Mortuus est

Discours funèbre à la mort d'un pasteur

Un tombeau s'est ouvert sous nos yeux dans le courant de la semaine dernière : on y a déposé un père, un guide, un pasteur : une personne qui nous est chère à bien des titres. L'Esprit S. a dit en racontant la mort d'un St. Patriarche : Mortuus est, et appositus est populo suo senex et plenus dierum. Il est mort etc. Permettez-moi de me servir des expressions de l'Esprit S. pour vous annoncer la mort de votre digne pasteur. Mortuus est etc. Il est mort et il a été réuni à ses parens après une heureuse vieillesse, et plein de jours. Il est mort ce pasteur selon le cœur de Dieu ; ce vénérable conducteur que la Providence avait placé à votre tête pour vous diriger et par ses paroles et par ses exemples dans la voie du salut éternel. La mort qui ne sait épargner personne, l'a ravi à notre amour, à notre estime, à notre vénération. J'ai vu avec bonheur l'empressement que vous avez mis à payer à sa mémoire vénérée, un juste tribut de reconnaissance et de regret. C'est du fonds du cœur que je vous en remercie. Mon cœur est trop plein, je ne puis rien dire de plus.

Habitants de R... Votre Pasteur est mort ; il est allé rejoindre dans le tombeau dans ceux dont il avait béni les dépouilles mortelles, pendant le cours d'un long ministère. Il est allé rejoindre ceux qu'il a bénis, qu'il a consolés, qu'il a fortifiés dans leurs derniers jours par ses exhortations et les SS. de l'Église : il est allé à cette triste et dernière demeure des morts, où il avait conduit vos pères, vos mères, vos enfants, vos parents. Mortuus est. Un personne manque dans cette enceinte pour rehausser l'éclat de cette belle solennité. Nos yeux se portent involontairement sur l'autel, vers le siège du célébrant mais hélas ils n'y rencontrent pas ces traits gracieux et vénérables, ce vieillard aux cheveux blancs que nous avons vu depuis 18 ans rehausser nos cérémonies. Il est mort.

Appuyée sur l'expérience constante de 58 siècles qui nous ont précédés depuis le commencement du monde ; nous avons une certitude exclusive d'aucun doute que souffrir et mourir est la vie de l'homme sur la terre. Depuis Adam jusqu'à Noé Depuis Noé jusqu'à Moïse Dep. Moïse jusqu'aux Prophètes Depuis les Prophètes jusqu'à Jésus-Christ et depuis Jésus-Christ jusqu'à nous. Il est impossible de trouver un seul homme dont la vie n'ait été une preuve incontestable de cette vérité. Ouvrons la Bible : Dès la 1ère page, nous lisons la loi des souffrances. Écoutons la voix de Dieu parlant à Adam et à Ève : Je vous affligerai de plusieurs maux pendant votre vie ; dit-il à Ève. Et à Adam. Parce que vous avez écouté la voix de votre femme ; parce que vous avez mangé du fruit de l'arbre dont je vous avais défendu de manger, la terre sera maudite dans vos œuvres ; elle vous produira des ronces et des épines, et vous vous nourrirez de l'herbe de la terre. Spinas et tribulos germinabit tibi. Vous mangerez votre pain, trempé à la sueur de votre front. In sudore vultus tui vesceris pane.

Parce que les hommes étaient composés de chair et de sang, il a voulu lui-même participer à l'un et à l'autre. Debuit per omnia fratribus simulari. Et puisque Jésus-Christ s'est revêtu de notre chair, nous devons aussi nous revêtir de son esprit, si nous voulons régner avec lui dans la gloire. Si quis spiritum Christi non habet hic non est ejus. Or quel est cet esprit de Jésus-Christ ? Consultons les S. Écritures. Elles nous montrent sa vie sous l'emblème d'un cœur et d'un martyre continuel. L'esprit du sauveur Jésus est un esprit vigoureux qui se nourrit de souffrance. Virum dolorum, un esprit qui fait ses délices dans les afflictions. Scientem infirmitatem. Depuis la crèche de Bethléem jusqu'au Calvaire, sa vie n'a été qu'une croix, un martyre continuel. Témoin sa naissance au milieu des animaux ; Témoin sa fuite en Égypte Témoin les 30 années qu'il a passées dans l'atelier d'un pauvre artisan Témoin sa mort. Les clous et la lance de nos juges, de ses mains et son côté lacéré ; le sang qui découle de tant de membres.

Témoin son sceptre, mais un sceptre de roseau ; Témoin sa couronne, mais une couronne d'épines ; Et cette soif étanchée par l'amertume dont on a arrosé sa langue tarie ; Oui, Mon Divin Jésus, vous êtes l'homme de douleurs, et la durée de votre vie mortelle a été mesurée par celle de vos souffrances. Hé bien, Mes frères, la loi des souffrances ne vous semble-t-elle pas écrite en caractères assez lisibles sur le front de notre Divin modèle ? Jetons les yeux sur J. l'auteur et le consommateur de notre foi ; Regardons le parmi des souffrances innombrables. Voyez l'abîme où il s'est enfoncé sans pouvoir trouver de fond. Infixus sum in limo profundi. Et pour tout dire en un seul mot : Voyez le Dieu des souffrances. Sentiez-vous jamais, mes frères, c'est de ses blessures que vous êtes nés,

C'est au milieu d'un océan de douleurs qu'il vous a enfantés à la vie nouvelle, C'est de ses veines cruellement déchirées qu'est coulée sur vous la grâce qui vous sanctifie, l'esprit qui vous régénère. Enfants de larmes, enfants de douleurs, enfants d'annihilation, enfants de sang, nous voudrions nous laisser dans les délices de l'illusion. Impossible. Il faudra porter imprimé sur notre humanité le caractère du sauveur. N'entendez-vous pas l'apôtre St Pierre vous dire : Il a souffert, afin que vous suiviez son exemple et que vous marchiez sur ses pas. Christus passus est pro vobis, vobis relinquens exemplum ut sequamini vestigia ejus. N'entendez-vous pas encore l'ap. St Paul qui vous dit : Il faut être configuré à sa mort, afin de participer à sa gloire. Configuratus morti ejus.