Petitis, et non accipitis

Discours sur la prière

Petitis, et non accipitis, eo quod male petatis.
(Vous Priez, et vous n'êtes point exaucés, parce que vos Prières n'ont point les conditions requises. — Jac. 4.3.)

St Augustin parlant des anciens Pères du Désert et faisant le dénombrement de leurs sublimes vertus, remarque qu'ils employaient le temps à s'entretenir avec leur Dieu et à lui offrir l'hommage d'une Prière qui sortait d'un cœur Pur et sans tache. Et St Jean Chrysost. rempli pour eux de la plus grande vénération, rapporte qu'ils établissaient leurs demeures dans les Déserts et sur les montagnes, et là ils s'occupaient continuellement à communiquer avec sa divine majesté, à la louer à la bénir et surtout à lui demander l'accomplissement de sa volonté, l'acquisition des vertus qui font le parfait chrétien, la charité l'humilité, la patience, la chasteté l'esprit d'obéissance et de mortification et enfin la victoire sur toutes leurs Passions. St Bonaventure raconte de St François, que cet homme séraphique, se voyant considérant comme pèlerin et étranger dans ce monde, et prévenu par la force de l'amour divin insensible aux affections de la terre et de toutes les choses créées, priait avec une humilité une assiduité, et une affection si grande, qu'il consacrait à cette divine action non seulement son corps et son âme, mais il y rapportait encore tout son temps et toutes ses œuvres. Tous ces saints étaient persuadés qu'une Prière bien faite opère intérieurement dans nos âmes, ce que le soleil opère extérieurement dans le monde. En sorte que comme le soleil illumine échauffe, réjouit et vivifie de même la Prière nous éclaire, en versant dans notre intelligence des torrents de lumière, elle échauffe nos volontés, réjouit nos cœurs, et vivifie nos âmes Par les grâces qu'elle nous Pour d'Dieu. La Prière est la racine de tous les biens et la mère de toutes les vertus ; elle les Porte dans son sein, elle les nourrit, elle les élève, elle les conduit à leur Perfection et adoucit toutes nos Peines. D'où vient donc que nos Prières n'ont point cette efficace la raison en est bien claire : Nous ne demandons Point dans l'état qu'il faut, comme les anciens Pères du Désert : male petitis. Nous ne demandons Pas ce qu'il faut : male petitis ; Nous ne demandons Pas de la manière qu'il faut, male petitis.

Pour être exaucés favorablement dans nos prières, il faut être en état de grâce, ou dans un désir sincère de s'y remettre. Par conséquent un pécheur qui ne sent point en lui-même aucun désir de sa conversion, qui conserve de criminelles habitudes, qui persévère dans ses désordres et qui veut y persévérer un pécheur qui au lieu de retourner à Dieu par la pénitence, s'en éloigne continuellement Par son endurcissement dans le crime, ne saurait Prier avec autant de fruit qu'une âme juste et pure devant Dieu. Deus Peccatores non audit. Cette disposition criminelle est un obstacle essentiel à l'efficacité de nos Prières. En effet, nos Passions, nos mauvais désirs, nos mauvaises habitudes, nos péchés forment un nuage épais qui empêche que nos Prières ne s'élèvent Jusque au ciel et ne montent Jusqu'au trône de Dieu. Opposuisti nubem tibi ne transeat oratio. Comment Pouvez-vous espérer d'attendre pour la Prière le cœur de votre Dieu, tandis que le vôtre est endurci dans le crime ; de fléchir sa justice, pendant que vous êtes vous-même inflexibles à sa grâce ? Comment osons-nous lui demander ses faveurs et ses bienfaits, tandis que nous ne méritons que des anathèmes et des supplices ? OUI ! MES FRÈRES ! nous osons demander à Dieu des grâces dans le même temps que nous armons ses mains pour nous Préparer des feux et des tourments.

Dans l'oraison que nous lui adressons tous les jours, nous osons prendre l'aimable qualité de ses enfants, lorsqu'au fond du cœur nous voulons encore Porter celle de ses ennemis ? Nous osons l'appeler NOTRE PERE, tandis que nous nourrissons dans notre cœur l'abominable dessein d'être ses parricides ? Nous osons lui dire QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIE, lorsque nous le profanons continuellement ; lui demander QUE SON ROYAUME NOUS ARRIVE, lorsque nous ne voulons point qu'il domine sur nos cœurs, et que nous ne reconnaissons d'autre empire que celui de nos passions volumus hunc regnare super nos. Nous lui disons que VOTRE VOLONTE SOIT FAITE, lorsque pour suivre nos mauvais Penchants nous méprisons et ses conseils et ses Préceptes ! Nous osons demander à ce Père céleste le PAIN de l'EUCHARISTIE tandis qu'il nous faut toutes les menaces et les foudres de l'Eglise pour nous obliger à nous en approcher une fois l'année ! Nous le Prions DE NOUS PARDONNER comme nous pardonnons aux autres, et nous nourrissons en nous un esprit de haine et de vengeance ! Nous lui demandons la délivrance des tentations, et cependant nous recherchons toutes les occasions qui nous sollicitent au péché ! Quelle contradiction monstrueuse entre nos demandes et nos désirs, nos Prières et notre conduite !

Accordons-nous donc avec nous-mêmes, et mettons-nous dans l'état qu'il faut pour obtenir de Dieu ses grâces et ses faveurs. SECONDO que nous ne demandons Point ce qu'il faut : Quel doit être le sujet Principal de nos Prières. Nous ne devrions sans doute demander au Seigneur que des choses saintes et dignes de lui : la sanctification de son nom, l'avènement de son règne, l'accomplissement de sa volonté, ainsi que Jésus-Christ nous l'a prescrit. La victoire de nos Passions, la Pureté des mœurs, l'humilité la foi, l'amour de Dieu et du prochain, mais surtout une bonne mort, et tout ce qui sert à sanctifier l'âme et à lui Procurer le salut éternel. Quoique nous sommes éloignés de ces saintes dispositions ! Bien loin de demander à Dieu que des choses nécessaires ou profitables à notre salut, nous lui demandons tous les jours des choses Préjudiciables ou inutiles. OUI, nous demandons tous les jours à Dieu des choses préjudiciables à notre salut. Nous ne sommes point, il est vrai assez impies, Pour adresser à Dieu cette Prière : Seigneur accorder-moi l'accomplissement de tous mes désirs les plus sensuels, le succès de toutes mes entreprises les plus criminelles. NON : nous savons mieux colorer nos prières. Mais si nous nous trompons nous-mêmes dans nos arrières-pensées, de gloire, d'honneurs, de fortune, de réputation ; ne pourrions nous tromper Dieu qui Pénètre nos intentions les plus secrètes. Dieu, qui est si saint, si équitable Pourrait-il être le fauteur de nos vices et de nos défauts ? NON, c'est cependant sur ce Pied que vous agissez avec lui, lorsque vous lui adressez certaines Prières. Heureux encore que le Seigneur dans l'intérêt de notre salut éternel, se rende inflexible à des Prières de cette nature ! Car enfin, qu'en serait-il quand lorsque nous demandons à Dieu ce qui flatte nos Passions et notre amour Propre, il nous accorderait ce que nous lui demandons ? Ne serait ce pas là le plus rigoureux Jugement et la plus terrible vengeance qu'il put jamais exercer sur nous ? Voyez quel fut le succès de la Prière des Hébreux dans le Désert. Nourris chaque jour d'une manne délicieuse qui tombait du ciel tous les matins, ils se dégouttent d'un aliment si léger et si agréable ; ils demandent à Dieu des viandes plus solides. Ils sont exaucés, Dieu leur en donne. Bientôt des nuées d'oiseaux dit l'Ecriture, sont Portées par les vents, comme des nuées de poussière, et viennent fondre entre leurs mains. Mais tandis qu'ils goûtent avec plaisir ce qu'ils avaient tant souhaité. Ces viandes deviennent comme du poison dans eux, Et la mort fait un si terrible ravage Parmi ce peuple, qu'en Peu de temps tous ces tristes Déserts ne furent remplis que de cadavres. Ainsi en arrive-t-il tous les jours à tant de chrétiens que Dieu exauce selon les désirs insensés de leurs cœurs. Ils croient demander à Dieu du Pain, et infortunés ils lui demandent un serpent qui les consume et les dévore.

MAIS SI NOUS ne demandons pas toujours des choses Préjudiciables à notre salut, du moins en demandons nous de très inutiles ; tels sont les biens Purement temporels qu'on demande sans aucun rapport au salut. Je n'ai garde de condamner ceux qui les demandent. David a demandé la fin des Persécutions qu'il souffrait. Marthe et Magdeleine ont prié pour la convalescence de leur frère ; la mère des enfants de Zébédée a demandé pour eux des honneurs. MARIE même, la plus sainte de toutes les créatures, a demandé un miracle à Jésus-Christ son fils, Pour un besoin temporel. Je ne désapprouve donc Pas ceux qui demandent à Dieu les biens de cette vie, des consolations Passagères la guérison d'une maladie, le gain d'un procès, le profit d'un négoce un établissement avantageux, les avantages de la fortune, le repos, la prospérité. Non, je ne condamne Pas ces personnes. Mais demander à Dieu ces grâces temporelles par Préférence au salut, et sans aucune vue de son salut, c'est ne lui demander que des choses inutiles, et le mettre en droit de nous refuser l'effet de nos demandes. Le Dieu que nous adorons, dit St Basile est un roi d'une Puissance sans borne et qui possède un fonds inépuisable. Son Plus grand Plaisir est d'être libéral et magnifique dans ses Dons ; et comme il est grand en lui-même, il veut paraître grand en tout, grand dans les bienfaits qu'il répand sur ses enfants grand dans les châtiments dont il frappe les Pécheurs. Jugez par là combien doivent lui déplaire des Prières qui n'ont Pour objet que des choses basses et viles dans son estime. Elargissons donc notre cœur, Détachons le de la terre, et adressons à Dieu des demandes dignes de sa grandeur, de sa libéralité, et de sa munificence.

Cependant, avouons le, mes frères, combien de fois n'avons-nous Pas demandé les biens temporels de nos corps, de préférence aux biens spirituels de nos âmes ? Nous invoquons les Saints ; mais Pourquoi ? Pour être guéris d'une maladie, et non Pour être délivrés d'une tentation ; Pour être Plus heureux, Plus opulents, et non Pour recouvrer la grâce de Dieu, ni pour réussir dans l'affaire importante de notre salut. Nos prières étaient stériles, si nous sommes affligés de calamités publiques, si nous sommes menacés d'une famine ou d'une contagion, s'il règne une mortalité Parmi nous, on nous voit courir en foule au temple du Dieu vivant. Processions, bénédictions, sacrifices, Pèlerinages Prières de l'Eglise, soupirs, larmes, gémissements, tout est employé Pour toucher Dieu et le fléchir. Mais s'agit-il d'un libertinage qui déshonore le christianisme et qui déshonore l'Eglise ; s'agit-il d'un de Notre Jugement irrévocable, une peine éternelle, un enfer dont nous sommes menacés, nous vivons en paix, sans inquiétude dans la plus grande indolence. faut-il s'étonner après cela si Dieu ne nous écoute Pas quand nous demandons des choses qui ne sont rien devant lui ? Jusqu'ici vous ne m'avez rien demandé, dit Jésus-Christ à ses Apôtres, quoique ils lui eussent déjà demandé la multiplication des pains, et les Premières Places dans son royaume Pour nous apprendre dit St Aug. que ce n'est rien demander à Dieu que de lui demander des avantages humains, des biens temporels et Périssables. Voulons-nous rendre désormais nos prières plus efficaces ? Suivons la règle prescrite par Jésus-Christ lui-même. Chercher et demander en Premier lieu le royaume de Dieu et sa justice ; demandez ensuite les biens temporels avec une Parfaite indifférence et une Pleine soumission à la divine volonté ; autrement le fils de Dieu vous répondra comme il répondit aux enfants de Zébédée nescitis quid petatis : vous ne savez, mes enfants, ce que vous demandez. Les eaux coulent sur les montagnes et n'y séjournent pas : elles descendent dans les vallons : ainsi l'eau de la grâce ne saurait séjourner dans l'âme orgueilleuse elle descend dans l'âme humble. On demandait un jour à un St. quelle était la 1ère des vertus ; il répondit l'humilité ; la 2de ... l'hu... la 3e ... l'hu... une âme humble possède toutes les autres vertus. superbia odibilis Deo et hominibus Discite a me quia humilis sum corde ... humili spiritu salvabit. Quicumque humiliat se, sicut parvulus iste, hic est major in regno caelorum. Punition de l'orgueil Nabuchodonosor, le mauvais Ange. Récompense de l'humilité. La Ste Vierge mère de Jésus-Christ : à cause de son humilité. respexit humilitatem ancillae suae. Qu'est-ce que nous dit St Paul si puissant, si fort, si courageux sans humilité. Libenter gloriabor in infirmitatibus meis.

L'Apôtre St Jacques nous apprend qu'un des motifs Pour lesquels nous ne sommes pas exaucés c'est que nous prions mal petitis et non accipitis, eo quod male petatis. La Première Disposition que l'esprit saint demande dans une Prière, c'est l'humilité. Oratio humiliantis se nubes penetrabit. Pour entrer dans cette Disposition, représentons-nous d'un côté la grandeur, la Puissance, l'infinie majesté du Dieu que nous Prions, et de l'autre notre misère, notre indignité, notre Profond néant. Cette double vue nous tiendra anéantis et animés de respect en la présence de notre Dieu. C'est ainsi que Priaient les Saints, entre autres le séraphique St François : Ce saint Passait les nuits avec ces seules Paroles qui lui servaient d'une ample matière d'oraison. QUI ETES VOUS SEIGNEUR, ET QUI SUIS-JE MOI-MEME ? Que vous êtes grand, et que je suis peu de chose ! Vous êtes le créateur de l'univers, et je ne suis qu'une chétive créature ; vous êtes tout, et je ne suis rien. De quoi s'écriait Abraham moi que je ne suis qu'un peu de cendre et de Poussière, je serai assez hardi, assez téméraire, Pour parler à ce grand Roi. Je le ferai Puisqu'il me le commande, mais ce sera avec de Profonds sentiments de mon néant et de mon indignité. Loquar ad Dominum meum, cum sim Pulvis et cinis. Si des milliers d'anges sont Prosternés devant la face de Dieu Pour l'adorer, Pour s'anéantir devant lui avec quel respect, quelle humilité de misérables Pécheurs comme nous, doivent ils se Présenter devant la majesté de notre Dieu, Pour lui exposer les plaies et les besoins de leurs âmes ! Pour que cette humilité de cœur rende notre Prière efficace, il faut aussi la faire accompagner de l'humilité extérieure. La Posture humiliante a tant de force Pour obtenir de Dieu ce que l'on demande, qu'elle a toujours été Pratiquée Par ceux qui ont voulu être exaucés : tels que Moïse, Josué, David et Plusieurs autres. Achab cet insigne pécheur, que Dieu avait fait menacer Par Elie de sa Plus terrible vengeance, Achab s'humilie devant Dieu, il Déchire ses vêtements Pour marquer sa Douleur il se couvre d'un sac et d'un cilice, et dans cet état, il Prie le Seigneur de lui faire miséricorde, et le Seigneur est Désarmé. Le Publicain qui était un Pécheur Public et scandaleux, Prie ; il se Prosterne au bas du temple, il n'ose lever les yeux vers le ciel ; il Pleure, il gémit, il se frappe la Poitrine, il avoue son crime, il demande et obtient miséricorde. Jésus-Christ lui-même Dans ses Prières nous donne l'exemple du respect extérieur qui doit accompagner les nôtres. Il Prie, à terre, des larmes dans une Posture humiliante pour apaiser la colère de son Père. Irrité contre les hommes ; les hommes sont Pardonnés, la colère du Seigneur est fléchie. Voilà des exemples qui nous font sentir combien il est important que nos Prières soient faites avec une Parfaite humilité. Quoniam Deus superbis resistit, humilibus autem dat gratiam.

Nous devons en second lieu prier avec confiance, c'est une des conditions nécessaires pour l'efficacité de notre Prière Postulet in fide. Celui qui veut être exaucé Doit demander avec foi. Quoique vous demandiez dans la Prière dit Jésus-Christ, croyez que vous l'obtiendrez et il vous sera accordé. En effet on obtient tout d'un Père que l'on Prie avec la confiance d'un enfant, parce qu'alors c'est l'amour qui Prie. Et qui ne pourrait nous pas obtenir d'un Père aussi bon, aussi tendre, aussi généreux que Dieu l'est à notre égard. Il connaît tous nos besoins il voit Jusqu'aux moindres désirs de notre cœur ; il Peut nous enrichir sans s'appauvrir ni sans diminuer le trésor de sa grâce. Il est plein de bonté et de tendresse Pour nous, il nous invite à recourir à lui, et nous Promet ses grâces et son secours. Que sera quand il se verra pressé, sollicité Par nos Prières pleines d'humilité, de confiance, et d'amour Pour lui ? Il ouvrira son sein, il nous tendra les bras, il fera Descendre sur nous toutes ses bénédictions. En faut-il davantage Pour nous engager désormais à Prier avec les sentiments de la Plus vive confiance.

POUR BIEN PRIER, il faut Prier avec un esprit attentif et un cœur plein d'affection. La Prière demande Plus de cœur que de langue, Plus de larmes et de gémissements que de Paroles : heureux qui ne sait rien Dire à son Dieu, mais qui sait gémir, Pleurer, répandre son cœur en sa Présence. Cependant est-il de Désordre plus commun que le Défaut d'attention Dans nos Prières. A Peine commençons-nous de nous unir à Dieu Par la Prière, que mille distractions volontaires, mille Pensées vaines, mille désirs Profanes viennent nous en Distraire. Nous demeurons chaque jour un assez long-temps aux Pieds des Autels Tantôt Pour entendre la sainte messe, tantôt Pour assister aux offices Divins, tantôt Pour visiter le saint Sacrement, mais où est notre esprit, où est notre cœur ? Nous faisons régulièrement notre Prière tous les matins et tous les soirs, mais tandis que notre bouche offre à Dieu le bruit confus de vos lèvres, votre cœur s'occupera Peut-être de son commerce, de ces conversations vaines, d'une Personne qu'il aime, d'une Perte qu'il a souffert. Ce cœur malheureux ne Porte-t-il Pas toujours ailleurs le tribut de ses affections et de son amour ? Peuple infortuné, s'écrie le Seigneur par son Prophète ; quoi ! tu Prétends m'honorer par le bruit confus de tes lèvres, tandis que ton cœur et ton esprit sont éloignés de moi Par la distraction. Populus hic labiis me honorat.

Si Dieu ne nous exauce Pas dès le Premier moment que nous avons recours à lui, c'est que par l'épreuve de notre Patience et Par l'exercice de notre vertu, il nous prépare de plus grandes grâces. Si Dieu diffère de nous accorder ses grâces, c'est afin de les faire estimer davantage ; car l'on estime Peu ce que l'on acquiert facilement ; c'est aussi afin d'enflammer nos désirs, et de les rendre véhéments et continuels. L'exemple de la Cananéenne nous Prouve admirablement cette vérité. Cette femme s'adresse à Jésus-Christ Pour obtenir la guérison de sa fille. Seigneur, lui dit elle, ayez Pitié de moi, ma fille est misérablement tourmentée par le démon. Le sauveur ne lui Donne aucune réponse. Les Apôtres s'intéressent pour cette pauvre femme mais le sauveur leur répond qu'il n'est point envoyé Pour elle. Cesse-t-elle, malgré cette réponse de Prier, de solliciter, de Presser ? NON, MES FRÈRES, non la résistance de Jésus-Christ augmente sa Persévérance ; elle s'approche de Jésus-Christ ; elle se Jette à ses Pieds, elle l'adore, et le conjure avec larmes de ne Pas l'abandonner. Seigneur, lui dit elle, assister moi. Jésus-Christ la traite avec un rebutant mépris, et lui Dit qu'il n'est Pas raisonnable d'ôter le Pain des enfants pour le Donner aux chiens. Mais admirons son courage et sa foi. Elle trouve Dans cette comparaison humiliante de quoi gagner sa cause. Vous avez raison Seigneur, dit elle : Etiam Domine. Mais les chiens se nourrissent des miettes qui tombent de la table de leur maître. Alors sa Persévérance triomphant Pour ainsi Dire de la résistance de Jésus-Christ, Jésus-Christ lui répondit ravi d'admiration. O femme, votre foi est grande qu'il vous soit fait selon son votre Désir !! Et sa fille fut guérie à l'heure même. O charité de mon Dieu que vous êtes admirable et adorable dans vos Dissimulations et dans vos refus ! Ne désespérez donc point, âme chrétienne, qui avez commencé à lutter avec votre Dieu dans la Prière, car il aime que vous lui fassiez violence. Il se Plait à être désarmé par ses enfants. Vous avez prié deux fois, trois fois, six fois sans être exaucé Ne vous lassez point de Prier Pour cela : sine intermissione orate. Ce qui ne vous est point accordé aujourd'hui, vous le sera demain. Si Dieu vous le refuse cette année cette semaine, il ne vous le refusera pas la semaine, l'année suivante ; s'il vous le refuse Dans le temps, il vous l'accordera Dans l'éternité bienheureuse.

Telles sont les qualités qui Doivent animer nos Prières si nous voulons être exaucés. Si quelqu'un de vous est triste, dit l'apôtre St Jacques, s'il vit dans les sécheresses et dans la privation des grâces sensibles qu'il Prie, qu'il réclame avec humilité la Protection du ciel, qu'il élève avec confiance les yeux vers les saintes montagnes d'où lui viendra le secours Dont il a besoin. qu'il invoque le Père céleste Dans un esprit d'adoption et d'amour. C'est Dans une Prière humble et Persévérante qu'il trouvera des forces et des armes Pour vaincre ses ennemis. A l'aide de la Prière, son ardeur et son courage redoubleront aux approches du combat et le ciel couronnera bientôt sa victoire le calme succédera à la tempête, la Joie au dégoût et à l'ennui. Et il pourra dire avec le Prophète : Seigneur, la verge de votre Justice a fait ma consolation et mon bonheur. Du fond de l'abîme de nos misères Poussons des cris vers le Seigneur. Et que demanderons-nous au vrai Dieu ? Consultons ici notre cœur de chrétien. Sera ce des Plaisirs, des honneurs, des richesses. Plaçons plus haut nos Désirs, et adressons à Dieu la Prière d'un grand roi : Unam Petii a Domino hanc requiram. J'ai dit il, Mon Dieu, qu'un seul désir ; et h... h... c'est celui d'être assez heureux pour trouver place en votre maison, pour en goûter les délices, et couler avec vous les Jours de cette longue éternité, qui n'aura Point de fin que vous-même. Celui qui formerait cette Prière eut bien d'autres vœux à former s'il eut suivi le Penchant naturel où l'ambition Porte les rois. Mais toute Joie qui Passe, toute grandeur qui périt, Doit Disparaître à nos yeux à la vue du bonheur éternel.