalité, et que cette espérance est capable de tempérer les amertumes et les chagrins. Mais qu'est-ce que le démon a de si engageant pour vous attirer à lui, ou plutôt que n'a-t-il pas d'assez dur, d'assez rebutant pour vous obliger de le fuir, de le haïr, de le maudire ! le jugez afin ce quel est l'aveuglement des hommes.

Le divin Sauveur qui aura connu la volonté de son maître et qui ne l'aura pas faite, sera plus rigoureusement châtié que celui qui ne l'aura pas connue. Où, où sont les peuples qui ont jamais eu le salut plus d'instruction plus de lumière plus de connaissance que le chrétien ? Y a-t-il dans mon auditoire quelque personne qui puisse avec vérité, chercher dans son ignorance, une justification plausible de ses fautes ? Je me charge de répondre négativement, à moins que cette personne n'ait négligé d'assister aux instructions faites dans l'église de sa paroisse par le prêtre chargé de son salut, et de lui distribuer le pain de la parole de Dieu.

C'est ce qui fait dire à plusieurs docteurs de l'église, qu'un chrétien souffre quelquefois plus de tourment lui seul dans l'enfer que des villes et des provinces entières de païens n'en endurent. Potentes potenter tormenta patientur.

En un mot, voulez-vous savoir quel est l'enfer des chrétiens ? Quoi, un enfer pour les chrétiens ! ! Il semblerait que non, eu égard à la sainteté de leur état ; il semblerait que non, quand on voit plusieurs vivre dans une sécurité excessive, dans la tiédeur, dans la négligence des devoirs que leur impose le christianisme comme s'ils n'avaient point un enfer à éviter, un paradis à gagner. Voulez-vous donc savoir quel est l'enfer des chrétiens ? voyez quelle est la grandeur de leur péché.

Voulez-vous connaître la grandeur de leur péché ? considérez leur sainteté, considérez l'excellence de leur dignité. La grandeur de leurs péchés fera la grandeur de leur enfer. Ah ! si vous saviez ce que c'est qu'un chrétien damné, que sont devenues tant de grâces, tant d'instructions tant de sacrements ? Pour avoir été baptisé et seul voilà perdu !! Église de Jésus-Christ, pleurez, pleurez sur la mort éternelle de vos enfants.

Le péché du chrétien est un mal qui attaque Dieu dans sa perfection, un mal dont Dieu est l'objet, la victime et le vengeur, un mal qui dégrade l'homme, lui ôte la vie de l'âme, lui ferme le ciel. Que dira Dieu de tel mal ? Ne convient-il pas de réciter en gémissant avec le Prophète Jérémie : Scito et vide quia malum et amarum est : Voyez combien il est dur, combien il est amer d'abandonner le Seigneur son Dieu.

Non : Dieu n'a pas donné plus de larmes qu'il n'en fallait à ces hommes qui ont pleuré pendant leur vie. Non, ils ne se trompaient point, ces anachorètes qui se sont retirés dans les déserts pour s'en éloigner ; non, ils n'étaient point dans la voie des illusions, ces martyrs qui ont souffert la mort, plutôt que de commettre le péché.

Le péché porte un cachet d'ingratitude que l'homme ne saurait comprendre, encore moins exprimer. Plus nous avons de droit à l'affection d'un homme, plus l'outrage que nous en recevons est amer et sensible. Il est dur de se voir offensé par celui que nous chérissons et que nous portons dans notre cœur. Or, Dieu se voit offensé par des enfants qu'il chérit avec affection, et dans lesquels il n'a que des entrailles de père. Vous vous rappelez l'histoire du fils infortuné qui succomba sous les coups doubles de ses meurtriers, vous vous rappelez que voyant parmi eux celui qu'il aimait, celui qu'il affectionnait tendrement, au point de sa défaite, dans son fils, il s'écria : Et toi aussi, mon fils !!

Ah ! chrétien, nous avons ici sur l'autel le Dieu qui nous aime, qui nous a adopté pour ses enfants, qui nous a élevés, qui nous a nourris à sa table dans l'excès de sa douleur, il s'écrie : Paveant ad haec, coeli, ô cieux soyez dans l'étonnement, et vous terre soyez attentive à mes paroles.

J'avais des enfants, je les ai élevés dans la splendeur et dans l'opulence du christianisme ; je les ai caressés je les ai portés entre mes bras ; je leur ai prodigué l'abondance de mes grâces d'une faveur, de mes bienfaits ; je les ai admis, je les ai nourris à ma table, et ces enfants m'ont méprisé, m'ont méconnu, m'ont outragé par des transgressions sans nombre de ma sainte loi. Ipsi autem spreverunt me.

Mon Dieu, faites-nous peser dans la balance du sanctuaire la grièveté de notre péché ; aidez-nous à lui fermer l'entrée de notre cœur, afin qu'après l'avoir été pendant la vie, nous soyons après la mort, admis au nombre de vos élus.