Discours sur la Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie
Le Sauveur du monde, la veille de sa mort, célèbre la cène avec ses Apôtres. Il prend du pain et du vin ; les bénit, rompt le pain, le distribue à ses Apôtres en leur disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Ensuite, il leur présente la coupe du vin en leur disant : Buvez en tous, ceci est mon sang. Paroles claires et précises dont plusieurs hérésiarques ont voulu décliner et la force et la vérité.
Oui, Mes frères, des hérésiarques ont attaqué le dogme adorable de l'Eucharistie. Mais ces hérésiarques ont disparu avec leurs hérésies, et ce dogme immuable est précieusement conservé dans l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, qui a eu la possession paisible d'un si riche don pendant l'espace de quinze siècles.
Mais voilà qu'au 16ème les Protestants se présentent, bien tard à la vérité, pour enseigner à l'univers un dogme nouveau et inouï jusqu'à ce jour. Alors comme Aujourd'hui, l'Eglise se glorifiait hautement de posséder son Dieu dans ses tabernacles. Un particulier, un simple particulier, un homme flétri par l'histoire vengeresse ; un enfant de l'Eglise vient déchirer impitoyablement le sein d'une tendre mère qui avait nourri l'aurore de ses années jusqu'à l'âge de 33 ans. Il l'attaque de sa propre autorité ; et d'un ton prophétique il ose dire : Vous êtes dans l'erreur, je vais vous en retirer en enseignant un nouveau dogme et une nouvelle morale.
Mais il y a un tribunal pour juger cette audacieuse réclamation. Les pontifes, les docteurs, les interprètes de la loi s'assemblent. Ils examinent le testament de Jésus-Christ : il est clair, il est précis ; il ne présente aucune équivoque. Les Juges prononcent, et une des plus vénérables assemblées du monde dit ANATHEME aux audacieux novateurs. Luther et Calvin sont condamnés. Mais cependant des hommes qui ont encore aujourd'hui des adeptes parmi nous concernant ce dogme essentiel de notre foi. Si ces incrédules nous honoraient de leur présence, j'aurais aujourd'hui ouvert devant eux notre Evangile, écrit sous la dictée d'un Dieu.
J'aurais déroulé à leurs regards ces archives incorruptibles, cet invariable dépôt de nos dogmes, ces pages impérissables pour leur conviction et la glorification de Dieu.
Mais tout mon auditoire est éminemment chrétien, et ce serait insulter à sa foi que de lui prouver par l'écriture sainte, la tradition et la prescription la présence réelle de Jésus-Christ sur nos Autels. Mon devoir est donc de nourrir et d'augmenter cette foi. J'ai cru pourtant parvenir à ce but louable en vous citant un trait suivi de quelques réflexions édifiantes.
Dieu ayant opéré une infinité de prodiges pour nous prouver que la religion chrétienne est son ouvrage, que sa doctrine est véritable et divine, il n'était pas nécessaire qu'il en fît de nouveaux en faveur du dogme particulier de la Présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Cependant pour fortifier notre foi sur ce grand mystère, et pour confondre les hérétiques impies qui osaient le nier, Dieu a fait une foule de miracles en faveur de cet Auguste Sacrement. Nous ne craindrons pas de les citer, au milieu même de l'incrédulité du 19ème siècle.
Loin de moi la pensée d'ôter aux fidèles le témoignage si salutaire et consolant de leur foi. Non : quand je trouverai des miracles attestés par des autorités respectables, et irréfragables à tout autre tribunal qu'à celui de l'impiété, je ne craindrai pas de les rapporter. Si je n'ai pas le bonheur de faire par là à des hommes incrédules, j'aurai peut-être celui de les confondre, j'aurai aussi le bonheur de contribuer à l'édification des âmes chrétiennes.
Le nombre de ces miracles est si grand qu'un seul volume ne saurait les contenir. Je n'en citerai qu'un seul qui exclut absolument tous les doutes, d'après les règles de la saine critique.
A une époque rapprochée de la nôtre, en 1608, pendant que l'hérésie de Luther et de Calvin voulait bouleverser toute la France, il plut à la bonté Divine d'affermir la foi des catholiques et de confondre l'hérésie par le plus grand des miracles.
A Favernay, en Franche-Comté, il y avait d'ordinaire aux fêtes de la Pentecôte, un grand concours de fidèles qui s'y rendaient de tous côtés, pour gagner une indulgence plénière accordée par le St Siège. C'était la coutume pour cette solennité de dresser à l'entrée du Chœur, un autel en bois, et richement orné. Le St SACREMENT y était exposé. Une bougie placée trop près d'un rideau, y mit le feu, et, en un instant, l'autel fut brûlé avec tous ses riches ornements.
Chose étonnante !!!
L'ostensoir dans lequel étaient renfermées deux hosties ne fut point endommagé par les flammes. Il demeura suspendu, sans aucun appui, au dessus des ruines de l'Autel et de ses ornements. Il resta dans cette position pendant 33 heures, au grand étonnement de la multitude, qui affluait de toutes parts pour contempler le prodige.
Un curé du voisinage, au bruit de cet merveilleux, y vint en procession avec tout son peuple, le lendemain de la Pentecôte pendant qu'il disait la Messe au grand Autel, le cierge qui brûlait devant le St Sacrement, s'éteignit de lui-même, se ralluma de nouveau, il s'éteignit une seconde fois, s'alluma une fois, il s'éteignit une troisième fois et ce comme pour avertir les spectateurs d'un autre prodige qui allait s'opérer. Au moment où tous les assistants avaient les yeux fixés sur le St sacrement l'ostensoir descendit de lui-même sur un corporal qu'on avait placé à une grande distance.
Tout cela se passa à la vue d'une foule immense accourue de toutes parts, pendant les 33 heures que dura le miracle. L'Archevêque de Besançon fit une enquête solennelle, fit rédiger un procès verbal qui est signé de 52 témoins, choisis parmi les plus illustres de la contrée.
Le Miracle de ces hosties sauvées au milieu des flammes porte avec lui tous les caractères de la véracité et de l'authenticité. Ce n'est point un de ces miracles éloignés par la distance des lieux ou par l'antiquité du temps. Peut-être dans cet éloignement pourrait-on craindre quelque surprise ; peut-être y aurait-il plus de recherches à faire, et plus de mesures à prendre pour écarter l'erreur. C'est un miracle fait au milieu de nous ; fait au milieu de la France ; fait dans ce dernier siècle. Nos pères en ont été les témoins oculaires. C'est ce point je pourrais vous dire ce que MOISE disait aux Israélites, en leur parlant des miracles que le Seigneur avait opérés dans cette nation infidèle. Interrogez vos ancêtres, et vous recevrez leur témoignage. Ils vous apprendront non pas seulement ce qu'ils ont entendu, mais ce qu'ils ont connu par eux-mêmes, ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux. Ce n'est point un de ces miracles obscurs qui, dans les ténèbres où ils demeurent ensevelis n'ont ni assez d'éclat pour se faire connaître, ni assez de spectateurs pour les publier. Mais c'est un miracle, qui, produit au grand jour, dans le sein d'une grande province, au milieu d'un grand peuple, et durant plus de 33 heures fait avoir plus de 300 000 spectateurs ;.
Un miracle qui répété de bouche en bouche et répandu dans tout le royaume, y réveilla la piété des fidèles, s'empara de toutes les conversations, et rassembla à FAVERNAY une multitude innombrable de peuple.
La mémoire de ce miracle s'est conservée parmi nous sans aucune contradiction, et elle se perpétuera d'âge en âge, fondée sur une tradition authentique.
C'est un miracle que les auteurs les plus graves ont chanté dans leurs écrits ; Un miracle que les Souverains Pontifes ont inséré dans leurs bulles ; Un miracle dont les mandements des Evêques, dont les sentences des magistrats ont fait une mention expresse ; Un miracle représenté, gravé, inscrit sur le marbre et sur l'airain dans les termes les plus formels ; Un miracle enfin célébré depuis plus de 200 ans dans toute une province par des fêtes, des offices, des messes propres, par des processions solennelles auxquelles assistent encore aujourd'hui les puissances de l'Eglise et celles de l'Etat. Voilà le miracle dont il est question.
Mais j'entends les réclamations de l'ennemi des miracles.
Allez au tombeau de votre père, allez lui reprocher son adhésion à l'évidence ; allez troubler la cendre de tous vos ancêtres ; allez faire un procès injurieux à leur crédulité ; allez troubler la cendre de plus de 300 000 spectateurs.
Ce miracle ainsi prouvé, je l'oppose à l'hérétique incrédule en lui disant : Venez et voyez. Ce sacrement que nous révérons comme le sacrement de notre Dieu, caché sous les voiles Eucharistiques, n'est à vos yeux qu'une vaine représentation. Pour sortir d'une erreur où le malheur de la naissance, ou la corruption du cœur vous a engagé, ouvrez les yeux et considérez : Quoi ! cette Hostie devant laquelle se sont prosternés vos pères, devant laquelle se prosterne l'univers catholique, devant laquelle se prosternèrent à FAVERNAY pendant 33 heures plus de 300 000 personnes, ne mériterait pas vos adorations !....
Du milieu des flammes où elle resta intacte. Du haut des airs où elle resta suspendue sans soutien, sans appui, que vous dit cette Hostie adorée ? Mon cher frère, vous le savez très bien.
Et vous catholique chancelant dans votre foi, que vous dirai-je ? Venez aussi et voyez. Vous êtes catholique, mais votre foi refroidie par les soins et les agitations du monde ; votre foi troublée par les illusions de l'esprit séducteur a besoin d'être affermie, d'être réveillée. Or, voici de quoi la retirer de son assoupissement et de sa langueur : Une hostie, se conserve au milieu des flammes ; une hostie pendant l'espace de 33 heures, demeure suspendue dans les airs sans appui, sans soutien, à la vue d'une multitude immense ; cette même hostie, après être restée suspendue dans les airs pendant un si long espace de temps vient d'elle-même se reposer sur un corporal qu'on avait placé à une grande distance ; et ce corporal est le linge destiné à ce saint usage tous les jours sur nos autels.
Touchés de tant de miracles réunis dans un même miracle, prosternons-nous devant l'autel du Dieu qui en fut l'auteur et rendons lui le culte d'une foi plus soumise, plus inébranlable que jamais : Je le savais déjà, Seigneur, et j'en doutais pas ; vous êtes dans l'Eucharistie un Dieu de force, un Dieu de puissance, un Dieu de miracles.
Le grand Apôtre dans l'ardeur de son amour, se faisait cette demande : Quis me séparera de la charité de Jésus-Christ ? Et nous, Mes frères, confiant dans la grâce, nous osons demander : Seigneur, qui nous séparera de la foi de Jésus-Christ ; de cette foi qui nous procure le bonheur de posséder Jésus-Christ au milieu de nous, de converser avec Jésus-Christ ; de recevoir Jésus-Christ dans notre cœur ; de nous nourrir de votre de Jésus-Christ, de vouloir un jour mourir entre les bras de Jésus-Christ. Oui, nous croirons fermement ; et s'il le fallait, nous scellerions notre foi de la dernière goutte de notre sang.
Nous dirons avec Bossuet, à ceux qui refuseraient de croire : Allez, malheureux, suivez Judas. Pour nous, nous suivrons St Pierre et nous dirons : Maître, où irions-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Où irions-nous, Seigneur, où irions-nous ? Quoi, à la chair et au sang ? à la philosophie ? aux sages du monde ? aux incrédules ?.
Non Non, Seigneur. Vous seul avez les paroles de la vie éternelle. Et qu'il est profond l'abîme où se précipite l'infortuné qui s'éloigne de vous ! OUI. Quand il paraîtra au jugement de Dieu, celui qui aura refusé son adhésion au mystère de l'Euch[aristie]. Que dira-t-il pour s'excuser ? Dira-t-il comme les Juifs à Capharnaüm : Cette doctrine était dure, et l'esprit humain ne pouvait la comprendre.
Insensé, pourrait-il ignorer la toute Puissance de Dieu. Ceux qui ne croient point à sa parole sont déjà jugés. Jam judicatus est.
Il n'y a donc de sûreté que pour le catholique, soumis et docile, parce qu'il a pour règle de sa foi, la parole de Dieu, l'autorité de l'Eglise, le témoignage de tous les siècles, tandis que l'autre n'a pour appui que les caprices, son orgueil et l'autorité de quelques libertins qui vinrent il y a 3 siècles contredire avec audace l'Eglise leur mère, et donner aux bonnes mœurs les plus honteux scandales.
Aussi le chrétien soumis, paraîtra avec confiance à la barre de l'éternité, demanderait et recevrait la récompense de sa soumission. Mais quoi ! Cette vie même est pour lui le prélude de l'éternité.
(1) Naguère un illustre cardinal aux cheveux blancs à l'âge de plus de 80 ans jetait un dernier regard sur une grande ville du Portugal. A cette vue, l'âme pleine de tristes pensées, il versa des larmes amères. Pourquoi, Mes frères. Parce que les églises de cette ville étaient profanées souillées vêtues. L'habituel parcouru un instant, qu'il jette un regard sur lui-même, et il verra aussi couler des larmes bien amères. Son corps, temple de l'esprit S[ain] est aussi profané, souillé, veuf de son Dieu.
La terre frappée depuis près de 6000 ans du terrible anathème mérité par la désobéissance fait encore aujourd'hui retentir surtout les gémissements de l'homme infortuné : Il vit dans les larmes au milieu d'un océan de douleur. Ses jours courts et mauvais sont encore abrégés par un triple esclavage. Qui pourrait décrire sa triste position ? L'éloquence humaine semble s'y refuser.
Le tableau serait trop sombre et trop effrayant. Jeter un regard sur les annales des générations. Que de larmes, que de forfaits, que de douleurs, que de tourments, que de craintes, que de désastres de toutes parts, que de misères infinies !!! L'œil et l'esprit se détournent épouvantés de cet horrible spectacle. Que fera l'impie au milieu de ce désolé de monde ? L'âme fidèle a un consolateur.
Du haut de son sanctuaire la l’être des miséricordes a déjà mesuré dans toute son étendue la chaîne immense des maux sous laquelle gémit la triste humanité. Les cris de détresse du chrétien fidèle sont arrivés jusqu'à lui ; son cœur s'est ému à la vue de tant de souffrances.
Je ne vous plaindrai donc plus mes très chers frères, vous qui êtes animés d'une foi bien vive pour Jésus-Christ dans l'Eucharistie. NON, je ne vous plaindrai plus, lors que vous serez dans la peine et dans le malheur. Vous avez votre consolateur auprès de vous ; il est prêt à vous soulager ; il est prêt à essuyer vos larmes.
Oui Jésus-Christ est dans nos églises, il est dans ce temple, dans ce tabernacle sacré ; il y est selon le corps, selon l'âme, selon sa Divinité et lorsque je monte à l'autel de mon Dieu ; lorsque je me prosterne aux pieds de ses tabernacles, je crois voir Jésus-Christ qui a les yeux de la chair fixés sur moi, qui, des oreilles de son corps entend les paroles de ma bouche ; je crois voir son cœur ouvert pour recevoir mes gémissements et mes soupirs, ses mains s'ouvrant pour répandre sur moi des torrents de grâces et de bénédiction.
Je me rappelle le temps de sa vie mortelle : j'entends sortir de sa bouche divine ces paroles admirables : les Aveugles voient, les sourds entendent, les malades sont guéris, les morts ressuscitent. Aujourd'hui encore il opère les mêmes prodiges ; j'en m'en rapporte au témoignage de votre conscience.
Aujourd'hui encore il quitte tous les jours son tabernacle sacré pour aller sans cortège et sans appareil, visiter un pauvre malade sur un lit de douleur ; partager ses souffrances, le consoler, lui donner en lui comme gage de sa bienheureuse éternité