Discours pour le dernier dimanche après la Pentecôte
(1) Plusieurs sont allés pendant le courant de l'année s'exposant aux pieds du souverain pontife leur attachement, leur vénération, leur respect - Ils ont dit au Saint Père leurs joies, leurs consolations Ils ont aussi fait part de leurs peines, de leurs chagrins. Leurs cœurs de se décharger et s'épanouissaient en racontant les fruits miraculeux opérés dans leurs diocèses respectifs Ils ont parlé du jubilé de Pie IX, le grand - Visiteur de la conscience du monde christianisme, ils ont répandu sur leurs ouailles les bénédictions dont le Saint Père les avait chargés de donner en son nom : ils ont répété à l'envi les paroles que le prêtre de Jésus-Christ a daigné leur adresser pour les leur communiquer. Si notre digne évêque était aussi allé cette année visiter le tombeau de Saint Pierre et de Saint Paul qui occupe le siège de Rome, qu'aurait-il pu dire du jubilé qui est donné dans son diocèse. Aurait-il pu la félicité des fruits miraculeux opérés par le jubilé (à la feuille numéro 1
No 1o Aurait-il pu déposer dans le cœur du chef de l'Eglise des germes de bonheur et de consolation en lui parlant en particulier d'une des principales villes de son diocèse où une MISSION s'est donnée à l'époque du jubilé? Mes frères la main sur la conscience; répondez sans me voiler. Vous que je viens manifester ma pensée? Oh voyez la foule. Pendant les trois semaines de la Mission, Lannion a été admirable d'espérance. La foi et la charité ont semblé vouloir se ranimer dans le cœur de ses habitants. Les pères ont aussi ouvert leurs cœurs à la joie, ils ont été fiers de voir leur ville prendre rang parmi les cités les plus religieuses de la France. Et ils n'ont pas été les seuls. Bien des mères, bien des enfants, bien des épouses ont partagé leur bonheur, en voyant ceux qu'elles aimaient bien tendrement venir prendre Jésus à la table de leur Dieu. Joye d'avoir à côté d'elles à la table sainte. Des larmes de joie ont arrosé les mains de nos prêtres qui donnent la communion. Pendant quelques mois les dimanches ont été religieusement sanctifiés, les offices de la paroisse régulièrement suivis. Passons sous silence bien des sujets d'élégie relatifs à ce temps d'heureuse mémoire. Oh quel changement, vous disiez-vous à vous mêmes. Nous sommes heureux; Ce bonheur n'a pas été de longue durée.
Voulez-vous savoir quelles seraient les premières paroles de ces hommes de Dieu qu'ils vous adresseraient en montant dans cette chaire, après d'avoir... Nous vous avons laissés des enfants dans cette ville; et après une longue absence nous sommes venus les visiter, et les visiter dans la miséricorde et la bonté de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il est doux pour nous de vous revoir après une longue absence : Oui il est doux de se revoir, après... surtout lorsqu'on s'aime. Mais c'est dire... et signe d'une grande méprise de se voir. Comment un père n'aimerait-il pas des enfants qu'il a enfantés à Jésus-Christ ? Pourrions-nous de notre côté donner les mêmes assurances. Les démonstrations admirables d'intérêt qu'ils nous ont manifesté ont elles touché notre cœur? En avons-nous conservé le souvenir? Oui pour plusieurs... Mais malheur à vous, pour plusieurs autres. Ils ont perdu de vue les promesses de zèle et de fidélité qu'ils avaient faites lors de la Mission. Et cependant une année s'est à peine écoulée! L'Eglise solennise aujourd'hui le dernier dimanche de la Pentecôte, et le dernier dimanche de l'année. Dimanche prochain par V. D. l'Avent une nouvelle vie s'ouvrira pour nous. Quelle soit pour nous une année riche en vertus, en bénédictions de bonheur i r r l. Amen.
Si les Missionnaires dont j'ai entendu parler tous les jours dans mille et mille circonstances S'ils paraissaient aujourd'hui au milieu de vous pour vous demander compte de leurs fatigues et de leurs peines : pour vous demander le fruit des prédications qu'ils ont données dans cette église, dans cette même chaire de vérité que j'occupe en ce moment. S'ils vous demandaient le fruit de tant de faveurs, de tant de bénédictions spirituelles qu'ils ont abondamment répandues sur vous de la part de votre Dieu. S'ils en venaient surtout au dépôt précieux et sacré de la grâce divine qu'ils ont généreusement germé au fond de cette âme, au fond de ce cœur de chrétien Que sauriez-vous à leur offrir. Rien. Je me trompe: Plusieurs auraient à leur offrir une âme souillée; un cœur infidèle à ses promesses, et qui le sera, Dieu sait jusque quand... Si votre bon curé les appelait encore au milieu de vous pour la dévotion qui doit se donner dans quelques semaines, quelques prières souvenirs, quelques souvenirs agréables de votre Mission, ne réveilleraient-ils pas au fond de votre âme! Quelques restes de foi ne viendraient-ils pas de nouveau, sous l'heureuse instigation, par l'influence de la grâce, vous dépouiller du vieil homme et de ses œuvres ténébreuses, et vous procurer la paix, le bonheur, les prémices du Ciel.
Le temps Pascal est venu. Ton créateur tu recevras - où chaque chrétien est dans la stricte obligation de recevoir son sauveur sous peine de péché grave. Qu'est-il arrivé? Nous avons encore vu l'épouse s'asseoir à cette table sainte. Mais elle était veuve; elle n'avait plus de mari. En voyant cette pauvre épouse remplir seule le devoir pascal: je me disais à moi même: Son mari est-il mort? Ses enfants sont-ils morts? Je n'ai pas entendu le glas funèbre descendre du haut de cette tour. Je ne les ai pas conduits au champ du repos : Je n'ai pas vu mon confrère les conduire. Je n'ai pas vu le prêtre, revêtu des ornements de deuil, monter à l'autel pour recommander leur âme à Dieu. Je ne me suis point aperçu que leurs parents portassent le deuil. Ils ne sont donc pas morts! Hélas, ils sont morts: ils sont morts à la grâce de Dieu. J'ai encore vu la mère pour remplir le devoir pascal : Elle était encore seule. Mère où est donc votre enfant? au lieu de vous voir triste! Le Dieu que vous receviez n'était-il pas aussi le Dieu de votre enfant? Oh on larmes mouillait sa paupière. Si le Dieu de miséricorde mes regards sur les fidèles réunis dans cette enceinte, je ne vois plus au pied de cet autel, la même affluence, la même multitude fuyant dans le bâtiment, le recueillement. Si j'entre dans vos familles, ce n'est plus la même foi, le même charité, le même zèle, le même bonheur.
No 2o Celle qui vient de s'écouler a été marquée par des faveurs particulières que nous avons reçues du ciel. Elle s'est écoulée, cette année que la Providence nous avait préparée dans les trésors infinis de sa bonté et de sa miséricorde. Elle s'est écoulée: et où en sommes-nous pour notre salut? Elle s'est écoulée pour vous tous, chrétiens fidèles et vertueux, comme pour tous les chrétiens prévaricateurs et rebelles à la voix de son Dieu... Mais, Mes frères remarquez le bien : l'année est écoulée Mais les actions de l'un et de l'autre subsistent encore. Elles sont écrites en caractères ineffaçables dans le livre de vie; dans ce livre qui renferme nos bonnes et nos mauvaises actions. Pécheurs, vous l'entendez. Tous les péchés que vous avez commis depuis votre Mission et que vous n'avez point expié par les larmes de la pénitence, subsistent devant Dieu. Ce sont autant de témoins qui déposeront contre vous au grand Jour du jugement, si vous n'avez soin de fléchir auparavant la rigueur de votre juge. Qu'avez-vous gagné en transgressant la loi divine, en vous livrant aux plaisirs défendus en négligeant vos sacrements? Votre âme est-elle en paix? Eh Christ le voit! Hélas! Vous ressentez l'image des remords cuisants, une demi-malheur présente. Vous laissez derrière vous une chaîne d'iniquités, une longue suite de grâces dont vous avez abusé et que vous avez perdues par votre faute. Que sont devenues ces belles nuits où toute la ville se pressait dans cette enceinte pour y consacrer Marie? Que sont devenus ces hommes qui nous ont édifiés Malheureusement ils ont oublié leur amour.
Dites-leur, de notre part, leur ingratitude. Le temps de l'Avent, le temps de Noël, de Mission, de jubilé, le temps de Carême; temps Pascal; mois consacré à Marie; solennité de la Pentecôte, du Très Saint Sacrement, de l'Assomption, de tous les saints. Tout est perdu. Et l'avenir est épouvantable d'horreur. Vous ne voyez devant vous qu'un abîme sans fond. L'homme juste, le chrétien fidèle, a agi bien plus sagement. L'année s'est écoulée pour lui comme pour vous; mais avec cette différence que vous y avez amassé des trésors de colère tandis qu'il a amassé des trésors de bénédictions pour l'éternité. Avec cette différence encore que vous avez semé dans la corruption, et que vous moissonnerez dans la corruption. Le chrétien juste a semé dans la foi, la piété, l'amour de Dieu, et il moissonnera les biens éternels.
Mes frères. Dans la route pénible et difficile du vice, loin des pratiques de la Religion tout est triste, tout est sombre, tout est désespoir. Dans la route facile et agréable de la vertu, tout est joie, tout est paix, tout est espérance. Oui, la Religion, et la Religion bien pratiquée embellit tout dans la vie du christianisme. Elle embellit son séjour dans cette vallée de larmes, elle embellit la croix, les peines, les afflictions. Elle embellit même la mort, qui est le sommeil de l'enfant dans le sein de Dieu son père.
Elle embellit le tombeau qui est la porte de l'éternité bienheureuse. Redde rationem villicationis tuae L'Eglise célèbre aujourd'hui avec l'octave de la dédicace, le dernier dimanche après la Pentecôte, et par conséquent le dernier dimanche de l'année dans l'Eglise de ce jour elle nous met sous les yeux l'image effrayante des jugements de Dieu. Dimanche prochain premier dimanche de l'Avent et premier dimanche de l'année sainte. Cette bonne mère nous retrace encore le tableau effrayant du jugement général. Ainsi elle termine et commence l'année religieuse en proposant à ses enfants les jugements de Dieu. Ne l'oubliez pas. Je n'ai pas le dessein de vous en parler aujourd'hui. Cependant je vous engage fortement à y penser sérieusement et à les méditer dans le silence de votre cœur. Je veux vous demander compte de la manière dont vous avez passé l'année qui vient de s'écouler. Année de grâce et de salut pour tous les chrétiens; mais surtout pour les habitants de Lannion. Je veux placer votre conscience sur son tribunal, et faire passer devant elle, le temps de l'Avent, du Carême, Pâques, le mois de Marie le mois de... et surtout le temps du jubilé et de la Mission qui se sont écoulés dans cette famille.
9 - 25 J. l'ont ils toujours su se détacher dégagé au milieu des ruines que les passages de 2000 ans ont accumulés sur la terre.
Monsieur Monsieur Rochon vicaire Lannion