```html Sermon sur la foi et les bonnes œuvres

Sermon sur la foi et les bonnes œuvres

Ecce pono in Sion lapidem offensionis angularem, electum, pretiosum, et qui crediderit in eum non confundetur.
« Voici que je mettrai dans Sion celui qui sera la pierre d’achoppement ; et quiconque croira en lui ne sera point trompé dans son attente. »
Ad Rom. IX, 33.

L’accomplissement des plus fameuses prophéties, les unes faites de Jésus-Christ et vérifiées dans sa personne, les autres faites par Jésus-Christ lui-même et confirmées par les événements les plus incontestables ; l’éclat de tant de miracles du premier ordre opérés par la parole toute-puissante de Jésus-Christ pour établir l’autorité de sa mission et la vérité de sa doctrine ; l’excellence de la loi que Jésus-Christ est venu prêcher au monde, la sublimité de ses mystères, la sagesse de ses maximes, la sainteté de sa morale ; le sang d’une multitude innombrable de martyrs qui ont défendu la loi de Jésus-Christ aux dépens de leur vie ; l’établissement de la loi de Jésus-Christ dans toutes les parties de la terre au milieu des obstacles les plus insurmontables ; le consentement universel depuis plus de dix-huit siècles ; le concours unanime des plus saints et des plus savants personnages, des docteurs les plus consommés, des plus grands génies à recevoir la loi de Jésus-Christ, à la publier et à en faire le sujet de leurs méditations et la règle de leur conduite, sont des témoignages authentiques qui déposent en faveur de notre croyance et sont bien propres à déterminer un esprit droit et solide.

Cependant, les motifs qui nous semblent si forts et si convaincants ne font pas la même impression sur tout le monde ; et cela arrive parce qu’on néglige de les examiner, de les étudier et de s’appliquer à les comprendre. Ce n’est point de bonne foi et avec un cœur libre qu’on en juge, mais avec prévention et avec passion. Or, ce ne sont pas là les règles qui doivent asseoir un jugement sage et prudent. Car des yeux couverts d’un voile épais n’aperçoivent point la lumière, quelque vive et éclatante qu’elle soit d’ailleurs. Laissons donc l’impiété raisonner à son gré et se perdre dans ses faux raisonnements.

Pour nous, raisonnons en chrétiens. Notre raison même appuiera notre foi, nous aidera à en voir la nécessité, et par là le salut, ainsi que la pratique des bonnes œuvres qu’elle doit produire en nous.

La nécessité de la foi pour le salut est une de ces vérités si clairement établies, si souvent répétées dans les Livres saints, qu’il faut renoncer au titre de chrétien pour en douter : Qui vero non credit, jam judicatus est.

Jésus-Christ n’était pas encore venu au monde, et il était nécessaire de croire en lui pour être sauvé. Le Juif ne pouvait obtenir les récompenses éternelles que par la foi dans le Rédempteur. Depuis que le Verbe éternel a réalisé les oracles qui l’avaient prédit, ce devoir sacré est devenu plus étroit encore.

L’homme s’est perdu par la désobéissance à son Dieu, et la désobéissance l’a fait tomber dans le péché, dans la corruption et dans la mort. Tel est l’héritage que nous avons recueilli d’Adam ; tel est l’état dans lequel nous naissons tous et dont nous ne sommes délivrés que par la foi, qui est notre guide, notre vie et notre lumière salutaire. Sans elle, point de guérison, point de salut à attendre.

Sans la foi, point de lumière salutaire. N’est-ce point en effet ce que nous marque l’Écriture en mille endroits lorsqu’elle nous représente le monde entier comme une région de ténèbres avant que Dieu y eût répandu la lumière de la foi ? Avant qu’il eût plu à sa bonté de nous l’accorder pour diriger nos pas et nous faire marcher dans les voies de la justice et de la paix, tous les hommes étaient enveloppés dans une épaisse nuit et languissaient dans l’ombre de la mort : Illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent, ad dirigendos pedes nostros in viam pacis.

Voilà ce que nous avons été, et ce que sont encore ceux que Dieu n’a point appelés à son admirable lumière. Voilà ce qu’ont été et ce que sont encore tant d’hommes infidèles qui ont préféré les ténèbres à ce flambeau divin. Jugeons-en par la multitude extravagante de leurs opinions sur ce qui doit faire le bonheur de l’homme. Qu’est-ce donc qu’un homme sans foi ? C’est un homme qui marche à l’aventure dans les ombres de la mort.

C’est un voyageur égaré qui ne sait où il va et qui, passant d’erreurs en erreurs, tombe de précipice en précipice. Quelle est donc malheureuse l’âme qui n’est point éclairée par le flambeau de la foi !

Voyez cependant le malheur de tant d’impies qui ferment les yeux à la lumière de la foi et qui lui préfèrent leurs ténèbres. Et si nous avons le bonheur d’être les enfants de lumière, c’est dans le Seigneur et par le précieux don de la foi que nous avons reçu ; c’est par elle que Dieu nous fait connaître ce qu’il nous importe le plus de connaître, c’est-à-dire la vie éternelle qui consiste à connaître Dieu et Jésus-Christ qu’il a envoyé : Haec est vita aeterna ut cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christum.

C’est par la foi qu’il nous empêche de flotter au gré des passions humaines. Quelles actions de grâces n’ai-je point à vous rendre, ô mon Dieu, de m’avoir fait naître dans le sein de la foi et de m’avoir éclairé de vos divines lumières, préférablement à tant de malheureux qui gémissent dans les ombres de la mort ? D’avoir allumé devant nous cette lampe qui brille dans l’obscurité et qui, en dirigeant nos pas dans la nuit de la vie présente, parvient à fermer les plaies du pécheur.

Oui, mes frères, les plaies du pécheur ; car nous avons des plaies spirituelles qui ont besoin de guérison ; or, sans la foi, point de guérison, point de rémission des péchés. Puisque ce n’est que par la foi que nous sommes justifiés et qu’il faut croire de cœur pour arriver à la justice : Corde enim creditur ad justitiam.

C’est par la grâce que vous êtes sauvés, disait autrefois l’apôtre saint Paul aux Éphésiens, et cela par la foi. Qu’étiez-vous en effet avant la foi ? Morts par vos dérèglements et par vos péchés, esclaves du prince des puissances de l’air, de cet esprit malin qui exerce son pouvoir sur les incrédules et les rebelles, abandonnés aux désirs de la chair et d’un esprit corrompu ; enfants de colère par notre naissance, nous traînions une vie languissante qui conduisait à une mort éternelle.

Mais, grâces à Dieu, qui est riche en miséricorde, lorsque nous étions morts par nos péchés, il nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous sommes sauvés, et cela par la foi : Gratia estis salvati per fidem.

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La foi vivante et salutaire

Oui, la foi nous sauve : c’est une vertu descendue du ciel, et c’est au ciel qu’elle doit nous conduire. Si nous lui sommes fidèles, elle nous y portera et ne nous quittera qu’après nous avoir introduits dans ce sanctuaire éternel. Celui qui croit en moi, dit le divin Maître, possède la vie éternelle : Qui credit in me habet vitam aeternam.

Et il nous fait répéter par son apôtre que si nous le confessons de bouche et que si nous croyons du fond du cœur que Dieu l’a ressuscité, nous serons sauvés. Il semblerait qu’il n’y ait dans le christianisme d’autre vertu que la foi et qu’il n’y ait, pour être sauvé, d’autre condition que d’avoir la foi. Gardons-nous de tomber dans cette erreur. Mais quoi qu’il en soit, il sera toujours vrai de dire que sans la foi il n’y a point de salut.

C’est la vérité éternelle qui nous en assure : Qui vero non crediderit condemnabitur. Il est déjà jugé : Jam judicatus est. Déjà jugé, déjà condamné, parce qu’il est rebelle et criminel devant Dieu, qu’il s’obstine à fermer les yeux à la lumière et qu’il refuse ce qui peut seul lui procurer la réconciliation, le salut et la vie.

Ô profondeurs de la bonté et de la miséricorde d’un Dieu qui nous a appelés à la foi, qui nous a fait naître dans le sein de son Église préférablement à tant de peuples auxquels il n’a point fait ouvrir les oreilles : Non fecit taliter omni nationi, et judicia sua non manifestavit eis.

Quelle estime, par conséquent, ne devons-nous point faire de ce don précieux de la foi ? Quelle reconnaissance devons-nous à Dieu pour ce don inestimable ? Quels soins ne devons-nous point avoir de le conserver et de faire croître et fructifier en nous cette heureuse semence ? Puisque c’est la foi qui justifie le fidèle, qui sanctifie l’âme chrétienne, qui fait recouvrer aux pénitents les biens qu’ils avaient perdus.

C’est la foi qui couronne les martyrs ; c’est la foi qui prépare le ciel et qui doit nous réunir et nous égaler aux anges.

Je meurs dans la foi de l’Église une et chrétienne ; j’expire dans le sein et dans la croyance de l’Église ; mes derniers moments lui sont consacrés et mes derniers soupirs sont rendus entre ses mains. Recevez la foi de Jésus-Christ.

Quel soin exige de nous la conservation de ce trésor de la foi ! Car on peut la perdre, et l’on mérite de la perdre en négligeant d’y conformer ses actions et sa vie. C’est la mauvaise conscience qui conduit par degrés aux naufrages de la foi : Quam quidam repellentes, circa fidem naufragaverunt.

Nous sommes donc dans l’obligation de l’entretenir, de la fortifier et de l’annoncer par nos bonnes œuvres ; car sans les œuvres notre foi est morte, stérile et sans fruit : Fides sine operibus mortua est.

En effet, mes frères, la foi n’est pas une simple et stérile croyance. Ce n’est pas seulement pour nous en donner une spéculation contemplative que Dieu nous notifie ses dogmes et ses préceptes, mais pour nous exciter à l’adorer et à le servir. Comme l’arbre se connaît par ses fruits, de même le chrétien se connaît par les œuvres.

Sans qu’on ait besoin de nous interroger, nos actions doivent dire quelle est notre religion. Nous ne portons pas notre foi écrite sur notre front, mais nous devons l’annoncer par nos mœurs et la rendre respectable par notre conduite et par des actes qui honorent et entretiennent la foi.

Amour de Dieu et du prochain, édification mutuelle, prières, assistance au saint sacrifice de la messe : moins nous aimerons Dieu et le prochain, moins nous nous édifierons les uns les autres par nos bons exemples, par notre modestie et par la sainteté de notre vie, moins nous serons assidus à l’exercice de la prière, plus notre foi sera faible et chancelante.

Prenons un jeune homme qui a fait sa première communion avec ferveur et dévotion. Suivons-le pas à pas à mesure qu’il s’avance en âge ; voyons-le se produire dans un monde corrompu et corrupteur. Il commencera d’abord par négliger de temps en temps ses exercices de piété, tels que la prière et l’assistance au saint sacrifice de la messe.

De temps en temps il devient froid et tiède ; sa négligence augmente, la tiédeur se change en indifférence ; bientôt il tombera dans l’athéisme. Adieu autel sacré, adieu tabernacle divin, adieu offices, adieu religion divine et céleste ! Vous voilà abandonnés par un enfant qui jadis vous aimait et vous affectionnait.

Mais considérons un autre jeune homme qui a fait ses premières communions avec les mêmes dispositions. Avec cette différence qu’il a le courage de remplir ses devoirs de chrétien avec le même zèle et la même ferveur pendant tout le cours de sa vie. Sa foi est la foi d’un Abraham, d’un Moïse, d’un saint Paul, dont toutes les œuvres étaient marquées du sceau de l’amour de Dieu et du prochain.

Les martyrs, les confesseurs et les vierges ont suivi les traces de Jésus-Christ. Leur foi vive et agissante les a conduits à leur terme, et ils nous appellent au séjour de la gloire.

En effet, mes frères, si Dieu nous a donné la foi, ce n’est point seulement afin qu’elle soit pour nous une règle de croyance, mais une règle de conduite. Avant même la création du monde, dit l’apôtre, Dieu nous a choisis en Jésus-Christ afin que nous fussions saints et sans tache devant ses yeux : Ut essemus sancti et immaculati.

Notre divin Maître ne s’est pas contenté d’enseigner les grandes maximes de la morale évangélique ; il a voulu les pratiquer lui-même pour nous servir d’exemple : Coepit Jesus facere et docere.

Les apôtres recommandaient sans cesse les bonnes œuvres aux fidèles. Ils leur rappelaient qu’il fallait achever l’ouvrage que la grâce avait commencé en eux, afin que rien ne manque à leur sanctification et à leur salut éternel.

Abraham, Moïse et David se sont rendus recommandables auprès de Dieu par leur foi. Mais par quelle foi ? Non par une foi stérile et sans fruit, mais par une foi vive, héroïque et féconde en bonnes œuvres.

Les saints de la loi nouvelle ont-ils jugé autrement ? Pourquoi tant de veilles, de jeûnes, de mortifications et de prières, s’ils avaient cru qu’une foi sans œuvres suffisait au salut ? Pourquoi ce tremblement au souvenir des arrêts du ciel ?

C’est qu’ils étaient convaincus de l’indispensable nécessité des œuvres pour rendre leur foi salutaire. Ils savaient qu’il est écrit dans l’Évangile : Regnum caelorum vim patitur et violenti rapiunt illud.

Ces paroles sont courtes et précises, mais décisives. C’est Jésus-Christ qui parle et qui nous donne des règles infaillibles pour juger si nous serons sauvés ou réprouvés. Toute vie conforme à ces principes est une vie de salut ; toute vie qui leur est opposée est une vie de réprobation.

Voilà ce qui faisait le sujet de leur crainte : ils savaient que lorsque le souverain Juge viendra, il examinera non seulement la foi que nous aurons conservée, mais encore les œuvres qui l’auront accompagnée.

C’est la pensée de saint Paul : Prout gessit sive bonum sive malum. Nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ afin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu’il aura pratiqué.

Les vrais enfants de Dieu, tandis qu’ils sont encore sur cette terre, saluent cette Jérusalem céleste, cet auguste sanctuaire de la divinité, cette assemblée de tous les prédestinés, cet héritage éternel auquel ils sont appelés par le testament de mort de notre divin Rédempteur.

Ce flambeau de la foi à la main, nous descendons en esprit dans ce séjour de pleurs et de grincements de dents vers lequel s’avancent à grands pas ceux qui préfèrent les ténèbres à la lumière.

Ô que de serrements de cœur, que d’inquiétudes et de chagrins s’épargnerait l’homme qui voudrait ouvrir les yeux aux lumières de la foi et y conformer sa conduite ! Vous seul, ô mon Dieu, pouvez lui ouvrir les yeux, lui découvrir l’abîme et lui faire entrevoir les maux affreux qui l’attendent au-delà du tombeau, et lui faire goûter cette paix dont jouit l’homme qui vit de la foi.

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