Discours sur les larmes et les afflictions
Avec le péché sont entrés dans le monde les chagrins, les souffrances, les misères : en un mot, le péché est la source et le principe de tous les maux, de toutes les calamités auxquelles l'homme se voit condamné pendant la carrière plus ou moins longue qu'il fournit sur cette terre. Nos 1ers Parents n'eurent pas plutôt transgressé l'ordre de Dieu, qu'il leur manifesta d'une manière formelle et positive quels devaient être les funestes effets de leur prévarication. Maledicta terra in opere tuo sa terre sera maudite dans vos autres. L'apôtre St Paul nous apprend que nous avons participé au péché de notre 1er Père : in quo omnes peccaverunt. Nous en sommes souillés dès le moment de notre conception, le moment de notre naissance : ecce enim in iniquitatibus conceptus sum, et in peccatis concepit me M. M..
Nous devons subir les tristes, les fâcheuses les déplorables conséquences. Triste nécessité pour la pauvre nature humaine qui ne soupire qu'après la triple concupiscence dont nous parle l'apôtre St Jean. Concupiscence de la chair, concupiscence des yeux et orgueil de la vie : Concupiscentia carnis, concupiscentia oculorum et superbia vitae. Triste nécessité qui ne peut de consolation, qui ne peut trouver d'adoucissement que dans les sentiments d'une foi vive et animée. Oui dans la foi qui parle au cœur [illisible] et qui lui rappelle que le Sauveur Jésus a béatifié les souffrances, les croix, les persécutions. Beati qui lugent etc heureuses les personnes qui pleurent etc Beati qui persecutionem patiuntur heureuses les personnes qui souffrent persécution pour la justice. Pour nous Mes frères, reconnaissant la nécessité indispensable des misères de la vie, ne soyons pas [illisible] de nom seulement ; soyons-le de cœur et d'affection : Portons notre croix avec des sentiments de foi, par là nous apprendrons à la porter avec amour.
Nous avons étudié la vie, la conduite de Jésus-Christ, écoutons maintenant ses paroles, elles sont admirables ; elles portent le double cachet de la vérité que j'annonce : Si vous voulez marcher sous mes étendards le sang du chemin qui conduit à la vie, vous le devez, mais à une condition. À quelle condition Mes frères ? La voici : Abnega temetipsum Vous vous renoncerez vous-même : Tolle crucem Vous porterez votre croix Et sequere me, À cette condition vous suivrez Jésus-Christ. Elle est dure, Mes frères cette condition Mais du courage, oui du courage Jésus marche devant vous, et il porte une croix Jésus marche devant v [sic] et il est couronné d'épines ; Il porte un sceptre d'humiliation Les pieds, les mains, le côté déchiré. Et une mer de sang marquant ses pas Écoutons l'Ap. St Paul parler des souffrances des SS.
Les SS. ont glorieusement répandu leur sang pour le Seigneur. Gloriosum sanguinem fuderunt pro Domino ; ils ont aimé le Sauveur Jésus pendant leur vie ; ils l'ont imité dans la mort ; imitati sunt eum in morte sua ; et quel a été le fruit de cet évangile, de cette imitation de Jésus-Christ dans sa mort ? Et ideo coronas triumphales meruerunt. Et voilà pourquoi des couronnes d'immort. ceignent leurs fronts triomphants.
Si je suis tenté de faire sortir de ma poitrine ce mot Courage Non : car il n'y a pas d'autre voie qui mène à la vie ; s'il y en avait eu de plus douce, de plus facile, le cœur de Jésus nous l'aurait indiquée. C'est celle qu'il a ouverte devant les prophètes qu'il avait chargés d'annoncer le grand mystère de son Incarnation. J'ai trouvé des tribulations et des douleurs, dit l'un d'entre eux. Tribulationem et dolorem inveni Les afflictions du juste sont immenses. Circumderunt me dolores mortis Periit sanctus de terra ; il n'y a plus d'homme juste sur la terre Il n'y a plus de droiture parmi les hommes ; Voilà donc, mon Dieu, le seul accueil qui abreuvait le cœur de votre prophète !
J'ai pleuré, dit un autre, Plorans, Mes yeux ont été baignés de larmes ; J'ai été l'objet du mépris et de la fable du peuple ; Mon cœur a été rempli d'amertume ; J'ai été enivré d'absinthe Voilà un tableau lamentable : C'est le prophète Jérémie qui dans un autre endroit adresse au Seigneur des plaintes plus vives et plus touchantes encore : Seduxisti me, Domine et seductus sum. Il accuse le Seigneur de l'avoir trompé de l'avoir engagé dans le ministère de la Prophétie par l'assurance d'une protection constante, par la promesse de le rendre comme un mur d'airain, comme une colonne de fer contre ses ennemis : Ego dedi te in murum areum. Et cependant, malgré ces promesses, Il se voit en butte aux mépris, aux insultes, aux railleries de tout un peuple : on l'accuse hautement de visionnaire, de faux prophète. Aussi, dans l'excès de sa douleur : Maledicta dies in qua natus sum. Maudit soit le jour qui m'a vu naître ; soit l'homme qui a annoncé à mon père qu'il lui était né : Que ne suis-je mort dans le sein de ma mère.
Prophète Ingrat — Dans l'excès de ton zèle, tu oubliais que les tribulations sont l'apanage des justes sur la terre, tu oubliais que celui dont tu étais le prophète devait mourir sur la croix, couronné d'épines, percé d'une lance, déchiré de coups. Tu oubliais que les Apôtres devaient surabonder de joie au milieu de tribulations ;
La croix est partout devant nous ; la croix est partout l'hommage du 18 siècle, fortifiée par les vicissitudes de l'humanité qui importent tant, excepté la croix. Voyez, jamais la charrue n'a passé, jamais la charrue ne passera sur le sol qu'elle occupe, sur le Calvaire.
Ils oubliaient encore que la Divine mère de celui dont il était le Prophète devait être appelée le salut des infirmes Salus infirmorum ; la consolation des affligés Consolatrix afflictorum. La Reine des martyrs Regina martyrum.
Quelle conclusion C'est que tous les [illisible] qui sont les membres de Jésus-Christ doivent porter imprimé sur eux le caractère de sa croix et celui de sa souffrance.
Faudra-t-il pour cela ressusciter les Néron, les Caligula, les Domitien, et les pléiades des autres persécuteurs. Non, Mes frères, non et mille fois non. Lorsque nous recevons de la main de Dieu les afflictions les croix, les souffrances, les obligations du devoir, notre résignation tient lieu de martyre. Ainsi sans ramener les roues, les chevalets, sur lesquels on étendait nos ancêtres, la nature a assez d'infirmités (1).
Cette main qui porte le monde Cette main qui pèse terrible sur le pécheur, devenue la main du Père de miséricorde, de Dieu de toute consolation... pour essuyer nos larmes. Oui christianisme portez votre croix, la main de Dieu viendra Verser des larmes, la main de Dieu les essuiera.
Au milieu de ce long cri de douleur que fait entendre le monde de couchant à l'aurore, qu'il est beau, qu'il est touchant de voir l'Église notre bonne et tendre mère venir au secours de ses enfants ! Qu'il est touchant de la voir d'une main, lever le voile qui nous couvre les yeux, de l'autre nous montrer une 3e main Divine, chargée de nous montrer la voie du ciel hérissée de croix et de souffrances, chargée aussi d'essuyer nos larmes. Absterget Deus omnem lacrymam etc Oui Dieu essuiera nos larmes Oui nos larmes, qui sont le sang de notre âme nos larmes, triste privilège de l'humanité ; nos larmes, tribut fatal d'une malédiction héréditaire expression commune de toutes les souffrances nos larmes qui ont desséché le triste sanctuaire de notre cœur. Mais, ô pensée riche de consolation Qui va Qui voudrait ne pas avoir versé ces larmes le jour heureux où ce sera la main de Dieu qui les essuiera.
Jetons un coup d'œil sur l'immensité des terres, des mers, et à la vue du triste spectacle qu'elles offrent à nos regards nous dirons avec le Prophète : Viae Sion lugent L'univers est en pleurs, en deuil... Dans la désolation. Ici c'est la vie accolée à la mort ; c'est la maladie qui porte ses ravages désolants dans les maisons, dans les familles, elle choisit pour victime un père, une mère, un époux, une épouse, un enfant, un ami. Viae etc. Plus loin c'est un pauvre dont la vue excite la commisération et qui arrose de ses larmes de la main de son bienfaiteur. Viae Sion lugent. Là c'est un mourant, aux prises avec la mort, le spectacle est déchirant : il sollicite le ministère du Prêtre. Ailleurs c'est une mère, une mère éplorée... Et pourquoi ces pleurs ? Hélas, elle a perdu un fils unique, un fils unique à la fleur de l'âge. Viae Sion l.
Au milieu de tant de larmes demandons pardon de toutes les inquiétudes passées — que quand le Seigneur châtie son peuple, c'est pour sans le [illisible] c'est pour humilier son orgueil. Pour veiller de la [illisible] Pour le forcer de reconnaître celui qui seul peut remédier à ses maux. Car le Dieu qui nous punit est un Père toujours miséricordieux, toujours prêt à pardonner à ses enfants. Bénissons donc avec foi au pied des autels pour adresser au Seigneur un concert unanime de prières et de supplications. Vienne se laisser fléchir.
C'est mon intention ici : De jeter un regard sur les maux sur la plaie publique de nos villes, sur tout le bien de l'ennemi Approcher l'oreille écouter attentivement les soupirs, les plaintes, les gémissements que s'exhalent de [illisible] dans les cœurs affligés.
La Cause de ces soupirs ? ... Ah, Mes frères. C'est la réalisation de ces paroles de [illisible] ! Vocavi afflictione super domini J'ai appelé l'affliction sur l'homme ; pour dessécher l'olive et l'huile de l'arbre vert Et super oleum pour faner l'épi, et le froment [illisible] Et super triticum pour cultiver la vigne et elle ne produira plus de fruits Et super vinum.
Pourquoi de ces soupirs ? Quorum est causam La voix Parce que vous avez oublié le chemin du temple qui [illisible]. Le Seigneur Dieu, Mes frères