Chargé comme l'apôtre S. JEAN, de remplir la légation divine pour Jésus-Christ, je viens aujourd'hui à l'exemple du même apôtre, vous donner une idée sublime de mon ministère.
La voix que vous entendez n'est pas la mienne, ni celle d'un simple mortel : je suis l'envoyé de Dieu, la voix et l'organe de celui qui nous crie dans le secret de notre cœur : préparez mes voies ;
je descends sur vous par la compassion et la miséricorde ;
venez à moi par la pénitence et par l'amour : ego vox clamantis in deserto.
S. JEAN pouvait-il dire en termes plus clairs, que sa parole était celle de Dieu même ?
Et cependant que produisit sa divine prédication qui devait être si puissante ?
On accourait de toutes parts pour entendre cet homme extraordinaire et les rives du Jourdain pouvaient à peine contenir la foule des auditeurs qui se pressaient sur ses pas.
Mais, si l'on excepte un petit nombre d'esprits dociles, quel fruit la multitude retira-t-elle de sa prédication ?
Plusieurs conduits par une curiosité vaine plutôt que par une foi humble et un véritable désir d'en profiter, se bornaient à une stérile admiration pour le prophète, et contents d'applaudir à ses discours, ne songèrent ni à pratiquer ses enseignements, ni à réformer leurs mœurs.
Venit Joannes nec credidistis ei. Tel fut le succès de la Divine parole dans la bouche du plus grand des enfants des hommes : faut-il donc s'étonner que cette même parole n'ait pas un autre succès dans nos bouches ?
Quand nous l'annonçons du haut de ces chaires, nous avons la consolation de voir quelques justes s'affermir dans la vertu, et quelques pécheurs revenir de leurs égarements.
Mais ce petit nombre de fidèles excepté, que voyons-nous d'ailleurs ?
Beaucoup de profanateurs de la parole Divine : beaucoup de chrétiens qui, habitués à ne voir dans le prêtre que l'homme seulement, écoutent la parole qui descend de la chaire de vérité, comme la parole de l'homme et non comme la parole de Dieu ;
et par conséquent sans disposition de foi, d'humilité et de zèle pour la sanctification de leurs âmes.
Mon Dieu !!! Puisque je dois être aujourd'hui le défenseur de votre sainte parole ; accordez-moi, je vous en conjure, la force et la sagesse dont j'ai besoin pour enseigner à vos enfants les dispositions avec lesquelles ils doivent l'écouter pour en profiter.
Ave Maria.
La parole de Dieu, comme toutes les choses saintes et divines, exige de notre part certaines dispositions pour n'être pas profanée.
S. Paul instruisant les premiers fidèles sur le plus auguste de nos mystères leur adressait ces paroles remarquables... non dijudicans corpus Domini.
Et appliquant ceci à notre sujet, l'expérience nous apprend que presque nous ne faisons pas le discernement nécessaire de la parole de Dieu, parce que nous ne faisons pas un usage saint de la parole de Dieu.
Nous sommes ici dans une tribune sacrée et mystérieuse, où l'homme seul paraît à vos yeux, mais ce n'est pas l'homme qui vous parle.
Non enim vos estis qui loquimini, sed spiritus patris vestri qui loquitur in vobis.
La prédication évangélique est donc une sorte de sacrement et de mystère, où il faut que nous discernions ce que les sens nous présentent de ce qui est caché à la foi.
Quelle foi que S. PAUL louait dans les fidèles de Thessalonique quand il disait : Accepistis illud non ut verbum hominum, sed, sicut est vere verbum Dei.
C'est sur cette foi des fidèles de Thessalonique que le grand apôtre fondait non seulement toutes les vertus de ces nouveaux chrétiens, mais encore tout le succès de sa prédication : in omni loco fides vestra profecta est.
De notre ministère par laquelle, cendre et poussière que nous sommes nous tenons toutefois la place de ce grand Dieu, et nous faisons entendre sa voix même ?
Savez-vous que ces lèvres de prêtre, par la puissance des paroles mystiques, enfantent chaque jour le Sauveur à l'autel ?
Doivent-ici par la puissance d'une autre parole, enfanter d'une autre manière le même Sauveur dans vos âmes.
Deo exhortante per nos.
Rendons ici hommage à la vérité, et avouons franchement que nous ne pensons rien de tout cela ; nous n'envisageons que l'homme ; nous ne recherchons que les discours de l'homme...
Pendant que la voix de l'homme frappera vos oreilles, celle de Dieu sera éteinte au fond de votre cœur ; de vains sons retentiront à votre oreille, et votre cœur demeurera sourd aux vérités éternelles qui peuvent seules nous convertir et nous sauver.
Qu'il nous soit permis de déplorer avec amertume ce qui fait le malheur du christianisme. C'est cette bassesse de vues toutes terrestres, tant humaine qui a affaibli, dégradé le ministère évangélique.
Notre auditoire ne veut voir en nous que des discoureurs frivoles destinés à satisfaire la délicatesse de son goût, et à charmer l'ennui de ses loisirs ; factus sum velut aes sonans aut cymbalum tinniens.
On voit un exemple bien remarquable. S. PAUL entre dans une ville de l'Asie, y prêchait la loi de Dieu. On l'écoute avec un vif intérêt... on va jusqu'à lui offrir de l'encens jusqu'à vouloir lui sacrifier comme à une divinité.
Ils écoutaient S. PAUL comme homme, au lieu de l'écouter comme l'envoyé de Dieu ; et le ministère de Jésus-Christ par leurs applaudissements et leurs éloges était sans fruit.
D'humbles sentiments de respect, de crainte de pénitence sont donc les seuls qui nous conviennent en présence de cette parole qui vous juge et vous condamne.
Nous venons nous y asseoir non comme des infortunés coupables, mais comme juges pour tout soumettre à l'autorité d'une critique...
Au lieu de recueillir comme l'envoyé de Dieu, nous nous élevons pour juge de ses talents. Pour abaisser celui-ci, pour élever celui là. Deo exhortante per nos.
Mais non : on ne craint pas de juger cette parole dont Dieu juge le monde.
Jean-Baptiste a tort de se liguer avec une femme infâme. Mais on le fait dire malhonnêtement à la face de nos auditeurs.
Cette semence sacrée de la parole divine ne tomberait plus sur une terre ingrate et aride où elle est aussitôt foulée aux pieds ; mais sur une terre féconde et bien préparée où elle germerait bientôt et elle fructifierait au centuple.
Un nouveau semeur dans la boue des sens et dans le fange des mauvais ne se trouvent plus de sa véritable gloire...
Cependant malgré leurs profanes dispositions. Quelques uns sont frappés d'un coup imprévu, comme Saul sur le chemin de Damas.
N'est-ce point une voix de vérité, de la vérité, au travers de l'homme que nous voyons, est-ce la voix de Dieu lui même ?
Fruitus autem lucis est in omni bonitate et justitia et veritate.
VOILÀ LA LUMIÈRE QUE DIEU A RÉVÉLÉE aux nations par le ministère de sa parole évangélique : lumen ad revelationem gentium.
Puissent-elles ne pas nous conduire à l'oubli de la parole divine... Vous placés à la droite de Jésus-Christ, à l'heure de votre décès !
Venez les bénis de mon père, posséder le royaume qui vous a été préparé de toute éternité.