Discours sur le bon exemple
Ministre de Jésus-Christ il est de mon devoir de l'imiter, d'être la lumière du monde et le sel de la terre : Vos estis lux mundi, vos estis sal terrae : il est de mon devoir d'être l'exemple des fidèles, d'aplanir les voies du Seigneur, de rectifier les sentiers tortueux, de montrer aux justes le chemin de la perfection, d'affermir dans la vertu le pécheur déjà assuré du péché par ma foi, ma charité et mes bonnes œuvres, pratiquées à la face de l'univers : Parate vias domini, rectas facite semitas ejus. Mais mon devoir dans un point aussi essentiel, est aussi le vôtre ; car dieu a chargé chacun de nous en particulier de travailler au salut de son prochain : Deus mandavit unicuique de proximo suo.
Que les hommes seraient heureux si chacun dans son état, s'efforçait de suivre ou de donner l'exemple de la religion et de la sainteté ; et d'être aux yeux de ses frères un modèle accompli de patience, de soumission, de résignation à la volonté de Dieu, d'être cette lumière bienfaisante qui brille aux yeux des hommes et qui éclaire leur esprit et échauffe leur cœur : sic luceat lux vestra coram hominibus. S'il en était ainsi, mes frères, bientôt on verrait le crime disparaître, la vertu reprendrait son empire et brillerait dans tout son éclat. Chaque homme serait un apôtre pour ses frères ; chaque action une leçon de salut et un encouragement à la perfection : chaque fidèle aurait sous les yeux des spectacles d'édification plus éloquents que tous les discours, un tel temps serait le triomphe de la religion et l'âge d'or du christianisme.
Mais l'exemple du mal a gagné tous les états, toutes les classes de la société, les images du péché paraissent comme exposées en public sur tous les objets qui nous environnent. Cependant la terre possède encore des restes précieux de l'esprit de Jésus-Christ. L'ennemi de notre salut a beau semer la zizanie on compte toujours des élus dans le monde, et il est encore de grands spectacles de vertus dans le règne du vice et du scandale. Il est encore des chrétiens qui savent et qui prouvent par leur conduite qu'il sera toujours vrai de dire qu'on ne peut être disciple de l'Evangile qu'en se conformant aux exemples de Jésus-Christ, et en édifiant ses frères, comme il les édifia lui-même : Exemplum dedi vobis ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis. Non, mes frères, nous ne pouvons être de vrais disciples de l'Evangile, de vrais enfants de Dieu qu'en agissant par son esprit. Or l'esprit de Dieu est que nous travaillions à notre sanctification propre et à la sanctification de notre prochain par notre conduite édifiante et par nos bons exemples : haec est voluntas dei sanctificatio vestra. Pour vous soutenir dans la pratique de cette bonne œuvre, je vais vous en faire voir la nécessité et les avantages.
L'Evangile, mes frères, renferme et des préceptes et des conseils : les préceptes doivent être observés sans restriction, les conseils n'obligent que ceux qui font vœu de les pratiquer. Mais quant au bon exemple, il nous est recommandé, comme une loi vraiment indispensable ; écoutons ce que dit Jésus-Christ : voyons ce qu'il pratique, et nous connaîtrons que tous les chrétiens doivent s'édifier mutuellement. Il nous ordonne de faire des œuvres qui engagent le prochain à glorifier le père céleste : ut videant opera vestra bona et glorificent Patrem qui in caelis est. Il observe toutes les vertus transiit benefaciendo.
1° Toutes les paroles du sauveur sont des oracles, et il n'y a rien de plus fort et de plus précis que les termes dont il se sert lorsqu'il nous commande de donner le bon exemple, de répandre partout la bonne odeur du christianisme et de montrer à tout le monde quelle est la grandeur de nos espérances et la majesté du Dieu que nous adorons. Prenons l'Evangile en main, ce livre sur lequel nous serons jugés et vous et moi, ce livre que nous ne pouvons trop lire et trop méditer, c'est là que nous apprendrons, de la bouche même de Jésus-Christ, que le scandale est le plus des crimes, et qu'il vaudrait mieux être précipité dans la mer que de scandaliser le moindre des enfants de Dieu. Ici, il nous enseigne qu'il faut porter sa croix tous les jours de sa vie, là il nous recommande de prier et de veiller et de faire pénitence : ici il nous recommande le pardon des ennemis, comme un acte de charité nécessaire pour le salut, et comme un exemple de douceur, de modération et d'obéissance : là, il nous prescrit d'écouter l'Eglise, nous déclarant que celui qui écoute ses apôtres l'écoute lui-même, et que celui qui les méprise le méprise lui-même : Qui vos audit me audit, et qui vos spernit me spernit.
C'est ainsi, mes frères, que les paroles de Jésus-Christ ne tendent qu'à nous persuader de la nécessité du bon exemple. Il veut que nous soyons parfaits, comme notre père céleste est parfait : estote perfecti, sicut et Pater vester caelestis perfectus est. Il veut que nous ayons confiance en lui pour vaincre le monde, comme il l'a vaincu lui-même : confidite ego vici mundum. Il veut que nous évitions le mal et que nous fassions le bien : declina a malo et fac bonum. Il veut que si notre œil ou notre droite nous scandalise, nous arrachions cette portion de notre corps et que nous la jetions loin de nous. Abscide eam et abjice abs te. Il désire que nous fassions du bien à ceux-là même qui nous haïssent, et que nous priions pour ceux qui nous persécutent et nous calomnient : orate pro persequentibus et calumniantibus vos. Et tout cela, mes frères, afin que les hommes voient nos bonnes œuvres et qu'ils glorifient le Père céleste : ut videant opera vestra bona et glorificent Patrem vestrum qui in caelis est.
Mon Dieu ! quelle est notre vie rapprochée de ces préceptes, sinon une entière transgression de vos divins commandements ? Croirait-on que c'est aux disciples aux enfants de Jésus-Christ que ces paroles s'adressent ? Quand nous aurions fait vœu solennel de désobéissance envers sa divine loi, nous ne serions pas plus rebelles à ses saintes volontés. Souvent notre conduite ne tend qu'à l'anéantissement de l'Evangile. Il nous ordonne de thésauriser pour le ciel et nous thésaurisons pour la terre ; de marcher dans la voie étroite qui conduit à la vie, et nous entrons dans la voie large qui conduit à la perdition : de ne point juger nos frères pour n'être point jugés, et nous les condamnons même sans les entendre. Mon Dieu que vos commandements sont peu respectés et peu observés parmi les enfants des hommes !
Cependant, mes frères, les commandements de Jésus-Christ sont infiniment au dessus des commandements des hommes et subsisteront éternellement. Il y a dix-huit siècles que ce divin sauveur instruisait les hommes, et ses instructions n'ont été altérées ni par les révolutions du temps ni par le changement des mœurs. On a beau se prostituer dans l'amour des créatures, et se permettre tout ce que défend le créateur ; sa loi, toujours la même condamne la multitude qui par exception ne veut prescrire contre les vérités éternelles. Ainsi l'ordre que nous avons reçu de Dieu même, de donner le bon exemple, regarde notre siècle, comme ceux qui lui succéderont et ceux qui l'ont précédé. Ainsi nous sommes obligés à nous conformer à l'Evangile, comme s'y conformèrent les premiers chrétiens. Avec quelle ardeur ne recueillaient-ils pas les paroles de salut et de vie pour accomplir la loi de Dieu, et embrasser les saintes maximes du christianisme ! Ils ne formaient qu'un cœur et qu'une âme, parce que Jésus-Christ ne cessait de leur recommander la charité erat cor unum et anima una. Ils menaient la vie la plus pénitente et la plus retirée, parce que Jésus-Christ prêchait la mortification la prière et la vigilance. Quelle admirable soumission aux ordres de Dieu ! Et pourquoi cela, mes frères ?
C'est que leur foi était plus vive que la nôtre. Ils savaient que l'Evangile appelle heureux ceux qui sont doux, ceux qui ont le cœur pur, ceux qui aiment la paix ceux qui sont altérés de la justice, ceux qui souffrent des persécutions pour la vérité : beati mites, beati mundo corde etc. Aussi ils étaient humbles chastes, patients, ne rendant jamais le mal pour le mal mais bénissant la main qui les frappait nulli malum pro malo reddentes. Tels sont les bons exemples que nos pères nous ont laissés et que nous devons suivre pour les faire passer à nos descendants. La postérité maudira notre mémoire et s'élèvera contre nous quand elle verra combien nous avions dégénéré de la vertu de nos ancêtres ; quand elle apprendra que nous avons été les ennemis de la croix de Jésus-Christ au lieu d'être ses disciples ; quand elle lira la malheureuse histoire de notre vie molle et souvent antichrétienne.
Ah, mes frères, que les exhortations de notre divin sauveur se présentent sans cesse à notre esprit. Toute la vie de Jésus-Christ fut une continuelle instruction : il enseignait sur les montagnes, il enseignait dans les déserts, il enseignait dans les villes, il enseignait dans les temples. Heureux ceux qui écoutèrent et qui pratiquèrent sa sainte loi : heureux nous-mêmes, mes frères, si nous l'écoutons et si nous la pratiquons. Beati qui audiunt verbum Dei et custodiunt illud. Nous serons d'autant plus heureux que la culture de l'instruction de Jésus-Christ est souvent fort négligée. On nous prêche, on nous exhorte et le torrent de la coutume nous emporte, et nous ne retirons des prédications que le terrible malheur d'être plus coupable. Cependant l'homme peut-il être insensible à une parole toute puissante qui forma la terre et les cieux dixit et facta sunt, à une parole dont la force renversa les idoles, rendit la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds et la vie aux morts, à une parole dont la vertu changea les cœurs, et fit triompher la croix sur les ruines du paganisme.
Si les vents et la mer obéissent à la voix de Jésus-Christ, comment pouvons-nous lui résister ? Ne suffit-il pas qu'il nous recommande de donner le bon exemple à nos frères, pour que nous fassions tous nos efforts pour remplir un précepte si important ? Il n'y en a pas de plus absolu, de plus formel que celui qui nous fait le devoir d'édifier notre prochain par notre bonne conduite. Il a chargé chacun de nous en particulier de travailler au salut de nos frères : mandavit Deus unicuique de proximo suo. Notre vie doit être une lumière qui brille, qui soit un témoignage authentique et solennel de notre foi : sic luceat lux vestra ; d'une foi vive et agissante fides sine operibus et que serait la religion si, concentrée dans nos cœurs, elle ne s'annonçait par aucune marque et par aucun symbole extérieur. On doit confesser extérieurement, ce qu'on croit intérieurement. Corde creditur ad justitiam ore autem confessio fit ad salutem. Et notre divin législateur nous y oblige non seulement par ce qu'il a enseigné mais encore parce qu'il l'a pratiqué. Sec. verit.
Nous n'avons qu'à suivre Jésus-Christ depuis son berceau jusqu'à son tombeau, qu'à rassembler toutes les circonstances de sa vie, pour reconnaître qu'il nous a prêché le bon exemple tant par ses œuvres que par ses paroles. A peine est-il né qu'il donne des marques d'obéissance et de soumission, qu'il fuit en Egypte, qu'il se soumet entièrement à la volonté de ses parents : erat subditus illis. On n'aperçoit dans ses démarches ni caprice ni orgueil ; on ne découvre dans toute sa conduite que sagesse et bonté ; il ne fait pas un seul pas qui n'entre dans les desseins de la rédemption, bene omnia fecit. En vain on veut le trouver coupable, ses plus grands ennemis sont forcés d'admirer sa sainteté et Pilate lui-même ne peut s'empêcher de déclarer au moment où il le condamne, qu'il ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Nullam invenio in eo causam.
La vie de Jésus-Christ est la réunion de tous les exemples les plus propres à exciter la foi et à nourrir la piété. Il ne marche sur la terre que pour y laisser des marques de sa puissance et de sa commisération ; pour laisser échapper des rayons de lumière qui convertissent, et pour communiquer aux malades une vertu qui les guérit. Il ne se trouve au milieu des docteurs que pour les instruire, et au milieu de ses disciples que pour édifier et leur apprendre par la sainteté de sa science et de sa mœurs qu'il est vraiment le fils de Dieu. Il ne pardonne que pour nous donner l'exemple de la charité, il ne se laisse approcher des pécheurs que pour donner des preuves de sa miséricorde et de sa longanimité ; il ne s'humilie que pour nous apprendre à nous humilier nous-mêmes, il ne chasse les profanateurs du temple que pour nous montrer le zèle et le respect que nous devons avoir pour la maison de Dieu. Zelus Domus tuae comedit me.
Ses chrétiens dit St Aug. n'ont pas besoin d'aller chercher dans les autorités reculées des modèles de vertu. Jésus-Christ en législateur qui le premier se soumet à la loi. On le voit huit jours après sa naissance endurer les douleurs de la circoncision, et commencer à verser son sang pour la rédemption du monde. On le voit huit jours après se présenter au temple, et s'offrir à Dieu son Père, comme une victime innocente qui se dévoue à la mort : il paraît à Jérusalem lorsque les fêtes y rassemblent les Juifs ; il fait la Pâque avec ses disciples quand l'heure en est arrivée. Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum. Quel exemple pour nous, mes frères, et que nous sommes éloignés de l'imiter ! Est ce un Dieu qui se soumet à tant de devoirs et à tant d'humiliations ? Oui, mes frères, c'est un Dieu qui a pris la forme d'esclave formam servi accipiens. Un Dieu qui ne s'est revêtu de la chair de l'homme que pour obéir et souffrir : un Dieu qui cache l'éclat de sa divinité sous le voile de l'humilité exinanivit semetipsum. Et pourquoi cela ? Pourquoi, mes frères ? Pour nous servir de modèle exemplum dedi vobis : et pour nous engager à faire pour nos frères ce qu'il a fait pour nous : ut quemadmodum ego feci ita et vos faciatis.
Car c'était peu pour Jésus-Christ d'exhorter les martyrs par sa parole, il voulait les fortifier par son exemple. Parum erat Dominum hortari Verbo, nisi formaret exemplo. Puisse-t-il être comparé à une grande montagne sur laquelle le fils de Dieu s'est fait voir à tous les hommes, comme un tableau vivant des vertus les plus sublimes. C'est sur cette montagne que toutes les nations l'ont aperçu faire la fonction de sauveur, se dépouiller de sa gloire pour nous revêtir de son immortalité ; souffrir toutes sortes d'opprobres pour effacer nos péchés ; endurer la faim et la soif pour nous communiquer le pain des anges, passer les nuits en prière pour réconcilier le ciel et la terre. N'est-ce pas là le grand et magnifique spectacle annoncé par les prophètes : praedicatum est gentibus : ce spectacle qui fait sortir du sein même de la corruption une multitude de saints qui tous reconnaissent Jésus-Christ pour leur modèle et leur chef ! En effet, examinons le courage des martyrs, ce courage qui leur fit braver les roues et les échafauds. Examinons la pénitence austère et rigoureuse des solitaires, le zèle des confesseurs qui se consumèrent pour le salut de leurs frères, et qui passèrent leurs jours à instruire et à édifier. Examinons la pureté des vierges qui ne connurent d'autres plaisirs que ceux du ciel ; partout nous trouverons ces personnages vénérables qui ne furent que les imitateurs de Jésus-Christ.
Je vous le demande, mes frères, où sont les religions qui peuvent comme la nôtre se vanter d'avoir dans leur auteur, l'exemple de ce qu'on doit pratiquer. Il n'appartenait qu'au christianisme d'avoir une telle gloire et un tel bonheur. Les cieux s'ouvrent, et le fils de Dieu descend, non pour être servi, mais pour servir lui-même : non pour commander avec empire mais pour persuader avec bonté ; non pour mépriser les hommes, mais pour être méprisé factus sum opprobrium hominum et abjectio plebis : non pour vivre dans l'inaction mais pour travailler sans relâche : in laboribus a juventute mea. Il descend des cieux non pour occuper les palais de la terre ; mais pour n'avoir pas où reposer sa tête : filius hominis non habet ubi caput reclinet : non pour vivre dans les délices, non pour se soustraire à ses persécuteurs, mais pour se soumettre à la mort de la croix : factus est obediens usque ad mortem.
Je sens, mes frères, que je diminue le prix inestimable des grands exemples que Jésus-Christ nous a laissés, mais quel est l'homme qui pourra dignement raconter les merveilles de l'homme Dieu : quis enarrabit poterit ! Nous n'avons de mérite que ceux qu'il nous donne ; de charité que celle qu'il répand dans notre cœur ; de lumière que celle dont il éclaire notre esprit. Tantôt il nous appelle sur le Thabor et tantôt sur le Calvaire. Tous les endroits qu'il a parcourus ne doivent jamais s'effacer de notre mémoire parce que c'est là qu'il laissa tantôt ses larmes, tantôt son sang pour nous sanctifier et pour nous apprendre à aimer les souffrances, les humiliations et a préféré la croix aux folles joies du siècle. Mais nous nous contentons d'envisager les œuvres de Jésus-Christ comme un spectacle, sans nous mettre en peine de les retracer dans nos mœurs. Nous sommes saisis d'admiration pour les actions de Jésus-Christ, mais nous ne saurions nous résoudre à les imiter.
Cependant que de bien ne ferions-nous pas en imitant Jésus-Christ, et en édifiant nos frères par nos bons exemples. Celui qui scandalise ses frères imprime au cœur de l'Eglise une plaie profonde, rend notre ministère stérile et infructueux ; porte le trouble et la désolation dans les membres de Jésus-Christ ; couvre de deuil les places publiques de la cité sainte, et disperse çà et là les pierres abattues de son sanctuaire. Mais par nos bons exemples nous essuyons les larmes de l'Eglise éplorée qui gémit sur la mort de ses enfants Rachel plorans filios suos.
Pères et mères, vous tremblez à la vue de la corruption qui règne dans le monde, et je partage moi-même vos craintes et vos alarmes. N'ayant pour but que votre salut et celui de vos enfants, vous appréhendez sans doute que la contagion funeste qui circule dans toutes les classes de la société n'ait le malheur de les atteindre et de les faire mourir à la foi de leurs pères. Mais rassurez-vous, vos bons exemples et votre conduite édifiante seront pour eux une barrière insurmontable contre le torrent de l'impiété. Le bon exemple a des effets prodigieux ; il corrige les pécheurs et fortifie les justes. C'est aux bons exemples de Monique sa mère, et d'Alypius son ami, qu'est due en partie la conversion de St Augustin. Douze pauvres pécheurs font ce que tous les philosophes d'Athènes et de Rome n'avaient pu exécuter par la subtilité de leur esprit et la force de leur éloquence. Ils convertissent l'univers : et comment cela, mes frères ? en corroborant par leurs bons exemples et la sainteté de leur vie, la vérité de leur doctrine et la morale de leur prédication. O bon exemple ! que tu as de force et d'empire sur les cœurs des chrétiens !
Contribuons donc de tout notre pouvoir à le propager dans le monde. La croix, ce symbole du bon exemple, s'est élevée au milieu de l'univers que pour engendrer des chrétiens et nous prêcher les devoirs du christianisme : et il sera toujours vrai de dire qu'on ne peut être véritable enfant de la croix de Jésus-Christ, qu'en imitant ses exemples, en édifiant ses frères comme il les édifia lui-même. Exemplum dedi vobis Toutes les œuvres de Jésus-Christ doivent être retracées dans notre conduite et nos mœurs. S'il souffre, c'est pour nous enseigner la manière de sanctifier nos souffrances ; s'il jeûne, c'est pour nous apprendre comment nous devons jeûner, s'il nous recommande de laver les pieds les uns des autres, comme il le fit aux de ses disciples, c'est pour nous engager à être humbles et charitables envers nos semblables.
Exemplum dedi vobis ut quemadmodum ego feci, ita et vos faciatis. Pourrions-nous refuser d'imiter la conduite d'un Dieu ? Oserions-nous par notre conduite anéantir l'œuvre de la rédemption ? Oserions-nous concourir à perdre l'âme de notre frère, qui a coûté le sang de Jésus-Christ ? Non, non, mes frères, nous les édifierons par nos bons exemples Parate vias domini : Nous répandrons partout la bonne odeur de Jésus-Christ : nous ranimerons la foi de nos frères ; nous serons l'instrument du salut de plusieurs chrétiens, nous glorifierons le Père céleste, et travaillerons conjointement à mériter la bienheureuse immortalité.
Heureuses ces âmes sublimes qui par leurs bons exemples contribuent à la gloire de Dieu, et qui ne paraissent dans le monde que pour soulager ses douleurs !