La durée des siècles n'a rien changé à l'économie du mystère de Jésus-Christ : elle a perpétué dans l'Eglise le même ordre de succession, le même ordre de hiérarchie qui existait du temps de l'apôtre St Paul. Le prêtre est encore aujourd'hui choisi entre les hommes ; il est chargé de la médiation entre Dieu et les hommes ; et d'offrir des dons et des sacrifices pour réconcilier le ciel avec la terre.
Omnis Pontifex ex hominibus assumptus etc.
D'après l'idée que nous nous faisons du Sacerdoce si nous voulons trouver le prêtre partout où il y a du bien faire. Nous voulons surtout que, renfermé dans les lois de son ministère, et caché dans le secret du Sanctuaire il s'y livre sans réserve à l'exercice de ses fonctions saint et Divine. Et en cela, Mes frères, nous avons raison. Cette vie de retraite et de prières est suivant St Paul le blason du sacerdoce : ut offerat dona et sacrificia. Tandis que la société est livrée à mille et mille agitations, tandis qu'elle est poussée en sens divers par les vents de l'orient, de l'occident, du midi, du septentrion, le prêtre se cache sous la voûte du sanctuaire. Revêtu de l'éphod, il monte à l'autel et forme les vœux les plus ardents pour que Dieu soit glorifié dans tous les cœurs. Gratias agamus Domino Deo nostro, et il désire que les hommes de bonne volonté jouissent d'une paix profonde et sans mélange : Pax hominibus bonae voluntatis. Oubliant qu'il est sur la terre, il veut aussi le faire oublier aux chrétiens en les tirant de la terre vers le ciel et leur esprit et leur cœur. Sursum corda. Et de ce lieu élevé, il doit avec indifférence les intérêts de la terre se débattre à ses pieds. Voilà notre mission, voilà l'esprit du sacerdoce. Aussi le grand apôtre l'a très bien compris lorsqu'il assigne au prêtre sa véritable place. Il le conduit aux pieds de l'autel, et là il lui recommande d'éclairer le monde par la prédication de l'Evangile, de bénir, d'offrir des sacrifices pour réconcilier le ciel avec la terre la créature avec le créateur, et de remplir les devoirs d'un véritable pasteur ; et à ces titres, le sacerdoce mérite votre respect et votre reconnaissance.
Tout est divin dans les fonctions d'un culte que le fils de Dieu est venu en personne établir sur la terre ; tout est divin dans l'exercice d'un ministère dont il a voulu être l'auteur et le consommateur, tout est divin dans un sanctuaire où il n'est entré le premier que par l'effusion de son sang, tout est divin dans un sanctuaire où il est le seul Pontife, la seule victime ; mystère que demande toute la puissance, tout l'empire de la divinité. Disparu de dessus la terre, Jésus-Christ n'y exerce plus son sacerdoce d'une manière visible. Mais par l'impression d'un caractère ineffable, et en même temps ineffaçable il communique la vertu de son onction à des vases qu'il choisit, et qu'il revêt de son pouvoir et de son autorité pour le remplacer dans son Eglise. Et nous nous en convaincrons si nous voulons ouvrir les yeux de notre foi, pour examiner les bienfaits inappréciables annexés à l'exercice de leurs fonctions saintes.
En effet, Mes frères, à peine les apôtres ont-ils commencé à prêcher l'Evangile de Jésus-Christ que le voici triompher des efforts de l'enfer. Je vois l'univers laisser rapidement des autels de la volupté et de toutes les passions aux pieds du Dieu des souffrances, des humiliations, de la croix. A la tête de la plus étonnante résolution qui fut jamais, je n'aperçois que douze pauvres pécheurs, sans fortune, sans talents, dénués de tous les secours de l'art. Voilà ceux qui jusque en un instant changent la face du monde. Qu'ont ils donc de si divin sous de si viles apparences ? Voulez vous le savoir ? Mes frères, ils ont le sceau du caractère apostolique, l'empreinte du sacerdoce de Jésus-Christ, le baptême de l'esprit saint. Voilà la source des conversions qu'ils opèrent. Aussi Pierre ne fait qu'ouvrir la bouche, trois mille âmes courent au baptême. Pierre est établi le vicaire de Jésus-Christ, le Pasteur de tout le troupeau, il a reçu la plénitude de l'onction épiscopale. L'abondance de sa moisson répond à sa prééminence. Paul convertit lui seul presque une moitié du monde. Sa grâce si docile si lettrée est le théâtre de ses conquêtes. Il annonce l'Evangile aux sages d'Athènes, aux satrapes de Rome, aux proconsuls et aux rois. A quoi doit-il le succès de ses prédications ? Est ce à ses talents ? Non, dit Paul à son royal sacerdoce. Ecoutons-le lui-même : mes frères, écrit-il aux Corinthiens, en vous prêchant Jésus-Christ je n'ai rien emprunté de l'éloquence humaine ; je ne m'en ai imposé ni par la supériorité du génie ni par le brillant du langage. Paul est le ministre de Jésus-Christ appelé par lui à l'apostolat et préposé à la vocation des Gentils : ce sont là tous ses talents, ce sont là tous ses titres : Paulus vocatus apostolus, segregatus in Evangelium Dei.
Et il n'en faut pas d'autres ; nous n'en avons pour preuve l'exemple des apôtres et cependant leurs prédications ont eu un succès prodigieux. A une culte idolâtrique et barbare, ils font succéder un culte divin et religieux ; à des mœurs sauvages succèdent des mœurs civilisées et polies. Citez moi un lieu qui n'ait point été consacré par les sueurs du Prêtre, par le sang des martyrs ; citez moi un lieu qui ne compte point de saints parmi ses habitants et qui ne le doive nous, si ce n'est au sacerdoce de Jésus-Christ ? Dans le 18ème siècle, après la découverte d'un nouveau monde, qui a porté à ce peuple brut et sauvage la lumière de la raison, qui a adouci ses mœurs, et a rendu ce pays jadis si barbare et si malheureux aujourd'hui un pays de prospérité et de religion ? C'est encore le sacerdoce de Jésus-Christ. Là où le Prêtre catholique n'a pas posé le pied, là règne encore la barbarie, là où il n'a point élevé de ses mains un autel au divin rédempteur du monde, là les gémissements de l'esclavage remplissent encore les airs. N'est ce point en effet le sacerdoce qui a rendu ce service à l'humanité en déployant et en plantant dans tout l'univers, en particulier en France, le signe de la croix remplie d'espérance et de consolation ? N'est il aucun homme sur la terre qui n'ait point ressenti les effets prodigieux des entrailles brûlantes de St Vincent de Paul ? Mais pourquoi chercher des preuves de bienfaits dans le sacerdoce passé ? Jetons un coup d'œil sur le sacerdoce actuel.
Pécheurs qui m'entendez n'êtes vous point aussi étonnés quand vous entendez les foudres de la parole de Dieu gronder sur vos têtes du haut de la chaire évangélique ? N'est ce point elle qui vous enseigne à laisser votre offrande à l'autel pour aller rendre votre cœur à votre frère offensé, à arracher l'œil qui séduit à couper la main qui scandalise, à thésauriser pour le ciel, et à tout perdre pour le salut de votre âme ? Oh !, c'est le sacerdoce qui suscite en vous ces remords salutaires qui des voies de l'iniquité et du malheur vous font entrer dans les voies du salut et du bonheur éternel. Il combat tous les vices, et enseigne toutes les vertus ; Il apprend au jeune homme à se défier des illusions de son âge, et au vieillard à sanctifier les restes d'une vie qui lui échappe.
A peine sommes nous nés que ce royal sacerdoce se charge de procurer notre bonheur. Il nous admet dans le temple du Seigneur, et nous y consacre en qualité d'enfants de Dieu, de membres de Jésus-Christ, de temple de l'Esprit Saint, d'héritiers du royaume céleste, et nous marque du sceau de l'immortalité bienheureuse. Plus tard, lorsque, parvenus à l'usage de la raison, nous nous en sommes servis pour perdre la grâce reçue au baptême, nous trouvons encore le sacerdoce nous présentant de ses propres mains la seconde planche après le naufrage de l'innocence. Par ces paroles de Jésus-Christ : recevez le S. Esprit etc. Tout ce que vous délierez etc. supposez un homme élevé au premier ministère d'un grand état. Le voilà l'arbitre de toutes choses ; les affaires les plus importantes ne se conduisent que par lui, c'est lui qui distribue les faveurs, les récompenses ; c'est lui qui fait les heureux et les malheureux. Qu'un criminel ait sa grâce à obtenir, c'est à ce ministre qu'il s'adresse, et par l'efficace de cette médiation, il est rétabli dans ses droits et dans toutes ses espérances. Jamais le crédit d'Aman n'a pu égaler le sien. Ainsi le sacerdoce a entre les mains l'autorité de Dieu, et s'en sert pour le bonheur des hommes. Quelle merveille ! Le prêtre est établi juge sur la terre, et le maître dans le ciel ratifie toutes les sentences qu'il porte : Quodcumque solveritis in terra, erit solutum et in coelis. Le ciel reçoit de la terre la règle et la forme de la justice qu'il doit suivre. Encore le jugement du prêtre confère la grâce, efface les péchés et convertit les pécheurs en saints. Il est son plénipotentiaire pour conclure cette grande paix qui se traite entre le ciel et la terre, entre Dieu offensé et l'homme pécheur. C'est au prêtre qu'il dit : cet homme m'est pécheur, il m'a outragé : je pourrais le juger moi même mais je m'en rapporte à vous : du moment que vous lui aurez pardonné, toutes les portes du ciel, qui lui étaient fermées, s'ouvriront pour le recevoir.
Les grâces sont les richesses inestimables que le Seigneur des hommes nous a acquise par son sang : le sacerdoce en est le dispensateur, c'est lui qui confère aux âmes leur innocence première ; qui leur partage le Pain de vie pour les nourrir, qui les dirige dans les voies de l'éternité et qui les conduit jusque dans le sein de Dieu.
Tout cela est vrai, me direz vous, mais peu importe ce qu'on veut faire on trouve toujours le sacerdoce, comme un mur d'airain, comme un rempart inexpugnable, qui s'oppose à nos projets et à nos desseins. Mais quels sont ces desseins, quels sont ces projets ? Vous voudriez peut être vous enrichir par des moyens illicites ? Vous voudriez vivre loin de Dieu, loin de la religion ? Vous voudriez mener une vie molle et licencieuse, vous livrer à des plaisirs criminels ? Oh !, Mes frères, le sacerdoce ami de vos intérêts, ne vous laissera point entrer dans une voie si dangereuse pour votre salut. Il s'opposera à vous comme un mur d'airain, ou plutôt il se présentera à vous le crucifix en main pour vous confondre de renoncer à vos projets, et de céder à une instance paternelle.
Mais si l'action du prêtre entrave vos projets en anéantissant le sacerdoce, le prêtre se retire. Qui viendra se placer auprès du berceau de l'enfant pour lui ouvrir le cœur à la vertu, dès qu'il s'ouvrira les yeux à la lumière ? Qui suivra l'homme dans tout le cours de sa vie pour opposer à ses passions le frein salutaire de la loi de Dieu ? Qui s'entiendra dans le réduit du pauvre pour y porter le pain qui nourrit, et la parole qui console ? Qui viendra dans les hôpitaux pour y soutenir les âmes abattues par le dépérissement du corps ? Qui descendra dans les prisons pour y faire entrer l'espérance, en y conduisant le remords et le repentir ? Qui montera sur l'échafaud pour montrer le ciel au malheureux qui quitte la terre ? Qui s'insinuera dans les consciences pour y saisir des secrets funestes qui les torturent et en arracher jusqu'à la racine du vice ? Où trouverez vous une autre source de réconciliation, de réparation, de restitution et de repentir efficace ? D'où vous viendront ces héroïnes chrétiennes qui se font les humbles servantes de toutes vos misères, les modestes précepteurs des enfants pauvres, et qui ne tirent pas même leur vie, ne s'enrichissent jamais assez pour avoir la propriété du vêtement qui les couvre ? Ces sacrifices surhumains, et ces dévouements sublimes sortent de la fréquentation de nos sacrements, comme de leur source, et ils sont les fruits admirables de notre ministère.
Demandez donc, Mes frères, aux ennemis et aux détracteurs du clergé catholique, ce qu'ils ont préparé dans leur sagesse pour mettre à la place des secours inépuisables qu'il prodigue au peuple depuis deux mille ans ?
Le sacerdoce, Mes frères, se retirera du milieu de nous ! Je recule devant cette pensée douloureuse. L'enfance n'entendra plus sa voix, ne recevra plus sa bénédiction. L'autre mourant, vous ne le verrez plus au chevet de votre lit pour vous encourager : vous ne l'auriez plus, âmes justes, pour décharger vos cœurs et vos chagrins dans le sein d'un directeur sage et fidèle ; vous seriez abandonnés à vos propres lumières, à vos propres forces au milieu d'un monde méchant et corrompu. Et d'autres pécheurs au lit de la mort, vous ne courriez plus vous réconcilier avec votre Dieu. Enfin tu pourrais chanter victoire mais vous Eglise de Jésus-Christ resteriez vous de deuil, car ne verriez plus des assis à votre table, ni le sang de Dieu couler sur vos autels.
Car, Mes frères, le prêtre seul a le droit divin de réconcilier le ciel avec la terre par le pouvoir qu'il exerce sur le corps et le sang de Jésus-Christ. Hoc facite in meam commemorationem. Il est revêtu d'un pouvoir que le mal est en état de commander à son souverain ; et son souverain lui rend tous les jours une obéissance la plus prompte et la plus exacte. A la parole du prêtre... la majesté divine vient tous les jours s'humilier dans le sanctuaire et s'y enfermer sous les voiles. O veneranda sacerdotum Dignitas! O Dignité du prêtre que vous êtes grande et vénérable ! Figurez vous un homme d'une religion différente de la nôtre, entré dans le saint temple, voir le peuple fidèle assemblé dans le recueillement et le silence, voir le prêtre revêtu des ornements sacerdotaux, monter à l'autel, isolé, éloigné du Peuple. Après avoir mêlé sa voix à celle des Anges, il entonne ce beau et divin cantique : Sanctus, Sanctus, Sanctus. Saint, saint, saint ; le Seigneur, le Dieu des armées ! Alors le recueillement augmente, le sacrifice se prépare. Où est la victime, où est le glaive ? La victime Mes frères, elle est dans le ciel. La victime est Jésus-Christ. Dans un instant le ciel s'ouvre, Jésus-Christ descend et repose sur l'autel. Son glaive, c'est sa parole. Quel doit être l'étonnement de cet homme que pour la première fois est témoin d'un pareil spectacle ! Quelle idée grande et sublime n'a t il point conçu du prêtre et de ses fonctions saintes ! Et cette dignité dont il est revêtu, c'est pour notre bien, c'est pour notre salut ; et nous n'y pensons pas ! Quelle impression fait sur nos cœurs la vue du Prêtre montant à l'Autel pour faire couler sur nos âmes le sang de l'agneau sans tache ! A vous le, Mes frères, habitués à voir ce touchant spectacle se renouveler sous nos yeux tous les jours et même plusieurs fois par jour, nous avons fini par y être presque insensibles. Malheureuse routine, plus tu opère en moi !!!
Oui Mes frères l'habitude d'être tous les jours témoin des bienfaits que le christianisme répand sur les peuples par le ministère du Prêtre, contribue à en diminuer le prix à nos yeux. Mais transportons-nous en esprit dans ces temps malheureux qui ont précédé l'établissement du sacerdoce de Jésus-Christ ; nous verrons les hommes cheminer dans l'iniquité, comme ils chemineraient dans des sentiers droits ; nous verrons toutes les harmonies de la terre rompues, la vérité vaincue dans les combats qu'elle engageait contre l'erreur : nous verrons le monde plongé dans le désespoir et dans les ténèbres de l'idolatrie.
Le sacerdoce de Jésus-Christ parait : il commence à évangéliser Jérusalem, et à retremper l'univers dans les piscines pures et salutaires du christianisme. Il commence à répandre une lumière éclatante autour des peuples infortunés qui cheminaient dans les ténèbres de l'iniquité, et à faire luire le plus beau jour aux yeux des hommes ensevelis dans l'obscure région de la mort. Le sacerdoce de Jésus-Christ le crucifix à la main, annonce le mystère de Dieu, arrache aux passions les plus ignominieuses, l'homme le plus entêté de leur licence, en faisant la grâce de la nature.
Rappelons nous encore un moment l'admiration qu'il excita par sa céleste doctrine. Tout corrompu qu'était le monde, il vit avec surprise, un corps de doctrine simple et sublime surpassant ce que les sages de tous les siècles ont enseigné de plus conforme au cri de la nature et de la sublime raison. Quelque fut la dépravation des Gentils ils virent avec un saisissement mêlé de respect cet assemblage de toutes les vérités qui règlent et sanctifient les mœurs, sans nul mélange de travers ni de corruption. Dans la morale du christianisme tout conduit à la perfection, au bonheur de l'homme, à la sûreté du bon ordre et des rapports dans la société. L'action des lois humaines se borne à punir et à défendre les crimes grossiers : le christianisme va plus loin, le christianisme de Dieu marche plus direct au bonheur de l'homme, en lui défendant tout ce qui pourrait compromettre la paix et la tranquillité de sa conscience. C'est beaucoup pour vous de proscrire l'inceste et l'adultère, disent St Grégoire de Naziance aux gentils de son temps : pour le chrétien le regard est un crime : vous prescrivez l'amour des Parents et de la Patrie et nous autres nous devons aimer tous les hommes comme nous mêmes sans en excepter nos plus cruels ennemis. Nous devons aimer ceux qui nous font du mal, bénir ceux qui nous persécutent, prier pour ceux qui nous calomnient, baiser la main qui nous frappe. Oui, dit un des plus fameux confesseurs de l'incrédulité, l'Evangile, ce livre divin, le seul nécessaire à un chrétien n'a besoin que d'être médité pour porter dans l'âme l'amour de son auteur, et opérer dans le cœur de l'homme le plus heureux changement.
Si des objets de pratique nous passons aux objets spéculatifs, nous rougirons des fables honteuses du paganisme. Nous le verrons sortir d'un principe pour se jeter dans un autre ; substituant le hasard à la divinité : nous verrons le bel ordre du monde, le cours invariable des astres, l'enchaînement de cette foule de phénomènes qui depuis longtemps, nous ravissent d'une admiration toujours nouvelle, tout enfin devenir l'ouvrage d'un mot... du hasard. Il fallait le sacerdoce de Jésus-Christ pour redresser ces aberrations de l'esprit humain, et à l'égarement substituer les idées grandes et sublimes de la bonté, de la miséricorde, de la puissance de Dieu. Toutes les connaissances de la philosophie ne sont que ténèbres ou vains éclairs en présence des lumières du christianisme.
Un enfant parmi nous dit la première aurore de la raison, un pécheur de Galilée, un artisan de l'arc, une marchande de Bienne parlent plus dignement des attributs divins, que le Portique, et le Lycée que Socrate et Platon. Qui de ces philosophes pourrait répondre à ces questions de la sagesse éternelle ? Où étiez vous quand je dessinais l'édifice de l'univers ? Sur quels bases sortent ses fondements, et qui en a posé la première pierre ? Quelle chaîne invisible arrête les vagues écumantes de la mer ? Quelle région habite la lumière durant la nuit et quelle est pendant le jour la retraite des ténèbres ? Dans quels magasins sont en réserve les frimas et les neiges ? D'où les plantes, si richement diversifiées, perdant chaque année leur fruit, leur verdure, et je dirai même presque leur vie, tirent-elles si régulièrement cet avantage pour l'année suivante ??
Ici la philosophie ancienne et moderne reste sans solution. Le christianisme par l'organe du Prêtre nous montre au doigt la cause de ces merveilles dans la volonté de Dieu, en qui nous vivons et nous agissons : in quo vivimus, movemur et sumus. Aussi aucune époque ne comprit mieux que la nôtre l'excellence et les bienfaits du sacerdoce. Le flambeau de la foi en la main, il nous fait lire à la fois et dans le présent et dans l'avenir. Tout le monde proclame cette vérité au 19ème siècle. Grâce aux nobles idées du christianisme tout le monde admet aujourd'hui que les hommes issus d'une même origine, doués d'une nature identique, sont appelés à une fin commune. Jésus-Christ au prix de son sang nous a formé une Eglise pure, belle et sans tache qui doit nous montrer à tous la voie du salut. Ajoutez à cela l'espérance de l'avenir : l'homme n'est point satisfait de l'état actuel de la société. Tous la regardent comme une simple transition plus ou moins longue, plus ou moins laborieuse. Il n'est personne dont la pensée ne se réfugie dans l'avenir pour chercher le repos moral que lui promet le christianisme. Et il puise tous les jours ces grandes et sublimes espérances dans les sacrements et dans les instructions du Prêtre.
Que nous avons donc sujet de nous féliciter, Mes frères, d'avoir été élevé dans le christianisme sous l'aile tutélaire du sacerdoce, et d'avoir été bercé aux chants d'une religion qui nous donne des ministres, comptables de nos âmes au tribunal, chargés de répandre sur nous les bénédictions du ciel, et de travailler à notre salut, fût-ce même aux dépens de leur vie. Cependant Jésus-Christ en nous chargeant Dieu l'aide redoutable... Aux Anges mêmes, nous laisse tout le fardeau de l'humanité. Et pourquoi rougir d'en faire l'aveu ? Le grand Apôtre le faisait bien pour lui-même dans l'école de son temps. Elevé au faîte de l'apostolat, enrichi de tous les dons surnaturels et divins, ravi jusqu'au 3ème ciel, St Paul n'en était pas moins pécheur, traînant dans un corps mortel une vertu chancelante. Il est réduit à trembler pour son salut, et à châtier son corps, dans la crainte qu'après avoir prêché, il ne soit lui-même réprouvé. Ne postquam aliis praedicaverim ipse reprobus efficiar.
Telle était la condition de Paul, comme lui nous sommes des enfants de péché. Compagnons de disgrâce du côté de la nature, et de ressources du côté de la grâce, unis dans nos craintes et dans nos espérances, aidons-nous à nous sauver ; renouvelons l'alliance qui doit être éternelle entre le sacerdoce et les fidèles. De notre part en voici les conditions ; nous n'oublierons jamais les soins et les secours que nous vous devons ; nous n'épargnerons ni veilles, ni travaux, ni sueurs. Nous voulons être à vous en travaillant au salut de vos âmes. Dépositaires des trésors du ciel, des grâces de Jésus-Christ nous promettons de vous les offrir partout ; de vous les porter jusque sur votre lit de douleur, de partager vos peines et vos souffrances, de soutenir votre courage. Nous promettons d'y sanctifier vos derniers moments, fût-ce aux périls de nos jours et au prix de notre vie. Nous laissons à vos cœurs à juger du retour qu'ils nous doivent. Sauvez vous par notre ministère, et nous serons trop payés. Ainsi soit-il.
Nous sommes le sel de la terre et la lumière du monde ; nous sommes comptables de vos âmes au tribunal de Jésus-Christ. Nous sommes les degrés par lesquels on monte pour arriver au trône de Dieu. Nous devons, nous vous devons tout, et nous savons peut-être qu'il nous faudra donner de notre sang pour enseigner les voies du salut. Prions-nous ? Nous n'entrons point pour notre félicité. La cause de notre prière nous donnerons des pleurs sur vos péchés. Oh !, d'elles aussi seront-ils nos frères devant Dieu que des pécheurs sont tombés !